AFRIQUE : Burkina-Faso
BURKINA FASO : LE MINISTERE DES RESSOURCES ANIMALES AU
SERVICE DE L'AGRO-BUSINESS ?
ABC Burkina n° 294
Les dernières décisions du Ministère des Ressources
Animales nous obligent à nous interroger. Le Ministère semble s'orienter
résolument vers l'appui à l'agro-business. Que peuvent encore espérer les
petits éleveurs de la part de leur Ministère de tutelle ?
Dans le rapport du
Conseil des Ministres du 9 juillet 2008, nous pouvons lire :
« Au titre du Ministère des ressources animales :
Le conseil a examiné et adopté un rapport
relatif à la création d’une société anonyme de fabrique d’aliments pour
bétail à Ouagadougou.
L’implantation de la fabrique à Ouagadougou est la
première phase d’un ensemble de mesures envisagées pour améliorer la sécurité
alimentaire du cheptel national. Cette unité produira à terme
cent mille
(100 000) tonnes d’aliments pour bétail par an à partir des excédents
céréaliers. Le coût total de l’unité est estimé à un milliard cinquante trois
millions (1 053 000 000) de F CFA. Le conseil a donné son
accord pour la prise de participation au capital de ladite société à hauteur de
75 % par le Fonds burkinabè de développement économique et social (FBDES).
Il a par ailleurs instruit les ministres concernés par le dossier de prendre les dispositions nécessaires en vue de créer
les conditions favorables pour une exploitation durable de ladite unité. »
(Fin de citation).
Cette
décision est sans doute un des fruits de la visite que le Ministre, Sékou Bâ,
chargé des Ressources animales a fait le 14 janvier 2008 dans les villages
environnants de Ouagadougou. En son temps, cette visite a permis au Ministre de
se rendre compte
des menaces sérieuses
qui pèsent sur l’alimentation du bétail en cette période de l’année. En
moins d’un an, le prix de la tonne de tourteau est passé de 40 000 F CFA à
127 000 F CFA et même plus. De ce fait, les éleveurs de bovins ne
s’en sortent plus.
«
A Koubri, le Ministre a pu visiter des
fermes modernes appartenant à des autorités de ce pays. Il s’agit des fermes du
président du Faso, de François Compaoré, et de celle du président de
l’Assemblée nationale, Roch Marc Christian Kaboré... Il a également visité la
ferme de Joseph Kaboré, député et ancien ministre des Infrastructures. La
visite de cette ferme a été des plus instructives. Sa production de lait est
passée de 100 litres de lait par jour à 20 litres pour insuffisance
alimentaire. De ce fait, la célèbre marque de lait, Coprolait, venant de cette
ferme, vivote (1)».
Après
Koubri, le ministre s'est rendu dans la ferme du Larlé Naaba Tigré, chef
traditionnel et député du parti majoritaire à l'Assemblée nationale.
« Le ministre Sékou Bâ dit avoir pris
bonne note des préoccupations évoquées par les uns et les autres. Il a assuré
que dans le cadre du plan d’action et d’investissement du secteur de l’élevage,
une politique alimentaire du bétail sera mise en place. Incessamment, un
dialogue sera engagé avec les producteurs de sous-produits agro-alimentaires en
vue de faciliter l’accès des éleveurs aux compléments alimentaires. Afin de
mettre fin à l’envolée des prix de tourteau, le gouvernement envisage de
racheter les aliments pour les revendre à des prix étudiés ». (cf
article cité)
Je
ne doute pas que ces autorités de l'Etat ou autres éleveurs modernes ont pu
acquérir du tourteau à un prix étudié. Même les éleveurs de la FEB ont pu
bénéficier de prix avantageux pour 10 000 tonnes d'aliments pour bétail.
Et il est dans son rôle quand il essaye d'améliorer la sécurité alimentaire du
cheptel national.
Mais le Ministère des ressources animales a d'autres
ambitions !
