Organisations internationales; DETTE
AU DEVELOPPEMENT AU DEFI DE L’EFFICACITE A ACCRA
INFODETTE (1)
05 Septembre 2008
Le troisième Forum de haut niveau sur l’efficacité
de
rassemble les gouvernements et les agences multilatérales du
2 au 4 septembre 2008 à Accra (Ghana).
Cette rencontre s’inscrit dans un processus politique lancé à Rome en 2003 et
réaffirmé à Paris en 2005, où une Déclaration a été adoptée en vue de
réformer en profondeur les pratiques des
acteurs de
publique au développement. Après une décennie 1990 marquée
par la «
fatigue de
» – une
réduction constante de la part des budgets des pays industrialisés consacrés à
au développement –,
l’augmentation
de
est redevenue un objectif politique international, non seulement
d’un point de vue
quantitatif, mais
aussi d’un point de vue
qualitatif.
L’agenda
de l’efficacité de
comporte des avancées théoriques indéniables. Tout
d’abord elle reconnaît que les problèmes de
qualité de
ne trouvent pas uniquement leurs sources dans les
défaillances des institutions du Sud. Elle invite les bailleurs à remettre en
question leurs propres manières d’envisager et de pratiquer
au
développement, selon une logique de «
responsabilité mutuelle » entre
bailleurs et pays bénéficiaires. Ensuite, parce qu’elle réaffirme la primauté
d’un principe essentiel, celui de l’«
appropriation
», soit la maîtrise par les pays bénéficiaires de la conception et de la
mise en oeuvre de leur stratégie de développement et des politiques publiques
qui en découlent, sur lesquelles les bailleurs doivent ensuite « s’aligner ».
Enfin,
parce qu’elle
s’attaque à des carences
réelles de la machinerie de
, dont la portée négative sur les
dynamiques de développement a trop longtemps été occultée par les bailleurs.
Parmi celles-ci le problème causé par la prolifération, dans les pays
bénéficiaires, de projets ayant chacun leurs objectifs et leurs procédures, qui
monopolisent une part considérable des maigres ressources humaines des
administrations locales et dont la mise en œuvre
échappe à tout cadre d’action cohérent. En guise d’exemple, de 2000
à 2002, l’administration tanzanienne a dû gérer 1.300 projets impliquant 1.000
réunions par an avec les bailleurs, ainsi que la rédaction de 2.400 rapports
par trimestre ! Au point que le gouvernement a fini par imposer des «
vacances de missions » de quatre mois
durant lesquelles aucune visite de donateurs n’a été acceptée, de manière à ce
que les fonctionnaires tanzaniens puissent enfin se concentrer sur la mise en
œuvre des politiques de développement. C’est pourquoi les bailleurs se sont
engagés à améliorer l ’
« harmonisation » de leurs politique
d’aide au développement.
La
traduction de ces principes en actions vertueuses sur le terrain, porteuses de
changements durables en termes de conditions de vie des populations en
développement, butte cependant sur plusieurs
obstacles majeurs :
grandes difficultés à passer des paroles
aux actes, tant les intérêts nationaux de tous types continuent à
prédominer leur agenda (influence géopolitique, exigence de visibilité,
placement d’une assistance technique, etc.). L’Union européenne, qui concentre
plus de 55% de
mondiale, a une responsabilité toute particulière en la
matière.
craindre que la coordination des appuis
ne soit pas conduite par les pays bénéficiaires en fonction de leurs propres
priorités, mais
que les bailleurs se
coordonnent entre eux en vue de donner plus de poids à une série de
conditionnalités que les récipiendaires n’auraient d’autre choix que
d’accepter. Ce scénario, qui réduit drastiquement le champ des possibles en
matière d’options de développement, est tout le contraire d’une véritable «
appropriation », d’ailleurs réduite par
les critères de la Déclaration de Paris à l’existence d ’un Document
stratégique de réduction de la pauvreté (DSRP) avalisé par le FMI et la Banque
mondiale. Il n’est pas désirable sur le plan du développement, car l’échec de
vingt ans d’ajustement structurel, dont le cadre macroéconomique reste
largement de mise dans les DSRP, a amplement démontré que seules les stratégies
«
home grown », qui s’enracinent dans
les contextes nationaux, ont une chance de donner des résultats. Il n’est plus
très réaliste politiquement non plus, à l’heure où l’arrivée en force de
bailleurs émergents (Chine, Inde, Brésil, etc.) donnent de
nouvelles perspectives de coopération Sud - Sud qui cassent le monopole
occidental en matière d’aide au développement.
