DECLARATION DE LA
PLATE-FORME DETTE ET DEVELOPPEMENT (P.D.D) SUR LA RECUPERATION DES AVOIRS DE LA
R.D.CONGO.
par Victor Nzuzi ,Modeste Kayombo
Rashidi (CADTM
(1))
À l’occasion de la visite prochaine de la
Présidente Suisse en R.D. Congo. Des millions des dollars de l’ancien dictateur Mobutu et des
dignitaires de son régime, logés en Suisse ou dans d’autres pays du Nord ou du
Sud, reviennent de droit à l’Etat congolais et par conséquent au peuple
Congolais.
Pour la Suisse
qui va dégeler en 2008 la fortune de Mobutu, nous tenons à rappeler à ce sujet
qu’en 1997, les autorités congolaises avaient déjà sollicité le concours du
Gouvernement suisse pour le rapatriement de cet argent au Congo. En effet, Dans
une lettre adressée au Conseil fédéral (Gouvernement suisse),
Mr. Laurent-Désiré Kabila avait demandé en mars 1997, le blocage de la
fortune de Mr. Mobutu en Suisse. Dans le même mois une organisation ainsi
que plusieurs parlementaires progressistes suisses avaient demandé à leur
Gouvernement
d’examiner le blocage
provisoire de la fortune de Mobutu afin d’éviter qu’elle prenne la fuite à
l’étranger. Le Conseil fédéral avait alors refusé dans un premier temps de
geler la fortune de Mobutu.
L’arrêt du
Tribunal fédéral (plus haute instance judiciaire en Suisse) avait fait une
demande d’entraide à la RDC en mai 1997. Suite à celle-ci, le Gouvernement
Suisse avait gelé tous les avoirs de Mobutu, fin mai 1997, c’est-à-dire après
la chute de ce dernier. Il s’agissait d’après la Commission fédérale des
Banques de 4,8 millions de francs suisses sur différents comptes bancaires. En
août 1997, un autre million de francs suisses appartenant à Mobutu fût trouvé
et en octobre 2001, la vente de sa villa située à Savigny avait rapporté 3,1
millions de francs suisses et la vente mobilière 2,8 millions. De ces sommes,
les frais de vente ont ensuite été prélevés. En mai 2006, le Tribunal fédéral a
accepté le recours d’un ressortissant suisse en relation avec la vente de la
villa à Savigny. À la suite de ce recours, environ 3 millions de francs suisse
(avec intérêts) ont dû être débloqués et versés à ce créancier. Restent
aujourd’hui environs 8 millions de francs suisses gelés, montant confirmé ces
jours par les autorités suisses à la
demande d’une ONG Suisse. Il faut noter que
les opérations de vente se sont déroulées à l’insu du peuple congolais.
L’entraide
judiciaire que la Suisse avait essayée de fournir aux autorités de la RDC a dû
être abandonnée en 2003 comme a eu à l’expliquer l’Ambassadeur Paul Seger, chef
de la Direction du droit international du Département fédéral des Affaires
étrangères. La raison est que d’après lui, les
autorités compétentes au Congo n’étaient pas en mesure de mener à bien
une procédure pénale qui respecterait les exigences minimales d’une poursuite
judiciaire correcte. Si c’est vrai, ce n’est pas étonnant si on pense à
l’instabilité politique consécutive aux guerres connues depuis 1997 qui
certainement ont eu un effet dévastateur dans notre pays ( 4 millions des morts et plus de 1 millions
des déplacés).
En Suisse, la confiscation d’argent
illicite des potentats doit ouvrir la voie à la restitution, ce qui nécessite
normalement une décision judiciaire dans ce pays ainsi que dans celui victime
du délit. Cette exigence légale découle du fait que la confiscation
constitue une atteinte grave à la propriété qui doit être justifiée et basée
sur une loi formelle pour être légitime et valable.
Les banques sont obligées par la loi d’annoncer aux autorités suisses
s’ils ont des doutes sur la nature et la provenance de l’argent., mais elles ne
peuvent pas elles-mêmes geler ou restituer l’argent.
Seuls les tribunaux et les autorités compétentes de l’Etat peuvent
décider du blocage et de la restitution des fonds de potentats.
