Paradis fiscaux et judiciaires
MALTE, UN NOUVEAU «GLADIATEUR» EN EUROPE? (1)
L'île de la Méditerranée a trouvé un bon
équilibre entre la satisfaction des exigences de son statut de membre de l'UE
et la préservation de son attractivité.
Qu'ont
en commun les films Le Gladiateur et Troie? Ces deux superproductions évoquent
une fresque historique, direz-vous, et arborent un casting impressionnant avec
des acteurs de légende. Mais il y a un autre élément, souvent méconnu, qui lie
les deux films. Les deux ont été partiellement tournés à Malte.
Cette île pittoresque située en mer
Méditerranée a servi de théâtre à de nombreux films à grand budget. La
liste est longue et inclut des productions telles que Munich, Casino Royale,
L'Espion qui m'aimait, le Da Vinci Code.
Qu'est-ce
qui attire l'industrie du film à Malte?
La
société de production qui offre ces facilités à l'industrie cinématographique
fait un bon travail. La situation de Malte (à trois heures de vol depuis
Londres et à deux heures depuis Zurich) est aussi un facteur propice. Mais ces
éléments n'expliquent pas tout. À la source de la plupart des décisions
commerciales, on trouve souvent la fiscalité.
Des avantages fiscaux sont offerts à l'industrie cinématographique à
Malte et les résultats sont clairs.
La montée en puissance de ce petit
Etat d'Europe n'est pas si surprenante lorsque l'on voit le parcours de
combattant auquel il a été soumis. Dans les années 80, le gouvernement de Malte
envisage de mettre en place un véritable centre financier offshore, avec des
avantages fiscaux et un secret bancaire. Mais cela interfère alors avec une
autre aspiration maltaise: celle de rejoindre l'Union européenne (UE). En
1988, alors que le pays vient
d'introduire une législation offshore, il modifie son approche. Il
élimine son régime offshore, devient
candidat à l'adhésion à l'UE en 1990 et remanie sa législation financière en
1994. Puis, lorsque Malte devient membre de l'UE en 2004, son secteur
financier a passé tous les tests de fiabilité onshore européens. Ces quinze
dernières années, Malte a complété le programme de réforme législative de son
secteur financier - pour l'aligner sur les meilleures pratiques internationales
- et a conclu un accord avancé sur les questions fiscales avec l'OCDE. Le pays
s'est en outre engagé à ne pas introduire un régime qui serait considéré comme
dommageable aux yeux de l'OCDE.
Après
avoir pris des mesures pour la mise en place d'un régime onshore intégré, Malte
s'est efforcée de se débarrasser de son image de paradis fiscal. Depuis, elle a
été retirée de la liste noire de certains pays et sa réputation est celle d'une
juridiction sérieuse et efficace.
Un paradis approuvé par l'UE :
Mais
le chemin n'a pas toujours été facile. Le système fiscal maltais a fait l'objet
d'un examen minutieux de la Commission européenne par le passé et des
amendements majeurs ont dû être apportés pour que le pays soit en phase avec
les principes de l'UE. L'avantage de ces amendements est que le régime fiscal
de Malte a désormais le sceau de l'approbation de l'UE, avec la sécurité juridique
que cela implique. Malte a trouvé un bon équilibre entre la satisfaction des
exigences de son statut de membre de l'UE et la préservation de son
attractivité pour les étrangers (sociétés ou individus).
Selon
le fameux indice Tax Misery and Reform, publié par le magazine Forbes pour
2008,
Malte se classe comme le cinquième
pays le plus attrayant fiscalement au monde, et le premier dans l'UE, en
termes d'impôts et de cotisations sociales payés par les entreprises. Il n'est
dès lors pas surprenant que le nombre d'entités incorporées sur l'île continue
de croître. C'est le cas des banques étrangères. Trois nouvelles banques se
sont implantées au cours de la seule année 2007, élevant le nombre de
banques étrangères opérant à Malte à 72% du
total. Dans un magazine économique local, le CEO de Mediterranean Bank,
établissement fondé à Malte en 2005 et ayant des intérêts suisses, a confirmé
que la «
stabilité de Malte est un facteur
important de son attractivité en tant que place bancaire».
En un mot, dans le domaine de
la fiscalité des entreprises, l'impôt sur le revenu à Malte est de 35%. Le
fardeau total peut néanmoins être réduit ou éliminé après la distribution des
dividendes, sous certaines conditions. Malte ne prélève pas d'impôt à la source
sur les dividendes, les intérêts ou les redevances et n'a pas de règles de sous
-capitalisation ni de ratios minimaux de fonds propres. Elle
ne taxe pas le capital ou la fortune et n'a
pas de droit de timbre sur les transferts de droits de participation
détenus par des non-résidents. Les contribuables peuvent bénéficier de
l'exonération participative, récemment introduite, qui les exempte de l'impôt
sur les dividendes et les gains en capital, sous certaines conditions. De plus,
les directives de l'UE sont applicables et la juridiction a conclu un réseau de
traités de double imposition croissants (48 traités sont actuellement en
vigueur).
S'implanter à Malte offre aussi des
avantages de faibles coûts opérationnels, de personnel et de
logement. Ces coûts atteignent la moitié ou même le tiers des hubs rivaux, tels
que Dublin et Luxembourg. Grâce à cela, Malte a attiré avec succès les
activités d'assurance captive des grands constructeurs automobiles. BMW a par
exemple déménagé son unité d'assurance captive de Dublin à Malte. D'autres
multinationales - comme Lufthansa, Renault, Peugeot Citroën, Volkswagen et
Vodafone - s'y sont aussi établies.
Le
régime d'impôts maltais a également une
incitation
supplémentaire pour les fortunes privées: Malte ne prélève pas d'impôt à la
source sur les dividendes et cela en fait une juridiction très appropriée pour
les holdings des personnes qui ne veulent pas se fier aux traités lors des
entrées ou des sorties de l'UE. Pour les étrangers, qui envisagent une
juridiction attrayante où s'établir, Malte peut s'avérer idéale. Ancienne
colonie anglaise pendant 164 ans, elle a adopté de nombreux concepts
britanniques dans ses lois fiscales. Comme le Royaume-Uni, Malte distingue
entre les notions de résidence et de domicile et adopte le concept de remittance
basis. Les étrangers qui se qualifient pour la
«résidence permanente à Malte» sont imposables à un taux forfaitaire
réduit. L'impôt maltais n'est payable que sur un revenu de source maltaise
et sur les revenus de source non maltaise, lorsque ces revenus sont
effectivement rapatriés à Malte. Il n'existe pas d'impôts sur les plus-values
générées hors de Malte, qu'ils soient rapatriés ou non vers Malte. En outre,
Malte ne prévoit pas d'impôt sur le capital, sur la fortune ou sur les
donations et successions.
Aujourd'hui,
le secteur des services financiers de Malte est celui qui connaît la plus forte
croissance dans l'économie maltaise. Le combat de Malte, ce gladiateur de l'UE,
semble l'avoir positionnée parmi les concurrents sérieux des juridictions
existantes de l'UE.
1- Ramona Piscopo, LE
TEMPS