C'est
ainsi, que dans le compte rendu du Conseil des Ministres du 23 juillet 2008,
nous pouvons lire :
« Au titre du Ministère des ressources animales :
« Le conseil a examiné un rapport
relatif à la prise de participation du Fonds Burkinabé de développement
économique et social (FBDES) au capital social de la société de production de
lait et de produits laitiers (SOPROLAIT). La SOPROLAIT est une société anonyme
créée le 22 janvier 2004 avec un capital initial de cinquante millions
(50 000 000) F CFA porté à cent millions
(100 000 000) F CFA le 10 avril 2008 et détenu à hauteur de
51% par le FBDES et 49% par des actionnaires privés.
Les objectifs poursuivis par cette société sont :
- L’amélioration et le renforcement de la filière lait,
réduisant sensiblement leurs importations ;
- Le développement de la filière lait dans la zone
périurbaine de Ouagadougou ;
- Le renforcement de la production de quarante (40) fermes
laitières autour de la laiterie.
En outre, la SOPROLAIT va mettre sur le
marché divers laits, du beurre, des animaux de reproduction et de boucherie. Le
coût total de la mise en œuvre du projet est de six milliards quatre cent
quinze millions (6 415 000 000) de F CFA. Au terme de ses délibérations,
le conseil a autorisé le FBDES à prendre part au financement de cette unité et
à l’accompagner dans la recherche de financements complémentaires. »
Ici,
c'est plus inquiétant. Le financement s'élève à plus de six milliards de
F CFA sans que l'on sache jusqu'où peut aller la participation du FBDES,
donc de l'Etat. L'état va-t-il garder une participation à hauteur de 51 %,
ce qui suppose un investissement de plus de 3 milliards ?
Quand
on sait que les essais précédents ont tous échoués (les laiteries de Cissê et
Fasso Kossam ont fait faillite ; la Grande laiterie de Fada N'Gourma –
investissement de plus de 800 millions de F CFA - est très loin d'être
rentable), on peut s'étonner !
Ce
n'est pas tout !
À qui appartiennent les
quarante (40) fermes laitières dont parlent ce conseil des ministres : au
président du Faso, à François Compaoré, au président de l'Assemblée nationale,
à Joseph Kaboré, député et responsable de SOPROLAIT, au Larlé Naaba, député ...
que du beau monde, proche du pouvoir en place.
Pendant ce temps, la FEB (Fédération des
Eleveurs du Burkina), n'a toujours pas un local pour établir son siège !
Pour
ceux qui ne connaîtrait pas la FEB, je me suis rendu sur le site de la
Confédération paysanne du Faso, dont la FEB fait partie. J'ai appris que la FEB
est « la fédération des organisations d’élevage, toutes espèces animales
confondues, au Burkina Faso. Créée en
2001,
à l’initiative des éleveurs, la
FEB
est constituée en groupements et en unions repartis sur l’ensemble du
territoire. C’est la structure faîtière du monde de l’élevage au Burkina
Faso...
La FEB est présente dans les
quarante cinq (45) provinces du Burkina. La situation des organisations
d’éleveurs en septembre 2001 était de
1 783
groupements dont
1 200
masculins,
291 féminins et
192 mixtes représentant ainsi
56 671 éleveurs. En
2005 le paysage des organisations
d’éleveurs comporte plus de
3 500
organisations dont une centaine d’unions. »
Bien
sûr, on peut s'étonner que les 3 500 organisations qui constituent la FEB,
n'aient pas trouvé les moyens de se procurer un siège. Mais on peut aussi
s'étonner : «
Comment l'Etat, après
les échecs répétés de SOPROFA, des laiteries de Cissê, de Fasso Kossam, de Fada
N'Gourma, peut-il s'engager dans de telles dépenses et laisser la Fédération
des Eleveurs du Burkina sans moyen, pas même un siège ? »
Koudougou, le 23 août 2008 Maurice
Oudet Président du SEDELAN
1- Cf l'article de Fatouma
Sophie OUATTARA , dans le quotidien Sidwaya du 18 janvier 2008