Pour aller plus loin : puiser à la source
SUR LE DÉVELOPPEMENT HUMAIN INTÉGRAL DANS LA CHARITÉ ET LA
VÉRITÉ
Encyclique de Benoît XVI : Caritas in veritate :(1):
INTRODUCTION
1.
L'amour dans la vérité (
Caritas in veritate ), dont Jésus s'est
fait le témoin dans sa vie terrestre et surtout par sa mort et sa résurrection,
est la
force dynamique essentielle du
vrai développement de chaque personne et de l'humanité tout entière.
L'amour - «
caritas » - est une force
extraordinaire qui pousse les personnes à s'engager avec courage et générosité
dans le domaine de la justice et de la paix. C'est une
force qui a son origine en Dieu, Amour éternel et Vérité absolue.
Chacun trouve son bien en adhérant, pour le réaliser pleinement, au projet que
Dieu a sur lui: en effet, il trouve dans ce projet sa propre vérité et c'est en
adhérant à cette vérité qu'il devient libre (cf.
Jn 8, 22). Défendre la vérité, la proposer avec humilité et
conviction et en témoigner dans la vie sont par conséquent des formes
exigeantes et irremplaçables de la charité.
En
effet, celle-ci «
trouve sa joie dans ce
qui est vrai » (
1 Co 13, 6).
Toute personne expérimente en elle un élan pour aimer de manière authentique:
l'amour et la vérité ne l'abandonnent jamais totalement, parce qu'il s'agit là
de la vocation déposée par Dieu dans le cœur et dans l'esprit de chaque homme.
Jésus - Christ purifie et libère de nos
pauvretés humaines la recherche de l'amour et de la vérité et il nous
révèle en plénitude l'initiative d'amour ainsi que le projet de la vie vraie
que Dieu a préparée pour nous.
Dans le
Christ, l'amour dans la vérité devient
le Visage de sa Personne. C'est notre vocation d'aimer nos frères dans la
vérité de son dessein. Lui-même, en effet, est la Vérité (cf.
Jn 14, 6).
2.
La charité est la voie maîtresse de la
doctrine sociale de l'Église. Toute responsabilité et tout engagement
définis par cette doctrine sont imprégnés de l'amour qui, selon l'enseignement
du Christ, est la synthèse de toute la Loi (cf.
Mt 22, 36-40).
L'amour donne
une substance authentique à la relation personnelle avec Dieu et avec le
prochain. Il est le principe non seulement des micro - relations: rapports
amicaux, familiaux, en petits groupes, mais également des macro - relations:
rapports sociaux, économiques, politiques.
Pour l'Église - instruite par l'Évangile
-, l'amour est tout parce que, comme l'enseigne saint Jean
(cf.
1 Jn 4, 8.16) et comme je l'ai
rappelé dans ma première Lettre encyclique, « Dieu est amour » (
Deus caritas est
):
tout provient de l'amour de
Dieu, par lui tout prend forme et tout tend vers lui .
L'amour est le don le plus grand que Dieu ait fait aux hommes, il est
sa promesse et notre espérance.
Je
suis conscient des dévoiements et des pertes de sens qui ont marqué et qui
marquent encore la charité, avec le risque conséquent de la comprendre de
manière erronée, de l'exclure de la vie morale et, dans tous les cas, d'en
empêcher la juste mise en valeur. Dans les domaines social, juridique,
culturel, politique, économique, c'est-à-dire dans les contextes les plus
exposés à ce danger, il n'est pas rare qu'elle soit déclarée incapable
d'interpréter et d'orienter les responsabilités morales. De là, découle la
nécessité de conjuguer l'amour avec la vérité non seulement selon la direction
indiquée par saint Paul: celle de la «
veritas in caritate » (
Ep 4,
15), mais aussi, dans celle inverse et complémentaire, de la « caritas in
veritate ».
La vérité doit être
cherchée, découverte et exprimée dans l' « économie » de l'amour, mais l'amour
à son tour doit être compris, vérifié et pratiqué à la lumière de la vérité.
Nous aurons ainsi non seulement rendu service à l'amour, illuminé par la
vérité, mais nous aurons aussi contribué à rendre crédible la vérité en en
montrant le pouvoir d'authentification et de persuasion dans le concret de la
vie sociale. Ce qui, aujourd'hui, n'est pas rien compte tenu du contexte social
et culturel présent qui relativise la vérité, s'en désintéresse souvent ou s'y
montre réticent.
3.
Par son lien étroit avec la vérité, l'amour peut être reconnu comme une
expression authentique d'humanité et comme un élément d'importance fondamentale
dans les relations humaines, même de nature publique.
Ce n'est que dans la vérité que l'amour resplendit et qu'il peut être
vécu avec authenticité. La vérité est une lumière qui donne sens et valeur
à l'amour. Cette lumière est, en même temps, celle de la raison et de la foi,
par laquelle l'intelligence parvient à la vérité naturelle et surnaturelle de
l'amour: l'intelligence en reçoit le sens de don, d'accueil et de communion.
Dépourvu de vérité, l'amour bascule dans le
sentimentalisme. L'amour devient une coque vide susceptible d'être
arbitrairement remplie. C'est le risque mortifère qu'affronte l'amour dans une
culture sans vérité. Il est la proie des émotions et de l'opinion contingente
des êtres humains ; il devient un terme galvaudé et déformé, jusqu'à signifier
son contraire.
La vérité libère l'amour
des étroitesses de l'émotivité qui le prive de contenus relationnels et
sociaux,
et d'un fidéisme qui le
prive d'un souffle humain et universel.
Dans
la vérité, l'amour reflète en même temps la dimension personnelle et publique
de la foi au Dieu biblique qui est à la fois «
Agapè » et «
Lógos »:
Charité et Vérité, Amour et Parole.
4.
Parce que l'amour est riche de vérité, l'homme peut le comprendre dans la
richesse, partagée et communiquée, de ses valeurs.
La vérité est, en effet, lógos qui
crée un diá-logos et donc une
communication et une communion. En aidant les hommes à aller au-delà de
leurs opinions et de leurs sensations subjectives, la vérité leur permet de
dépasser les déterminismes culturels et historiques et de se rencontrer dans la
reconnaissance de la substance et de la valeur des choses.
La vérité ouvre et unit les intelligences dans le lógos de l'amour: l'annonce et le témoignage chrétien de
l'amour résident en cela. Dans le contexte socioculturel actuel, où la tendance
à relativiser le vrai est courante, vivre la charité dans la vérité conduit à
comprendre que l'adhésion aux valeurs du Christianisme est un élément non seulement
utile, mais indispensable pour l'édification d'une société bonne et d'un
véritable développement humain intégral. Un Christianisme de charité sans
vérité peut facilement être confondu avec un réservoir de bons sentiments,
utiles pour la coexistence sociale, mais n'ayant qu'une incidence marginale.
Compris ainsi, Dieu n'aurait plus une place propre et authentique dans le
monde.
Sans la vérité, la charité est
reléguée dans un espace restreint et relationnellement appauvri. Dans le
dialogue entre les connaissances et leur mise en œuvre, elle est exclue des
projets et des processus de construction d'un développement humain d'envergure
universelle.
5.
La charité est amour reçu et donné.
Elle est «
grâce » (
cháris ). Sa source est l'amour
jaillissant du Père pour le Fils, dans l'Esprit Saint. C'est un amour qui, du
Fils, descend sur nous. C'est un amour créateur, qui nous a donné l'existence;
c'est un amour rédempteur, qui nous a recréés. Un amour révélé et réalisé par
le Christ (cf.
Jn 13, 1) et «
répandu dans nos cœurs par l'Esprit Saint
qui nous a été donné » (
Rm 5,
5).
Objets de l'amour de Dieu, les
hommes sont constitués sujets de la charité, appelés à devenir eux-mêmes les
instruments de la grâce, pour répandre la charité de Dieu et pour tisser
des liens de charité.
La doctrine sociale de l'Église répond à
cette dynamique de charité reçue et donnée.
Elle est « caritas in veritate in re sociali
» : annonce de la vérité de l'amour du Christ dans la société. Cette
doctrine est un service de la charité, mais dans la vérité. La vérité préserve
et exprime la force de libération de la charité dans les événements toujours
nouveaux de l'histoire. Elle est, en même temps, une vérité de la foi et de la
raison, dans la distinction comme dans la synergie de ces deux modes de
connaissance.
Le développement, le
bien-être social, ainsi qu'une solution adaptée aux graves problèmes
socio-économiques qui affligent l'humanité, ont besoin de cette vérité.
Plus encore, il est nécessaire que cette vérité soit aimée et qu'il lui soit
rendu témoignage.
Sans vérité, sans
confiance et sans amour du vrai, il n'y a pas de conscience ni de
responsabilité sociale, et l'agir social devient la proie d'intérêts privés et
de logiques de pouvoir, qui ont pour effets d'entraîner la désagrégation de
la société, et cela d'autant plus dans une société en voie de mondialisation et
dans les moments difficiles comme ceux que nous connaissons actuellement.
6.
« Caritas in veritate » est un
principe sur lequel se fonde la doctrine sociale de l'Église, un principe qui
prend une forme opératoire par des critères d'orientation de l'action morale.
Je désire en rappeler deux de manière particulière; ils sont dictés
principalement par l'engagement en faveur du développement dans une société en
voie de mondialisation:
la justice et le
bien commun .
-
La justice tout d'abord.
Ubi societas, ibi ius : toute société élabore un système propre de
justice.
La charité dépasse la justice , parce qu'aimer c'est donner, offrir
du mien à l'autre ; mais elle
n'existe jamais sans la justice qui amène à donner à l'autre ce qui est sien , c'est-à-dire ce qui lui revient
en raison de son être et de son agir. Je ne peux pas «
donner » à l'autre du mien, sans lui avoir donné tout d'abord ce
qui lui revient selon la justice.
Qui
aime les autres avec charité est d'abord juste envers eux. Non seulement la
justice n'est pas étrangère à la charité, non seulement elle n'est pas une voie
alternative ou parallèle à la charité: la justice est « inséparable de la
charité
-2)» ,
elle lui est intrinsèque. La justice est la première voie de la charité ou,
comme le disait Paul VI , son «
minimum (3)
», une partie intégrante de cet amour en «
actes
et en vérité » (
1 Jn 3, 18)
auquel l'apôtre saint Jean exhorte.
D'une part, la charité exige la justice:
la reconnaissance et le respect des droits légitimes des individus et des
peuples. Elle s'efforce de construire la
cité de l'homme selon le droit et la
justice.
D'autre part, la charité dépasse la
justice et la complète dans la logique du don et du pardon (4).
La
cité de l'homme n'est pas
uniquement constituée par des rapports de droits et de devoirs, mais plus
encore, et d'abord, par des relations de gratuité, de miséricorde et de
communion.
La charité manifeste toujours
l'amour de Dieu, y compris dans les relations humaines. Elle
donne une valeur théologale et salvifique à
tout engagement pour la justice dans le monde.
7.
Il faut ensuite prendre en grande considération le
bien commun.
Aimer
quelqu'un, c'est vouloir son bien et mettre tout en œuvre pour cela. À côté du bien individuel, il y a un bien
lié à la vie en société: le bien commun.
C'est
le
bien du ‘nous-tous', constitué d'individus, de familles et de groupes
intermédiaires qui forment une
communauté
sociale (5). Ce n'est
pas un bien recherché pour lui-même, mais pour les personnes qui font partie de
la communauté sociale et qui, en elle seule, peuvent arriver réellement et plus
efficacement à leur bien.
C'est une
exigence de la justice et de la charité que de vouloir le bien commun et de le
rechercher.
Œuvrer
en vue du bien commun signifie d'une part,
prendre
soin et, d'autre part,
se servir de l'ensemble des institutions
qui structurent juridiquement, civilement, et culturellement la vie sociale
qui prend ainsi la forme de la
pólis ,
de la cité. On aime d'autant plus efficacement le prochain que l'on travaille
davantage en faveur du bien commun qui répond également à ses besoins réels.
Tout chrétien est appelé à vivre cette charité, selon sa vocation et selon ses
possibilités d'influence au service de la
pólis
. C'est là la
voie institutionnelle
- politique peut-on dire aussi -
de
la charité, qui n'est pas moins qualifiée et déterminante que la charité
qui est directement en rapport avec le prochain, hors des médiations
institutionnelles de la cité. L'engagement pour le bien commun, quand la
charité l'anime, a une valeur supérieure à celle de l'engagement purement
séculier et politique. Comme tout engagement en faveur de la justice, il
s'inscrit dans le témoignage de la charité divine qui, agissant dans le temps,
prépare l'éternité. Quand elle est inspirée et animée par la charité, l'action
de l'homme contribue à
l'édification de
cette cité de Dieu universelle
vers laquelle avance l'histoire de la famille humaine.
Dans
une société en voie de mondialisation, le bien commun et l'engagement en sa
faveur ne peuvent pas ne pas
assumer les
dimensions de la famille humaine tout entière, c'est-à-dire de la
communauté des peuples et des Nations (6),
au point de donner forme d'unité et de paix à la
cité des hommes , et d'en faire, en quelque sorte, la préfiguration
anticipée de la cité sans frontières de Dieu.
8. En publiant en 1967
l'encyclique
Populorum progressio, mon
vénérable prédécesseur Paul VI a éclairé le
grand thème du développement des peuples de la splendeur de la vérité et de la
douce lumière de la charité du Christ. Il a affirmé que l'annonce du Christ est
le premier et le principal facteur de développement
(7)
et il nous a laissé la consigne d'avancer sur la route du développement de tout
notre cœur et de toute notre intelligence
(8),
c'est-à-dire avec l'ardeur de la charité et la sagesse de la vérité. C'est la
vérité originelle de l'amour de Dieu - grâce qui nous est donnée - qui ouvre
notre vie au don et qui rend possible l'espérance en un «
développement (...) de tout
l'homme et de tous les hommes (9) », en passant «
de conditions moins humaines à
des conditions plus humaines (10)»,
et cela en triomphant des difficultés inévitablement rencontrées sur le chemin.
