Paradis fiscaux et judiciaires
DRESSER LES VAUTOURS: LES NOUVELLES MESURES SUFFIRONT-
ELLES POUR PROTEGER LES GAINS DES ALLEGEMENTS DE DETTE?
28 August 2008
Au cours des 18
derniers mois, les activités des fameux fonds vautours – ou sociétés spéculant
sur les créances d’entreprises ou de pays souverains surendettés – ont fait la
une de tous les médias internationaux. On a ainsi pu lire certains gros titres
qui alertaient le lecteur : «
Les
vautours affament les pays en développement », «
Comment les plus grands cabinets d’avocats
londoniens aident les fonds vautours à dévorer leur proie », ou
encore «
Fonds vautours contre pays
pauvres '1) ». La polémique a véritablement démarré
en 2007, lorsqu’une société du nom de Donegal International a saisi les
tribunaux londoniens et exigé du gouvernement de Zambie le remboursement de 55
millions de USD sur une dette rachetée au prix sacrifié de 3,2 millions de USD.
La société s’est à l’époque finalement vu accorder 15,4 millions de USD.
Depuis, ONG et gouvernements se sont mobilisés pour avertir de la menace que
représentent les procès intentés par des fonds vautours agressifs sur les
maigres bénéfices que des pays comme la Zambie ont récemment pu tirer des
annulations de dette.
Depuis
lors, les gouvernements de pays créanciers, la Belgique, le Royaume-Uni ou
encore les Etats-Unis ont annoncé pléthore de mesures contre ce genre de
pratiques. Différents organismes internationaux, parmi lesquels la Commission
européenne, le Club de Paris et la Banque mondiale, ont également pris leurs dispositions
pour combattre les fonds prédateurs – des initiatives en bonne partie incitées
par le travail de plaidoyer et de sensibilisation mené par les organisations
membres d’Eurodad et leurs partenaires dans ces différents pays.
Dans ce rapport,
nous présenterons quelques-unes des politiques les plus récentes en la matière
et en proposerons une analyse critique, puis tenterons de répondre à certaines
questions : Ces mesures sont-elles suffisamment solides ?
Permettront-elles d’atteindre les objectifs fixés? Qu’en pensent les
gouvernements des pays pauvres très endettés? Que proposent-ils ? Nous
évoquerons également l’augmentation préoccupante du nombre de procès intentés
ces derniers mois par des fonds vautours, notamment contre les pays les plus défavorisés
de la planète. Nous conclurons par un appel à l’action immédiate autour de
différentes propositions que nous considérons plus susceptibles d’être
efficaces sur le long terme.
Les principales propositions
d’Eurodad sont les suivantes :
- Les gouvernements devraient promulguer de nouvelles
législations nationales pour
empêcher
les fonds vautours de faire valoir leurs créances devant les tribunaux
nationaux. Exploiter la dette souveraine de pays en développement en
difficulté devrait être puni par la loi.
- Les gouvernements devraient
préciser clairement que tous les
créanciers sont tenus d’appliquer les mesures d’allègement de dette décrétées
par la communauté internationale. Les gouvernements des pays industrialisés
devraient afficher leur soutien aux pays en développement qui décident de ne
pas régler les créances exigées par des fonds commerciaux de spéculation mais
exigent de ces derniers qu’ils s’alignent sur les mêmes conditions d’allègement
de dette que les autres créanciers.
- La communauté internationale devrait
promouvoir activement l’instauration d’une procédure équitable et
transparente de résolution de la dette à l’échelon international. Ce cadre
garantirait un traitement juste et efficace des demandes de remboursement
légitimes des créanciers tout en assurant la protection des citoyens des pays
débiteurs. Le processus de suivi sur le Financement du développement
actuellement mené par les Nations unies devrait à cet égard déboucher sur un
plan concret assorti d’un échéancier précis.
- La communauté internationale devrait
encourager l’établissement de normes internationales – juridiquement
contraignantes – en matière de financement responsable et assortir ces
dernières de dispositions limitant les droits des créanciers à assigner unilatéralement
une autre entité en justice. Les propositions présentées dans la Charte
d’Eurodad pour un Financement responsable représentent à cet égard une démarche
constructive.
(2)
- La communauté internationale devrait s’employer à
résoudre le problème des paradis fiscaux
sans plus attendre, car ces places financières facilitent les activités des
fonds vautours. Les mesures les plus urgentes à entreprendre seraient
d’instituer un prélèvement obligatoire sur les transactions effectuées par le
biais de paradis fiscaux et de prévoir des sanctions pour ceux d’entre eux qui
ne coopèrent pas dans la publication des informations qu’ils détiennent. Les
gouvernements devraient contraindre les entreprises à rendre des comptes sur
leurs activités financières et à ventiler ces données par pays.
- Les gouvernements débiteurs devraient
réformer leurs procédures d’emprunt afin de les rendre
transparentes et participatives et d’être en mesure de rendre des comptes aux
citoyens. Ces mesures devraient s’accompagner d’une mise à niveau systématique
des capacités de l’Etat à gérer la dette.
Dresser les Vautours: Les Nouvelles Mesures Suffiront- Elles
Pour Proteger les Gains des Allegements de Dette? : 2.5 Kb
1-
Consulter: Guardian, How top London law firms help vulture
funds devour their prey, October 17 2007:
http://www.guardian.co.uk/business/2007/oct/17/debt.law , Guardian, Vultures
leave the developing world hungry, October 20 2007:
http://www.guardian.co.uk/society/2007/oct/20/internationalaidanddevelopment.debt
et Le Monde, Fonds vautours contre pays pauvres, par Danny Leipziger, 25 juin
2007 : http://www.lemonde.fr
2- Charte d’Eurodad pour un Financement Responsable, février
2008: http://www.eurodad.org/whatsnew/reports.aspx?id=2060