Cependant
pour cet Ambassadeur il est reconnu que
cette base légale n’est pas satisfaisante s’il est établi que le
dysfonctionnement du système judiciaire du pays concerné est la conséquence
directe de la politique abusive ou subversive du dictateur dont les fonds ont
été gelés. Récemment, dans le cas similaire des fonds de l’ex-dictateur
Duvalier en Haiti, la Suisse a annoncé qu’elle devra rendre l’argent à la
famille Duvalier après qu’une solution transactionelle n’ait pas abouti. En ce
moment, l’argent de Duvalier est toujours bloqué en Suisse.
En décembre
2003, le Conseil fédéral avait décidé de prolonger le gel des avoirs de Mobutu
pour une durée de trois ans, soit jusqu’à la fin 2006, sous réserve de
prolongation. Dans l’arrêt du Tribunal fédéral, il a été dit que cette prolongation
viole le principe de la proportionnalité. Malgré cela, le
Conseil fédéral a décidé de prolonger le gel encore une fois de trois
ans, soit jusqu’à la fin 2008 pour permettre une possible solution
transactionelle. Cette décision est d’ordre politique et se base sur la
compétence du Conseil fédéral en matière de politique extérieure. Ainsi d’après
l’article 184 de la Constitution Suisse, le Conseil fédéral peut prendre des
mesures pour préserver l’image de la Suisse à l’étranger. Mais il semble exclu
que la Suisse continue le blocage des avoirs de Mobutu au-delà de 2008, vu la
décision du Tribunal fédéral, si la solution transactionelle n’aboutit pas.
La Présidente de
la Confédération, Micheline Calmy-Rey, a annoncé récemment que son Département
fédéral des Affaires étrangères va étudier les
possibilités de créer une disposition légale pour que les autorités
suisses puissent saisir des fonds de potentats s’il est établi que le
dysfonctionnement du système judiciaire dudit pays (ici la R.D. Congo par
exemple)
est la conséquence directe de
la politique abusive ou subversive du dictateur. Entre-temps, un groupe de
travail interne est entrain d’élaborer une proposition. Il n’est pas exclu
qu’il sera possible de mettre en vigueur la nouvelle loi avant la fin 2008.
Pour notre part, le débat sur les avoirs de Mobutu en Suisse par exemple doit
aujourd’hui tourner autour des raisons ayant conduit notre Gouvernement
d’arrêter les négociations entamées en 1997 pour la récupération des sommes
importantes d’argent, les contraintes liées à la procédure pénale à engager et
devant conduire à la poursuite judiciaire correcte, l’évaluation des avoirs, la
justification de la vente de la villa de Savigny …etc.
Nous croyons que
la Suisse (justice) qui veut lancer une nouvelle et véritable coopération avec
l’Afrique doit instruire ses banques de
pouvoir rendre aux peuples africains victimes de ce pillage, tous les avoirs
des dirigeants africains logés dans leurs banques respectives.
En lisant,
l’interview du Président de la
République dans le journal Jeune Afrique ( relayée par le journal congolais
VISION du 06 juillet) où la question sur le 6 ou 7 millions de dollars de
Mobutu seront peut être remis à sa famille en 2008, nous sommes surpris comme
d’ailleurs le Président de la République, que cette somme soit évalué
aujourd’hui à 7 millions de dollars, alors qu’on parlait, il y a quelques
années des milliards de $. Par où sont
passés les autres millions ?
Nous exigeons du
Gouvernement congolais des explications précises sur cette affaire et un débat
public au Parlement sur les fonds dilapidés pendant la dictature en vue d’une
opération légale et légitime de rapatriement. Au-delà de cette question, les
autorités de la République doivent aussi, s’interroger sur cette dette
extérieure contractée pendant la dictature et entourée des monstrueuses
irrégularités.
Cette dette est ODIEUSE
ET ILLEGITIME. Un Gouvernement démocratique ne peut pas la payer. Les
créanciers doivent assurer leur responsabilité et même réparer les dommages
infligés au peuple congolais.
Nous avons des
exemples dans le monde où les fonds volés par les dictateurs sont finalement
rapatriés aux Etats propriétaires. C’est le cas du NIGERIA où plus de 500
Millions de dollars volés par le dictature SANI ABACHA sont revenus au Nigéria
grâce à la pression de la société civile sur le Gouvernement, à travers
l’action diplomatique du Gouvernement Nigérian sur la Suisse et la Banque
Mondiale.