Plus
de quarante ans après la publication de cette encyclique, je désire honorer la
mémoire de Paul VI , et rendre hommage à ce
grand Pontife, en reprenant ses enseignements sur le
développement humain intégral et en me plaçant sur la voie qu'ils
ont tracée, afin de les actualiser aujourd'hui. Ce processus d'actualisation
commença avec l'encyclique
Sollicitudo rei socialis , par laquelle le
Serviteur de Dieu Jean-Paul II voulut
commémorer la publication de
Populorum progressio à l'occasion de son
vingtième anniversaire. Jusque - là une telle commémoration n'avait été
réservée qu'à l'encyclique
Rerum novarum . Vingt ans après, j'exprime ma
conviction que
Populorum
progressio mérite d'être considérée comme l'encyclique «
Rerum novarum de
l'époque contemporaine » qui éclaire le chemin de l'humanité en voie
d'unification.
9.
L'amour dans la vérité -
caritas in veritate -
est un grand défi pour l'Église dans un
monde sur la voie d'une mondialisation progressive et généralisée. Le
risque de notre époque réside dans le fait qu'à l'interdépendance déjà réelle
entre les hommes et les peuples, ne corresponde pas l'interaction éthique des
consciences et des intelligences dont le fruit devrait être l'émergence d'un
développement vraiment humain.
Seule la charité, éclairée par la lumière de la
raison et de la foi, permettra d'atteindre des objectifs de
développement porteurs d'une valeur plus humaine et plus humanisante. Le
partage des biens et des ressources, d'où provient le vrai développement, n'est
pas assuré par le seul progrès technique et par de simples relations de
convenance, mais par la puissance de l'amour qui vainc le mal par le bien (cf.
Rm 12, 21) et qui ouvre à la réciprocité
des consciences et des libertés.
L'Église n'a pas de solutions techniques
à offrir (11) et
ne
prétend « aucunement s'immiscer dans la
politique des États (12)».
Elle a toutefois une mission de vérité à remplir, en tout temps et en toutes
circonstances, en faveur d'une société à la mesure de l'homme, de sa dignité et
de sa vocation.
Sans vérité, on aboutit
à une vision empirique et sceptique de la vie, incapable de s'élever au-dessus
de l'agir, car inattentive à saisir les valeurs - et parfois pas même le
sens des choses - qui permettraient de la juger et de l'orienter. La fidélité à
l'homme exige
la fidélité à la vérité qui,
seule,
est la garantie de la liberté (cf.
Jn 8, 32)
et de la possibilité d'un développement humain intégral. C'est pour
cela que l'Église la recherche, qu'elle l'annonce sans relâche et qu'elle la
reconnaît partout où elle se manifeste.
Cette
mission de vérité est pour l'Église une mission impérative. Sa doctrine
sociale est un aspect particulier de cette annonce: c'est un service rendu à la
vérité qui libère. Ouverte à la vérité, quel que soit le savoir d'où elle
provient, la doctrine sociale de l'Église est prête à l'accueillir. Elle
rassemble dans l'unité les fragments où elle se trouve souvent disséminée et
elle l'introduit dans le vécu toujours nouveau de la société des hommes et des
peuples
(13).
CHAPITRE I : LE MESSAGE DE POPULORUM PROGRESSIO :
10. Plus de quarante
ans après la publication de
Populorum progressio, sa relecture nous invite
à
rester fidèle à son message de charité
et de vérité, en le replaçant dans le cadre du magistère propre de Paul VI et, plus généralement, à l'intérieur de la
tradition de la doctrine sociale de l'Église. Par ailleurs, il faut évaluer les
multiples termes dans lesquels se pose aujourd'hui, à la différence d'alors, le
problème du développement. Le point de vue correct est donc celui de la
Tradition de la foi des Apôtres (14),
patrimoine ancien et nouveau hors duquel
Populorum progressio serait un document privé
de racines et les questions liées au développement se réduiraient uniquement à
des données d'ordre sociologique.
11.
Populorum
progressio fut publiée immédiatement après la conclusion du Concile œcuménique Vatican II . Dès ses premiers
paragraphes, l'encyclique affirme son rapport intime avec le Concile
(15).
Vingt
ans plus tard, dans
Sollicitudo rei socialis ,Jean-Paul II soulignait à son tour le rapport
fécond de cette encyclique avec le Concile et,
en particulier, avec la Constitution pastorale
Gaudium et Spes (16).
Je désire moi aussi rappeler ici
l'importance du Concile Vatican II pour
l'encyclique de Paul VI et, à sa suite, pour tout le magistère social
des Souverains Pontifes. Le Concile a
approfondi tout ce qui appartient depuis toujours à la vérité de la foi,
c'est-à-dire que l'Église, qui est au service de Dieu, est au service du monde
selon les critères de l'amour et de la vérité. C'est précisément de cette vision
que partait Paul VI pour nous faire part de
deux grandes vérités :
-
1° La première est que
toute l'Église, dans tout son être et tout
son agir, tend à promouvoir le développement intégral de l'homme quand elle
annonce, célèbre et œuvre dans la charité. Elle a un rôle public qui ne
se borne pas à ses activités d'assistance ou d'éducation, mais elle déploie
toutes ses énergies au service de la promotion de l'homme et de la fraternité
universelle quand elle peut jouir d'un régime de liberté. Dans bien des cas,
cette liberté est entravée par des interdictions et des persécutions, ou même
limitée quand la présence publique de l'Église est réduite à ses seules
activités caritatives.
-
2° La seconde vérité est que
le développement authentique de l'homme
concerne unitairement la totalité de la personne dans chacune de ses dimensions (17).
Sans la perspective d'une vie éternelle, le progrès humain demeure en ce monde
privé de souffle. Enfermé à l'intérieur de l'histoire, il risque de se réduire
à la seule croissance de l'avoir. L'humanité perd ainsi le courage d'être
disponible pour les biens plus élevés, pour les grandes initiatives
désintéressées qu'exige la charité universelle. L'homme ne se développe pas
seulement par ses propres forces, et le développement ne peut pas lui être
simplement offert. Tout au long de l'histoire, on a souvent pensé que la
création d'institutions suffisait à garantir à l'humanité la satisfaction du
droit au développement. Malheureusement, on a placé une confiance excessive
dans de telles institutions, comme si elles pouvaient atteindre automatiquement
le but recherché. En réalité, les institutions ne suffisent pas à elles seules,
car le développement intégral de l'homme est d'abord une vocation et suppose
donc que tous prennent leurs responsabilités de manière libre et solidaire.
Un tel développement demande, en outre,
une vision transcendante de la personne; il a besoin de Dieu:
sans Lui, le développement est nié ou confié aux seules mains de l'homme, qui
s'expose à la présomption de se sauver par lui-même et finit par promouvoir un
développement déshumanisé.
D'autre
part,
seule la rencontre de Dieu permet
de ne pas "voir dans l'autre que
l'autre" (18)
, mais de reconnaître en lui l'image de Dieu, parvenant ainsi à découvrir
vraiment l'autre et à développer un
amour
qui "devienne soin de l'autre pour
l'autre"(19).
12. Le lien existant
entre
Populorum
progressio et le Concile Vatican II ne
représente pas une coupure entre le magistère social de Paul VI et celui des Papes qui l'avaient précédé, étant donné
que le Concile est un approfondissement de
ce magistère dans la continuité de la vie de l'Église
(20).
En ce sens, certaines subdivisions abstraites de la doctrine sociale de
l'Église sont aujourd'hui proposées qui ne contribuent pas à clarifier les
choses, car elles appliquent à l'enseignement social pontifical des catégories
qui lui sont étrangères.
Il n'y a pas
deux typologies différentes de doctrine sociale, l'une pré -conciliaire et
l'autre post-conciliaire, mais
un unique
enseignement, cohérent et en même temps toujours nouveau (21).
Il est juste de remarquer les caractéristiques propres à chaque encyclique, à
l'enseignement de chaque Pontife, mais sans jamais perdre de vue la cohérence
de l'ensemble du
corpus doctrinal
(22).
Cohérence ne signifie pas fermeture, mais plutôt fidélité dynamique à une
lumière reçue. La doctrine sociale de l'Église éclaire d'une lumière qui ne
change pas les problèmes toujours nouveaux qui surgissent
(23).
Cela préserve le caractère à la fois permanent et historique de ce «
patrimoine » doctrinal
(24)
qui, avec ses caractéristiques spécifiques, appartient à la Tradition toujours
vivante de l'Église
(25).
La doctrine sociale est construite sur le fondement transmis par les Apôtres
aux Pères de l'Église, reçu et approfondi ensuite par les grands Docteurs
chrétiens. Cette doctrine renvoie en définitive à l'Homme nouveau, au «
dernier Adam qui est devenu l'être spirituel
qui donne vie » (
1 Co 15, 45),
principe de la charité qui «
ne passera
jamais » (
1 Co 13, 8). Elle
reçoit le témoignage des saints et de tous ceux qui ont donné leurs vies pour
le Christ Sauveur dans le domaine de la justice et de la paix. En elle,
s'exprime la mission prophétique des Souverains Pontifes: guider d'une manière
apostolique l'Église du Christ et discerner les nouvelles exigences de
l'évangélisation. C'est pour ces raisons que
Populorum progressio ,inscrite
dans le grand courant de la Tradition
, est
encore en mesure de nous parler aujourd'hui.
13. Outre son rapport
avec l'ensemble de la doctrine sociale de l'Église,
Populorum
progressio est étroitement liée à tout le magistère de Paul VI et, en particulier, à son
magistère social. Cet enseignement social fut d'une grande portée: il
réaffirma l'importance déterminante de
l'Évangile pour l'édification d'une société de liberté et de justice, dans
la perspective idéale et historique
d'une
civilisation animée par l'amour. Paul VI comprit
clairement que la question sociale était devenue mondiale
(26)et
il saisit l'interaction existant entre l'élan vers l'unification de l'humanité
et l'idéal chrétien d'une unique famille des peuples, solidaire dans une
commune fraternité.
Il désigna le
développement, compris au sens humain et chrétien, comme le cœur du message
social chrétien et proposa la charité chrétienne comme force principale au
service du développement. Poussé par le désir de rendre l'amour du Christ
pleinement visible à ses contemporains, Paul VI affronta
avec décision d'importantes questions morales, sans céder aux faiblesses
culturelles de son temps.
14. Dans la lettre
apostolique
Octogesima adveniens de
1971, Paul VI aborda par la suite la
question du sens de la politique et du péril représenté par des visions utopiques
et idéologiques qui compromettaient sa qualité éthique et humaine. Il
s'agit de sujets étroitement liés au développement. Malheureusement, les
idéologies néfastes ne cessent de fleurir. Conscient du grand danger de confier
à la seule technique tout le processus du développement, qui ainsi demeurerait
sans ligne directrice,
Paul VI avait déjà mis en garde contre l'idéologie
technocratique, particulièrement forte aujourd'hui
(27).
Considérée en elle-même, la
technique
est ambivalente :
Si,
d'un côté, certains tendent aujourd'hui à lui confier la totalité du processus
de développement.
De
l'autre, on assiste à la naissance d'idéologies qui nient
in toto l'utilité même du développement, qu'elles considèrent comme
foncièrement antihumain et exclusivement facteur de dégradation. Ainsi,
finit-on par condamner non seulement l'orientation parfois fausse et injuste
que les hommes donnent au progrès, mais aussi les découvertes scientifiques
elles-mêmes qui, utilisées à bon escient, constituent au contraire une occasion
de croissance pour tous.
L'idée
d'un monde sans développement traduit une défiance à l'égard de l'homme et de
Dieu. C'est donc une grave erreur que de mépriser les capacités humaines de
contrôler les déséquilibres du développement ou même d'ignorer que l'homme est
constitutivement tendu vers l'«
être
davantage ».
Absolutiser idéologiquement le progrès
technique ou aspirer à l'utopie d'une humanité revenue à son état premier de
nature sont
deux
manières opposées de séparer le progrès de son évaluation morale et donc de
notre responsabilité.
15. Deux autres
documents de Paul VI sont moins directement
liés à la doctrine sociale: l'encyclique
Humanæ vitæ du 25 juillet 1968 et
l'exhortation apostolique
Evangelii nuntiandi du 8 décembre 1975. Ils
sont cependant très importants pour discerner
le sens pleinement humain du développement proposé par l'Église .
Il est donc opportun de les lire en les mettant eux aussi en relation avec
Populorum
progressio .
L'encyclique
Humanæ vitæ souligne la signification tout à
la fois unitive et procréative de la sexualité, posant ainsi comme
fondement de la société le couple des époux, homme et femme, qui se reçoivent
l'un l'autre dans la distinction et dans la complémentarité; en tant donc que
couple ouvert à la vie
(28).
Il ne s'agit pas ici de morale purement individuelle:
Humanæ
vitæ montre les liens forts
qui existent entre éthique de la vie et éthique sociale, en inaugurant une thématique
magistérielle qui a pris corps dans différents documents, et finalement dans
l'encyclique
Evangelium
vitæ de Jean-Paul II
(29).
L'Église propose avec force ce lien entre éthique de la vie et éthique sociale,
consciente qu'une société ne peut «
avoir
des bases solides si, tout en affirmant des valeurs comme la dignité de la
personne, la justice et la paix, elle se contredit radicalement en acceptant et
en tolérant les formes les plus diverses de mépris et de violation de la vie
humaine, surtout si elle est faible et marginalisée (30)».
L'exhortation
apostolique
Evangelii
nuntiandi , pour sa part, est très étroitement lié au développement,
dans la mesure où «
l'évangélisation -
comme l'écrivait Paul VI - ne serait pas
complète si elle ne tenait pas compte des rapports concrets et permanents qui
existent entre l'Évangile et la vie personnelle et sociale de l'homme (31) ».
«
Entre
l'évangélisation et la promotion humaine - développement, libération - il y a
en effet des liens profonds (32)»
: conscient de cela, Paul VI établissait un rapport clair entre l'annonce du
Christ et la promotion de la personne dans la société.
Le témoignage de la charité du
Christ à travers des œuvres de justice, de paix et de développement fait partie
de l'évangélisation car, pour
Jésus Christ, qui nous aime, l'homme tout entier est important. C'est sur ces
enseignements importants que se fonde l'aspect missionnaire
(33)
de la doctrine sociale de l'Église en tant que composante essentielle de
l'évangélisation
(34).
La doctrine sociale de l'Église est annonce et témoignage de foi. C'est un
instrument et un lieu indispensable de l'éducation de la foi.
16.