Mais
aussi pertinent soit le débat sur l’efficacité de
, il ne peut masquer ni
celui sur la
quantité de
, ni
celui sur le contexte plus global des politiques de développement internationales.
Or malgré les engagements répétés des pays industrialisés d’atteindre 0,7% de
leur PNB en aide au développement, les
montants
d’aide ont diminué ces dernières années, passant entre 2006 et 2007 de 0,31 à
0,28% au niveau mondial, de
0,41 à
0,38% au niveau européen et de
0,50
à 0,43% au niveau belge. Plus grave encore est le fait que les montants
d’aide
ne pèsent guère lourds face aux
flux qui sortent chaque année des pays en développement vers les pays
industrialisés. Ainsi, entre 2002 et 2006, si 84 milliards de dollars d’aide
ont en moyenne été versés chaque année aux pays en développement, ces derniers
ont vu sortir 456 milliards pour le paiement de leur dette extérieure et 619
milliards de flux illicites!
Si on ajoute à cela les
règles inéquitables du commerce
international et les réserves accumulées pour faire face à l’instabilité
financière internationale provoquée par la libéralisation des mouvements de
capitaux internationaux et l’incohérence des systèmes monétaire, financier et
commercial internationaux, on réalise que l’enjeu de l’efficacité de
au
développement ne peut être sérieusement abordé en dehors du contexte plus
général de la cohérence des politiques de coopération internationale, qui sera
abordé fin novembre 2008 à Doha dans le cadre du sommet mondial de l’ONU sur le
financement du développement.
Quelques remarques sur le Forum d’Accra :
Cette
troisième édition du Forum était différente des précédentes en ce qu’elle
s’inscrivait dans un nouveau contexte d’aide internationale. Ainsi, de
nouveaux bailleurs, tels que la
Chine et l’Inde, rapidement devenues
des puissances économiques, ont fait irruption sur la scène de la coopération
internationale. Un nombre croissant de programmes internationaux ont par
ailleurs vu le jour, ciblés en fonction de problèmes d’aide bien spécifiques.
Près
de 700 représentants d’organisations de la société civile de tous les
continents ont participé au Forum des OSC sur l’efficacité de
qui s’est
déroulé en amont du Forum officiel, auquel 80 de ces délégués ont ensuite pu
porter les messages des OSC, résumés en une
déclaration de la société civile.
Les conclusions d’Accra analysées par Eurodad :
Le
4 septembre, à Accra, les ministres des pays en développement et des pays
donateurs ainsi que les dirigeants des agences multilatérales et bilatérales de
développement ont adopté le
Programme
d’action d’Accra (Accra Agenda for Action – AAA, en anglais). Cette
déclaration de principe est à la fois le fruit de discussions de longue date et
de négociations de dernière minute qui ont permis d’éviter un fiasco total. Au
dernier moment, en effet, différentes dates intermédiaires d’action furent
inscrites au programme afin de faciliter l’avancée des progrès, et certains
passages furent étoffés. Rien de révolutionnaire, mais le pire fut évité.
