Pages spirituelles
DE MEME QUE LE SERPENT DE BRONZE FUT ELEVE PAR MOÏSE DANS
LE DESERT...(1)
1° Evangile de Jésus Christ selon saint Jean 3,
13-17 :
Jésus disait à ses
disciples : «
Nul n'est monté
au ciel sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l'homme. De même
que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que
le Fils de l'homme soit élevé, afin que tout homme qui croit obtienne par lui
la vie éternelle. Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique :
ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie
éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le
monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé ».
2° Commentaire
du père Cantelamessa : De même que le serpent de bronze fut élevé par
Moïse dans le désert ...
Aujourd'hui,
la croix n'est pas présentée aux fidèles sous son aspect de souffrance, de dure
nécessité de la vie, ni même de chemin pour suivre le Christ, mais sous son
aspect glorieux, comme motif de fierté et non de pleurs. Voyons tout d'abord
l'origine de la fête. Celle-ci rappelle
deux événements éloignés l'un de
l'autre dans le temps.
-
1° Le premier est
l'inauguration, par l'empereur Constantin, de deux basiliques, une
sur le Golgotha et une sur le sépulcre du Christ, en
325.
-
2° L'autre événement, au VIIe siècle, est la
victoire chrétienne sur les Perses qui a
permis de récupérer les reliques de la croix, et leur retour triomphal à
Jérusalem.
Au
fil du temps, la fête a toutefois acquis une signification à part entière. Elle
est devenue la
célébration joyeuse du
mystère de la croix, instrument d'ignominie et de supplice,
que le Christ a transformée en instrument
de salut.
Ceci
est reflété par les lectures. La deuxième lecture repropose le célèbre hymne de
la Lettre aux Philippiens, où la croix est vue comme le motif de la grande «
exaltation » du Christ : «
il s'humilia
plus encore, obéissant jusqu'à la mort, et à la mort sur une croix ! Aussi Dieu
l'a-t-il exalté et lui a-t-il donné le Nom qui est au-dessus de tout nom, pour
que tout, au nom de Jésus, s'agenouille, au plus haut des cieux, sur la terre
et dans les enfers et que toute langue proclame, de Jésus Christ, qu'il est
Seigneur, à la gloire de Dieu le Père ». L'Évangile aussi parle de la croix
comme du moment où le Fils de l'homme a été «
élevé, afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle
».
Il
y a eu dans l'histoire
deux manières
fondamentales de représenter la croix et le crucifix. Nous les appelons,
pour des raisons pratiques, le mode ancien et le mode moderne :
-
1° Le
mode ancien, que l'on peut admirer dans les mosaïques des basiliques anciennes
et sur les crucifix de l'art roman, est un
mode
glorieux, festif, plein de majesté. La croix, souvent seule, sans le
crucifié, est parsemée de pierres précieuses, et projetée contre un ciel
étoilé, avec au-dessous l'inscription : « Salut du monde,
salus mundi », comme dans une célèbre mosaïque de Ravenne. Dans les
crucifix en bois de l'art roman, ce type de représentation s'exprime à travers
le
Christ qui trône en habits royaux et
sacerdotaux sur la croix, les yeux ouverts, le regard droit, sans une ombre de
souffrance, mais rayonnant de majesté et de victoire, non plus couronné
d'épines mais de pierres précieuses. C'est la traduction en peinture du verset
du psaume «
Dieu a régné du bois (de la
croix) » (
regnavit a ligno Deus).
Jésus parlait de sa croix en ces mêmes termes : comme du moment de son
‘exaltation' : ‘
Et moi, une fois élevé de
terre, j'attirerai tous les hommes à moi' » (
Jn 12, 32).
-
Le
mode
moderne commence avec l'art gothique et s'accentue toujours davantage,
jusqu'à devenir la manière ordinaire de représenter le crucifix, à l'époque
moderne. Un exemple extrême est la crucifixion de Matthias Grünewald sur
l'Autel de Isenheim.