Dans Populorum progressio ,Paul
VI a voulu nous dire, avant tout, que le progrès, dans son apparition et
son essence, est une vocation : «
Dans le dessein de Dieu, chaque homme est
appelé à se développer car toute vie est vocation (35)
» . C'est précisément ce qui autorise l'Église à intervenir dans les
problématiques du développement. Si ce dernier ne concernait que des aspects
techniques de la vie de l'homme, et non le sens de sa marche dans l'Histoire
avec ses autres frères ou la définition du but d'un tel cheminement, l'Église
n'aurait aucun titre pour en parler. Comme Léon
XIII dans
Rerum
novarum (36),
Paul VI était conscient de s'acquitter d'un
devoir propre à sa charge, en projetant la lumière de l'Évangile sur les
questions sociales de son temps
(37).
Définir le développement comme une vocation,
c'est reconnaître, d'un côté, qu'il
naît d'un appel transcendant et, de
l'autre, qu'il est
incapable de se
donner par lui-même son sens propre ultime. Ce n'est pas sans raison que le
mot "
vocation" revient dans
un autre passage de l'encyclique, où il est affirmé: «
Il n'y a donc d'humanisme vrai
qu'ouvert à l'Absolu, dans la reconnaissance d'une vocation, qui donne l'idée vraie de la vie humaine (38)».
Cette vision du développement est le cœur de
Populorum progressio et anime
toutes les réflexions de Paul VI sur la
liberté, la vérité et la charité dans le développement. C'est la raison
principale pour laquelle cette encyclique demeure encore actuelle de nos jours.
17.
La vocation est un appel qui réclame une
réponse libre et responsable.
Le
développement humain intégral suppose la liberté responsable de la personne
et des peuples: aucune structure ne peut garantir ce développement en dehors et
au-dessus de la responsabilité humaine. Les «
messianismes prometteurs, mais bâtisseurs d'illusions (39)» fondent toujours leurs propositions sur la
négation de la dimension transcendante du développement, étant certains de
l'avoir tout entier à leur disposition. Cette fausse sécurité se change en
faiblesse, parce qu'elle entraîne l'asservissement de l'homme, réduit à n'être
qu'un moyen en vue du développement, tandis que l'humilité de celui qui
accueille une vocation se transforme en autonomie véritable, parce qu'elle
libère la personne. Paul VI ne doute pas que
des obstacles et des conditionnements freinent le développement, mais il reste
certain que «
chacun demeure, quelles que
soient les influences qui s'exercent sur lui, l'artisan principal de sa
réussite ou de son échec (40)»
. Cette liberté concerne le développement qui a lieu sous nos yeux, mais aussi,
en même temps, les
situations de
sous-développement qui ne sont pas le fruit du hasard ou d'une nécessité
historique, mais qui dépendent de la responsabilité humaine. C'est pourquoi
«
les peuples de la faim interpellent
aujourd'hui de façon dramatique les peuples de l'opulence (41)».
Il s'agit là encore
d'une vocation,
en tant qu'appel adressé par des hommes libres à des hommes libres
pour qu'ils prennent ensemble leurs
responsabilités. Paul VI eut une
compréhension pénétrante de l'importance des structures économiques et des
institutions, mais il perçut tout aussi clairement qu'elles étaient des
instruments au service de la liberté humaine.
Le développement ne peut être intégralement humain que s'il est libre;
seul un régime de liberté responsable lui permet de se développer de façon
juste.
18.
Outre la liberté, le développement intégral de l'homme comme vocation exige aussi qu'on
en respecte la vérité . La
vocation au progrès pousse les hommes à
« faire, connaître et avoir plus, pour
être plus (42)
». Mais là est le problème: que signifie «
être davantage »?
À
cette question, Paul VI répond en indiquant
la caractéristique essentielle du
développement
authentique: il « doit être intégral,
c'est-à-dire promouvoir tout homme et tout l'homme (43)»
. Parmi les différentes visions concurrentes de l'homme proposées dans la
société d'aujourd'hui plus encore qu'au temps de Paul
VI, la vision chrétienne a la particularité d'affirmer et de justifier
la valeur inconditionnelle de la personne humaine et le sens de sa croissance.
La vocation chrétienne au développement aide à poursuivre la promotion de tous
les hommes et de tout l'homme. Paul VI écrivait:
«
Ce qui compte pour nous, c'est l'homme,
chaque homme, chaque groupement d'hommes, jusqu'à l'humanité tout entière (44)».
La
foi chrétienne se préoccupe du développement sans s'appuyer sur des privilèges
ou sur des positions de pouvoir, ni même sur les mérites des Chrétiens qui ont
certes existé et existent encore aujourd'hui en même temps que leurs limites
naturelles
(45), mais
uniquement sur le
Christ, à qui doit
être rapportée toute vocation authentique au développement humain intégral.
L'Évangile est un élément fondamental du
développement , parce qu'en lui le Christ, «
dans la révélation même du mystère du Père et de son amour, manifeste
pleinement l'homme à lui-même (46)».
Eduquée par son Seigneur, l'Église scrute les signes des temps et les
interprète et elle offre au monde
« ce
qu'elle possède en propre: une vision globale de l'homme et de l'humanité (47)».
Précisément parce que Dieu prononce le plus grand «
oui » à l'homme
(48),
l'homme ne peut faire moins que de s'ouvrir à l'appel divin pour réaliser son
propre développement.
La vérité du
développement réside dans son intégralité: s'il n'est pas de
tout l'homme et de tout homme, le
développement n'est pas un vrai développement. Tel est le centre du message de
Populorum
progressio, valable aujourd'hui et toujours. Le développement humain
intégral sur le plan naturel, réponse à un appel du Dieu créateur
(49),
demande de trouver sa vérité dans un «
humanisme
transcendant, qui (...) donne [à l'homme] sa plus grande plénitude: telle est
la finalité suprême du développement personnel (50)».
La vocation chrétienne à ce développement concerne donc le plan naturel comme
le plan surnaturel; c'est pourquoi «
quand
Dieu est éclipsé, notre capacité de reconnaître l'ordre naturel, le but et le
"bien" commence à s'évanouir (51)».
19. Enfin,
la vision du développement en tant que
vocation implique que la charité y occupe
une place centrale . Dans l'encyclique
Populorum progressio ,Paul VI observait que les causes du
sous-développement ne sont pas d'abord d'ordre matériel. Il nous invitait à les
rechercher dans d'autres dimensions de
l'homme:
- Tout d'abord dans la
volonté, qui se désintéresse souvent
des devoirs de la solidarité;
- En second lieu, dans
la
pensée qui ne parvient pas
toujours à orienter convenablement le vouloir.
C'est
pourquoi, dans la quête du développement, il faut «
des sages de réflexion profonde, à la recherche d'un humanisme nouveau, qui permette à l'homme moderne de
se retrouver lui-même (52)».
Mais ce n'est pas tout.
Le
sous-développement a une cause encore plus profonde que le déficit de
réflexion: c'est «
le manque de fraternité entre les hommes et
entre les peuples (53)».
Cette fraternité, les hommes pourront-ils jamais la réaliser par eux seuls? La
société toujours plus globalisée nous rapproche, mais elle ne nous rend pas
frères. La raison, à elle seule, est capable de comprendre l'égalité entre les
hommes et d'établir une communauté de vie civique, mais elle ne parvient pas à
créer la fraternité.
Celle-ci naît d'une
vocation transcendante de Dieu Père, qui nous a aimés en premier, nous
enseignant par l'intermédiaire du Fils ce qu'est la charité fraternelle.
Dans sa présentation des différents niveaux du processus de développement de
l'homme, Paul VI, après avoir mentionné la
foi, mettait au sommet «
l'unité dans la
charité du Christ qui nous appelle tous à participer en fils à la vie du Dieu
vivant, Père de tous les hommes (54)».
20. Ces perspectives,
ouvertes par
Populorum
progressio, demeurent fondamentales pour donner une envergure et une
orientation à notre engagement au service du développement des peuples.
Populorum progressio souligne ensuite à
plusieurs reprises l'urgence des réformes (55)
et demande que, face aux grands problèmes de l'injustice dans le développement
des peuples, on agisse avec courage et sans retard.
Cette urgence est dictée aussi par l'amour dans la vérité. C'est la
charité du Christ qui nous pousse:
«
Caritas Christi urget nos » (
2 Co 5,
14). L'urgence n'est pas seulement inscrite dans les choses; elle ne découle
pas uniquement de la
pression des
événements et des problèmes, mais aussi de ce qui est proprement en jeu:
la réalisation d'une authentique fraternité.
L'importance de cet objectif est telle qu'elle exige que nous la comprenions
pleinement et que nous nous mobilisions concrètement avec le "
cœur", pour faire évoluer les
processus économiques et sociaux actuels vers des formes pleinement humaines.
CHAPITRE II : LE DÉVELOPPEMENT HUMAIN
AUJOURD'HUI :
21.
Paul VI avait
une vision structurée du développement . Par le terme «
développement », il voulait désigner avant tout l'objectif de faire
sortir les peuples de la faim, de la misère, des maladies endémiques et de
l'analphabétisme :
- Du point de vue
économique, cela signifiait leur participation active, dans des conditions de
parité, à la vie économique internationale;
- Du point de vue
social, leur évolution vers des sociétés instruites et solidaires;
- Du point de vue
politique, la consolidation de régimes démocratiques capables d'assurer la paix
et la liberté.
Après
tant d'années, alors que nous observons avec préoccupation le développement des
crises qui se succèdent en ces temps, ainsi que leurs conséquences,
nous
nous demandons dans quelle mesure les attentes de Paul
VI ont été satisfaites par le modèle de développement qui a été
adopté au cours de ces dernières décennies. Nous devons reconnaître que les
préoccupations de l'Église étaient fondées quant aux capacités de l'homme
purement ‘technologique' à savoir se donner des objectifs réalistes et à
toujours savoir bien gérer les outils à sa disposition.
Le
profit est utile si, en tant que moyen, il est orienté vers un but qui lui
donne un sens relatif aussi bien à la façon de le créer que de l'utiliser. La
visée exclusive du profit, s'il est produit de façon mauvaise ou s'il n'a pas
le bien commun pour but ultime, risque de détruire la richesse et d'engendrer
la pauvreté.
Le
développement économique que Paul VI souhaitait
devait être en mesure de produire une croissance réelle, qui s'étende à tous et
soit concrètement durable. Il est vrai que le développement a eu lieu et qu'il
continue d'être un facteur positif qui a tiré de la misère des milliards de
personnes et que, récemment encore, il a permis à de nombreux pays de devenir
des acteurs réels de la politique internationale. Toutefois, il faut
reconnaître que
ce même développement
économique a été et continue d'être obéré par des déséquilibres et par des problèmes dramatiques, mis encore
davantage en relief par l'actuelle situation de crise. Celle-ci nous met sans
délai face à des choix qui sont toujours plus étroitement liés au destin même
de l'homme, qui par ailleurs ne peut faire abstraction de sa nature. Les forces
techniques employées, les échanges planétaires, les effets délétères sur
l'économie réelle d'une activité financière mal utilisée et, qui plus est,
spéculative, les énormes flux migratoires, souvent provoqués et ensuite gérés
de façon inappropriée, l'exploitation anarchique des ressources de la terre,
nous conduisent aujourd'hui à réfléchir sur les mesures nécessaires pour
résoudre des problèmes qui non seulement sont nouveaux par rapport à ceux
qu'affrontait le Pape Paul VI , mais qui ont
aussi, et surtout, un impact décisif sur le bien présent et futur de
l'humanité. Les aspects de la crise et de ses solutions, ainsi qu'un nouveau et
possible développement futur, sont toujours plus liés les uns aux autres. Ils
s'impliquent réciproquement et ils
requièrent
des efforts renouvelés de
compréhension globale et une nouvelle synthèse humaniste. La
complexité et la gravité de la situation économique actuelle nous préoccupent à
juste titre, mais nous devons assumer avec réalisme, confiance et espérance les
nouvelles responsabilités auxquelles nous appelle la situation d'un monde qui a
besoin de se renouveler en profondeur au niveau culturel et de redécouvrir les
valeurs de fond sur lesquelles construire un avenir meilleur. La crise nous
oblige à reconsidérer notre itinéraire, à nous donner de nouvelles règles et à
trouver de nouvelles formes d'engagement, à miser sur les expériences positives
et à rejeter celles qui sont négatives. La crise devient ainsi une
occasion
de discernement et elle met
en
capacité
d'élaborer de nouveaux projets. C'est dans cette optique, confiants
plutôt que résignés, qu'il convient d'affronter les difficultés du moment
présent.
22.
Le cadre du développement est aujourd'hui multipolaire. Les acteurs et les
causes du sous-développement comme du développement sont multiples, les erreurs
et les mérites le sont aussi. Cette donnée devrait conduire à se libérer des
idéologies, qui simplifient souvent de façon artificielle la réalité, et à
examiner avec objectivité la dimension humaine des problèmes. La ligne de
démarcation entre pays riches et pauvres n'est plus aussi nette qu'aux temps de
Populorum
progressio, comme l'avait déjà indiqué Jean-Paul
II
(56).
La
richesse mondiale croît en terme absolu, mais les inégalités augmentent :
- Dans les pays
riches, de nouvelles catégories sociales s'appauvrissent et de nouvelles
pauvretés apparaissent.
- Dans des zones plus
pauvres, certains groupes jouissent d'une sorte de sur- développement où
consommation et gaspillage vont de pair, ce qui contraste de façon inacceptable
avec des situations permanentes de misère déshumanisante. «
Le scandale de disparités criantes (57)»
demeure.
- La corruption et le
non - respect des lois existent malheureusement aussi bien dans le comportement
des acteurs économiques et politiques des pays riches, anciens et nouveaux, que
dans les pays pauvres.
- Ceux qui ne
respectent pas les droits humains des travailleurs dans les différents pays
sont aussi bien de grandes entreprises multinationales que des groupes de
production locale.
- Les aides
internationales ont souvent été détournées de leur destination, en raison
d'irresponsabilités qui se situent aussi bien dans la chaîne des donateurs que
des bénéficiaires.
Nous
pouvons aussi
identifier le même
enchaînement de responsabilités dans les causes immatérielles et culturelles du
développement et du sous-développement.
- Il existe des formes
excessives de protection des connaissances de la part des pays riches à travers
l'utilisation trop stricte du droit à la propriété intellectuelle,
particulièrement dans le domaine de la santé.
