DROITS DE L'HOMME
LE SUICIDE ASSISTE AU CŒUR DES DEBATS
La Croix
D’éminents
juristes ont rappelé devant la mission parlementaire sur la fin de vie que
l’assistance au suicide n’était pas pénalement répréhensible en France
L’affaire
Chantal Sébire a récemment relancé le
débat
sur l’euthanasie en France. Une affaire qui posait en réalité la question
du suicide assisté, puisque cette femme de 52 ans, atteinte d’une tumeur
incurable au visage et qui demandait à mourir, n’était pas physiquement
empêchée de se suicider par sa maladie (elle est morte le 19 mars 2008, après
absorption d’un barbiturique). Deux questions se sont alors crûment
posées : l’assistance au suicide est-elle juridiquement
répréhensible ? Est-ce à la société d’assumer ce suicide ?
Très médiatique,
ce drame a largement contribué à semer la confusion, mélangeant les aspects
juridiques et les questions éthiques au gré des prises de position des « pro »
et des « anti »-euthanasie. C’est pourquoi les récentes auditions de deux
éminents juristes, Robert Badinter, ancien garde des sceaux, et Alain Prothais,
professeur de droit à Lille (voir les vidéos), devant la mission Leonetti
(texte de loi) chargée d’évaluer la loi de 2005 sur la fin de vie, se sont
avérées particulièrement intéressantes.
En France, l’assistance
au suicide n’est pas pénalement répréhensible :
Tous deux
spécialistes du droit pénal, ces derniers ont en effet rappelé un fait souvent
ignoré, voire nié :
en France, du
strict point de vue juridique, l’assistance au suicide n’est pas pénalement
répréhensible. «
Le suicide ne peut faire l’objet d’incriminations ou de poursuites », a ainsi souligné Robert Badinter
lors de son audition du 16 septembre à l’Assemblée nationale.
Dès lors, «
il n’y a pas de complicité d’homicide,
puisqu’au départ le suicide n’est pas un homicide ». Selon l’avocat, «
si on laisse à quelqu’un le moyen de se
suicider (…), la chose ne dépend plus que de la conscience de chacun ».
Seule la « provocation au suicide » est condamnée :
Quelques jours
plus tard, lui aussi entendu par les députés, Alain Prothais a développé le
même argument, rappelant que seule la «
provocation
au suicide », et non «
l’aide au
suicide », était condamnée en France, par une loi de 1987. En cas de doute,
cependant, l’universitaire a bien souligné que la justice intervenait et
vérifiait les circonstances exactes de l’acte, apportant ainsi une garantie
contre d’éventuelles dérives.
Ces deux
interventions, attentivement écoutées par les élus, ont sans doute permis au
président de la mission, Jean Leonetti (UMP, Alpes-Maritimes) d’affiner sa
réflexion. Notamment sur un point, qui déborde cette fois sur le plan
moral : la société française doit-elle participer à cette
assistance ? Autrement dit, fournir à celui qui veut se suicider les
moyens de le faire ?
«
Le vrai problème, ce à quoi pensent
(certains), c’est à une sorte de service d’assistance médicale, qui vous
permettrait, en vous y rendant, d’en terminer, sans qu’il y ait besoin de
recourir au service d’un ami, d’un médecin ami, etc. », résume Robert
Badinter, sans cacher ses réticences devant une telle idée.
À titre
personnel et en l’état des travaux parlementaires (le rapport n’est pas attendu
avant novembre), Jean Leonetti estime, de son côté, que
ce n’est pas à la société « d’assumer
» un tel acte. Il tient à la
distinction
entre sphère privée (« le suicide n’est pas puni, l’assistance non plus.
Juridiquement, ce n’est pas contestable », dit l’élu)
et sphère publique (« pour autant, la société ne l’organise pas »).
Le député va même
plus loin : «
En pratique, le suicide est-il réellement une liberté ? Lorsqu’on
a pour alternative la souffrance ou la déchéance et la mort, on n’est pas dans
une situation de libre choix », fait-il en particulier observer. Il cite
l’exemple d’une personne aux premiers stades de la maladie d’Alzheimer, qui
voudrait une assistance au suicide dans la crainte d’une déchéance à venir.
«
On peut imaginer que son entourage aimant
tente de la dissuader ; le médecin, lui, en a le devoir. Quant à la société, elle
n’a pas, à mon sens, à lui donner la recette, ce qui serait une manière de
signifier que son suicide est justifié », insiste-t-il. En novembre, Jean
Leonetti a prévu de se rendre avec les autres députés de la mission en Belgique
et en Suisse.
Marine
LAMOUREUX