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POUR ETRE CAPABLE DE CORRIGER LES AUTRES IL FAUT
SAVOIR SE LAISSER CORRIGER (1)
1° Evangile de Jésus Christ selon saint
Matthieu 18, 15-20 :
Jésus disait à ses disciples :
« Si ton
frère a commis un péché, va lui parler seul à seul et montre-lui sa faute. S'il
t'écoute, tu auras gagné ton frère. S'il ne t'écoute pas, prends encore avec
toi une ou deux personnes afin que toute l'affaire soit réglée sur la parole de
deux ou trois témoins. S'il refuse de les écouter, dis-le à la communauté de
l'Église ; s'il refuse encore d'écouter l'Église, considère-le comme un païen
et un publicain. Amen, je vous le dis : tout ce que vous aurez lié sur la terre
sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié
dans le ciel. Encore une fois, je vous le dis : si deux d'entre vous sur la
terre se mettent d'accord pour demander quelque chose, ils l'obtiendront de mon
Père qui est aux cieux. Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là,
au milieu d'eux. »
2° Si ton frère
commet un péché ...
Dans
l'Evangile de ce dimanche nous lisons : «
Si
ton frère a commis un péché, va lui parler seul à seul et montre-lui sa faute.
S'il t'écoute, tu auras gagné ton frère ».
Jésus parle de n'importe quel type de péché ; pas seulement du
péché commis
contre nous. Dans ce
cas, en effet, il est pratiquement impossible de savoir si ce qui nous pousse,
c'est le zèle pour la vérité, ou notre amour - propre blessé. Ce serait en tout
cas davantage de l'autodéfense que de la correction fraternelle.
Lorsque la faute est commise contre nous,
le premier devoir n'est pas la correction mais le pardon.
Pourquoi
Jésus dit-il : «
Va lui parler seul à seul et montre-lui sa faute ?
»
Tout d'abord par
égard pour la réputation de ton frère, pour sa
dignité. Le pire serait de vouloir corriger un mari en présence de sa femme
ou une femme en présence de son mari, un père devant ses enfants, un maître
devant ses élèves, ou un supérieur devant ceux qui dépendent de lui.
C'est-à-dire en présence des personnes dont on tient particulièrement au
respect et à l'estime. La chose se transforme immédiatement en procès public.
Ce sera bien difficile pour la personne d'accepter la correction de bon gré. Il
en va de sa dignité.
Il
dit «
seul à seul » aussi
pour donner à la personne la possibilité de
se défendre et d'expliquer son action en toute liberté. Très souvent en
effet, ce qui peut apparaître comme une faute à un observateur extérieur, ne
l'est pas dans les intentions de celui qui l'a commise.
Une explication franche dissipe beaucoup de malentendus. Mais cela
n'est plus possible lorsque les faits sont portés à la connaissance de
plusieurs.
Lorsque,
pour différentes raisons, il n'est pas possible de corriger fraternellement,
seul à seul, la personne qui a commis la faute, il y a une
chose qu'il faut absolument éviter de faire à sa place, c'est divulguer
inutilement la faute de ce frère, parler mal de lui, voire même le
calomnier, en faisant comme si ce qui n'est pas prouvé l'était, ou en exagérant
sa faute. «
Ne médisez pas les uns des autres
», dit l'Ecriture (
Jc 4, 11). Ce
n'est pas parce qu'on désigne maintenant le «
bavardage » par un autre terme, celui de «
gossip »
(2) qu'il devient une chose moins laide et moins
déplorable.
Un
jour, une femme alla se confesser auprès de saint Philippe Neri, s'accusant
d'avoir mal parlé de quelques personnes. Le saint lui donna l'absolution mais
également une étrange pénitence. Il lui demanda de rentrer chez elle, de
prendre une poule et de revenir le voir, en la plumant soigneusement tout le
long du chemin. Lorsqu'elle fut de retour devant lui, il lui dit : «
Maintenant rentre chez toi et ramasse une à
une les plumes que tu as laissé tomber en venant ici ». La femme lui fit
observer que cela était impossible : le vent les avait sûrement dispersées un
peu partout depuis. Mais c'est précisément là que l'attendait saint Philippe
Neri. «
Tu vois, lui dit-il, de même
qu'il est impossible de ramasser les plumes une fois dispersées par le vent, il
est impossible de retirer des commérages
et des calomnies une fois qu'ils ont été prononcés ».
