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DIEU NE RETRIBUE PAS SEULEMENT EN FONCTION DU MERITE, MAIS
AUSSI DES BESOINS
Commentaire de l’évangile du dimanche 21 septembre, P.
Cantalamessa (1)
1° Evangile
de Jésus-Christ selon saint Matthieu (Mt
20, 1-16a) :
Jésus
disait cette parabole
: « Le Royaume des
cieux est comparable au maître d'un domaine qui sortit au petit jour afin
d'embaucher des ouvriers pour sa vigne.
Il se mit d'accord avec eux sur un
salaire d'une pièce d'argent pour la journée, et il les envoya à sa
vigne.
Sorti vers neuf heures, il en vit
d'autres qui étaient là, sur la place, sans travail. Il leur dit : 'Allez, vous
aussi, à ma vigne, et je vous donnerai ce qui est juste.' Ils y allèrent.
Il sortit de nouveau vers midi, puis vers
trois heures, et fit de même.
Vers cinq heures, il sortit encore, en
trouva d'autres qui étaient là et leur dit : 'Pourquoi êtes-vous restés là,
toute la journée, sans rien faire ?' Ils lui répondirent : 'Parce que personne
ne nous a embauchés.' Il leur dit : 'Allez, vous aussi, à ma vigne.'
Le soir venu, le maître de la vigne dit à
son intendant : 'Appelle les ouvriers et distribue le salaire, en commençant
par les derniers pour finir par les premiers.'
Ceux qui n'avaient commencé qu'à cinq heures s'avancèrent et reçurent
chacun une pièce d'argent.
Quand vint le tour des premiers, ils
pensaient recevoir davantage, mais ils reçurent, eux aussi, chacun une pièce
d'argent. En la recevant, ils récriminaient contre le maître du domaine :
'Ces derniers venus n'ont fait qu'une heure, et tu les traites comme
nous, qui avons enduré le poids du jour et de la chaleur !' Mais le maître
répondit à l'un d'entre eux : 'Mon ami, je ne te fais aucun tort. N'as-tu pas
été d'accord avec moi pour une pièce d'argent ? Prends ce qui te revient, et
va-t'en. Je veux donner à ce dernier autant qu'à toi : n'ai-je pas le droit de
faire ce que je veux de mon bien ? Vas-tu regarder avec un oeil mauvais parce
que moi, je suis bon ?'
2° Allez, vous aussi,
à ma vigne :
La
parabole des ouvriers envoyés travailler à la vigne à des heures différentes du
jour a toujours créé des difficultés chez les lecteurs de l'Evangile. La
manière de faire du patron qui donne la même paie à qui a travaillé une heure
et à qui a travaillé une journée entière est-elle acceptable ? Celle-ci ne
viole-t-elle pas le principe de la juste
récompense ? Aujourd'hui, les syndicats protesteraient en choeur si
quelqu'un agissait comme ce patron.
La difficulté naît d'une équivoque.
On considère la question de la récompense de manière abstraite ou de manière générale,
ou en référence à la récompense éternelle au ciel. Si l'on voit les choses
ainsi, il y a en effet une contradiction avec le principe selon lequel Dieu «
rendra à chacun selon ses oeuvres » (
Rm 2, 6). Mais Jésus fait ici référence
à une situation concrète, à un cas bien précis.
La seule rétribution qui est donnée à tous est le royaume des cieux que
Jésus a porté sur la terre ; c'est la possibilité d'entrer dans le salut
messianique. La parabole commence en disant : «
Le Royaume des cieux est comparable au maître d'un domaine qui sortit
au petit jour...».
Le problème est une fois encore
celui de la situation des juifs et des païens, ou des justes et des pécheurs, à
l'égard du salut annoncé par Jésus. Même si les païens (respectivement les
pécheurs, les publicains, les prostituées etc.) n'ont optés pour Dieu que
devant la prédication de Jésus, alors qu'avant ils étaient éloignés de Dieu («
oisifs »), ce n'est pas pour cela qu'ils occuperont dans le royaume une
position différente et inférieure. Eux aussi siègeront à la même table et
jouiront de la plénitude des biens messianiques. Plus encore, parce qu'ils se
montrent plus zélés à accueillir l'Evangile que ceux que l'on appelle les «
justes », voilà que se réalise ce que Jésus dit en conclusion de la parabole de
ce jour : «
Les premiers seront les
derniers et les derniers seront les premiers ».
Quand on a découvert le royaume,
c'est-à-dire quand on a embrassé la foi, alors
il y a effectivement de la place pour la diversité. Le destin de
celui qui sert Dieu toute sa vie, faisant fructifier au maximum ses talents,
par rapport à celui qui donne à Dieu seulement les résidus de sa vie, avec une
confession préparée d'une certaine manière au dernier moment, n'est plus le
même.
La
parabole renferme aussi un enseignement d'ordre spirituel d'une très grande
importance :
Dieu nous appelle tous et
appelle à toutes les heures. La question, en somme, est celle de l'appel,
plus que celle de la récompense. C'est dans ce sens que notre parabole a été
utilisée dans l'exhortation de Jean-Paul II sur «
La vocation et la mission des laïcs dans l'Eglise et dans le monde »
(
Christifideles laici). «
Les fidèles laïcs... appartiennent à ce
peuple de Dieu, représentés par les ouvriers de la vigne... Allez vous aussi à
ma vigne... L'appel ne s'adresse pas seulement aux pasteurs, aux prêtres, aux
religieux et aux religieuses, il s'étend à tous, les fidèles laïcs sont eux
aussi appelés personnellement par le Seigneur » (1-2).
Je
voudrais attirer l'attention sur un aspect qui est peut-être marginal dans la
parabole, mais combien ressenti et vital dans la société moderne : le problème
du chômage. À la question du patron : «
Pourquoi
êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ? », les ouvriers
répondent : «
Parce que personne ne nous
a embauchés ». Cette réponse décourageante pourrait être donnée aujourd'hui par
des millions de chômeurs. Jésus n'était pas insensible à ce problème. S'il
décrit aussi bien cette scène, c'est parce que tant de fois son regard s'est
posé avec compassion sur ces groupes d'hommes assis par terre, ou appuyés
contre des murs, les pieds reposant sur un muret dans l'attente d'être «
engagés ».
Ce patron sait que les ouvriers de la dernière
heure ont les mêmes nécessités que les autres, ont aussi des enfants à nourrir,
comme ceux de la première heure. En donnant à tous la même paie, le
patron montre ne pas tenir compte
uniquement du mérite, mais aussi du besoin. Nos sociétés capitalistes
basent la récompense uniquement sur le mérite (souvent plus nominal que réel)
et sur l'ancienneté de service, et non sur les besoins de chaque personne.
C'est au moment où un jeune ouvrier a le plus besoin de gagner de l'argent pour
construire sa maison et une famille que son salaire est le plus bas, alors qu'à
la fin de sa carrière, quand désormais il en a moins besoin, la récompense
(spécialement au sein de certaines catégories sociales), est à son maximum. La
parabole des ouvriers dans la vigne nous invite à
trouver un plus juste équilibre entre les deux exigences du mérite et
du besoin.
1-
Commentaire de
l'Evangile du dimanche 21 septembre, XXVème dimanche du temps ordinaire,
proposé par le père Raniero Cantalamessa OFM Cap, prédicateur de la Maison
pontificale.