Les mains et les
pieds se tordent autour des clous, la tête agonise sous un bandeau d'épines, le
corps est couvert de plaies. Les crucifix de Velasquez, de Salvador Dalì et
de tant d'autres, appartiennent également à ce genre.
Ces deux modes soulignent un aspect authentique du
mystère :
-
Le
mode
moderne - dramatique, réaliste, déchirant - représente la croix vue, d'une
certaine manière, « de face », dans toute sa réalité crue, au moment où l'on y
meurt.
La croix comme
symbole du mal, de la souffrance du monde
et de la terrible réalité de la mort. La croix est
représentée ici « dans ses
causes », c'est-à-dire dans ce qui en général la produit : la haine, la
méchanceté, l'injustice, le péché.
-
Le
mode ancien soulignait non pas les causes mais les effets de la croix
; non pas ce qui produit la croix mais ce
qui
est produit par la croix : la réconciliation, la paix, la gloire, la sécurité,
la vie éternelle. La croix que Paul définit « gloire » ou « fierté » du
croyant. La fête du 14 septembre est appelée «
l'exaltation » de la croix, car elle célèbre précisément cet aspect
«
exaltant » de la croix.
Il faut unir le mode
moderne de considérer la croix et le mode ancien, redécouvrir la croix
glorieuse. Si au moment de l'épreuve il nous a été utile
de penser à Jésus sur la croix en proie à la douleur et aux tourments, car nous
le sentions ainsi proche de notre souffrance, il faut maintenant penser à la
croix d'une manière différente. Je m'explique à travers un exemple. Nous venons
de perdre une personne chère, peut-être après des mois de souffrance. Eh bien,
il ne faut pas continuer à penser à elle telle qu'elle était sur son lit ; en
telle ou telle circonstance, dans quelle condition elle se trouvait à la fin,
ce qu'elle faisait, ce qu'elle disait, en se torturant peut-être le coeur et
l'esprit, et en alimentant d'inutiles sentiments de culpabilité. Tout cela est
fini, n'existe plus, c'est une chose irréelle ; en agissant ainsi, nous ne
faisons que prolonger la souffrance et la garder en vie de manière
artificielle.
Il y a des mères (je ne dis pas cela pour les juger mais
pour les aider) qui, après avoir accompagné un enfant pendant des années dans
son calvaire, refusent de vivre différemment une fois que le Seigneur l'a
rappelé à lui. À la maison, tout doit rester comme au moment de la mort de cet
enfant ; tout doit parler de lui ; les visites au cimetière sont continuelles.
S'il y a d'autres enfants dans la famille, ils doivent s'habituer à vivre eux
aussi dans ce climat imprégné de mort, avec de graves dommages psychologiques.
Toute manifestation de joie à la maison leur semble une profanation. Ces
personnes sont celles qui ont le plus besoin de découvrir le sens de la fête de
demain : l'exaltation de la croix.
Ce
n'est plus toi qui porte la croix, mais désormais c'est la croix qui te porte ;
la croix ne t'écrase plus, elle t'élève.
Il faut penser à la
personne aimée telle qu'elle est, maintenant que « tout est fini ».
C'est ce que faisaient les artistes anciens avec Jésus. Ils le contemplaient
tel qu'il est maintenant : ressuscité, glorieux, heureux, serein, assis sur le
même trône que Dieu, avec le Père qui a «
essuyé
toute larme de ses yeux » et lui a donné «
tout pouvoir sur la terre et dans les cieux ». Non plus en proie
aux tourments de l'agonie et de la mort. Je ne dis pas que l'on peut toujours
commander son coeur et l'empêcher de saigner en pensant à ce qui s'est passé,
mais
il faut essayer de faire prévaloir
la considération de la foi. Si non, à quoi sert la foi ?
1-
ROME, Vendredi 12
septembre 2008 (ZENIT.org <
http://www.zenit.org/> ) - Nous
publions ci-dessous le commentaire de l'Evangile du dimanche 14 septembre, fête
de l'Exaltation de la Croix, proposé par le père Raniero Cantalamessa OFM Cap,
prédicateur de la Maison pontificale.