Justice et Paix : THEMES GENERAUX
-Démocratie, Droits de l'homme



Réflexions sur les Dix Commandements

Sur le fondement de l’éthique dans le judaïsme, le christianisme et l’islam   

par Ursula Richner, Zurich

       Qu’est devenu le respect de l’être humain? Vivons-nous dans une culture dont on peut dire qu’elle porte encore l’empreinte chrétienne? De telles questions se posent chaque semaine à la lecture d’Horizons et débats. Elles me poussent à apporter un contrepoids aux comptes - rendus bouleversants. Même si la situation dans les régions en crise sur notre terre laissent désespérer, nous ne devons pas perdre espoir et renoncer à notre responsabilité. «Si l’on m’apprenait que la fin du monde est pour demain, je planterais quand même un pommier», disait Martin Luther. On ne sait jamais comment cela va continuer et on doit contribuer soi-même! Martin Luther a, à une époque mouvementée, contre toute résignation, conçu des catéchismes dans lesquels il instruit les êtres humains sur la foi. Il les a présentés avec les dix commandements comme l’abc d’une éthique pour chacun – en l’honneur de Dieu et au profit du prochain. Les êtres humains ont besoin d’une orientation claire pour leur vie, pour un comportement responsable dans la communauté et dans la société. Le but de cet article est de rendre notre jeunesse à nouveau sensible face à cette responsabilité.

       Le Décalogue, comme on nomme également les Dix Commandements, est transmis par l’Ancien Testament dans deux versions légèrement différentes (Exode 20, 1-17 et Deutéronome 5, 6-21). Il appartient donc dans les trois religions monothéistes, le judaïsme, le christianisme et l’islam, au fondement élémentaire de l’éthique. La doctrine du droit naturel trouve en lui la base de ses principes les plus importants. En fait, les Dix Commandements sont aujourd’hui la référence reconnue en religion, en philosophie et en politique, du moins extérieurement. Qu’en est-il cependant de leur réalisation en pensée et en pratique? L’homme réalise ce qui lui semble évident et ce qui lui est essentiel. L’humanité émanant des Dix Commandements est-elle trop peu importante à l’homme d’aujourd’hui? Ou bien leur message est-il tombé dans l’oubli?

       Il existe des parallèles dans la Bible: selon la transmission de l’Ancien Testament, le peuple hébreu avait d’abord rejeté les dix commandements. Au lieu d’attendre Moïse, il s’est créé son propre Dieu et a vénéré le Veau d’or. Moïse brisa les Tables de la Loi sur un rocher. C’est seulement lorsque le peuple reconnût sa faute et fit pénitence, que Moïse pu négocier avec Dieu et établir de nouvelles Tables de la Loi. Alors le peuple pu entrer en Terre promise. N’est-ce pas semblable aujourd’hui? Les Juifs aussi bien que les Chrétiens et les Musulmans ne se sont-ils pas éloignés des Dix Commandements et ne les ont-ils pas rejetés depuis longtemps? Ne devrions-nous pas tous nous recueillir et nous orienter de nouveau vers eux?

       Le Décalogue nous enseigne l’estime et le respect étendus de la vie. Dans tous les domaines de la vie, nous devrions faire en sorte à ce que notre prochain puisse vivre bien et en paix; Même l’esclave, même l’étranger devrait vivre aussi bien que l’indigène. En lisant les articles d’Horizons et débats sur les situations horribles dans les différents pays, sur les bombardements, les expulsions, les déportations, la pauvreté, sur le réarmement sans frein, je pense toujours à ce qui a été dit aux peuples: « tu ne dois pas tuer, tu ne dois pas commettre d’adultère, tu ne dois pas voler, tu ne dois pas témoigner faussement contre ton prochain; tu ne dois pas convoiter la maison de ton prochain, tu ne dois pas convoiter ni la femme de ton prochain, ni son serviteur ou sa servante, ni son bœuf ou son âne, ni rien qui appartienne à ton prochain ». Notre vie serait entièrement différente si nous prenions ces commandements du Premier Testament au sérieux. Ce n’est pas pour rien que la protection de la vie est fondamentale dans toutes les religions. Nous sommes contraints à protéger et à respecter la vie qui, en échange, nous le rend bien – sur terre et dans l’au-delà. Cela vaut la peine de pratiquer l’amour du prochain, de traiter celui-ci avec respect et finalement d’aimer la vie. Cela vaut aussi bien pour les personnes croyantes que pour celles qui ne le sont pas!