- En même temps, dans
certains pays pauvres, subsistent des modèles culturels et des normes sociales
de comportement qui ralentissent le processus de développement.
23. Bien que de façon
fragile et non homogène, de nombreuses régions du globe se sont aujourd'hui
développées, entrant au nombre des grandes puissances destinées à jouer un rôle
important dans l'avenir. Il faut néanmoins souligner
qu'il n'est pas suffisant de
progresser du seul point de vue économique et technologique . Il faut avant tout que le
développement soit
vrai et intégral.
Sortir du retard économique, fait en soi positif, ne résout pas la
problématique complexe de la promotion de l'homme, ni pour les pays
bénéficiaires de ces avancées, ni pour les pays déjà économiquement développés,
ni non plus pour ceux qui restent pauvres; ceux-ci peuvent également souffrir,
en dehors des anciennes formes d'exploitation, des conséquences néfastes
provenant d'une croissance marquée par des dévoiements et des déséquilibres.
Après
l'écroulement du système économique et politique des pays communistes de
l'Europe de l'Est et la fin de ce que l'on appelait les
blocs opposés, une nouvelle réflexion globale sur le développement
aurait été nécessaire. Jean-Paul II l'avait
demandée, lui qui, en 1987, avait indiqué l'existence de ces
blocs comme une des principales causes
du sous-développement
(58),
dans la mesure où la politique soustrayait des ressources à l'économie et à la
culture et que l'idéologie étouffait la liberté. En 1991, après les événements
de 1989, il avait aussi réclamé que, à la fin des
blocs , corresponde une refonte globale du développement, non
seulement dans ces pays, mais aussi en Occident et dans les régions du monde
qui se développaient
(59).
Cela n'est advenu que partiellement et continue d'être un devoir réel, qu'il
convient d'honorer, éventuellement en mettant vraiment à profit les choix
nécessaires pour dépasser les problèmes économiques actuels.
24.
Le monde que le Pape Paul VI avait
sous les yeux, même si le processus de socialisation était déjà suffisamment
avancé pour qu'il puisse parler d'une question sociale devenue mondiale,
était alors beaucoup moins intégré que
celui d'aujourd'hui.
L'activité
économique et la fonction politique s'exerçaient en grande partie à l'intérieur
du même espace et pouvaient donc s'appuyer l'une sur l'autre. L'activité de
production s'inscrivait principalement à l'intérieur des frontières nationales
et les investissements financiers avaient une dimension plutôt limitée à
l'étranger, si bien que la politique de nombreux États pouvait encore fixer les
priorités de l'économie et, d'une certaine façon, en orienter le fonctionnement
avec les instruments dont elle disposait.
Pour
cette raison, l'encyclique Populorum progressio assignait un rôle central,
toutefois de façon non exclusive, aux « pouvoirs
publics » (60).
À notre époque, l'État
se trouve dans la situation de devoir faire face aux
limites que pose à sa souveraineté le nouveau contexte commercial
et financier international, marqué par une
mobilité
croissante des capitaux financiers et des moyens de productions matériels et
immatériels. Ce nouveau contexte a modifié le pouvoir politique des États.
Aujourd'hui,
fort des leçons données par l'actuelle crise économique où les
pouvoirs publics de l'État sont
directement impliqués dans la correction des erreurs et des dysfonctionnements,
une évaluation nouvelle de leur rôle et
de leur pouvoir semble plus réaliste; ceux-ci doivent être sagement
reconsidérés et repensés pour qu'ils soient en mesure, y compris à travers de
nouvelles modalités d'exercice, de faire face aux défis du monde contemporain.
À partir d'un rôle mieux ajusté des pouvoirs publics, on peut espérer que se
renforceront les nouvelles formes de
participation à la politique nationale et internationale qui voient le jour
à travers l'action des organisations opérant dans la société civile. En ce
sens, il est souhaitable que grandissent de la part des citoyens une attention
et une participation plus larges à la
res
publica .
25. Du point de vue
social, les
systèmes de protection et de prévoyance qui existaient déjà dans de
nombreux pays à l'époque de Paul VI ,
peinent et pourraient avoir plus de mal encore à l'avenir à poursuivre
leurs objectifs de vraie justice sociale dans un
cadre économique profondément modifié.
Le
marché devenu mondial a stimulé avant tout, de la part de pays riches, la
recherche de lieux où délocaliser les
productions à bas coût, dans le but de réduire les prix d'un grand nombre
de biens, d'accroître le pouvoir d'achat et donc d'accélérer le taux de
croissance fondé sur une consommation accrue du marché interne. En conséquence,
le
marché a encouragé des formes
nouvelles de compétition entre les États, dans le but d'attirer les centres
de production des entreprises étrangères, à travers divers moyens, au nombre
desquels une
fiscalité avantageuse et la
dérégulation du monde du travail.
Ces
processus ont
entraîné l' affaiblissement des réseaux de protection
sociale en contrepartie de la
recherche de plus grands avantages de compétitivité sur le marché mondial,
faisant peser de graves menaces sur les droits des travailleurs, sur les droits
fondamentaux de l'homme et sur la solidarité mise en œuvre par les formes
traditionnelles de l'État social. Les systèmes de sécurité sociale peuvent
perdre la capacité de remplir leur mission dans les pays émergents et dans les
pays déjà développés, comme dans des pays pauvres.
Là,
les
politiques d'équilibre budgétaire,
avec des coupes dans les dépenses sociales, souvent recommandées par les
Institutions financières internationales, peuvent laisser les citoyens désarmés
face aux risques nouveaux et anciens.
Une
telle impuissance est
accentuée par le
manque de protection efficace de la part des associations de travailleurs.
L'ensemble des changements sociaux et économiques font que les
organisations syndicales éprouvent de
plus grandes difficultés à remplir leur rôle de représentation des intérêts des
travailleurs, encore accentuées par le fait que les gouvernements, pour des
raisons d'utilité économique, posent souvent des limites à la liberté syndicale
ou à la capacité de négociation des syndicats eux-mêmes.
Les réseaux traditionnels de solidarité
se trouvent ainsi contraints de surmonter des obstacles toujours plus
importants. L'invitation de la doctrine sociale de
l'Église, formulée dès
Rerum novarum (61),
à susciter des associations de travailleurs pour la défense de leurs droits,
est donc aujourd'hui plus pertinente encore qu'hier, ceci afin de donner avant
tout une réponse immédiate et clairvoyante à
l'urgence d'instaurer de nouvelles synergies au plan international
comme au plan local.
La mobilité
du travail, liée à la déréglementation généralisée,
a été un phénomène important, qui comportait des aspects positifs par sa
capacité à stimuler la création de nouvelles richesses et l'échange entre
différentes cultures. Toutefois, quand l'incertitude sur les conditions de
travail, en raison des processus de mobilité et de déréglementation, devient
endémique, surgissent alors des formes d'instabilité psychologique, des
difficultés à construire un parcours personnel cohérent dans l'existence, y
compris à l'égard du mariage. Cela a pour conséquence l'apparition de
situations humaines dégradantes, sans parler du gaspillage social. Si l'on
compare avec ce qui se passait dans la société industrielle du passé, le
chômage entraîne aujourd'hui des aspects nouveaux de non - sens économique et
la crise actuelle ne peut qu'aggraver une telle situation.
La
mise à l'écart du travail pendant une longue période, tout comme la dépendance
prolongée vis-à-vis de l'assistance publique ou privée, minent la liberté et la
créativité de la personne ainsi que ses rapports familiaux et sociaux avec de
fortes souffrances sur le plan psychologique et spirituel. Je voudrais rappeler
à tous, et surtout aux gouvernants engagés à donner un nouveau profil aux bases
économiques et sociales du monde, que
l'homme, la personne, dans son intégrité,
est le premier capital à sauvegarder et à valoriser : «
En effet, c'est l'homme
qui est l'auteur, le centre et la fin de toute la vie économico-sociale (62)».
26. Sur le plan
culturel, par rapport
à l'époque de Paul VI, la différence est encore plus
marquée. Les
cultures avaient alors des
contours plutôt bien définis et possédaient des capacités plus grandes pour
se défendre contre les tentatives d'homogénéisation culturelle.
Aujourd'hui, les occasions d'interaction entre les cultures ont
singulièrement augmenté ouvrant de nouvelles perspectives au
dialogue interculturel; un dialogue qui, pour être réel, doit avoir pour point
de départ la conscience profonde de l'identité spécifique des différents
interlocuteurs. On ne doit toutefois pas négliger le fait que la
marchandisation accrue des échanges
culturels favorise aujourd'hui un double danger.
- 1° On note, en
premier lieu, un
éclectisme culturel assumé souvent de façon non-critique: les
cultures sont simplement mises côte à côte et considérées comme
substantiellement équivalentes et interchangeables entre elles. Cela
favorise un glissement vers un relativisme
qui n'encourage pas le vrai dialogue interculturel; sur le plan social, le
relativisme culturel conduit effectivement les groupes culturels à
se rapprocher et à coexister, mais sans
dialogue authentique et, donc, sans véritable intégration.
- 2° En second lieu,
il existe un
danger constitué par le nivellement culturel et par
l'uniformisation des comportements et des styles de vie. De cette manière,
la signification profonde de la culture des différentes nations, des traditions
des divers peuples, à l'intérieur desquelles la personne affronte les questions
fondamentales de l'existence en vient à disparaître
(63).
Eclectisme et nivellement culturel ont en
commun de séparer la culture de la nature humaine.
Ainsi, les cultures ne savent plus trouver leur mesure dans une nature qui les
transcende
(64), et elles
finissent par réduire l'homme à un donné purement culturel. Quand cela advient,
l'humanité court de nouveaux périls d'asservissement et de manipulation.
27.
Dans bien des pays pauvres, l'extrême
insécurité vitale, qui est la conséquence des carences alimentaires, demeure et
risque de s'aggraver:
la faim fauche
encore de très nombreuses victimes comme autant de Lazare auxquels il n'est pas
permis de s'asseoir, comme le souhaitait Paul VI, à la table du mauvais riche
(65).
Donner à manger aux affamés (cf.
Mt 25, 35.37.42) est un impératif
éthique pour l'Église universelle, qui répond aux enseignements de solidarité
et de partage de son Fondateur, le Seigneur Jésus.
Éliminer la faim dans le monde est devenu, par ailleurs, à l'ère de
la mondialisation,
une exigence à
poursuivre pour sauvegarder la paix et la stabilité de la planète.
La faim ne dépend pas tant d'une carence
de ressources matérielles, que d'une carence de ressources sociales,
la plus importante d'entre elles étant de nature institutionnelle. Il manque en
effet une organisation des institutions économiques qui soit en mesure aussi
bien de garantir un accès régulier et adapté du point de vue nutritionnel à la
nourriture et à l'eau, que de faire face aux nécessités liées aux besoins
primaires et aux urgences des véritables crises alimentaires, provoquées par
des causes naturelles ou par l'irresponsabilité politique nationale ou
internationale. Le problème de
l'insécurité
alimentaire doit être affronté dans une perspective à long terme, en
éliminant les causes structurelles qui en
sont à l'origine et en promouvant le développement agricole des pays les
plus pauvres à travers des investissements en infrastructures rurales, en
systèmes d'irrigation, de transport, d'organisation des marchés, en formation
et en diffusion des techniques agricoles appropriées, c'est-à-dire susceptibles
d'utiliser au mieux les ressources humaines, naturelles et socio-économiques
les plus accessibles au niveau local, de façon à garantir aussi leur durabilité
sur le long terme. Tout cela doit être réalisé en impliquant les communautés
locales dans les choix et les décisions relatives à l'usage des terres
cultivables. Dans une telle perspective, il serait utile de considérer les
nouvelles frontières qui sont ouvertes par l'usage correct des techniques de
production agricole aussi bien traditionnelles qu'innovantes, à condition que
ces dernières, ayant été étudiées attentivement, soient reconnues convenables,
respectueuses de l'environnement et attentives aux populations les plus
défavorisées. En même temps, la
question
d'une juste réforme agraire dans les pays en voie de développement ne
devrait pas être négligée. Le droit à l'alimentation, de même que le droit à
l'eau, revêtent un rôle important pour l'acquisition d'autres droits, en
commençant avant tout par le droit fondamental à la vie.
Il
est donc nécessaire que se forme une
conscience
solidaire qui considère l'alimentation et
l'accès à l'eau comme droits universels de tous les êtres humains, sans
distinction ni discrimination (66).
Il est en outre important de souligner combien la voie de la solidarité pour le
développement des pays pauvres peut constituer un projet de solution de la
crise mondiale actuelle, comme des hommes politiques et des responsables
d'Institutions internationales l'ont mis en évidence ces derniers temps. En
soutenant les pays économiquement pauvres par des plans de financement inspirés
par la solidarité, pour qu'ils pourvoient eux-mêmes à la satisfaction de la
demande de biens de consommation et de développement provenant de leurs propres
citoyens, non seulement on peut produire une vraie croissance économique, mais
on peut aussi concourir à soutenir les capacités de production des pays riches
qui risquent d'être compromises par la crise.
28. Un des aspects les
plus évidents du développement contemporain
est l'importance du thème du respect
de la vie, qui ne peut en aucun cas être disjoint des questions
relatives au développement des peuples. Il s'agit d'un point qui, depuis
quelques temps, prend une importance toujours plus grande, nous obligeant à
élargir les concepts de pauvreté
(67)
et de sous-développement aux questions liées à l'accueil de la vie, surtout là
où celle-ci est de diverses manières refusée.
Non
seulement la pauvreté provoque encore dans de nombreuses régions un taux élevé
de
mortalité infantile, mais en
plusieurs endroits du monde subsistent des pratiques de contrôle démographique
par les instances gouvernementales, qui souvent
diffusent la contraception et vont jusqu'à imposer l'avortement. Dans
les pays économiquement plus développés, les législations contraires à la vie
sont très répandues et ont désormais conditionné les coutumes et les usages,
contribuant à diffuser une mentalité antinataliste que l'on cherche souvent à
transmettre à d'autres États comme si c'était là un progrès culturel.
