PHILIPPINES - Les violences continuent
Appel n° 308 (du 13 juillet au 1er septembre 2007)
En janvier 2007, dans l'Appel nº302,
intitulé "Philippines: halte aux violences!", nous faisions appel à
votre solidarité pour soutenir les grévistes de la zone franche de la province
de Cavite et leurs défenseurs, victimes d'une vague de violence et
d'agressions. Vous avez été nombreux à écrire à l'Ambassadeur des Philippines
en France pour dénoncer la violence continue exercée par les forces de police
et les agents de sécurité privée de la zone envers les grévistes des usines
textiles de Chong Won et de Phils Jeon, et lui demander de prendre les mesures
nécessaires pour mettre un terme à ces agressions et assurer la sécurité et les
droits des travailleurs et de leurs défenseurs. Les travailleurs en grève de
l'usine de Chong Won ont reçu vos messages de solidarité en nombre et nous ont
signifié à quel point ces lettres leur avaient été d'un grand soutien(1).
Mais cinq mois après cet Appel, force est de constater que les violations que
nous dénoncions en janvier n'ont pas cessé. Ainsi, les 10 et 11 juin derniers,
les grévistes de l'usine de Chong Won, aujourd'hui appelée C. Woo Trading, ont
été violemment attaqués par des hommes armés.
Voilà
près de neuf mois que dure la grève à C. Woo Trading. Après le refus de la
direction coréenne en août et septembre 2006 d'entamer des négociations
collectives avec le syndicat indépendant légalement élu et le licenciement
abusif de deux de leurs responsables syndicaux, les travailleurs montent un
piquet de grève en face de l'usine. La police de la zone franche, des agents de
sécurité privée et des policiers municipaux de Rosario interviennent alors pour
disperser les grévistes à coups de matraque, faisant au moins 50 blessés parmi les
ouvriers syndiqués. La police bloque l'entrée de la zone, empêchant le
ravitaillement en eau et en vivres des grévistes, et interdit aux travailleurs
de rejoindre le piquet de grève. Fin septembre, en signe de représailles à
l'encontre des grévistes et en violation flagrante du droit du travail
philippin, la direction de l'entreprise licencie 116 ouvriers et en octobre,
elle fait démonter les abris de fortune érigés par les grévistes pour se
protéger de la pluie et du soleil. Tout cela n'empêche pas les travailleurs,
déterminés à faire entendre leur voix, de poursuivre leur protestation. Mais en
février et mai 2007, les grévistes subissent deux nouveaux revers : suite aux
décisions du Département du travail philippin et du Comité national des
relations de travail, le syndicat librement élu de C. Woo Trading est radié et
la grève est déclarée illégale. Le licenciement des 116 travailleurs est donc
ainsi avalisé par les autorités publiques.
Nouvelles violences
envers les grévistes
Le
10 juin 2007, vers 20h30, neuf hommes armés de pieds-de-biche et de couteaux
attaquent le piquet de grève. Certains menacent les grévistes pendant que
d'autres démontent leurs abris. Ils jettent leurs effets personnels et leurs
stocks de nourriture à la rue, détruisent leurs réserves d'eau potable et les
menacent de les tuer tous un par un s'ils ne mettent pas un terme à la grève et
s'ils ne quittent pas les lieux immédiatement.Le lendemain, à 3h30 du matin,
une vingtaine d'hommes cagoulés et armés de fusils M-16 arrivent dans trois
véhicules banalisés sur les lieux du piquet de grève. Ils regroupent les
grévistes et leur ordonnent de s'allonger au sol, en pointant les canons de
leurs fusils sur leurs têtes. Ils tentent de poignarder la secrétaire générale
et la présidente du Syndicat Nagkakaisang Manggagawa SA Chong Won (Syndicat des
travailleurs unis de Chong Won), Florencia Arevalo et Resureccion Ravelo, mais
l'un d'entre eux interrompt l'agression, arguant que les deux responsables
syndicales ne font pas "partie du contrat". Les deux femmes subiront
tout de même des violences pendant l'attaque mais s’en sortiront avec des
contusions et des blessures légères. "Ils ont menacé de nous éliminer si
notre piquet de grève était encore là le lendemain matin. Ils nous ont aussi
volé nos portables, nos appareils photo, nos sacs et tous nos effets
personnels" rapporte Arevalo. "On nous a déjà privé de nos emplois et
de nos droits. Maintenant ils veulent nous prendre nos vies !"
ajoute-t-elle.
