Lettre ouverte sur la réforme institutionnelle du FMI par
des organisations de la société civile européenne
17 juillet 2006
A l’occasion de la 13ème revue de ses quotas, les débats
autour de la réforme institutionnelle du Fonds monétaire international (FMI) se
multiplient. Les organisations de la société civile, avec d’autres, relèvent
depuis longtemps déjà que si le pouvoir qu’exerce le FMI sur les pays en
développement est immense, son manque de démocratie, de transparence, de
responsabilité, de légitimité et d’efficacité n’en demeure pas moins patent.
Pour mettre un terme à ce déficit démocratique, l’institution doit être
réformée en profondeur, tant au niveau de sa capacité à rendre des comptes
qu’au niveau de la répartition des pouvoirs en son sein.
Alors que les Etats-Unis sont les principaux actionnaires du FMI,
les gouvernements européens ont néanmoins les moyens d’ouvrir ou de fermer la
porte à tout effort de réforme. En conséquence, ces derniers devraient proposer
des changements concrets et rapides pour donner enfin plus de voix aux pays du
Sud, trop longtemps réduit au silence dans l’administration du système
économique mondial.
Par cette
déclaration, les organisations soussignées
appellent
leur gouvernement respectif, en Europe, à proposer conjointement une réforme
fondamentale du FMI qui, au minimum, doit inclure les décisions
suivantes :
1) Mettre un terme aux inégalités dans le
processus décisionnel :
Le Conseil
d’administration et le Conseil des gouverneurs du FMI ne donnent pas aux
pays membres l’opportunité d’être
représentés équitablement. Les droits de vote sont attribués d’après le
principe « un dollar, une
voix ».
Un système qui
privilégie la richesse à la démocratie. Quand bien même le Fonds
consacre de plus en plus ses activités aux seuls pays à faibles revenus et à
revenus intermédiaires, les pays riches dominent le Conseil d’administration à
la fois en terme de voix et de chaises. Ce système, dessiné au temps des
colonies et sous le contrôle des gouvernements des pays développés, est
inadapté et doit être profondément remanié.
Nous demandons la mise en place d’une
structure pleinement démocratique. Pour ce
faire, nous demandons l’adoption immédiate d’un système de vote à
double-majorité. Les décisions du Conseil d’administration devraient être
seulement adoptées lorsque à la fois une
majorité de pays membres et des droits de vote sont réunis. La règle
« un pays, une voix » doit contrebalancer la règle « un dollar,
une voix ». Le système actuel en matière de droits de vote combiné a la
nécessité de réunir au moins la moitié des pays membres serait un premier pas
vers la fin des inégalités dans le processus décisionnel au FMI.
2) Ouvrir le processus de sélection des
dirigeants :
Le
Directeur général du Fonds et son premier adjoint jouent un rôle de premier
plan pour orienter les directions politiques que prend l’institution. L’accord
tacite entre les Européens, qui nomment le Directeur général du FMI, et les
Etats-Unis, qui nomment le Président de la Banque mondiale et le Directeur
général adjoint du Fonds est inacceptable.
Nous
demandons la mis en place d’un
processus
de sélection transparent et démocratique pour l’ensemble des dirigeants des
organisations multilatérales. L’implication équitable de l’ensemble des
pays membres et des groupes d’actionnaires est à ce titre indispensable. La
nomination aux postes de direction
en fonction des compétences et non d’une
simple appartenance géographique doit être activement encouragée. Une telle
réforme n’est néanmoins pertinente que si elle s’accompagne de la fin des
inégalités dans les processus décisionnels, de manière à ce que tous le pays
membres puissent effectivement participer au processus de sélection.
3) Rendre les instances de décisions
transparentes :
Les
progrès réalisés pour accroître la transparence du Conseil d’administration du
FMI ont été insuffisants. Alors que cette institution prend des décisions qui
affectent des citoyens à travers le monde entier, ces derniers ont le droit de
connaître les positions que leur représentant défend au sein du FMI.
Nous
demandons une
retranscription des
séances du Conseil d’administration du FMI et, plus largement, un
accès à l’information largement renforcé
(voir l’Initiative Mondiale pour la Transparence). Les exceptions à ce droit à
l’information devraient être clairement limitées aux cas où un dommage sérieux
et manifeste résulterait de cette communication. Au-delà, nous demandons aux
administrateurs d’exprimer leurs positions sur l’ensemble des décisions par des
votes formels, et non plus via des canaux informels, et que ces votes soient
rendus publics. Ces reformes, complémentaires des précédentes, sont
essentielles pour que le FMI et les gouvernements qui en sont membres soient
pleinement redevables envers leurs citoyens.
Allez plus loin
Le temps
est venu pour les gouvernements européens d’aller de l’avant en remettant en
cause de manière coordonnée ce système inique et en proposant une reforme en
profondeur du FMI. Les pays développés doivent abandonner leur prédominance au
Conseil d’administration du Fonds et leurs pouvoirs excessifs dans le processus
de décision. Ces demandes ne représentent qu’un socle minimal de réformes et
doivent s’inscrire dans une volonté de réformer fondamentalement le
fonctionnement institutionnel du FMI. Des mesures complémentaires pour palier
au déficit démocratique de cette institution devraient inclure :
v Une
augmentation des droits de votes de base accordés à
chaque pays en tant que membre de l’institution ;
v Une
réduction du nombre de chaises européennes au Conseil
d’administration ;
v La mise en place d’un
contrôle démocratique des
administrateurs ;
v Le
déliement des systèmes institutionnels du FMI et de la
Banque mondiale ;
v La création de formules séparées pour déterminer les droits de
vote, l’accès aux ressources et les contributions financières au FMI
P
lus de démocratie et plus de transparence
dans le contrôle du système financier mondial sont essentielles pour espérer
parvenir à un contrôle équitable et efficace de l’économie mondiale.
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Signataires
Belgium : Le Centre National de Cooperation au
Development (CNCD-11.11.11) / CADTM Belgium
European Region : Eurodad / ActionAid European
Offices (Brussels) - including United Kingdom, Italy, Ireland, Greece, Sweden /
CEE Bankwatch Network - covering Bulgaria, Czech Republic, Estonia, Georgia,
Hungary, Lithuania, Macedonia, Poland, Romania, Slovak Republic, Ukraine
Finland : Service Centre for Development
Cooperation (KEPA)
France :
Agir ici / Les Amis de la Terre (Friends of the Earth) / Comite catholique
contre la faim et pour le developpement (CCFD) / Initiatives Pour un Autre
Monde (IPAM / AITEC) / L’Association Survie
Germany : World Economy, Ecology and Development
(WEED)
Italy : Campagna per la Riforma della Banca
Mondiale (CBRM) / Centro Internazionale Crocevia / Associazione Medici per
l’Ambiente (ISDE Italia) / Campagna Sbilanciamoci ! / Istituto
Cooperazione Economica Internazionale (ICEI) / Coordinamento delle
Organizzazioni non governative per la Cooperazione Internazionale allo Sviluppo
(COCIS) / Gruppo Umana Solidariet (GUS)
Spain : Observatorio de la Deuda en la
Globalización / Coordinadora Un Altre Món És Possible de Sabadell / Comerç Jusr
Molins de Rei / Secretariado del Foro Mundial de Redes de la Sociedad Civil
(UBUNTU) / Campaña Mundial para una Profunda Reforma del Sistema de
Instituciones Internacionales
United Kingdom : Bretton Woods Project / Jubilee
Debt Campaign / Christian Aid / World Vision UK / new economics foundation