Certaines
Organisations non - gouvernementales travaillent activement à la diffusion de
l'avortement, et promeuvent parfois dans les pays pauvres l'adoption de la
pratique de la stérilisation, y compris à l'insu des femmes. Par ailleurs, ce
n'est pas sans fondement que l'on peut soupçonner les aides au développement
d'être parfois liées à certaines politiques sanitaires impliquant de fait l'obligation
d'un contrôle contraignant des naissances. Sont également préoccupantes les
législations qui admettent l'euthanasie
comme les pressions de groupes nationaux et internationaux qui en revendiquent
la reconnaissance juridique.
L'ouverture
à la vie est au centre du vrai développement.
Quand une société s'oriente vers le refus et la suppression de la vie, elle
finit par ne plus trouver les motivations et les énergies nécessaires pour
œuvrer au service du vrai bien de l'homme. Si la sensibilité personnelle et
sociale à l'accueil d'une nouvelle vie se perd, alors d'autres formes d'accueil
utiles à la vie sociale se dessèchent
(68).
L'accueil de la vie trempe les énergies morales et nous rend capables de nous
aider mutuellement. En cultivant l'ouverture à la vie, les peuples riches
peuvent mieux percevoir les besoins de ceux qui sont pauvres, éviter d'employer
d'importantes ressources économiques et intellectuelles pour satisfaire les
désirs égoïstes de leurs citoyens et promouvoir, en revanche, des actions bénéfiques
en vue d'une production moralement saine et solidaire, dans le respect du droit
fondamental de tout peuple et de toute personne à la vie.
29. Il y a encore un
autre aspect de la réalité d'aujourd'hui, lié de façon très étroite au
développement: c'est la
négation du droit à la liberté religieuse. Je ne
me réfère pas seulement aux luttes et aux conflits qui, dans le monde, ont des
motifs religieux, même si parfois les raisons religieuses ne servent qu'à
couvrir des raisons d'un autre genre, en l'occurrence la soif de pouvoir et de
richesse. Comme mon prédécesseur Jean-Paul II
(69)
l'avait publiquement dit et déploré à plusieurs reprises et ainsi que je l'ai
fait moi-même, de fait, aujourd'hui on tue souvent en invoquant le saint nom de
Dieu. Les violences freinent le développement authentique et empêchent la
marche des peuples vers un plus grand bien-être socio-économique et spirituel.
Cela
s'applique spécialement au terrorisme de nature fondamentaliste
(70),
qui engendre douleur, dévastation et mort, bloque le dialogue entre les nations
et détourne d'importantes ressources de leur usage pacifique et civil. Il faut
néanmoins ajouter que, outre le fanatisme religieux qui, en certains milieux,
empêche l'exercice du droit à la liberté religieuse,
la promotion programmée de l'indifférence religieuse ou de l'athéisme
pratique de la part de nombreux pays s'oppose elle aussi aux exigences du
développement des peuples, en leur soustrayant l'accès aux ressources
spirituelles et humaines.
Dieu est le garant du véritable
développement de l'homme, dans la mesure où, l'ayant créé à son image, Il
en fonde aussi la dignité transcendante et alimente en lui la soif d'« être plus ». L'homme n'est pas un
atome perdu dans un univers de hasard
(71),
mais il est une créature de Dieu, à qui Il a voulu donner une âme immortelle et
qu'Il aime depuis toujours. Si l'homme n'était que le fruit du hasard ou de la
nécessité, ou bien s'il devait réduire ses aspirations à l'horizon restreint
des situations dans lesquelles il vit, si tout n'était qu'histoire et culture
et si l'homme n'avait pas une nature destinée à être transcendée dans une vie
surnaturelle, on pourrait parler de croissance ou d'évolution, mais pas de
développement. Quand l'État promeut, enseigne, ou même impose, des formes d'athéisme
pratique, il soustrait à ses citoyens la force morale et spirituelle
indispensable pour s'engager en faveur du développement humain intégral et il
les empêche d'avancer avec un dynamisme renouvelé dans leur engagement pour
donner une réponse humaine plus généreuse à l'amour de Dieu
(72).
Il arrive aussi que les pays économiquement développés ou émergents exportent
vers les pays pauvres, dans le contexte de leur rapports culturels, commerciaux
et politiques, cette vision réductrice de la personne et de sa destinée. C'est
le dommage que le «
surdéveloppement (73)»
inflige au développement authentique, quand il s'accompagne d'un «
sous-développement moral (74)».
30. Dans cette
perspective, le thème du développement humain intégral revêt une portée encore
plus complexe: la corrélation entre ses multiples composantes exige qu'on
s'efforce de faire interagir les divers niveaux du savoir humain en vue de la
promotion d'un vrai développement des peuples. On estime souvent que le
développement, ou les mesures socio-économiques qui s'y rapportent, demandent
seulement à être mis en œuvre comme fruit d'un agir commun. Toutefois,
cet agir commun a besoin d'être orienté,
parce que «
toute action sociale engage
une doctrine (75) ».
Compte tenu de la complexité des problèmes, il est évident que les différentes
disciplines scientifiques doivent
collaborer
dans une interdisciplinarité ordonnée :
La
charité n'exclut pas le savoir, mais le réclame, le promeut et l'anime de
l'intérieur.
Le
savoir n'est jamais seulement l'œuvre de l'intelligence. Il peut certainement
être réduit à des calculs ou à des expériences, mais s'il veut être une sagesse
capable de guider l'homme à la lumière des principes premiers et de ses fins
dernières, il doit être «
relevé »
avec le «
sel » de la charité. Le
faire sans le savoir est aveugle et le savoir sans amour est stérile. En fait,
«
celui qui est animé d'une vraie charité
est ingénieux à découvrir les causes de la misère, à trouver les moyens de la
combattre, à la vaincre résolument (76)».
Face
aux phénomènes auxquels nous sommes confrontés, l'amour dans la vérité demande
d'abord et avant tout à connaître et à comprendre, en reconnaissant et en
respectant la compétence spécifique propre à chaque champ du savoir. La
charité n'est pas une adjonction supplémentaire,
comme un appendice au travail une fois achevé des diverses disciplines,
mais au contraire elle dialogue avec elles
du début à la fin. Les exigences de l'amour ne contredisent pas celles de
la raison.
Le savoir humain est
insuffisant et les conclusions des sciences ne pourront pas, à elles
seules, indiquer le chemin vers le développement intégral de l'homme.
Il est toujours nécessaire d'aller plus loin : l'amour dans la vérité
le commande
(77). Aller
au-delà, néanmoins, ne signifie jamais faire abstraction des conclusions de la
raison ni contredire ses résultats. Il n'y a pas l'intelligence puis l'amour:
il y
a l'amour riche d'intelligence et l'intelligence pleine d'amour.
31.
Cela signifie que les évaluations morales
et la recherche scientifique doivent croître ensemble et que la charité
doit les animer en un ensemble interdisciplinaire harmonieux, fait d'unité et
de distinction. La doctrine sociale de l'Église, qui a «
une importante dimension interdisciplinaire (78)»,
peut remplir, dans cette perspective, une fonction d'une efficacité
extraordinaire. Celle-ci permet à la foi, à la théologie, à la métaphysique et
aux sciences de trouver leur place en collaborant au service de l'homme. C'est
ici surtout que la doctrine sociale de l'Église concrétise sa dimension
sapientielle. Paul VI avait vu clairement que parmi les causes du
sous-développement, il y a un
manque de
sagesse, de réflexion, de pensée capable de réaliser une synthèse directrice
(79),
pour laquelle «
une claire vision de tous
les aspects économiques, sociaux, culturels et spirituels (80)»
est exigée. Le morcellement excessif du savoir
(81),
la fermeture des sciences humaines à la métaphysique
(82),
les difficultés du dialogue entre les sciences et la théologie portent
préjudice non seulement au développement du savoir, mais aussi au développement
des peuples car, quand cela se vérifie, il devient plus difficile de distinguer
le bien intégral de l'homme dans les différentes dimensions qui le
caractérisent. L'«
élargissement de notre conception et de notre usage de la raison
(83)»
est
indispensable pour réussir à peser adéquatement tous les termes de la
question du développement et de la solution des problèmes socio-économiques.
32. Les grandes
nouveautés, que le domaine du développement des peuples présente aujourd'hui,
appellent en de nombreux cas des solutions neuves. Celles-ci doivent
être recherchées en même temps dans le respect des lois propres à chaque
réalité et à la lumière d'une vision intégrale de l'homme qui prend en compte
les différents aspects de la personne humaine, considérée avec un regard
purifié par la charité. On découvrira alors de singulières convergences et des
possibilités concrètes de solution, sans renoncer à aucune composante
fondamentale de la vie humaine.
La
dignité de la personne et les exigences de la justice demandent, aujourd'hui
surtout, que les
choix économiques ne
fassent pas augmenter de façon excessive et moralement inacceptable les écarts
de richesse (84) et que l'on
continue à
se donner comme objectif prioritaire l'accès au travail ou son maintien, pour tous. Tout bien
considéré, c'est ce que la «
raison
économique » exige aussi.
L'accroissement
systémique des inégalités entre les groupes sociaux à l'intérieur d'un même
pays et entre les populations des différents pays. C'est-à-dire l'augmentation
massive de la pauvreté au sens relatif, non - seulement tend à
saper la cohésion sociale et met ainsi en
danger la démocratie, mais a aussi un
impact
négatif sur le plan économique à travers l'érosion progressive du « capital social », c'est-à-dire de
cet ensemble de relations de confiance, de fiabilité, de respect des règles,
indispensables à toute coexistence civile.
C'est
encore la science économique qui nous montre
qu'une situation structurelle d'insécurité génère des comportements
anti - productifs et des gaspillages de ressources humaines, dans la mesure
où le travailleur tend à s'adapter passivement aux mécanismes automatiques, au
lieu de libérer sa créativité. Sur ce point également, il existe une
convergence entre science économique et évaluation morale
. Les coûts humains sont toujours
aussi des coûts économiques et les dysfonctionnements économiques
entraînent toujours des coûts humains.
Il
convient également de rappeler que la
réduction
des cultures à la dimension technologique, si elle peut favoriser à court
terme la réalisation de profits, constitue un
obstacle à long terme à l'enrichissement réciproque et aux dynamiques
de collaboration. Il est important de distinguer entre les considérations
économiques ou sociologiques à court et à long terme.
L'abaissement du niveau de protection des
droits des travailleurs et l'abandon des mécanismes de redistribution des
revenus pour donner au pays une plus grande
compétitivité internationale
gênent la
consolidation d'un développement à long terme.
On
doit alors
évaluer attentivement les
conséquences sur les personnes des tendances actuelles vers une économie du
court, voire du très court terme. Cela demande
une réflexion nouvelle et approfondie sur le sens de l'économie et de ses
fins (85),
ainsi qu'une
révision profonde et
clairvoyante du modèle de développement pour en corriger les dysfonctionnements
et les déséquilibres. C'est ce qu'exige, en outre, l'état de santé
écologique de la planète et surtout ce qu'appelle la crise culturelle et morale
de l'homme, dont les symptômes sont depuis longtemps évidents partout dans le
monde.
33. Plus de quarante
après la parution de
Populorum progressio , sa thématique de fond,
le progrès,
demeure un problème en
suspens, rendu plus aigu et urgent en raison de la crise économique et
financière actuelle. Si certaines régions du globe, autrefois marquées par la
pauvreté, ont connu des changements notables en termes de croissance économique
et de participation à la production mondiale, d'autres régions sont encore
plongées dans une situation de misère comparable à celle qui existait au temps
de Paul VI .
Dans certains cas, on peut même parler d'une réelle aggravation. Il
est significatif que plusieurs causes de cette situation aient déjà été identifiées
par
Populorum
progressio ,comme par exemple les tarifs douaniers élevés imposés
par les pays économiquement développés et qui empêchent encore aujourd'hui les
produits provenant des pays pauvres d'entrer sur leurs marchés. En revanche,
d'autres causes que l'encyclique avait seulement effleurées, se sont
manifestées ensuite plus clairement. C'est le cas pour l'évaluation du
processus de décolonisation, alors en plein déroulement; Paul VI souhaitait un chemin d'autonomie à
parcourir dans la liberté et dans la paix. Après plus de quarante ans, nous
devons reconnaître combien ce parcours a été difficile, aussi bien à cause de
nouvelles formes de colonialisme et de dépendance à l'égard d'anciens comme de
nouveaux pays dominants, qu'en raison de graves irresponsabilités internes aux
pays devenus indépendants.
La
nouveauté majeure a été
l'explosion
de l'interdépendance planétaire, désormais communément appelée
mondialisation. Paul VI l'avait déjà
partiellement prévue, mais les termes et la force avec laquelle elle s'est
développée sont surprenants. Né au sein des pays économiquement développés, ce
processus par sa nature a produit une intrication de toutes les économies.
Celui-ci a été le principal moteur pour que des régions entières sortent du
sous-développement et il représente de soi une grande opportunité. Toutefois,
sans l'orientation de l'amour dans la
vérité, cet élan planétaire risque de provoquer des dommages inconnus
jusqu'alors ainsi que de nouvelles fractures au sein de la famille humaine.
C'est pourquoi l'amour et la vérité nous placent devant une tâche inédite et
créatrice, assurément vaste et complexe.
Il
s'agit d'élargir la raison et de la rendre capable de comprendre et d'orienter
ces nouvelles dynamiques de grande ampleur, en les animant dans la
perspective de cette «
civilisation de
l'amour » dont Dieu a semé le germe dans chaque peuple et dans chaque
culture.
CHAPITRE III : FRATERNITÉ, DÉVELOPPEMENT
ÉCONOMIQUE ET SOCIÉTÉ CIVILE :
34. L'
amour
dans la vérité place l'homme devant l'étonnante expérience du don. La
gratuité est présente dans sa vie sous de multiples formes qui souvent ne sont
pas reconnues en raison d'une vision de l'existence purement productiviste et
utilitariste.
L'être humain est fait
pour le don; c'est le don qui exprime et réalise sa dimension de transcendance.
L'homme moderne est parfois convaincu, à
tort, d'être le seul auteur de lui-même, de sa vie et de la société. C'est
là une présomption, qui dérive de la fermeture égoïste sur lui-même, qui
provient - pour parler en termes de foi - du
péché des origines. La sagesse de l'Église a toujours proposé de
tenir compte du péché originel même dans l'interprétation des faits sociaux et
dans la construction de la société: «
Ignorer
que l'homme a une nature blessée, inclinée au mal, donne lieu à de graves
erreurs dans le domaine de l'éducation, de la politique, de l'action sociale et
des mœurs (86) ».