Examinons les principaux points du programme plus en détail :
- Renforcer l’appropriation, (§13 et §20) :
Bien
que les pays adhérents ne prévoient aucun indicateur ni aucune action concrète
dans ce domaine, la déclaration reconnaît plus explicitement
les droits de l’homme et le rôle des autres
acteurs dans le développement. Les pays en développement s’engagent à «
collaborer plus étroitement avec les
instances parlementaires et les autorités locales dans la préparation, la mise
en œuvre et le suivi des stratégies nationales de développement » et à «
s’associer avec les organisations de la
société civile ». Les donneurs, eux, encourageront les capacités de ces
acteurs à «
prendre une part active dans
le dialogue sur les stratégies de développement ». Donneurs et pays en
développement s’engagent en outre à «
veiller
à ce que leurs politiques et programmes de développement respectifs soient
conçus et mis en œuvre en cohérence avec les engagements internationaux qu’ils
ont pris en matière d’égalité des sexes, de droits de l’homme, de handicap et
de protection de l’environnement. » (§ 13)
Dans
le § 20, les signataires
reconnaissent
expressément le rôle des OSC et s’engagent à s’impliquer à leurs côtés. A
ce titre, ils saluent leur proposition de mener un processus multipartite qui
devrait contribuer à l’efficacité du développement.
- Le recours aux systèmes nationaux, (§15) :
Cette
question a fait l’objet des débats les plus virulents, les Etats-Unis se
montrant très réticents à tout engagement supplémentaire en la matière. L’étude
de Paris a révélé de grandes disparités dans les progrès réalisés par les
donateurs dans ce domaine et ce, même dans les pays dont les systèmes ont été
améliorés. La version définitive de l’AAA a toutefois intégré un nouvel
indicateur : «
Les gouvernements
donateurs veilleront à acheminer au
moins 50% de leur assistance aux autres gouvernements par le biais des systèmes
fiduciaires nationaux » (§15e).
Les
donateurs se sont également engagés à «
utiliser
en premier choix les systèmes nationaux » pour acheminer leur aide au
secteur public. S’ils choisissent de recourir à la clause de résiliation pour
ne pas utiliser les systèmes nationaux, les donateurs s’engagent à en spécifier
les raisons de manière transparente.
- La division du travail, (§17) :
La
Commission européenne a pesé de tout son poids pour que la question de la
division du travail soit approfondie. Les créanciers s’engagent à veiller à ce
que la progression de la division du travail «
n’entraîne pas une diminution de
accordée aux pays en
développement ». Par ailleurs, deux actions plutôt vagues ont en dernière
minute été assorties de dates intermédiaires. (§17)
* Créanciers et pays en développement
devront évaluer les progrès réalisés au regard des principes de bonne pratique
en matière de division du travail ainsi que des projets de coordination, « à
partir de 2009 ».
* Créanciers et pays en développement «
entameront un dialogue sur le phénomène de division internationale du travail à
travers les pays d’ici juin 2009. »
- Le déliement de
, (§18) :
Aucune avancée
n’a été observée sur la
question du
déliement de
depuis que le CAD de l’OCDE a décidé, en mai 2008, de
délier
de huit pays supplémentaires, tous déjà intégrés à l’initiative
PPTE.
(2)
Les donneurs se sont engagés à «
élaborer
des programmes individuels qui favoriseront autant que possible le déliement de
leur aide » (§18b), mais n’ont prévu pour cela aucune date butoir ni aucun
objectif. Ils n’ont par ailleurs pris aucune mesure qui aille dans le sens d’un
déliement de l’assistance technique – auquel s’oppose une grande partie des
créanciers, notamment européens – ou de
alimentaire – question sur
laquelle les Etats-Unis se sont montrés intransigeants.
- Les fonds mondiaux / La coopération Sud - Sud, (§
19) :
Les
donateurs ont admis le fait que les
fonds
mondiaux pouvaient contribuer au fractionnement de
et se sont
engagés à «
veiller à utiliser les
modalités d’aide déjà en place et, si nécessaire, à les renforcer avant
d’envisager d’en créer de nouvelles qui risqueraient d’aggraver la
fragmentation de
et de compliquer la coordination au niveau local ».
Le
Brésil, suivi par différents donateurs de dernière génération, a obtenu l’ajout
d’un paragraphe reconnaissant le
rôle
prépondérant de la coopération Sud - Sud. Le Brésil et divers pays en
développement se sont montrés extrêmement critiques à l’égard du système actuel
de gouvernance de
.