Les autorités
philippines impliquées dans ces attaques
"Nous
sommes payés deux millions de pesos
(2)
pour démolir votre grève" se serait vanté l'un des attaquants lorsque les
grévistes lui ont demandé quelle autorité ils avaient pour démonter leur piquet
de grève. Selon les victimes, leurs attaquants les auraient même mis au défi
d'appeler la police, certains qu'elle ne viendrait pas à leur secours. Selon
notre partenaire sur place, le Centre d'assistance aux travailleurs, il
s'agirait du troisième acte de corruption de ce type depuis le début du conflit
: un premier paiement de 50 000 pesos
(3)
aurait déjà été versé pour l'interdiction du syndicat et un deuxième de 300 000
pesos
(4)
pour que le Département du travail et de l'emploi déclare la grève illégale.
Tous les indices semblent impliquer les
autorités publiques philippines dans ces agressions.
D'abord, selon Florencia Arevalo, les armes à feu utilisées pour la seconde
attaque sont du type de celles utilisées par la police ou par les militaires.
Ensuite, au lendemain des attaques du piquet de grève devant C. Woo Trading, la
police de la zone franche s'est empressée d'installer deux nouveaux postes de
contrôle pour empêcher le retour des grévistes. Enfin, les victimes des
attaques n'ont, malgré leurs différentes tentatives, pas été autorisées à
déposer de plainte auprès de la police. À la station de police de la zone
franche, on leur a rétorqué que le lendemain était un jour férié et que
par conséquent aucune enquête ne pourrait être menée. Les policiers municipaux
de la station de Rosario leur ont, quant à eux, refusé toute forme
d'assistance, prétendument pour absence de juridiction.
Ces
allégations sur la probable implication des autorités philippines dans ces
attaques sont extrêmement inquiétantes. C’est pourquoi le Centre d’assistance
aux travailleurs fait aujourd’hui à nouveau appel à votre solidarité et vous
demande d’interpeller l’Ambassadeur des Philippines en France afin qu’il
réclame aux autorités de son pays que toute la lumière soit faite sur ces
attaques et que la sécurité des travailleurs en grève de C. Woo Trading soit
enfin assurée. „Nous ne voulons pas que nos noms figurent sur la longue liste
de meurtres extrajudiciaires aux Philippines a déclaré Arevalo.
POUR EN SAVOIR PLUS
Le ‘Workers Assistance Center’ (WAC - Centre d’assistance aux travailleurs):
Cette ONG philippine oeuvre depuis 1995 pour la défense des droits des
travailleurs de la zone franche de Cavite. Elle aide en particulier les
ouvriers à s’organiser, les soutient dans leurs initiatives syndicales, propose
des formations, organise des campagnes internationales de sensibilisation et
leur fournit une assistance juridique. Plus d’informations sur leur site:
http://www.wacphilippines.com/?m=200706
La Clean Clothes Campaign
(CCC): L’organisation européenne soutient le WAC depuis de nombreuses
années. C’est en tant que relais des appels urgents de la CCC en France que
Peuples Solidaires poursuit son engagement aux côtés de son partenaire
philippin.Voir le site de la CCC:
http://www.cleanclothes.org/
Merci pour vos messages de
solidarité !
„Les grévistes sont si heureux de
recevoir vos lettres, ils nous ont même demandés s’ils pouvaient en emporter
quelques-unes chez eux pour montrer à leur famille! » nous
a confié notre partenaire philippin après avoir reçu des centaines de messages
de soutien du Réseau-Solidarité.
„Ces
lettres signifient beaucoup pour nous : elles aident les travailleurs à garder
le moral et à continuer de se battre pour leurs droits ». Des photos
des grévistes en train d'ouvrir nos lettres sont publiées sur le site du Centre
d’assistance aux travailleurs :
www.wacphilippines.com/?m=200703
ECRIVEZ!
Par lettre : découpez le modèle ci-dessous ou recopiez-le en
l’adaptant à votre style. Envoyez-le au destinataire sans oublier d‚inscrire
vos coordonnées et de signer. Timbre : 0,54•
Coupon partenaire : pour que le
Centre d'assistance aux travailleurs (WAC) ait un aperçu concret des soutiens
sur lesquels il peut s‚appuyer, envoyez-lui un message de soutien (modèle
ci-dessous) ! Timbre: 0,85•.
E-mail : ambaphilparis@wanadoo.fr
- Cc : wacphilippines@yahoo.com.ph
Délai de réaction : dès réception,
et jusqu’au 1er septembre 2007.
COMMENT AGIR ?
Vous pouvez accéder à cet Appel, le voir en version "pdf" en
allant sur notre site à l'adresse :
http://www.peuples-solidaires.org/IMG/pdf/APPEL308_PHILIPPINES_PDF.pdf
Vous pouvez télécharger directement la lettre à envoyer en cliquant sur le lien
ci-dessous :
http://www.peuples-solidaires.org/IMG/rtf/LETTRES_308.rtf