En
revenant au thème de la correction, il faut reconnaître que le fait de réussir
à
donner une correction ne dépend pas
toujours de nous (malgré nos meilleures dispositions, l'autre peut ne pas
l'accepter, il peut se raidir) ; en revanche,
le fait de réussir à recevoir
une correction dépend toujours et exclusivement de nous. En effet, je
pourrais très bien être la personne qui «
a
commis le péché » et l'autre pourrait être le «
correcteur » : le mari, la femme, l'ami, le confrère ou le père
supérieur.
En
somme, il n'y a pas que la correction active, mais aussi la correction passive
; il n'y a pas que le devoir de corriger mais aussi celui de se laisser
corriger. Et c'est d'ailleurs là que l'on voit si une personne est suffisamment
mûre pour corriger les autres.
Celui qui
veut corriger les autres doit aussi être prêt à se laisser corriger à son tour.
Lorsque vous voyez que l'on fait une observation à une personne et que vous
l'entendez répondre avec simplicité : «
Tu
as raison, merci de me l'avoir fait remarquer ! », vous pouvez exprimer
votre respect, vous êtes devant un vrai homme ou une vraie femme.
Il
faudrait toujours lire l'enseignement du Christ sur la correction fraternelle
en même temps que ce qu'il dit à une autre occasion : «
Qu'as-tu à regarder la paille qui est dans l'il de ton frère ? Et la
poutre qui est dans ton il à toi, tu ne la remarques pas ! Comment peux-tu dire
à ton frère : ‘frère, laisse-moi ôter la paille qui est dans ton il', toi qui
ne vois pas la poutre qui est dans ton il ? » (
Lc 6, 41 s.).
Ce
que Jésus nous a enseigné concernant la correction peut être également très
utile dans l'éducation des enfants. La correction est l'un des devoirs
fondamentaux des parents. «
Quel est le
fils que ne corrige son père ? », dit l'Ecriture (He 12, 7) ; et encore : «
Redresse la plante tant qu'elle est
encore tendre si tu ne veux pas qu'elle grandisse de travers pour toujours ».
Le renoncement total à toute forme de
correction est l'un des pires services que l'on puisse rendre aux enfants
et malheureusement, cela est très fréquent aujourd'hui.
Il
faut seulement
éviter que la correction
se transforme en acte d'accusation ou en critique. Il faut plutôt
circonscrire le reproche à la faute commise, ne pas la généraliser en blâmant
en bloc toute la personne et sa conduite. Il faut au contraire profiter de la
correction pour souligner tout le bien que l'on reconnaît chez l'enfant et le
fait qu'on attend beaucoup de lui, afin que la correction apparaisse davantage
comme un encouragement que comme une disqualification. C'est la méthode
qu'utilisait saint Jean Bosco avec les jeunes.
Dans
les cas concrets, ce n'est pas facile de comprendre s'il vaut mieux corriger ou
laisser courir, parler ou se taire. Pour cela, il est important de tenir compte
de la règle d'or, valable dans tous les cas, que l'Apôtre donne dans la
deuxième lecture : «
Frères, ne
gardez aucune dette envers personne, sauf la dette de l'amour mutuel... l'amour
ne fait rien de mal au prochain ». Saint Augustin a tout synthétisé dans le
dicton «
Aime et fais ce que tu veux ».
Il faut s'assurer avant tout qu'il y a
dans notre coeur une disposition fondamentale d'accueil de la personne.
Ensuite, peu importe ce que nous déciderons de faire, que ce soit corriger ou nous
taire, ce sera bien, car l'amour «
ne
fait rien de mal au prochain ».
Traduit de l'italien par Zenit
1-
ROME, Vendredi 5
septembre 2008 (ZENIT.org <
http://www.zenit.org/> ) - Nous
publions ci-dessous le commentaire de l'Evangile du dimanche 7 septembre
proposé par le père Raniero Cantalamessa OFM Cap, prédicateur de la Maison
pontificale.
2- Terme anglais utilisé
fréquemment en italien, ndlr