Les adolescents ne sont pas des adultes
Professionnels
de l’enfance, magistrats, avocats, pédopsychiatres, éducateurs, enseignants...,
ils contestent le projet de loi qui conduit, en cas de récidive, à faire juger
les adolescents âgés de 16 à 18 ans comme des majeurs. Et lancent un appel,
"Les adolescents ne sont pas des adultes", que vous pouvez, vous
aussi, signer en ligne.
Un des premiers
projets de loi du gouvernement Fillon, présenté à l’Assemblée nationale dès le
mois de juillet, conduit, en cas de récidive, à faire juger les adolescents
âgés de 16 à 18 ans comme des majeurs. En clair, les adolescents concernés
seront traités comme des adultes.
Des professionnels de l’enfance, magistrats, avocats,
pédopsychiatres, éducateurs, enseignants, spécialistes de la jeunesse lancent
un appel pour que soit conduite une évaluation des politiques publiques, en
concertation avec tous les acteurs concernés, et que soient attribués des
moyens sérieux aux politiques qui permettent l’éducation des adolescents.
Le texte de l'appel
"L’adolescence
est l’âge de tous les possibles. C’est aussi l’âge de tous les défis, des
prises de risques, de l’entraînement réciproque. Le nombre des suicides,
d’accidents de la circulation, de violences subies, et la surconsommation
d’alcool ou de drogues sont les signes de la fragilité de cet âge. Une petite
minorité s’engage dans la délinquance, parfois avec violence.
Devons nous
traiter ces adolescents délinquants comme des adultes, alors qu’aucun débat n’a
eu lieu sur l’age de la majorité, et vouloir les envoyer, plus nombreux encore,
en prison ?
Cela peut être
l’effet du projet de loi présenté par le gouvernement, qui entend faire juger
les adolescents âgés de 16 à 18 ans comme des adultes, et durcir les peines de
prison, en cas de récidive.
En l’état du
texte, par exemple, un vol de portable, commis après deux précédents vols,
pourra conduire, sauf exception, un adolescent de 16 ans pendant deux ans en
prison, peine plancher minimum. Il en résultera une augmentation importante du
nombre d’adolescents détenus.
Aujourd’hui, en
France, 15 millions de jeunes poursuivent des études au delà de 20 ans,
vivent en couple à 25 ans, ont un premier enfant à 30 ans. La prolongation des études et aussi l’accès
difficile à un premier emploi, retardent, pour tous les jeunes, l’entrée dans
la vie adulte.
Sur ces 15 millions de jeunes, 15 000
d’entre eux âgés de 16 et 17 ans sont interpellés plusieurs fois dans
l’année. La plupart de ces
adolescents sont déscolarisés depuis l’age de 14 ans, sans qualification ;
ils ne parviennent pas à accéder à un premier emploi. Se percevant comme
inutiles, humiliés par les échecs répétés, ils « traînent »,
provoquent, commettent ensemble la plupart de leurs infractions.
Ce sont ces adolescents qui, seuls,
seraient traités comme des adultes ? Ce sont ces adolescents pour lesquels
la France abandonnerait tout effort d’éducation ?
Trois mille
trois cent cinquante d’entre eux ont été en prison en 2006.
Faire de l’enfermement la seule réponse
« automatique » à la délinquance des mineurs est une impasse ;
dangereuse pour les adolescents, à cet age de la vie, et inefficace pour la
société quand nous connaissons l’importance de la récidive à la sortie de
prison.
D’autres
sanctions existent, qui fixent des limites, réparent sans exclure, et
permettent un nouveau départ.
Nous devons
aussi oser nous engager dans la réussite des programmes éducatifs, des
internats éducatifs qui structurent ces adolescents, des classes relais,
des centres de jour, des maisons des adolescents, qui les inscrivent dans
un projet.
Leur efficacité
est démontrée. Elle serait encore plus forte si elle était appuyée par des
budgets à la hauteur de ces enjeux.
À l’heure de
l’ouverture politique et de la modernisation proclamée, nous demandons un
moratoire sur le texte en projet, l’ouverture d’un « Grenelle de
l’adolescence » pour mener un débat serein sur la délinquance des
adolescents, une évaluation des politiques publiques et des réformes
législatives successives, pour dégager un consensus sur l’insertion de tous les
jeunes.
Conscients
de notre responsabilité d’adultes, nous souhaitons que l’adolescence fasse
l’objet d’une politique audacieuse de la jeunesse, à la mesure des espoirs et
des fragilités dont est porteuse cette période de la vie."
UNE PÉTITION EST EN LIGNE SUR LE SITE DU DROIT POUR LA
JUSTICE : http://ledroitpourlajustice.blogspirit.com/archive/2007/06/27/les-adolescents-ne-sont-pas-des-adultes.html
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