Fiasco pour la
Banque mondiale,
par Sébastien Fourmy et Jean Merckaert LE MONDE
(1)
Nobert Zoellick,
seul en lice, prendra donc la suite de Paul Wolfowitz à partir du 1 er juillet.
Ce proche de George Bush n'a pas
vraiment les compétences requises par le Conseil d'administration de la Banque
mondiale. Difficile en effet de considérer comme
"totalement acquis à la cause du développement" , faisant
"preuve d'indépendance
politique" et d'attachement au multilatéralisme celui qui a défendu
l'intervention en Irak et multiplié les accords commerciaux bilatéraux au
profit de son pays.
Virage manqué pour
la Banque mondiale. Après l'affaire Wolfowitz, toutes les conditions
étaient pourtant réunies pour envisager une vaste réforme de l'institution
censée mener le combat mondial contre la pauvreté.
Les Européens ont une responsabilité
majeure dans ce fiasco. Détenteurs du tiers des droits de vote à la Banque
mondiale, ils se devaient d'exiger collectivement la fin de la mainmise des
Américains, notamment de leur droit de veto, et la remise à plat des politiques
de la Banque. Las ! Ils ont accueilli M. Zoellick à bras ouverts alors que le
dépôt des candidatures n'était pas encore clos. C'est dire la valeur accordée
au processus de recrutement. Les voilà qui accusent même de couardise les pays
émergents, qui ne se sont pas aventurés à avancer une candidature alternative
alors que, sans leur soutien, la partie était jouée d'avance. Bref, l'attitude
de l'Europe, jalouse de "sa" direction du FMI, frise le ridicule. On
dit qu'il ne tue pas. Parfois si.
Sans
une réforme de fond, l'utilité de la Banque mondiale n'est pas assurée.
Nombreux en effet sont les pays en
développement qui déjà s'en détournent.
Difficile pour eux de se reconnaître dans une institution rétive à la
tutelle onusienne et où la Belgique pèse plus que le Brésil ; la France,
davantage que les quarante-huit pays d'Afrique. Difficile pour les citoyens
argentins ou indonésiens de devoir rembourser une banque qui a financé Videla
et Suharto, leurs bourreaux. Les Bangladais, contraints en 2005 de privatiser
télécommunications et électricité, et les Ougandais, dont la Banque a exigé 197
réformes en échange de son dernier prêt, ont du mal à croire que l'époque des
ajustements structurels a cédé la place aux stratégies de développement
définies nationalement. Peuvent-ils sérieusement espérer un infléchissement,
alors que le département de la recherche est fermé aux disciplines non
économiques ?
Sans aggiornamento, la Banque risque
d'autant plus la marginalisation que la concurrence est rude sur le marché de
l'aide au développement : UE en tête, coopérations bilatérales classiques,
fonds "verticaux", par exemple contre le sida, nouveaux bailleurs
comme la Chine ou la Banque du Sud, récemment créée par plusieurs pays
latino-américains. Plus grave, les finances de la Banque mondiale dépendent en
grande partie de ses activités en Chine et en Inde. Le renflouement de son
fonds de soutien aux pays les plus pauvres, actuellement débattu, est loin
d'être garanti. Il lui faudrait réunir 28 milliards de dollars (20,7 milliards
d'euros).
Face à une aide bilatérale souvent liée aux
desiderata du donateur, une Banque véritablement "mondiale" au
service du développement est nécessaire. Arc-boutés sur leurs intérêts
immédiats, les principaux pays actionnaires semblent avoir fait une croix
dessus. Les populations les plus pauvres en seraient la première victime. A
Robert Zoellick de faire mentir ce sombre pronostic.
Sébastien Fourmy
responsable du plaidoyer Oxfam
France-Agir ici.
et Jean Merckaert est responsable du plaidoyer au
CCFD.
1- Article paru dans l'édition du MONDE
du 28.06.07
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