- Transparence et responsabilisation (§ 24) :
Les
organisations de la société civile se sont mobilisées pour revendiquer
davantage de transparence, et ont également saisi l’occasion pour lancer une
nouvelle initiative, la campagne «
Publiez
ce que vous financez ». Les donateurs ont
revalorisé les critères de transparence et de responsabilisation et
se sont engagés à «
publier, en temps
voulu, des informations régulières et détaillées sur le volume, les modalités
et, si possible, sur les résultats de leurs dépenses pour le développement ».
Ils ont également convenu que le contrôle de
devait être réalisé par le
biais «
de sources indépendantes et
crédibles » (mais n’ont pas précisé qui déterminerait la « crédibilité »
des sources) et se sont engagés à procéder à « une réévaluation des propositions
de renforcement des mécanismes (de responsabilisation mutuelle) d’ici fin 2009.
»
L’AAA
fait plusieurs fois état de
l’engagement
des donateurs à lutter contre la corruption et à «
prendre des mesures, à l’intérieur de leurs propres frontières, pour
éradiquer la corruption individuelle ou institutionnelle et à tracer, geler et
recouvrer les avoirs illégalement acquis », mais ne prévoit ni objectif ni
date précise à cet égard.
- La conditionnalité (§25) :
Si
l’AAA reconnaît qu’il existe un lien entre appropriation et conditionnalité, il
ne contient malheureusement
aucun accord
relatif à la réduction de la conditionnalité, malgré les revendications des
pays en développement et de la société civile à ce sujet. Il mentionne en
revanche l’engagement des donateurs à «
publier dès à présent toutes les
conditions liées aux déboursements » et à «
privilégier les conditionnalités
harmonisées et basées sur les
résultats » ainsi que les conditions «
décidées d’un commun accord ».
- La prévisibilité de
(§26) :
Les
donateurs se sont engagés à
améliorer la
prévisibilité de
à moyen terme, en «
fournissant, en temps voulu, une information régulière sur leurs
dépenses prévisionnelles et/ou sur leurs plans de mise en œuvre budgétaire sur
trois à cinq ans », ce qui constitue en soi une certaine victoire. Les pays
en développement devront en revanche veiller à s’assurer que les donateurs leur
transmettent bien une information pertinente et détaillée et non pas de simples
plans de financement généraux.
- L’après Accra
L’AAA
propose que les conclusions d’Accra soient présentées lors du Sommet sur les
OMD qui aura lieu en septembre ainsi qu’à la conférence de suivi sur le
financement du développement prévue à Doha en novembre prochain. La légitimité
du CAD de l’OCDE, faisant figure de Forum de négociation de
, a été
fortement remise en question, alors que le Forum de l’ECOSOC pour la
coopération en matière de développement (FCD) a été salué pour sa «
contribution au dialogue international et à
la responsabilisation mutuelle en matière d’aide. » Le
prochain Forum de haut niveau aura lieu en 2011, dans un lieu qui
reste encore à définir. Serait-il possible que l’OCDE et le FCD l’organisent
conjointement ?
Conclusion :
Le résultat final est certes loin d’être
révolutionnaire, mais la combinaison de la pression permanente exercée par la
société civile, des contributions concrètes des gouvernements des pays en
développement et de l’impulsion politique de dernière minute donnée
collectivement par les gouvernements européens a permis de progresser doucement
vers un consensus pour une amélioration de la qualité de
. L’avenir nous
dira ce qu’il en est… D’ici là, les organisations de la société civile
poursuivront leur travail de plaidoyer et leur suivi sur la question.
1-
Auteurs : Arnaud Zacharie, secrétaire général du Centre national de
coopération au développement (CNCD-11.11.11), professeur à l’ULB et coauteur de
« Financer le développement » (2008). François Polet, chargé de recherche au
Centre tricontinental (CETRI - Le CETRI vient de publier L'aide européenne -
Points de vue critiques du Sud (Alternatives Sud, Paris, 2008).
(2)
Bolivie, Cameroun, Côte
d’Ivoire, Ghana, Guyane, Honduras, Nicaragua et République du Congo.