LE PERE LIBERMANN
ET LA NECESSITE DE L’AFRIQUE DE SE PRENDRE EN MAIN



Quelques lignes du P. Libermann sur la nécessité pour l’Afrique de se prendre entièrement en mains. C’est un extrait du Mémoire de 1846 : MÉMOIRE SUR LES
MISSIONS DES NOIRS EN GÉNÉRAL ET SUR CELLES DE LA GUINÉE EN PARTICULIER, présenté à la Sacrée Congrégation de la Propagande, par l'abbé Libermann, Supérieur des Missionnaires du Saint - Coeur  de Marie, N.D. VIII, pp.222-277.

Les deux premières classes qu’il se proposait d’établir pour atteindre ce but, c’était l‘enseignement en vue de former des prêtres africains (il suivait là les recommandations de la Lettre Apostolique Neminem Profecto, de Grégoire XVI, sur la nécessité de former un clergé local) ; puis en vue de former des maîtres d’école pour enseigner la jeunesse ; enfin, la troisième dont il est question plus bas :

« Élèves pour l'agriculture, les arts et les métiers.

   La troisième classe de sujets que nous élèverons dans cette même maison centrale seront ceux que l'absence du goût, des vertus ou de la capacité éloigneront des fonctions saintes.

   Nous diviserons ceux-ci en deux catégories :
-         1° Celle des laboureurs à qui nous tâcherons d'apprendre l'agriculture telle qu'elle pourra être exercée dans leurs pays, et le profit qu'ils pourront en tirer par la suite pour leur famille.
-         2° La seconde catégorie est celle des arts et métiers. Il nous paraît difficile, presque impossible de les leur apprendre sur les lieux, faute d'ouvrage sur lequel nécessairement doit s'appliquer la théorie du maître, et s'exercer l'application de l'élève.

Nous nous proposerons de former en leur faveur une maison en Europe dans un pays chaud, où leur santé ne sera pas exposée. Nous les y surveillerons pour les conserver dans la piété et les bonnes moeurs.

Base de civilisation indépendante de la présence des Missionnaires.

L'ensemble de cette marche repose sur deux principes corrélatifs :
- 1° Le premier. Nous croyons que la Foi ne pourrait prendre une forme stable parmi ces peuples, ni les Églises naissantes, un avenir  assuré, que par le secours de la civilisation perfectionnée jusqu'à un certain point.

De plus, il nous semble que la formation et la consolidation de nos Églises d'Europe sont dues à l'établissement d'une civilisation complète. Nous croyons que nos Églises auraient été difficilement en état de recevoir, encore moins de conserver, l'organisation canonique si essentielle à l'Eglise catholique et si nécessaire pour garantir sa perpétuité, sans cette civilisation.

Nous appelons civilisation perfectionnée, celle qui a pour fondement, outre la religion, la science et le travail.

La civilisation grossière qui n’apprend qu'à manier médiocrement la bêche et l'outil n'a qu'une très petite portée pour opérer un changement dans les moeurs des peuples, et ne peut être que de courte durée. Il ne suffit donc pas de montrer à ces hommes neufs la pratique du travail, il faut peu à peu leur inculquer les théories des choses, afin de les mettre par là, peu là peu, en état de n'avoir plus besoin du secours des Missionnaires pour continuer l'oeuvre, autrement ces peuples resteront toujours dans leur enfance, et dès que les missionnaires viendront à leur manquer, ils retomberont dans la barbarie. La Foi alors ne survivra pas à la civilisation.

   Il faudra un temps considérable sans doute  pour obtenir le résultat désiré, mais on est sûr de ne l'obtenir jamais, si on n'y vise dès l'origine tout en faisant les choses imparfaitement dans les commencements.

- 2° Le deuxième principe est que la civilisation est impossible sans la foi. De là c'est la tâche du missionnaire, c'est tout son devoir d'y travailler, non seulement dans la partie morale, mais encore dans la partie intellectuelle et physique, c'est-à-dire dans l'instruction, l'agriculture et les métiers. C'est lui seul, qui, par son autorité surnaturelle d'envoyé de Dieu, par sa charité et son zèle sacerdotal est capable de produire un effet complet, c’est donc sur lui seul que repose l'oeuvre.

De plus, si le missionnaire se charge seulement de la partie morale, sans s'occuper du reste, d'autres s’en occuperont, et il verra souvent détruire en peu de temps, par eux, ce qu’il aura tâché d’édifier avec beaucoup de peines et de travaux. »


D’après les notes du Père Christian de Mare

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