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MONTER DANS LE TRAIN DE LA VIE
1° Evangile de Jésus-Christ selon saint
Matthieu (Mt 16, 21-27) :
Pierre
avait dit à Jésus : «
Tu es le Messie, le
Fils du Dieu vivant. »
À
partir de ce moment, Jésus le Christ commença à montrer à ses disciples qu'il lui
fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des
chefs des prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter.
Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches : «
Dieu t'en garde, Seigneur ! cela ne
t'arrivera pas. ».
Mais
lui, se retournant, dit à Pierre : «
Passe
derrière moi, Satan, tu es un obstacle sur ma route ; tes pensées ne sont pas
celles de Dieu, mais celles des hommes ».
Alors
Jésus dit à ses disciples : «
Si
quelqu'un veut marcher derrière moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa
croix et qu'il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui
perd sa vie à cause de moi la gardera.
Quel avantage en effet un homme aura-t-il à gagner le monde
entier, s'il le paye de sa vie ? Et quelle somme pourra-t-il verser en échange
de sa vie ? Car le Fils de l'homme va venir avec ses anges dans la gloire de
son Père ; alors il rendra à chacun selon sa conduite.
2° Si quelqu'un veut
marcher derrière moi , qu'il renonce à lui-même :
Dans
l'Evangile de ce dimanche, nous écoutons Jésus qui dit : «
Si quelqu'un veut marcher derrière moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il
prenne sa croix et qu'il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra,
mais qui perd sa vie à cause de moi la gardera».
Que signifie « renoncer à soi-même ? » Et avant tout,
pourquoi renoncer à soi-même ? Nous connaissons l'indignation que suscitait
chez le philosophe Nietzsche cette question de l'Evangile. Je commence par
répondre par un exemple.. Au cours de la persécution nazie de nombreux trains
chargés de juifs partaient de toute l'Europe vers les camps d'extermination.
Ils étaient amenés à monter avec de fausses promesses d'être conduits dans des
lieux meilleurs pour leur bien, alors qu'ils allaient à leur perte. Il arrivait
parfois que lors de l'arrêt du convoi quelqu'un qui connaissait la vérité,
alerte de manière cachée les passagers : descendez, fuyez, et certains
réussissaient à se sauver.
L'exemple
est un peu fort, mais il exprime quelque chose de notre situation.
Le train de la vie sur lequel nous
voyageons se dirige vers la mort. Sur ce point au moins, il n'y a pas de
doute. Notre moi naturel, étant mortel, est destiné à prendre fin. Ce que
l'Evangile nous propose quand il nous exhorte à renoncer à nous-mêmes, c'est de
descendre de ce train et de monter sur
un autre qui conduit à la vie. Le train qui conduit à la vie est la foi en
celui qui a dit : «
Qui croit en moi,
même mort vivra ».
Paul
avait réalisé ce «
transbordement »
et le décrit ainsi : «
Ce n'est plus moi
qui vit, c'est le Christ qui vit en moi ». Si nous assumons le
« moi » du Christ nous devenons immortels parce que lui,
ressuscité de la mort, ne meurt plus. Voilà le sens des paroles à peine
entendues : «
Car celui qui veut sauver
sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la gardera ». Il est
alors clair que renoncer à soi-même n'est pas une action masochiste, et de
renoncement, mais l'élan courageux le plus intelligent que nous n'ayons jamais
réalisé dans notre vie.
Nous
devons toutefois immédiatement apporter une précision.
Jésus ne demande pas de « renoncer
à ce que nous sommes », mais
à ce que « nous sommes devenus ». Étant à l'image de Dieu, nous sommes donc
quelque chose de
« très bon »,
comme le dit Dieu lui-même après
avoir créer l'homme et la femme. Ce à quoi nous devons
renoncer n'est pas ce qu'à fait Dieu, mais
ce que nous avons fait de nous-mêmes, en faisant un mauvais usage de
notre liberté. En d'autres termes, les mauvaises tendances, le péché,
toutes choses qui sont comme des incrustations venues après et superposées à
l'original.
Il
y a quelques années, on découvrait au fond de la mer, au large des côtes
ioniques, deux masses informes qui avaient une vague ressemblance avec des
corps humains, recouvertes d'incrustations marines. Elles furent ramenées à la
surface et patiemment nettoyées. Aujourd'hui il s'agit des célèbres « Bronzes
de Riace », qui se trouvent dans le musée de Reggio Calabre, et comptent parmi
les sculptures les admirées de l'antiquité.
Ce
sont des exemples qui nous aident à comprendre l'aspect positif qui se trouve
dans la proposition évangélique. Nous ressemblons, en esprit, à ces statues
avant leur restauration.
La belle image
de Dieu que nous devrions être, est recouverte des sept couches qui sont les
sept péchés capitaux. Peut-être n'est il pas superflu de les rappeler au
cas ou nous les aurions oubliés. Ce sont :
la
paresse, l'orgueil, la gourmandise, la luxure, l'avarice, la colère, l'envie.
Saint Paul appelle cette image défigurée
«
l'image terrestre », par opposition à «
l'image
céleste » qui est la ressemblance avec le Christ.
«
Renoncer
à soi-même » n'est donc pas une action pour la mort, mais pour la vie,
pour la beauté et pour la joie. C'est aussi
un moyen d'apprendre le langage du véritable amour. Imagine, disait
un grand philosophe du siècle dernier, Kierkegaard, une situation purement
humaine. Deux jeunes s'aiment. Toutefois ils appartiennent à deux peuples
différents et parlent deux langues totalement différentes. Si leur amour veut
survivre et grandir, il est nécessaire que l’un des deux apprenne la langue de
l'autre. Autrement ils ne pourront pas communiquer et leur amour ne durera pas.
Ainsi
en est-il entre Dieu et nous, commentait-il.
Nous parlons le langage de la chair, lui celui de l'esprit ; nous celui
de l'égoïsme, lui celui de l'amour. Renoncer à soi-même c'est
apprendre la langue de Dieu pour pouvoir
communiquer avec lui, mais c'est aussi
apprendre
la langue qui nous permet de communiquer entre nous. L'on ne peut pas ètre
capables de dire des «
oui » à
l'autre, à commencer pare son propre conjoint, si l'on n'est pas capable de se
dire des
« non » à soi-même. Pour
demeurer dans le cadre du mariage, de nombreux problèmes et échecs dans le
couple dépendent du fait que l'homme ne s'est jamais préoccupé vraiment
d'apprendre le moyen d'exprimer l'amour de la femme, et la femme celui de
l'homme. De même quand il parle de renoncement de soi, l'Evangile, comme l'on
voit, est beaucoup moins éloigné de la vie qu'on ne le croit.
(1)
ROME, Vendredi 29 août
2008 (ZENIT.org).- Nous publions ci-dessous le commentaire de l'Evangile du
dimanche 31 août, proposé par le père Raniero Cantalamessa OFM Cap, prédicateur
de la Maison pontificale