Environnement
PROJET DE LOI GRENELLE
2 : LE COMPTE N’Y EST PAS
Montreuil, le 18 septembre 2008
Si le projet de loi dit « Grenelle 2 »,
en cours de finalisation, apporte, selon les informations dont nous disposons à
ce jour, certaines avancées notables, notamment dans le domaine de la
rénovation thermique, il ne donne toujours aucune indication sur les moyens
alloués. Pire, il fait l’impasse, tout comme le projet de loi précédent, sur
plusieurs engagements essentiels du grenelle.
Dans
le domaine de la rénovation thermique des logements, alors que nous n’y
croyions plus, le
caractère obligatoire
des rénovations a refait son apparition. Les travaux d’amélioration de la
performance énergétique devront être réalisés dans les bâtiments entre 2012 et
2027. «
Cependant, pour Cyrielle den
Hartigh, chargée de campagne sur les changements climatiques aux Amis de la
Terre
, l’absence de normes d’efficacité énergétique et de procédures de
contrôles et de pénalités rend fragile cette mesure. Nous attendons donc
avec prudence les décrets d’applications. De plus, à l’intérieur de cette
période, des échéances à plus court terme devront être fixées par catégories de
bâtiments afin de donner plus de lisibilité aux professionnels et aux
propriétaires ».
Les
Amis de la terre regrettent par ailleurs que la
participation du public au processus de décision ne soit
toujours pas prise au sérieux. En
effet, la réforme des enquêtes publiques se contente d’un toilettage de cet
instrument, sans saisir l’opportunité d’en faire un lieu de débat effectif. Par
ailleurs, la réforme des études d’impact ne répond pas au principal enjeu qui
serait d’en garantir la qualité et l’indépendance en cassant le rapport
prestataire / client qui fausse le résultat de ces études, au détriment de
l’environnement
D’autres
mesures du projet de loi, si elles paraissent anodines voire intéressantes de
prime abord, s’avèrent dans les faits extrêmement dangereuses. Ainsi,
concernant l’agriculture, la notion d’«
exploitation
de haute valeur environnementale », par le
système de certification qu’elle suppose et qui sera inaccessible
techniquement et financièrement aux petites exploitations, menace l’autonomie
et la survie des petites fermes diversifiées, biologiques ou paysannes qui
garantissent le mieux la préservation du territoire et de la biodiversité.
Cette nouvelle certification qui sera réservée aux grandes exploitations n’est
même pas définie dans le projet de loi, laissant la porte ouverte à des
critères au rabais.
De
plus, le projet de loi d’ «
accélération
de la mutation environnementale de la société » reste toujours aussi
flou sur les moyens alloués : Comment
sera favorisée la conversion en agriculture biologique pour atteindre les
objectifs fixés par le grenelle ? Comment sera accompagné le développement des
transports collectifs ? Quels moyens seront alloués à la formation
professionnelle pour faire évoluer les pratiques dans l‚agriculture ou dans le
bâtiment ? Autant de questions sans réponse. La loi de finance qui sera bientôt
débattue apportera t-elle des réponses ? Pour Claude Bascompte, président des
Amis de la Terre,
« il est permis d‚en
douter. Le processus grenelle dans lequel nous nous étions engagés est
définitivement terminé. Nous recevons les projets de loi une fois qu’ils sont
rendus publics. Et les réponses précises sur les moyens alloués et sur les
mesures concrètes d’application du grenelle sont reportées à d’autres lois,
d’autres décrets ».
Les
Amis de la Terre sont particulièrement préoccupés par tout ce qui n‚est a
priori pas dans le projet de loi actuel : aucune mention par exemple du
schéma national des infrastructures de
transport qui aurait dû être établi avec les parties prenantes du grenelle
dès mars 2008 et qui semble définitivement enterré. Comment parler d’un
changement de politique de transport, sans une vision globale et partagée des
infrastructures à réaliser dans les années à venir ? De même, on ne retrouve
rien concernant l’expertise indépendante et la place de la société civile dans
les choix en matière de priorités de recherche.
Les
Amis de la Terre ne retrouvent pas les engagements du grenelle dans ce projet
de loi et demandent instamment au gouvernement et aux parlementaires de revoir
ce texte pour ne pas acter la rupture définitive du processus grenelle qui
avait suscité tant d’espoir.
Contact presse :
Caroline Prak - Les Amis de la Terre
Tél. : 01 48 51 32 22 - 06 86 41 53 43