À
la liste des domaines où se manifestent les effets pernicieux du péché, s'est
ajouté depuis longtemps déjà celui de l'économie. Nous en avons une nouvelle
preuve, évidente, en ces temps-ci. La
conviction
d'être autosuffisant et d'être capable d'éliminer le mal présent dans
l'histoire uniquement par sa seule action a poussé l'homme à
faire coïncider le bonheur et le salut avec
des formes immanentes de bien-être matériel et d'action sociale. De plus,
la conviction de l'exigence d'autonomie de l'économie, qui ne doit pas tolérer
«
d'influences » de caractère moral,
a conduit l'homme à abuser de l'instrument économique y compris de façon
destructrice. À la longue, ces convictions ont conduit à des systèmes
économiques, sociaux et politiques qui ont foulé aux pieds la liberté de la
personne et des corps sociaux et qui, précisément pour cette raison, n'ont pas
été en mesure d'assurer la justice qu'ils promettaient. Comme je l'ai affirmé
dans mon encyclique
Spe salvi, de cette manière on retranche de
l'histoire
l'espérance chrétienne (87),
qui est au contraire une puissante ressource sociale au service du
développement humain intégral, recherché dans la liberté et dans la justice.
L'espérance encourage la raison et lui
donne la force d'orienter la volonté (88).
Elle est déjà présente dans la foi qui la suscite. La charité dans la vérité
s'en nourrit et, en même temps, la manifeste.
Étant un don de Dieu absolument gratuit, elle fait irruption dans notre
vie comme quelque chose qui n'est pas dû, qui transcende toute loi de justice.
Le don par sa nature surpasse le mérite, sa règle est la surabondance. Il nous
précède dans notre âme elle-même comme le signe de la présence de Dieu en nous
et de son attente à notre égard. La vérité qui, à l'égal de la charité, est un
don, est plus grande que nous, comme l'enseigne saint Augustin
(89).
De même, notre vérité propre, celle de notre conscience personnelle, nous est
avant tout «
donnée ».
Dans tout processus cognitif, en effet, la
vérité n'est pas produite par nous, mais elle est toujours découverte ou,
mieux, reçue. Comme l'amour, elle «
ne
naît pas de la pensée ou de la volonté mais, pour ainsi dire, s'impose à l'être
humain (90)».
Parce qu'elle est un don que tous
reçoivent, la charité dans la vérité est une force qui constitue la communauté,
unifie les hommes de telle manière qu'il n'y ait plus de
barrières ni de limites. Nous pouvons par nous-mêmes constituer la communauté
des hommes, mais celle-ci ne pourra jamais être, par ses seules forces, une
communauté pleinement fraternelle ni excéder ses propres limites, c'est-à-dire
devenir une communauté vraiment universelle: l'unité du genre humain, communion
fraternelle dépassant toutes divisions, naît de l'appel formulé par la parole
du Dieu - Amour. En affrontant cette question décisive, nous devons préciser,
- D'une part, que la
logique du don n'exclue pas la justice
et qu'elle ne se juxtapose pas à elle dans un second temps et de l'extérieur et
- D'autre part, que si
le développement économique, social et politique veut être authentiquement
humain, il doit prendre en
considération
le principe de gratuité comme
expression de fraternité.
35. Lorsqu'il est
fondé sur une confiance réciproque et générale,
le marché est l'institution économique qui permet aux personnes de
se rencontrer, en tant qu'agents économiques, utilisant le contrat pour régler
leurs relations et échangeant des biens et des services fongibles entre eux
pour satisfaire leurs besoins et leurs désirs.
Le marché est soumis aux principes de la justice dite commutative ,
qui règle justement les rapports du donner et du recevoir entre sujets égaux.
Mais la doctrine sociale de l'Église n'a
jamais cessé de mettre en évidence l'importance de la justice distributive et de la justice
sociale
pour l'économie de marché elle-même, non seulement parce
qu'elle est insérée dans les maillons d'un contexte social et politique plus
vaste, mais aussi à cause de la trame des relations dans lesquelles elle se
réalise. En effet,
abandonné au seul
principe de l'équivalence de valeur des biens échangés, le marché n'arrive pas
à produire la cohésion sociale dont il a pourtant besoin pour bien
fonctionner.
Sans formes internes de solidarité et de confiance réciproque, le
marché ne peut pleinement remplir sa fonction économique. Aujourd'hui,
c'est cette confiance qui fait défaut, et la perte de confiance est une perte
grave.
Dans
Populorum
progressio, Paul VI soulignait de
façon opportune le fait que le système économique lui-même aurait tiré avantage
des pratiques généralisées de justice, car les premiers à tirer bénéfice du
développement des pays pauvres auraient été les pays riches
(91).
Il ne s'agit
pas seulement de corriger des
dysfonctionnements par l'assistance. Les pauvres ne sont pas à considérer
comme un «
fardeau (92)»,
mais au contraire comme une ressource, même du point de vue strictement
économique. Il faut considérer comme erronée la conception de certains qui
pensent que l'économie de marché a structurellement besoin d'un quota de
pauvreté et de sous-développement pour pouvoir fonctionner au mieux. L'intérêt
du marché est de promouvoir l'émancipation, mais pour le faire vraiment il ne
peut pas compter seulement sur lui-même, car il n'est pas en mesure de produire
de lui-même ce qui est au-delà de ses possibilités. Il doit puiser des énergies
morales auprès d'autres sujets, qui sont capables de les faire naître.
36.
L'activité économique ne peut résoudre tous
les problèmes sociaux par la simple extension de la logique marchande. Celle-là
doit
viser la recherche du bien commun,
que la communauté politique d'abord doit aussi prendre en charge. C'est
pourquoi il faut avoir présent à l'esprit que
séparer l'agir économique, à qui il reviendrait seulement de
produire de la richesse,
de l'agir
politique, à qui il reviendrait de rechercher la justice au moyen de la
redistribution,
est une cause de graves
déséquilibres.
L'Église
a toujours estimé que l'agir économique ne doit pas être considéré comme
antisocial. Le marché n'est pas de soi, et ne doit donc pas devenir, le lieu de
la domination du fort sur le faible. La société ne doit pas se protéger du
marché, comme si le développement de ce dernier comportait
ipso facto l'extinction des relations authentiquement humaines. Il
est certainement vrai que le marché peut être orienté de façon négative, non
parce que c'est là sa nature, mais parce qu'une certaine idéologie peut
l'orienter en ce sens.
Il ne faut pas
oublier que le marché n'existe pas à l'état pur.
Il
tire sa forme des configurations culturelles qui le caractérisent et
l'orientent. En effet,
l'économie et la
finance, en tant qu'instruments, peuvent être mal utilisées quand celui qui
les gère n'a comme point de référence que des intérêts égoïstes. Ainsi peut-on
arriver à transformer des instruments bons en eux - mêmes en instruments
nuisibles. Mais c'est la raison obscurcie de l'homme qui produit ces
conséquences, non l'instrument lui-même. C'est pourquoi,
ce n'est pas l'instrument qui doit être mis en cause mais l'homme, sa
conscience morale et sa responsabilité personnelle et sociale.
La
doctrine sociale de l'Église estime que des relations authentiquement humaines,
d'amitié et de socialité, de solidarité et de réciprocité, peuvent également
être vécues même au sein de l'activité économique et pas seulement en dehors
d'elle ou «
après » elle.
La sphère économique n'est, par nature,
ni éthiquement neutre ni inhumaine et antisociale. Elle appartient à l'activité
de l'homme et, justement
parce
qu'humaine, elle doit être structurée et organisée institutionnellement de
façon éthique.
Le
grand défi qui se présente à nous, qui ressort des problématiques du
développement en cette période de mondialisation et qui est rendu encore plus
pressant par la crise économique et financière, est celui de montrer, au niveau
de la pensée comme des comportements, que non seulement les principes
traditionnels de l'éthique sociale, tels que la
transparence, l'honnêteté et la responsabilité ne peuvent être
négligées ou sous-évaluées, mais aussi, que
dans les relations marchandes le
principe de gratuité et la logique du don, comme expression de la
fraternité, peuvent et doivent trouver
leur place à l'intérieur de l'activité économique normale. C'est une
exigence de l'homme de ce temps, mais aussi une exigence de la raison
économique elle-même. C'est une exigence conjointe de la charité et de la
vérité.
37. La
doctrine sociale de l'Église a toujours
soutenu que la justice se rapporte à
toutes les phases de l'activité économique, parce qu'elle concerne
toujours l'homme et ses exigences. La découverte des ressources, les
financements, la production, la consommation et toutes les autres phases du
cycle économique ont inéluctablement des implications morales.
Ainsi
toute décision économique a-t-elle une conséquence de caractère moral.
Les sciences sociales et les tendances de l'économie contemporaine le
confirment également.
Peut
- être fut-il un temps pensable de confier en premier lieu à l'économie la
tâche de produire des richesses, remettant ensuite à la politique la tâche de
les distribuer. Tout ceci se révèle aujourd'hui plus difficile, puisque les
activités économiques ne sont pas confinées à l'intérieur des limites
territoriales, alors que l'autorité des gouvernements continue à être
essentiellement locale. C'est pourquoi les règles de la justice doivent être
respectées dès la mise en route du processus économique, et non avant, après ou
parallèlement.
Il
est nécessaire aussi que, sur le marché, soient ouverts des espaces aux
activités économiques réalisées par des sujets qui choisissent librement de
conformer leur propre agir à des principes différents de ceux du seul profit,
sans pour cela renoncer à produire de la valeur économique. Les nombreux types
d'économie qui tirent leur origine d'initiatives religieuses et laïques,
démontrent que cela est concrètement possible.
À
l'époque de la mondialisation, l'économie pâtit de modèles de compétition liés
à des cultures très différentes les unes des autres. Les comportements
économiques et industriels qui en découlent, trouvent généralement un point de
rencontre dans le respect de la justice commutative.
La vie économique a sans
aucun doute besoin du contrat pour réglementer les relations
d'échange entre valeurs équivalentes. Mais elle a tout
autant besoin de lois justes et
de formes de redistribution guidées
par la politique, ainsi que d'œuvres qui soient marquées par l'esprit du don. L'économie
mondialisée semble privilégier la première logique, celle de l'échange
contractuel, mais, directement ou indirectement, elle montre qu'elle a aussi
besoin des deux autres, de la logique politique et de la logique du don sans
contrepartie.
38. Mon prédécesseur
Jean-Paul II avait signalé cette problématique quand, dans
Centesimus annus
,il avait relevé la nécessité d'un système impliquant trois sujets:
le
marché
, l' État et la société civile (93).
Il
avait
identifié la société civile comme
le cadre le plus approprié pour une économie
de la gratuité et de la fraternité, mais il ne voulait pas l'exclure
des deux autres domaines. Aujourd'hui, nous pouvons dire que la vie économique
doit être comprise comme une réalité à plusieurs dimensions: en chacune
d'elles, à divers degrés et selon des modalités spécifiques, l'aspect de la
réciprocité fraternelle doit être présent.
À
l'époque de la mondialisation, l'activité économique ne peut faire abstraction
de la gratuité, qui répand et alimente la solidarité et la responsabilité pour
la justice et pour le bien commun auprès de ses différents sujets et
acteurs. Il s'agit, en réalité, d'une forme concrète et profonde de démocratie
économique. La
solidarité signifie
avant tout
se sentir tous responsables
de tous (94), elle ne
peut donc être déléguée seulement à l'État. Si hier on pouvait penser qu'il
fallait d'abord rechercher la justice et que la gratuité devait intervenir
ensuite comme un complément, aujourd'hui,
il
faut dire que, sans la gratuité, on ne parvient même pas à réaliser la justice.
Il
faut, par conséquent, un marché, sur lequel des entreprises qui poursuivent des
buts institutionnels différents, puissent agir librement, dans des conditions
équitables. À côté de l'entreprise privée tournée vers le profit, et des divers
types d'entreprises publiques, il est opportun que les organisations
productrices qui poursuivent des
buts
mutualistes et sociaux puissent s'implanter et se développer. C'est de leur
confrontation réciproque sur le marché que l'on peut espérer une sorte
d'hybridation des comportements d'entreprise et donc une attention vigilante à
la
civilisation de l'économie. La
charité dans la vérité, dans ce cas, signifie qu'il faut donner forme et
organisation aux activités économiques qui, sans nier le profit, entendent
aller au-delà de la logique de l'échange des équivalents et du profit comme but
en soi.
39. Dans
Populorum
progressio ,Paul VI demandait que
soit défini
un modèle d'économie de
marché capable d'intégrer, au moins tendanciellement, tous les peuples et non
seulement ceux qui étaient en mesure d'y prendre part . Il demandait que le
marché international soit le
reflet d'un
monde où « tous auront à donner et à
recevoir, sans que le progrès des uns soit un obstacle au développement des
autres (95)». De
cette manière, il étendait au niveau universel les requêtes et les aspirations
déjà contenues dans
Rerum novarum , où pour la première fois, à la
suite de la révolution industrielle, était affirmée l'idée - assurément avancée
pour l'époque - que
pour subsister
l'ordre civil avait besoin aussi de l'intervention redistributive de l'État.
Aujourd'hui cette vision est non seulement remise en question par les processus
d'ouverture des marchés et des sociétés, mais elle apparaît aussi incomplète
pour satisfaire les exigences d'une économie pleinement humaine. Ce que la doctrine
sociale de l'Église a toujours soutenu, en partant de sa vision de l'homme et
de la société, est aujourd'hui requis aussi par les dynamiques caractéristiques
de la mondialisation.
Quand
la logique du marché et celle de l'État s'accordent entre elles pour perpétuer
le monopole de leurs domaines respectifs d'influence, la
solidarité dans les relations entre les citoyens s'amoindrit à la
longue, de même que la
participation et
l'adhésion, l'agir gratuit, qui sont d'une nature différente du donner pour avoir, spécifique à la
logique de l'échange,
et du donner par devoir, qui est propre à
l'action publique, réglée par les lois de l'État.
Vaincre
le sous-développement demande d'agir non seulement en vue de l'amélioration des
transactions fondées sur l'échange et des prestations sociales, mais surtout
sur
l'ouverture progressive, dans un
contexte mondial, à des formes d'activité économique caractérisées par une part
de gratuité et de communion .