À propos de la dette, il y a en ce jour, une campagne
mondiale sur la dette illégitime, la dette des dictateurs…caractéristique de la
dette congolaise contractée par un régime dictatorial, corrompu, avec des
irrégularités dans la signature de tous
les contacts. Là dessus, l’exemple vient de la Norvège qui venait de reconnaître
sa coresponsabilité dans l’endettement de certains pays. De même le sénat Belge
a pris une résolution sur l’audit et l’annulation de la dette.
Pourquoi alors
les autorités congolaises ne veulent-elles pas s’interroger sur cette dette qui entame la souveraineté de l’Etat,
alors que l’article 56 de la Constitution nous interpelle sur les contrats
rendant les congolais esclaves. Article
56 « «
Tout acte , tout
accord, toute convention, tout arrangement out tout autre fait, qui a pour
conséquence de priver la nation, les personnes physiques ou morales de tout ou
partie de leurs moyens d’existence tirés de leurs ressources ou de leurs
richesses naturelles, sans préjudice des dispositions internationales sur les
crimes économiques, est érigé en infraction de pillage punie par la loi. »
Devons nous continuer à vivre avec un
budget largement financé par la Communauté internationale ? Un budget dont
cette même participation extérieure est utilisée dans le service de la dette
alors que les enfants ne vont plus
à l’école, meurent de faim et de maladies bénignes ?
Faut-il croire à la générosité de la
communauté internationale lorsque les conditionnalités de leurs interventions
tant financières que militaires ( sécuritaires) conduisent à la perte de la souveraineté
nationale ?
Nous exigeons
des autorités congolaises de changer des mentalités ; de ne plus se
laisser faire dans les négociations où la R.D.Congo se retrouve perdante.
Ainsi pour notre
participation à la construction de ce pays, nous avons depuis le 25 mai 2007,
déposé au Président de la République, au 1er Ministre chef du Gouvernement et à
l’Assemblée Nationale une pétition pour exiger l’audit de la dette congolaise
en vue de sa répudiation et de son annulation ainsi que la réparation des
dommages infligés aux peuples congolais.
Bien avant au cour d’un séminaire
du 08 au 09 mai 2007 nous avions demandé au Ministre de la Justice et
Garde des sceaux de la R.D. Congo de nous
faire
le décryptage de la dette extérieure, odieuse et illégitime par la justice
congolaise à travers l’exposé devant démontrer un véritable exercice de lutte
contre la corruption et l’impunité. Un des sous-thèmes était
« procédures d’audits techniques et de récupération des fonds
détournés ». Cela signifie que les congolais s’intéressent aux affaires de
leur pays.
En conclusion,
la
RDC, doit récupérer l’argent du
Dictateur MOBUTU, c’est l’argent du peuple, de l’Etat congolais et non de sa
famille. Il suffit de lire la Constitution, le DSCRP (Document Stratégique
de Croissance et de Réduction de la pauvreté), les différents discours
d’investiture du Président de la République, des Présidents du Parlement et du
1er Ministre pour comprendre le régime de pillage et de spoliation qui a
caractérisé le règne de MOBUTU.
Comment alors
rendre à sa famille ce qui appartient au peuple congolais ? Bien au
contraire, tous les dignitaires du régime dictatorial qui se trouvent, on ne
sait par quelle chance au Gouvernement, Parlement et autres institutions,
doivent rendre compte au peuple congolais.
Au gouvernement
suisse et autres qui gardent encore l’argent de l’Etat et du peuple congolais,
ils doivent le rendre sans condition.
Quant au peuple
congolais, il doit réellement
participer à la gestion de ce pays et demander des comptes.
Les mouvements
sociaux du monde par solidarité doivent aider les Congolais à jouir de leurs
richesses et pour la répudiation de la dette illégitime comme de la
récupération des avoirs volés et logés à l’étranger, cela en vertu du droit au
développement reconnu au peuple congolais.
Fait à Kinshasa le 12 juillet 2007
Pour la PDD
Victor NZUZI MBEMBE
Chargé des Programmes de
l’ISDD
(2)
Modeste KAYOMBO RASHIDI Coordonnateur du NAD
1- Comité Pour l’Annulation de
la Dette du Tiers Monde
2- Institut
des Stratégies pour le Développement Durable en RDC constitue un lieu de
réflexion et d’analyse de la situation politique en République Démocratique du
Congo.
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