       Les Dix Commandements sont inscrits dans les Ecritures Saintes, c’est ainsi que Dieu s’adresse aux hommes: Toi homme, tu dois! C’est ainsi que le Décalogue s’adresse à chaque être en engageant sa responsabilité. Chacun est abordé personnellement, il est coresponsable pour le respect des préceptes, pour un idéal communautaire. Comme il s’agit d’une interpellation de Dieu, les Dix Commandements ne sont pas modifiables à volonté et les hommes ne peuvent pas en disposer comme ils veulent. Ils sont formulés de manière brève et compréhensible pour tout le monde. Ils ont pour but principal la protection de la vie humaine, dans toutes ses facettes et la réussite ce cet idéal communautaire. Ils fixent les limites que l’homme ne doit pas dépasser, s’il ne veut pas offenser Dieu et ses prochains et s’il ne veut pas se rendre coupable de mépris humain.

       L’inviolabilité de la dignité humaine, ou – pour parler comme Albert Schweitzer – le respect fondamental et étendu de la vie, est le but de la pensée des commandements 5 à 10, soit les préceptes sociaux. En effet, ces six commandements traitent chacun des différents aspects de la vie communautaire humaine. Le sixième commandement, le plus important, Tu ne dois pas tuer, est le centre du Décalogue. L’éthique du Sermon sur la montagne se développe sur cette base. Dans l’Ancien Testament, elle ne signifie pas seulement meurtre et homicide, mais – compris de manière plus vaste – elle interdit toute attaque contre la personne humaine. Les blessures physiques, les offenses psychologiques, morales et sociales contre le prochain doivent être considérées comme une infraction au sixième commandement. «Lorsque tu présentes ton offrande à l’autel, si tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, va d’abord te réconcilier avec lui, avant de présenter ton offrande.» Le commandement Tu ne dois pas tuer implique aujourd’hui un engagement actif pour la paix. Il est insupportable de voir comment notre monde, le monde de Dieu, est systématiquement détruit par les êtres humains. Il est insupportable de voir comment les êtres sont exécutés sans pitié, meurent de faim et sont souvent contraints de fuir. Toutes les religions se fondent sur le respect de la vie. Tous les peuples connaissent ce commandement-là ou un précepte semblable: Tu ne dois pas tuer.

       Les autres préceptes sociaux sont subordonnés à ce commandement principal et central. Ils nous donnent une orientation pour des domaines particuliers de la vie communautaire: le commandement concernant les parents Honore ton père et ta mère (5e commandement) instruit au respect et à l’assistance engagée envers les parents. L’esprit du respect de la dignité du prochain doit être fondé dans la famille. Ce qui prend racine dans celle-ci, rayonne dans la société. Celui qui honore son père et sa mère, respecte également d’autres personnes plus âgées et les autres en général. Par conséquent, il peut attendre qu’on le respecte de la même manière.

       Le septième commandement Tu ne dois pas commettre d’adultère veut garantir l’inviolabilité des deux êtres qui sont liés par amour et forment une famille. Il exige une très grande responsabilité du couple vis-à-vis du partenaire respectif, des membres concernés de la famille et des enfants, lorsqu’apparaissent des difficultés conjugales. Cela exige un respect de la vie et de la prudence dans les relations humaines. Celui qui éduque ses enfants dans cet état d’esprit, les rend forts. En échange, ces enfants à leur tour témoigneront le respect de la vie et s’engageront pour sa protection et pour la paix.

       Le huitième commandement Tu ne dois pas voler nous guide dans la distinction entre le mien et le tien. À l’origine, on pensait au rapt et à l’esclavage de personnes libres: tu ne dois pas voler des êtres humains. Aujourd’hui, cette signification d’origine trouve une nouvelle force explosive: le mal que les êtres humains font aujourd’hui à leurs prochains appartient à cette catégorie: expulsions, déportations, trafic d’êtres humains – des individus sont réellement privés de leur liberté. Mais le commandement touche encore en second lieu des situations plus raffinées: si on refuse à un peuple le respect qui lui est dû, ou si l’on va à l’encontre d’autrui avec de la méfiance et des préjugés, cela signifie une sorte de vol d’estime, d’affection et de respect auxquels chaque individu et ­chaque peuple a droit.

       Le dixième commandement Tu ne dois pas convoiter prévient contre la débauche effrénée de nos besoins et protège l’inviolabilité du domaine individuel de la vie. Il s’élève de même contre ceux qui aujourd’hui aspirent à une jouissance maximale de la vie et à un profit de richesses et de confort considéré comme essentiel. Ils sont généralement sans scrupules quand il s’agit d’obtenir des avantages. Celui qui pense seulement à la satisfaction de ses propres besoins ou à l’acquisition de pouvoir et de richesses n’a plus en vue son prochain et sa dignité. Nous avons ici à faire à un exemple concret de tous les problèmes sociaux et politiques: tu ne dois pas convoiter... quelque chose que ton prochain possède. Si chaque individu, chaque peuple et chaque Etat se contentaient de ce qu’ils ont, la base d’une vie communautaire pacifique serait assurée.