Le
binôme exclusif marché - État corrode la socialité, alors que les formes
économiques solidaires, qui trouvent leur terrain le meilleur dans la société
civile sans se limiter à elle, créent de la socialité. Le marché de la gratuité
n'existe pas et on ne peut imposer par la loi des comportements gratuits.
Pourtant, aussi bien le marché que la politique ont besoin de personnes
ouvertes au don réciproque.
40. Les dynamiques
économiques internationales actuelles, caractérisées par de graves déviances et
des dysfonctionnements,
appellent
également de profonds changements dans la
façon de concevoir l'entreprise .
D'anciennes formes de la vie des entreprises disparaissent, tandis que
d'autres, prometteuses, se dessinent à l'horizon.
Un
des
risques les plus grands est sans
aucun doute que l'entreprise soit presque exclusivement soumise à celui qui
investit en elle et que sa valeur sociale finisse ainsi par être amoindrie.
En raison de la croissance de leurs dimensions et au besoin de capitaux
toujours plus importants, les entreprises ont de moins en moins à leur tête un entrepreneur
stable qui soit responsable à long terme de la vie et des résultats de
l'entreprise et pas seulement à court terme, et elles sont aussi toujours moins
lié à un territoire unique.
En
outre, la
fameuse délocalisation de
l'activité productive peut atténuer chez l'entrepreneur le sens de ses
responsabilités vis-à-vis des porteurs d'intérêts, tels que les
travailleurs, les fournisseurs, les consommateurs, l'environnement naturel et,
plus largement, la société environnante,
au
profit des actionnaires, qui ne sont pas liés à un lieu spécifique et qui
jouissent donc d'une extraordinaire mobilité. En effet, le marché
international des capitaux offre aujourd'hui une grande liberté d'action. Il
est vrai cependant que l'on prend toujours davantage conscience de la nécessité
d'une plus ample «
responsabilité sociale
» de l'entreprise. Même si les positions éthiques qui guident aujourd'hui le
débat sur la responsabilité sociale de l'entreprise ne sont pas toutes
acceptables selon la perspective de la doctrine sociale de l'Église, c'est un
fait que se répand toujours plus la conviction selon laquelle
la gestion
de l'entreprise ne peut pas tenir compte des intérêts de ses seuls
propriétaires, mais aussi de ceux de toutes les autres catégories de sujets qui
contribuent à la vie de l'entreprise. C’est-à-dire, les travailleurs,
les clients, les fournisseurs des divers éléments de la production, les
communautés humaines qui en dépendent. Ces dernières années, on a vu la
croissance d'une classe cosmopolite de
managers
qui, souvent, ne répondent qu'aux indications des actionnaires de
référence, constitués en général par des fonds anonymes qui fixent de fait
leurs rémunérations. Cela n'empêche pas qu'aujourd'hui il y ait de nombreux
managers qui, grâce à des analyses clairvoyantes, se rendent compte toujours
davantage des liens profonds de leur entreprise avec le territoire ou avec les
territoires où elle opère.
Paul VI invitait à évaluer sérieusement le
préjudice que le transfert de capitaux à l'étranger exclusivement en vue d'un
profit personnel, peut causer à la nation elle-même
.
Jean-Paul II observait qu'
investir , outre sa signification économique,
revêt
toujours une signification morale
(97).
Tout ceci - il faut le redire - est valable aujourd'hui encore, bien que le
marché des capitaux ait été fortement libéralisé et que les mentalités
technologiques modernes puissent conduire à penser qu'investir soit seulement
un fait technique et non pas aussi humain et éthique. Il n'y a pas de raison de
nier qu'un certain capital, s'il est investi à l'étranger plutôt que dans sa
patrie, puisse faire du bien. Cependant les requêtes de la justice doivent être
sauvegardées, en tenant compte aussi de la façon dont ce capital a été
constitué et des préjudices causés aux personnes par leur non emploi dans les
lieux où ce capital a été produit
(98).
Il
faut
éviter que le motif de l'emploi des ressources financières soit
spéculatif et cède à la tentation de rechercher seulement un profit à court
terme, sans rechercher aussi la continuité de l'entreprise à long terme,
son service précis à l'économie réelle et son attention à la promotion, de
façon juste et convenable, d'initiatives économiques y compris dans les pays
qui ont besoin de développement. Il ne faut pas nier que lorsque la délocalisation
comporte des investissements et offre de la formation, elle peut être bénéfique
aux populations des pays d'accueil. Le travail et la connaissance technique
sont un besoin universel. Cependant il
n'est
pas licite de délocaliser seulement pour jouir de faveurs particulières ou,
pire, pour exploiter la société locale sans lui apporter une véritable
contribution à la mise en place d'un système productif et social solide,
facteur incontournable d'un développement stable.
41. Dans le contexte
de ce document, il est utile d'observer que
l'entreprenariat a et doit
toujours plus avoir une signification
plurivalente. La prééminence persistante du binôme marché - État nous a
habitués à penser exclusivement à l'entrepreneur privé de type capitaliste,
d'une part, et au haut - fonctionnaire de l'autre. En réalité, l'entreprenariat
doit être compris de façon diversifiée. Ceci découle d'une série de raisons
méta -économiques. Avant d'avoir une signification professionnelle,
l'entreprenariat a une signification humaine
(99).
Il est inscrit dans tout travail, vu comme «
actus personæ (100)»
c'est pourquoi il est bon qu'à tout travailleur soit offerte la possibilité
d'apporter sa contribution propre de sorte que lui-même «
sache travailler ‘à son compte' (101)»
. Ce n'est pas sans raison que Paul VI enseignait
que «
tout travailleur est un créateur
'102)».
C'est justement pour répondre aux exigences et à la dignité de celui qui
travaille, ainsi qu'aux besoins de la société, que divers types d'entreprises
existent, bien au-delà de la seule distinction entre «
privé » et «
public ».
Chacune requiert et exprime une capacité d'entreprise singulière. Dans le but
de créer une économie qui, dans un proche avenir, sache se mettre au service du
bien commun national et mondial, il est opportun de
tenir compte de cette signification élargie de l'entreprenariat.
Cette conception plus large favorise l'échange et la formation réciproque entre
les diverses typologies d'entreprenariat, avec un transfert de compétences du
monde du
non profit à celui du
profit et vice-versa, du domaine public
à celui de la société civile, de celui des économies avancées à celui des pays
en voie de développement.
L'«
autorité politique » a, elle aussi,
une
signification plurivalente qui ne
peut être négligée, dans la mise en place d'un nouvel ordre économico -
productif, socialement responsable et à dimension humaine. De même qu'on entend
cultiver un entreprenariat différencié sur le plan mondial, ainsi doit-on
promouvoir une autorité politique répartie et active sur plusieurs plans.
L'économie intégrée de notre époque n'élimine pas le rôle des États, elle
engage plutôt les gouvernements à une plus
forte collaboration réciproque. La sagesse et la prudence nous suggèrent de
ne pas proclamer trop hâtivement la fin de l'État. Lié à la solution de la
crise actuelle, son rôle semble destiné à croître, tandis qu'il récupère nombre
de ses compétences.
Il
y a aussi des nations pour lesquelles la construction ou la reconstruction de
l'État continue d'être un élément clé de leur développement.
L'aide internationale à l'intérieur d'un
projet de solidarité, ciblé en vue de la solution des problèmes économiques
actuels, devrait en premier lieu soutenir la consolidation de systèmes
constitutionnels, juridiques, administratifs dans les pays qui ne jouissent pas
encore pleinement de ces biens. À côté des aides économiques, il doit y avoir
celles qui ont pour but de
renforcer les
garanties propres de l'État de droit,
un système d'ordre public et de détention efficaces dans le respect des droits
humains, des institutions vraiment démocratiques. Il n'est pas nécessaire que
l'État ait partout les mêmes caractéristiques: le soutien aux systèmes
constitutionnels faibles en vue de leur renforcement peut très bien
s'accompagner du développement d'autres sujets politiques, de nature
culturelle, sociale, territoriale ou religieuse, à côté de l'État.
L'articulation de l'autorité politique au niveau local, national et
international est, entre autres, une des voies maîtresses pour parvenir à
orienter la mondialisation économique. C'est aussi le moyen pour éviter qu'elle
ne mine dans les faits les fondements de la démocratie.
42.
On relève parfois des attitudes fatalistes
à l'égard de la mondialisation,
comme si les dynamiques en acte étaient produites par des forces impersonnelles
anonymes et par des structures indépendantes de la volonté humaine
(103).
Il est bon de rappeler à ce propos que la mondialisation doit être certainement
comprise comme un processus socio-économique, mais ce n'est pas là son unique
dimension. Derrière le processus le plus visible se trouve la réalité d'une
humanité qui devient de plus en plus interconnectée. Celle-ci est constituée de
personnes et de peuples auxquels ce processus doit être utile et dont il doit
servir le développement
(104)
en vertu des responsabilités respectives prises aussi bien par des individus
que par la collectivité. Le dépassement des frontières n'est pas seulement un
fait matériel, mais il est aussi culturel dans ses causes et dans ses effets.
Si on regarde la mondialisation de façon déterministe, les critères pour
l'évaluer et l'orienter se perdent. C'est une réalité humaine et elle peut
avoir en amont diverses orientations culturelles sur lesquelles il faut exercer
un discernement. La
vérité de la
mondialisation comme processus et sa nature éthique fondamentale
dérivent de l'unité de la famille humaine
et de son développement dans le bien. Il faut donc travailler sans cesse
afin de
favoriser une orientation
culturelle personnaliste et communautaire, ouverte à la transcendance, du
processus d'intégration planétaire .
Malgré
certaines de ses dimensions structurelles qui ne doivent pas être niées, ni
absolutisées,
« la mondialisation, a priori, n'est ni bonne ni mauvaise. Elle sera ce
que les personnes en feront (105)».
Nous ne devons pas en être les victimes, mais les protagonistes, avançant avec
bon sens, guidés par la charité et par la vérité.
S'y
opposer aveuglément serait une attitude erronée, préconçue, qui finirait par
ignorer un processus porteur d'aspects positifs, avec le risque de perdre une
grande occasion de saisir les multiples opportunités de développement qu'elle
offre. Les processus de mondialisation, convenablement conçus et gérés, offrent
la possibilité d'une grande redistribution de la richesse au niveau planétaire
comme cela ne s'était jamais présenté auparavant; s'ils sont mal gérés ils
peuvent au contraire faire croître la pauvreté et les inégalités, et contaminer
le monde entier par une crise.
Il faut en corriger les dysfonctionnements, dont certains
sont graves, qui introduisent de nouvelles divisions entre les peuples et au
sein des peuples, et
faire en sorte que
la redistribution de la richesse n'entraîne pas une redistribution de la
pauvreté ou même son accentuation, comme une mauvaise gestion de la
situation actuelle pourrait nous le faire craindre. Pendant longtemps, on a
pensé que les peuples pauvres devaient demeurer fixés à un stade préétabli de
développement et devaient se contenter de la philanthropie des peuples
développés. Dans
Populorum
progressio ,Paul VI a pris
position contre cette mentalité. Aujourd'hui les ressources matérielles
utilisables pour faire sortir ces peuples de la misère sont théoriquement plus
importantes qu'autrefois, mais ce sont les peuples des pays développés eux-mêmes
qui ont fini par en profiter, eux qui ont pu mieux exploiter le processus de
libéralisation des mouvements de capitaux et du travail.
La diffusion du bien-être à l'échelle mondiale ne doit donc pas être
freinée par des projets égoïstes, protectionnistes ou dictés par des intérêts
particuliers. En effet, l'implication des pays émergents ou en voie de
développement permet aujourd'hui de mieux gérer la crise. La transition
inhérente au processus de mondialisation présente des difficultés et des
dangers importants, qui pourront être surmontés seulement si on sait prendre
conscience de cette dimension anthropologique et éthique, qui pousse
profondément la mondialisation elle-même vers des objectifs d'humanisation
solidaire. Malheureusement cette dimension est souvent dominée et étouffée par
des perspectives éthiques et culturelles de nature individualiste et
utilitariste. La
mondialisation est un
phénomène multidimensionnel et polyvalent, qui exige d'être saisi dans la
diversité et dans l'unité de tous ses aspects, y compris sa dimension
théologique. Cela permettra de vivre et d'
orienter
la mondialisation de l'humanité en termes de relationnalité, de communion et de
partage .
CHAPITRE IV : DÉVELOPPEMENT DES PEUPLES, DROITS ET
DEVOIRS, ENVIRONNEMENT :
43.
« La solidarité
universelle qui est un fait, et un bénéfice pour nous, est aussi un devoir (106)».
Aujourd'hui, nombreux sont ceux qui sont tenté de prétendre ne rien devoir à
personne, si ce n'est à eux-mêmes. Ils estiment n'être détenteurs que de droits
et ils éprouvent souvent de grandes difficultés à grandir dans la
responsabilité à l'égard de leur développement personnel intégral et de celui
des autres.
C'est
pourquoi il est important de
susciter
une nouvelle réflexion sur le fait que les
droits supposent des devoirs sans lesquels ils deviennent arbitraires (107).
Aujourd'hui, nous sommes témoins d'une grave contradiction. Tandis que, d'un
côté, sont revendiqués de soi-disant droits, de nature arbitraire et
voluptuaire, avec la prétention de les voir reconnus et promus par les
structures publiques, d'un autre côté, des droits élémentaires et fondamentaux
d'une grande partie de l'humanité sont ignorés et violés
(108).
On a souvent noté une relation entre la revendication du droit au superflu ou
même à la transgression et au vice, dans les sociétés opulentes, et le manque
de nourriture, d'eau potable, d'instruction primaire ou de soins sanitaires
élémentaires dans certaines régions sous-développées ainsi que dans les
périphéries des grandes métropoles. Cette relation est due au fait que les
droits individuels, détachés du cadre des devoirs qui leur confère un sens
plénier, s'affolent et alimentent une spirale de requêtes pratiquement
illimitée et privée de repères.
