Afrique : une micro-assurance de proximité pour une
couverture santé généralisée
11e Réunion régionale africaine de l’OIT
(1)
Addis-Abeba
BIT en ligne - No. 14 -
Près de 90 pour cent de la population
d’Afrique subsaharienne n’est pas couverte contre le risque de maladie ou
d’accident. Pour aider les plus défavorisés et vulnérables à parer aux
risques de l’existence, la protection sociale est un moyen puissant de
réduction de la pauvreté souligne le rapport préparé par le Bureau
international du travail (BIT) pour la 11e Réunion régionale africaine. Le
programme mondial STEP
(2)
(
Stratégies et techniques contre
l’exclusion sociale et la pauvreté) du BIT œuvre pour l’extension de la
protection sociale et l’accès aux soins aux personnes exclues des systèmes de sécurité
sociale existants. L’une de ses stratégies repose sur la
micro - assurance santé.
DAKAR, Sénégal (BIT en ligne)
Fatou S. et son mari vivent avec leurs quatre
enfants à Pikine, banlieue dakaroise surpeuplée où le secteur informel
prédomine largement. Le mari de Fatou travaille à son propre compte comme
menuisier. Ses revenus varient en fonction des commandes de ses clients, et il
n’est pas toujours en mesure de subvenir aux besoins de la famille.
Fatou, elle, a
décidé de monter un petit commerce multiservices. Alors même qu’elle avait
obtenu un prêt pour l’aider dans son entreprise, son fils âgé de 5 ans est
tombé malade, atteint de paludisme. Pour payer les frais d’hospitalisation,
Fatou a dû utiliser l’argent du crédit alloué par la Mutuelle d’épargne et de
crédit de Icotaf Boubess (MECIB) et destiné initialement à financer la création
de son commerce.
Les
dépenses de santé constituent la principale
raison d’utilisation détournée des microcrédits et de leur non-remboursement.
Elles peuvent réduire à néant les efforts consentis par les ménages pour se
sortir de la pauvreté. Aussi, quand, en 2003, la MECIB a mis en place un
système qui permettait de couvrir les besoins de ses membres en matière de
santé, Fatou y a tout de suite adhéré.
La MECIB de
Pikine est une caisse d’épargne et de crédit qui est affiliée à l’Union des
mutuelles du partenariat pour la mobilisation de l’épargne et du crédit au
Sénégal (UM- PAMECAS), union qui compte plus de 250 000 sociétaires.
Pour sécuriser
son portefeuille de crédit et répondre à une demande croissante de ses membres,
le réseau a créé une mutuelle de santé avec l’appui technique du programme
STEP. Le
système de micro - assurance
santé fonctionne sur la base de petites cotisations et couvre les consultations,
les hospitalisations, les accouchements et les médicaments. Les adhérents sont
pris en charge efficacement sur place grâce à la bonne collaboration du
personnel des postes de santé, centres de santé et pharmacies privées qui ont
participé à la conception des outils de gestion.
Cependant, la
plupart des systèmes de microassurance santé en Afrique rencontrent des
difficultés au niveau du recouvrement des cotisations et de leur financement.
Le paiement direct est problématique pour les adhérents, et la gestion du
recouvrement mensuel est à la fois lourde et coûteuse pour les systèmes. De
plus, le financement des cotisations dépasse souvent la capacité contributive
d’un grand nombre de familles de l’économie informelle, notamment en milieu
rural.
«
Le problème
n’est pas tant que les populations n’ont jamais d’argent disponible au cours de
l’année pour accéder à des soins, mais
qu’elles n’ont pas cet argent au moment où les personnes tombent malade »,
explique Christine Bockstal coordinatrice du programme STEP en Afrique. STEP
tente, entre autres, de favoriser la mobilisation de l’Etat autour de
l’extension de la protection sociale en santé.
« Si les populations font un effort pour payer une partie de leurs
soins, l’Etat doit, de son côté, canaliser des subsides à travers un système de
mutuelles de santé pour que toute personne qui cotise puisse bénéficier d’un
cofinancement par l’Etat pour accéder à
un paquet essentiel de services de santé ».
Les systèmes
de microassurance permettent d’introduire
un mécanisme novateur en matière de financement, le
montant des cotisations pouvant être partagé entre plusieurs acteurs :
contribution directe des adhérents, employeurs, coopératives, administrations,
Etat, etc. De plus l’association microassurance/microfinance permet de
faciliter le recouvrement des cotisations. Les mécanismes de prélèvement
automatique ou « à la source » (par exemple sur le montant de la
vente de la récolte) évitent aux membres d’oublier de payer ou de se déplacer à
des kilomètres pour s’acquitter du paiement des cotisations.
Du fait d’un
ancrage communautaire ou local, les systèmes de microassurance ont généralement
moins de problèmes de fraudes et de détournements que les systèmes centralisés
d’assurance sociale, dans la mesure où les membres se connaissent,
appartiennent à la même communauté et partagent les mêmes intérêts. Cette
proximité sociale facilite la
communication et la sensibilisation de la population, l’adéquation du paquet de
services couverts aux besoins exprimés par la population et donc l’extension du
système au niveau de la communauté.
«
Une population en bonne santé est une
population productive », ajoute Christine Bockstal. «
La couverture santé contribue notamment à la
lutte contre la pauvreté de manière directe en offrant une protection
financière et donc en évitant que les ménages frappés par la maladie tombent
dans la pauvreté, et de manière indirecte à travers son impact positif sur la
performance économique et la productivité. »
Selon le rapport
intitulé Agenda du travail décent en Afrique, «
le principal défi à relever pour la protection sociale en Afrique
consiste à l’étendre de manière que tous aient accès aux soins de santé et
jouissent à tout le moins d’un niveau minimal de sécurité du revenu. C’est seulement
ainsi qu’il sera possible de faire du droit à la sécurité sociale, tel qu’il
est énoncé à l’article 22 de la Déclaration universelle des droits de l’homme,
une réalité sur le continent africain (...) Multiplier les initiatives visant à
assurer une protection sociale de base est un moyen viable de réduire la
pauvreté et l’insécurité dans les pays de l’Afrique subsaharienne. »
Un nombre
croissant de gouvernements africains considèrent la microassurance comme un
instrument très utile pour développer la protection sociale et l’inscrivent
dans les stratégies qu’ils adoptent à cet effet
(3).