AUDIT DE DETTE
L’Equateur
crée une commission historique d’audit de la dette :
Le 23 juillet
dernier, à Guayaquil, en Equateur, le Ministre équatorien de l’Economie et des
Finances a lancé la première commission d’audit de la dette au monde qui bénéficie
de la participation et du soutien total du gouvernement.
La
« Comisión para la Auditoría Integral de la Deuda Pública (CAIC) »
associe à la fois des experts nationaux et internationaux en matière de dette,
d’économie, de droit et de luttes sociales et environnementales locales, ainsi
que des représentants du Ministère de l’Economie et des Finances, le
Procurateur, le Vérificateur Général des comptes et la Commission de Contrôle
Civique de la Corruption. Les consultants
internationaux qui composent la commission d’audit sont Alejandro Olmos,
d’Argentine, Oscar Ugarteche, économiste péruvien, Gail Hurley, d’Eurodad,
Jurgen Kaiser, de Erlassjahr.de, Maria Lucia Fatorelli, du Brésil et Eric
Toussaint, de Belgique.
La Commission
a un an pour examiner chacun des
contrats de crédits contractés par l’Equateur – que ce soient des contrats
de prêt bilatéraux, des accords signés dans le cadre du Club de Paris, des
émissions d’obligations ou encore des prêts multilatéraux – et en apporter une
analyse approfondie, basée sur des considérations d’impact juridique,
économique, social et environnemental. À l’occasion du discours de lancement de
la Commission qu’il a prononcé à Guayaquil le 23 juillet 2007, Ricardo Patiño,
ancien Ministre de l’Economie et des Finances et principal instigateur de
l’initiative, a insisté sur le caractère « intégral » du processus.
« Il ne s’agit pas d’un simple audit
financier de la dette », a-t-il souligné, « mais d’une analyse de tous les
facteurs juridiques, politiques et économiques pertinents qui ont contribué à
l’accumulation de dettes illégitimes dans ce pays. La Commission d’audit
s’emploiera également à identifier les dommages sociaux et environnementaux que
la dette a pu causer aux populations locales. Les dettes qui s’avèrent illégitimes
ne doivent pas être remboursées. Les dettes qui sont légitimes seront
remboursées. »
Afin de
faciliter la procédure d’audit, la Commission a été divisée en quatre
« sous-commissions » :
1. Dette bilatérale
2. Dette multilatérale
3. Obligations et dette
commerciale
4. Dette intérieure publique
Eurodad a été désignée comme consultant
international et analyste sur les questions de la dette. A ce titre, l’organisation
a déjà commencé à recueillir des informations auprès du Ministère équatorien de
l’Economie et des Finances. Ce dernier a indiqué qu’il mettrait tous les
documents nécessaires à la disposition des membres de la commission afin de
faciliter leurs recherches. Ricardo Patiño a signalé qu’il avait déjà
officiellement sollicité des informations supplémentaires auprès de certaines
banques et institutions multilatérales.
La dette bilatérale en quelques chiffres
Sur une dette extérieure totale de 10,6 milliards
de USD, la dette bilatérale de l’Equateur représente un peu plus de 2,1 milliards
de USD. Ses principaux créanciers bilatéraux sont l’Espagne (396,8 millions
de USD), l’Italie (340,4 millions de USD), le Japon (300,3 millions de USD), le
Brésil (275,2 millions de USD), la France (179,2 millions de USD), le Danemark
(158 millions de USD) et le Royaume-Uni (99,8 millions de USD).
Toutefois, sur les 2,1 milliards de USD de dette
bilatérale de l’Equateur, seul 1,27 milliard de USD correspond à des contrats
de prêt originaux. La différence de 882,4 millions de USD provient des
renégociations successives réalisées dans le cadre du Club de Paris,
généralement désignées comme Club de Paris V, VI, VII et VIII. Les conditions
de ces renégociations seront également soumises à l’examen minutieux des
experts de la commission, qui clarifieront ainsi les détails de décisions qui
sont restées totalement opaques et très difficiles à comprendre, et les
rendront donc transparentes pour la population. Les contrats de prêts originaux
feront également l’objet de recherches. Celles-ci ont d’ailleurs déjà commencé
autour d’un certain nombre de contrats de prêts espagnols, italiens et belges.
La commission se réunira une fois par trimestre et
informera régulièrement le Ministère de l’Economie et des Finances et le public
équatorien de l’état d’avancement de ses recherches.
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