       Le neuvième commandement Tu ne dois pas témoigner faussement contre ton prochain crée le fondement de l’organisation d’une vraie communauté dans laquelle la confiance mutuelle est possible. Le mensonge, la duperie et les faux témoignages blessent la dignité humaine au plus profond et rendent impossible un respect plein de confiance et une sincère coopération. Aujourd’hui, ce commandement est particulièrement important. Ne sommes-nous pas dépendant de l’authenticité et de la sincérité de nos prochains, de nos informateurs, de nos médias, pour pouvoir juger juste et contribuer à la paix? Une paix sincère ne peut pas se construire sur la méfiance.

       Les six préceptes sociaux soulignent tous l’inviolabilité de la dignité de l’homme et la protection de la vie. Le Décalogue place devant ces six préceptes quatre autres qui ­touchent à l’inviolabilité de la dignité de Dieu.
-    Tu n’auras pas d’autres Dieux face à moi est le premier commandement. Il exige que personne – aucun être humain, aucun peuple, aucun parti, aucun Etat – ne puisse revendiquer pour soi le pouvoir absolu. De même, aucune idéologie ne puisse revendiquer la vérité pour soi, sinon elle deviendrait un autre Dieu à côté du Dieu de la Bible.
-    Tu ne feras pas d’image de moi, le deuxième commandement va dans la même direction. Nous ne devons pas nous attacher à un pouvoir terrestre, mais rester ouvert à la parole de Dieu. Nous devons aspirer à ce qui est conforme à lui, à la nature humaine et à ce qui est nécessaire à la vie.
-    Vient ensuite: Tu ne prononceras pas à tort le nom du Seigneur. Nous le savons, au nom de Dieu, des intérêts d’ordre humain et de pouvoir politique veulent être défendus. Cela contredit le troisième commandement. Dieu ne doit pas être instrumentalisé. Si nous respectons le Seigneur, nous respectons sa création, l’être humain, le monde et nous protégeons ce qu’il aime.
-    En ce sens, le quatrième commandement, celui du Sabbat, appartient aux trois premiers. Il montre bien combien Dieu aime l’homme. Il nous offre le Sabbat en souvenir de son œuvre créatrice.

   Cela signifie que l’inviolabilité du Seigneur est exigée pour le bien de l’homme. Les êtres humains ne peuvent respecter leur prochain que sous certaines conditions : Premièrement, si aucun d’entre eux ne veut devenir l’être le plus élevé et Deuxièmement s’il voit en chacun d’eux l’image de Dieu. En échange de ce respect, il lui revient de l’affection et de l’aide. Un jour de Sabbat est tout aussi sacré pour l’esclave et l’étranger; car, il est, lui aussi, une création de Dieu et en tant que tel une image de Dieu.

       Ces quatre commandements, même s’ils sont des commandements qui touchent à la dignité du Dieu chrétien, peuvent être aussi bien compris par des non - chrétiens: l’interdiction d’idolâtrer n’importe quels pouvoirs, l’interdiction d’abuser du nom du Seigneur et l’ordre de se reposer un jour férié ne sont pas irrationnels. Les six préceptes sociaux le sont encore moins. Ils n’exigent rien d’impossible, mais ils réclament de nous un examen de notre vie et de notre pensée. En même temps, ils nous encouragent à un comportement pleinement responsable avec nos prochains, avec le monde et avec nous-mêmes. Les dix commandements sont brefs, clairs et prennent position sur les principes de notre vie communautaire. Ils restent valables également à l’époque où l’on parle de changement de valeurs. Finalement, les Dix Commandements sont la base éthique de toutes les périodes historiques. Par conséquent, nous avons besoin particulièrement aujourd’hui de nous recueillir activement sur leur contenu.    •



Les Dix Commandements   Selon l’Exode 20, 1-17


1er commandement: C’est moi le Seigneur, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison de servitude; Tu n’auras pas d’autres Dieux face à moi.
2e commandement: Tu ne feras pas de sculpture à l’image de ce qui est dans le ciel là-haut, sur terre ici-bas ou dans les eaux.
3e commandement: Tu ne prononceras pas à tort le nom du Seigneur, ton Dieu.
4e commandement : Que du jour du Sabbat tu fasses un mémorial en le tenant pour sacré.
5e commandement : Honore ton père et ta mère.
6e commandement: Tu ne dois pas tuer.
7e commandement: Tu ne dois pas commettre d’adultère.
8e commandement : Tu ne dois pas voler.
9e commandement: Tu ne dois pas témoigner faussement contre ton prochain.
10e commandement: Tu ne dois pas convoiter la maison de ton prochain, ni la femme de ton prochain, ni son serviteur ou sa servante, ni son bœuf ou son âne, ni rien qui appartienne à ton prochain.


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