Non, le terrorisme ne naît pas de la pauvreté 6 Juillet 2007
Quand Alan
Krueger, économiste à Princeton, a appris que sept des huit personnes arrêtées
pour leur participation aux attentats manqués en Grande-Bretagne étaient des
médecins, il n'a pas été surpris. "
À
chaque fois que se produit un attentat de ce genre et que l'on connaît le
profil des auteurs, on devrait remettre en cause le mythe selon lequel les
terroristes nous attaquent en raison de leur extrême pauvreté",
dit-il. "Mais cette idée fausse a la vie dure."
Un an à peine
après le 11 septembre 2001, le président Bush a déclaré : "
Nous luttons contre la misère parce que
l'espoir est une réponse au terrorisme." Quelques mois plus tard, son
épouse Laura renchérissait : "
Les
enfants qui bénéficient d'une éducation sont davantage susceptibles d'épouser
les valeurs qui aboutiront à la défaite du terrorisme." James
Wolfensohn, ancien président de la Banque mondiale, a quant à lui
affirmé : "
Nous ne gagnerons
pas la guerre contre le terrorisme tant que nous ne nous serons pas attaqués au
problème de la pauvreté, et, partant, aux sources du mécontentement."
Cette analyse
est plausible. Elle séduit car elle soutient un objectif noble, celui de la
lutte contre la pauvreté et l'analphabétisme. Mais une étude méthodique, et
dans la mesure du possible systématique, démontre que cette analyse est
erronée. "
Dans l'ensemble, les
terroristes ont un meilleur niveau d'éducation et sont issus de familles plus
aisées si on les compare avec des gens de la même classe d'âge dans une société
donnée", expliquait l'an dernier Alan Krueger lors d'une conférence à
la London School of Economics, dont le texte sera bientôt publié dans un
ouvrage intitulé What Makes a Terrorist ? (Ce qui fait un terroriste).
Un petit cercle
d'universitaires a réussi à isoler plusieurs pièces de ce puzzle
statistique :
– En observant le profil de
148 kamikazes palestiniens, on remarque que peu d'entre eux viennent de
familles vivant dans la misère, et qu'ils avaient davantage de chance
d'obtenir le baccalauréat. Les biographies de 129 (martyrs) du Hezbollah montrent également qu'ils sont issus de
foyers moins défavorisés que la moyenne de la population libanaise. Il en va de
même pour les données dont on dispose sur une organisation terroriste
israélienne, le Goush Emounim, active dans les années l980.
– Au Moyen-Orient,
une
détérioration de la situation économique n'entraîne pas nécessairement un
accroissement des activités terroristes. Et le nombre d'incidents est en
fait plus élevé dans les pays qui consacrent davantage de fonds à des
programmes sociaux. Quand on analyse 781 actes terroristes considérés par le
département d'Etat américain comme "significatifs", on s'aperçoit que
leurs auteurs viennent de pays qui se distinguent plus par la répression
politique que par la pauvreté ou les inégalités.
– D'après des sondages réalisés en Jordanie, au Maroc, au
Pakistan et en Turquie, ce sont surtout les
gens mieux éduqués qui considèrent que les attentats suicides contre
les Occidentaux sont justifiés en Irak. Pour ce qui est du soutien au
terrorisme en tant que moyen de lutte politique, les enquêtes réalisées auprès
de la population palestinienne ne révèlent aucune différence significative
entre les couches les mieux et les moins éduquées.
Certes, les
données sur lesquelles reposent ces informations sont loin d'être
parfaites : les terroristes ne remplissent jamais de questionnaires
détaillés. De plus, les interviews de terroristes menées au Pakistan par la
spécialiste de la question à Harvard, Jessica Stern, ont montré que les
quartiers les plus démunis offraient dans ce pays le terreau le plus fertile
aux recruteurs, en particulier parmi ceux qui ont le sentiment que les
musulmans sont humiliés par l'Occident. D'après elle,
Alan Krueger ne dispose pas d'assez d'éléments pour prouver quoi que ce
soit. "Nous commençons tout juste à entreprendre de grandes études
sérieuses sur le terrorisme", précise la chercheuse.
Pourtant, s'il
est communément admis que la misère engendre le terrorisme, cette théorie ne
repose que sur des indices étonnamment minces. Alors, quelle en est la
cause ? Kruger avance l'hypothèse d'un manque de libertés publiques et de
droits politiques. "
Quand les
moyens de protestation non - violents sont limités, conclut-il, les mécontents
semblent recourir plus volontiers à des tactiques terroristes."
David Wessel The
Wall Street Journal