«La paix est
possible – l’institution de la guerre doit être supprimée»(1)
par Hansjörg Meyer
Michée 4, 3-4
Chers Hommes de
Paix,
C’est la
vision d’un
monde sans guerre – pas seulement un rêve romantique quelconque! «Car la
bouche de l’Eternel Zebaoth a parlé.» Cela veut dire que cela vient ou – mieux
– que cela est en train de venir. Et que nous en faisons partie. Il ne nous est
pas promis ici un pays de cocagne dans lequel les colombes de la paix rôties
nous voleraient directement dans la bouche. Il ne suffit pas d’ouvrir la
bouche. Un but est fixé à chaque être pour sa vie ici-bas, qu’il ne peut pas,
en fait, refuser!
«Vivre sous sa tonnelle de vin, personne ne les effraiera
(terrorisera)», n’est-ce pas magnifique? Des conflits d’intérêts résolus sans
terreur ni violence, ce serait l’idéal. La vision prophétique veut nous mettre
dans la réalité,
pas en tant que
spectateur mais en tant que co-acteur.
Elle veut laver
les cerveaux obscurcis.
Beaucoup de cerveaux sont obscurcis par la guerre.
– «On ne peut rien faire.»
– «Eux, là-haut, ils font de toute façon
ce qu’ils veulent.»
– «Il y aura toujours des guerres.»
– «C’est seulement si nous sommes plus
forts que les autres que nous pouvons tenir bon.»
– «En quoi cela me regarde-t-il si l’armée
américaine s’entraîne à Katterbach pour la guerre en Irak?»
Il y a beaucoup
de brouillard dans les cerveaux! La peur des méchants en est le fondement.
La peur justifie la guerre, pousse à la
guerre: la peur de perdre le pouvoir, la peur de perdre les ressources de cette
terre. Si des rêves de domination mondiale s’ajoutent à cette peur, alors
surgit la vision effrayante d’un monde d’oppression et de pillage. Alors, on
dit: «
Ta vigne est ma vigne, tes figues
sont mes figues.» Et quand le tout se laisse justifier par un abus égoïste
de la religion, alors le cerveau et l’âme s’assombrissent. Les conséquences
sont connues.
Parfois, ces ténèbres poussent au
découragement. Alors, on croit que des parasites minuscules se sont
incrustés dans les cerveaux des êtres humains, les forçant inéluctablement à un
acte absolument irraisonnable. Vous connaissez l’histoire de la larve de la
sangsue du foie qui émigre dans la fourmi et l’oblige la nuit, contre toute
nature, d’aller sur une tige d’herbe où le pauvre insecte doit s’accrocher
solidement. Le lendemain, le mouton attendu arrive et mange l’herbe avec la
fourmi et la larve de la sangsue de foie et ainsi, la larve arrive à ses fins:
dans le foie du mouton.
Dieu merci, nous
ne sommes pas des fourmis, même si parfois, on le dirait.
Nous pouvons délivrer notre cerveau du brouillard. La vision de
Michée d’un monde sans guerre peut nous y aider. Elle renforce notre confiance
en nous-mêmes, parce que Dieu veut faire de nous des co-acteurs. Elle nous
montre un but, pour lequel il vaut la peine de vivre et active les forces de
notre imagination, qui sont menacées de paralysie par raideur intellectuelle et
indifférence. Elle nous arrache de toute résignation et nous laisse supporter
patiemment les vociférations des possédés de la peur.
Elle nous donne la force de voir la réalité de la guerre actuelle sans
fard et de ne pas détourner le regard lorsque nous apprenons, par les
soldats américains qui ont fait la guerre en Irak, la perversion horrible de
l’être humain. Cela ne nous laisse pas insensibles, quand nous voyons comment
de jeunes femmes et hommes sont envoyés comme robots tueurs faire une guerre
perdue d’avance, parce que fondée encore plus que les nombreuses autres guerres
sur le mensonge et la cupidité. Nous ne devons pas nous taire face à cet abus
de l’homme par l’homme.
Bien sûr, nous
disons à ces jeunes gens: «
Ne participez
pas à cette guerre. Suivez votre conscience et ne permettez pas que l’on fasse
de vous des machines sans volonté et sans cerveau! Soyez des humains!».
Mais, nous
ne jugeons pas le petit GI,
dont l’enthousiasme pour la guerre est souvent modéré, parce qu’il s’est
probablement engagé dans l’armée par besoin d’argent. Mais nous accusons
les responsables qui donnent les ordres de guerre et font mourir d’autres à
leur place et pour leurs intérêts personnels. […]
Jésus de Nazareth a réalisé dans sa vie la
vision d’un monde sans violence. Il ne s’est pas laissé détourner de son
projet divin, même par des menaces de mort et d’exécution. Il est mort avant
nous afin que «la vie soit plus simple pour nous». Il a refusé l’épée de Petrus
et les tornades célestes pour sa défense.
Son
empire est un empire sans pression et sans violence, un empire d’une imitation
volontaire, une communauté d’êtres humains, pour qui la vision de Michée
n’est pas une utopie, un «non - endroit» mais un biotope pour une vie libérée
et réussie.
C’est pourquoi,
les hommes veillent si énergiquement sur l’espace qui leur est destiné et le
défendent contre tout ce qui a à voir avec la guerre et la destruction. Pour
cette raison, nous ne pouvons absolument pas comprendre que notre gouvernement
et les institutions subordonnées soutiennent toujours indirectement la guerre
en Irak, à l’encontre du droit et de la loi. Le fait que les intérêts
économiques doivent avoir priorité sur le retrait de la guerre de notre région
est à notre avis contre - productif pour la paix.
Nous refusons que l’on joue avec les craintes de la population
devant le grand «danger de l’Est» et
que
l’on mendie presque pour maintenir un lieu de guerre. Tout cela nous montre
que nous devons nous habituer à une résistance de longue durée contre Mars, le
Dieu de la guerre.
Celui qui veut
rendre le monde un peu plus pacifique, là où lui-même assume des responsabilités,
n’a pas seulement besoin du premier courage, il a besoin également du deuxième,
du troisième, du quatrième comme l’a dit une fois l’évêque Kamphaus (ancien
président de Pax Christi). Carl Friedrich von Weizsäcker, le physicien et
philosophe mort récemment, a exprimé la vision du prophète Michée comme mission
à remplir par le monde moderne de la manière suivante: «
La paix est possible – l’institution de la guerre doit être supprimée.»
Participons à cette grande
tâche – peut-être que cet engagement est une chance attendue depuis longtemps
pour notre vie personnelle. Amen.