L'exaspération
des droits aboutit à l'oubli des devoirs. Les devoirs délimitent les droits
parce qu'ils renvoient au cadre anthropologique et éthique dans la vérité
duquel ces derniers s'insèrent et ainsi ne deviennent pas arbitraires. C'est
pour cette raison que les devoirs renforcent les droits et situent leur défense
et leur promotion comme un engagement à prendre en faveur du bien. Si, par
contre, les droits de l'homme ne trouvent leur propre fondement que dans les
délibérations d'une assemblée de citoyens, ils peuvent être modifiés à tout
moment et, par conséquent, le devoir de les respecter et de les promouvoir
diminue dans la conscience commune. Les Gouvernements et les Organismes
internationaux peuvent alors oublier l'objectivité et l'«
indisponibilité » des droits. Quand cela se produit, le véritable
développement des peuples est mis en danger
(109).
De tels comportements compromettent l'autorité des Organismes internationaux,
surtout aux yeux des pays qui ont le plus besoin de développement. Ceux-ci
demandent, en effet, que la communauté internationale considère comme un devoir
de les aider à être «
les artisans de
leur destin (110) »,
c'est-à-dire à assumer eux-mêmes à leur tour des devoirs.
Avoir en commun des devoirs
réciproques mobilise beaucoup plus que la seule revendication de droits.
44. La conception des
droits et des devoirs dans le développement est mise à l'épreuve de manière
dramatique par les problématiques liées à la
croissance démographique.
Il s'agit d'une limite très importante pour le vrai développement, parce
qu'elle concerne les valeurs primordiales de la vie et de la famille
(111).
Considérer l'augmentation de la
population comme la cause première du sous-développement est incorrect,
même du point de vue économique. Il suffit de penser d'une part à l'importante
diminution de la mortalité infantile et à l'allongement moyen de la vie qu'on
enregistre dans les pays économiquement développés, et d'autre part, aux signes
de crises qu'on relève dans les sociétés où l'on enregistre une baisse
préoccupante de la natalité. Il demeure
évidemment
nécessaire de prêter l'attention due à une procréation responsable qui
constitue, entre autres, une contribution efficace au développement humain
intégral. L'Église, qui a à cœur le véritable développement de l'homme, lui
recommande de respecter dans tout son agir la réalité humaine authentique.
Cette
dimension doit être reconnue, en particulier, en ce qui concerne la
sexualité: on ne peut la réduire à un pur
fait hédoniste et ludique, de même que l'éducation sexuelle ne peut être
réduite à une instruction technique, dans l'unique but de défendre les
intéressés d'éventuelles contaminations ou du «
risque » de procréation. Cela équivaudrait à
appauvrir et à ignorer le sens profond de la sexualité, qui doit au
contraire être reconnue et assumée avec responsabilité, tant par l'individu que
par la communauté. En effet, la responsabilité interdit aussi bien de
considérer la sexualité comme une simple source de plaisir, que de la réguler
par des politiques de planification forcée des naissances. Dans ces deux cas,
on est en présence de conceptions et de politiques matérialistes, où les
personnes finissent par subir différentes formes de violence.
À
tout cela, on doit opposer, en ce domaine, la
compétence primordiale des familles (112)
par rapport à celle l'État et à ses politiques contraignantes, ainsi qu'une
éducation appropriée des parents.
L'ouverture
moralement responsable à la vie est une richesse sociale et économique.
De
grandes nations ont pu sortir de la misère grâce au grand nombre de leurs
habitants et à leurs potentialités.
En
revanches, des nations, un temps prospères, connaissent à présent une phase
d'incertitude et, dans certains cas, de déclin à cause de la dénatalité qui est
un problème crucial pour les sociétés de bien-être avancé. La diminution des
naissances, parfois au-dessous du fameux «
seuil
de renouvellement », met aussi en difficulté les systèmes d'assistance
sociale, elle en augmente les coûts, réduit le volume de l'épargne et, donc,
les ressources financières nécessaires aux investissements, elle réduit la
disponibilité d'une main-d'œuvre qualifiée, elle restreint la réserve des «
cerveaux » utiles pour les besoins de la
nation. De plus, dans les familles de petite, et même de toute petite
dimension, les relations sociales courent le risque d'être appauvries, et les
formes de solidarité traditionnelle de ne plus être garanties. Ce sont des
situations symptomatiques d'une faible confiance en l'avenir ainsi que d'une
lassitude morale. Continuer à proposer aux nouvelles générations la beauté de
la famille et du mariage, la correspondance de ces institutions aux exigences
les plus profondes du cœur et de la dignité de la personne devient ainsi une
nécessité sociale, et même économique.
Dans
cette perspective, les
États sont
appelés à mettre en œuvre des politiques
qui promeuvent le caractère central et l'intégrité de la famille,
fondée sur le mariage entre un homme et une femme, cellule première et vitale
de la société
(113).
prenant en compte ses problèmes économiques et fiscaux, dans le respect de sa
nature relationnelle.
45.
Répondre aux exigences morales les plus
profondes de la personne a aussi des retombées importantes et bénéfiques sur le
plan économique. En effet,
pour
fonctionner correctement, l'économie a besoin de l'éthique; non pas d'une
éthique quelconque, mais d'une éthique amie de la personne. Aujourd'hui, on
parle beaucoup d'éthique dans le domaine économique, financier ou industriel.
Des Centres d'études et des parcours de formation de
business ethics sont créés. Dans le monde développé, le système des
certifications éthiques se répand à la suite du mouvement d'idées né autour de
la responsabilité sociale de l'entreprise. Les banques proposent des comptes et
des fonds d'investissement appelés «
éthiques
». Une «
finance éthique » se
développe surtout à travers le micro - crédit et, plus généralement, la micro -
finance. Ces processus sont appréciables et méritent un large soutien. Leurs
effets positifs se font sentir même dans les régions les moins développées de
la terre. Toutefois, il est bon d'élaborer aussi un critère valable de
discernement, car on note un certain abus de l'adjectif «
éthique » qui, employé de manière générique, se prête à désigner
des contenus très divers, au point de faire passer sous son couvert des
décisions et des choix contraires à la justice et au véritable bien de l'homme.
En
fait, cela dépend en grande partie du système moral auquel on se réfère. Sur ce
thème, la doctrine sociale de l'Église a une contribution spécifique à
apporter, qui se fonde sur la création de l'homme «
à l'image de Dieu » (
Gn 1,
27), principe d'où découle la
dignité
inviolable de la personne humaine, de même que la valeur transcendante des
normes morales naturelles.
Une
éthique économique qui méconnaîtrait ces deux piliers, risquerait inévitablement
de perdre sa signification propre et de se prêter à des manipulations. Plus
précisément, elle risquerait de s'adapter aux systèmes économiques et
financiers existant, au lieu de corriger leurs dysfonctionnements. Elle
finirait également, entre autres, par justifier le financement de projets non
éthiques. En outre, il ne faut pas utiliser le mot «
éthique » de façon idéologiquement discriminatoire, laissant
entendre que les initiatives qui ne seraient pas formellement parées de cette
qualification, ne seraient pas éthiques. Il faut œuvrer - et cette observation
est ici essentielle! - non seulement pour que naissent des secteurs ou des
lignes «
éthiques » dans l'économie
ou dans la finance, mais pour que toute l'économie et toute la finance soient
éthiques et le soient non à cause d'un étiquetage extérieur, mais à cause du
respect d'exigences intrinsèques à leur nature même. La doctrine sociale de
l'Église aborde ce sujet avec clarté quand elle rappelle que l'économie, en ses
différentes ramifications, est un secteur de l'activité humaine
(114).
46. Considérant les
thématiques relatives au
rapport entre
entreprise et éthique , ainsi que l'évolution que le système de production
connaît actuellement, il semble que la distinction faite jusqu'ici entre
entreprises à but lucratif (
profit )
et organisations à but non lucratif (
non
profit ) ne soit plus en mesure de rendre pleinement compte de la réalité,
ni d'orienter efficacement l'avenir.
Au
cours de ces dernières décennies, une ample sphère intermédiaire entre ces deux
types d'entreprises a surgi. Elle est constituée d'entreprises traditionnelles,
- qui cependant souscrivent des pactes d'aide aux pays sous-développés -, de
fondations qui sont l'expression d'entreprises individuelles, de groupes
d'entreprises ayant des buts d'utilité sociale, du monde varié des acteurs de
l'économie dite «
civile et de communion
». Il ne s'agit pas seulement d'un «
troisième
secteur », mais d'une nouvelle réalité vaste et complexe, qui touche le
privé et le public et qui n'exclut pas le profit mais le considère comme un
instrument pour réaliser des objectifs humains et sociaux. Le fait que ces
entreprises distribuent ou non leurs bénéfices ou bien qu'elles prennent l'une
ou l'autre des formes prévues par les normes juridiques devient secondaire par
rapport à leur orientation à concevoir le profit comme un moyen pour parvenir à
des objectifs d'humanisation du marché et de la société. Il est souhaitable que
ces nouveaux types d'entreprise trouvent également dans tous les pays un cadre
juridique et fiscale convenables. Sans rien ôter à l'importance et à l'utilité
économique et sociale des formes traditionnelles d'entreprise, elles font
évoluer le système vers une plus claire et complète acceptation de leurs
devoirs, de la part des agents économiques. Bien plus,
la pluralité même des formes
institutionnelles de l'entreprise crée un marché plus civique et en même temps
plus compétitif .
47. Le renforcement
des diverses typologies d'entreprises et, en particulier, de celles capables de
concevoir le profit comme un instrument pour parvenir à des objectifs
d'humanisation du marché et des sociétés, doit être poursuivi aussi dans les
pays qui sont exclus ou mis en marge des circuits de l'économie mondiale. Il
est très important d'avancer par le biais de projets, fondés sur une
subsidiarité conçue et administrée de façon adaptée, qui tendent à affermir les
droits tout en prévoyant toujours une prise de responsabilités correspondantes.
Dans les interventions en faveur du développement, le principe de la centralité de la personne humaine doit être
préservé car elle est le sujet qui, le premier, doit prendre en charge la
tâche du développement. L'urgence principale est l'amélioration des conditions
de vie des personnes concrètes d'une région donnée, afin qu'elles puissent
accomplir ces tâches qu'actuellement leur indigence ne leur permet pas de
remplir. La sollicitude ne peut jamais être une attitude abstraite.
Les programmes de développement,
pour pouvoir être adaptés aux situations particulières, doivent être
caractérisés par la
flexibilité. Et
les personnes qui en bénéficient devraient être directement associées à leur
préparation et devenir protagonistes de leur réalisation. Il est aussi
nécessaire
d'appliquer les critères de
la progression et de l'accompagnement - y compris pour le contrôle des
résultats -, car il n'existe pas de recettes universellement valables. Cela
dépend largement de la gestion concrète des interventions. «
Ouvriers de leur propre développement, les
peuples en sont les premiers responsables. Mais ils ne le réaliseront pas dans
l'isolement (115)».
Aujourd'hui, avec la consolidation du processus d'intégration progressive de la
planète, cette exhortation de Paul VI est
encore plus actuelle. Les dynamiques d'inclusion n'ont rien de mécanique. Les
solutions doivent être adaptées à la vie des peuples et des personnes
concrètes, sur la base d'une évaluation prévoyante de chaque situation. À côté
des macro - projets, les microprojets sont nécessaires et, plus encore, la
mobilisation effective de tous les acteurs de la société civile, des personnes
juridiques comme des personnes physiques.
La
coopération internationale a besoin
de personnes qui aient en commun le souci du processus de développement
économique et humain, par la solidarité de la présence, de l'accompagnement, de
la formation et du respect.
De
ce point de vue, les
Organismes
internationaux eux-mêmes devraient s'interroger sur l'efficacité réelle de
leurs structures bureaucratiques et administratives, souvent trop coûteuses.
Il arrive parfois que celui à qui sont destinées des aides devienne utile à
celui qui l'aide et que les pauvres servent de prétexte pour faire subsister
des organisations bureaucratiques coûteuses qui réservent à leur propre
subsistance des pourcentages trop élevés des ressources qui devraient au
contraire être destinées au développement.
Dans
cette perspective, il serait souhaitable que tous les
organismes internationaux et les Organisations non gouvernementales
s'engagent à œuvrer dans la pleine transparence, informant leurs donateurs
et l'opinion publique du pourcentage des fonds reçus destiné aux programmes de
coopération, du véritable contenu de ces programmes, et enfin de la répartition
des dépenses de l'institution elle-même.
48. Le thème du développement
est aussi aujourd'hui fortement lié aux devoirs qu'engendre
le
rapport de l'homme avec l'environnement naturel. Celui-ci a été
donné à
tous par Dieu et son usage représente pour nous une responsabilité à l'égard
des pauvres, des générations à venir et de l'humanité tout entière. Si la
nature, et en premier lieu l'être humain, sont considérés comme le fruit du
hasard ou du déterminisme de l'évolution, la conscience de la responsabilité
s'atténue dans les esprits. Dans la nature, le croyant reconnaît le merveilleux
résultat de l'intervention créatrice de Dieu, dont l'homme peut user pour
satisfaire ses besoins légitimes - matériels et immatériels - dans le respect
des équilibres propres à la réalité créée. Si cette vision se perd, l'homme
finit soit par considérer la nature comme une réalité intouchable, soit, au
contraire, par en abuser. Ces deux attitudes ne sont pas conformes à la vision
chrétienne de la nature, fruit de la création de Dieu.
La
nature est l'expression d'un dessein d'amour et de vérité. Elle nous précède et
Dieu nous l'a donnée comme milieu de vie. Elle nous parle du Créateur (cf.
Rm 1, 20) et de son amour pour
l'humanité. Elle est destinée à être «
récapitulée
» dans le Christ à la fin des temps (cf.
Ep
1, 9-10;
Col 1, 19-20). Elle a
donc elle aussi une «
vocation (116)»
. La nature est à notre disposition non pas comme «
un tas de choses répandues au hasard (117)
», mais au contraire comme un
don du
Créateur qui en a indiqué les lois intrinsèques afin que l'homme en tire les
orientations nécessaires pour « la garder
et la cultiver » (
Gn 2, 15).
Toutefois,
il faut souligner que considérer la nature comme plus importante que la
personne humaine elle-même est contraire au véritable développement. Cette
position conduit à des attitudes néo-païennes ou liées à un nouveau panthéisme:
le salut de l'homme ne peut pas dériver de la nature seule, comprise au sens
purement naturaliste.
Par
ailleurs, la position inverse, qui vise à sa technicisation complète, est
également à rejeter car le milieu naturel n'est pas seulement un matériau dont
nous pouvons disposer à notre guise, mais c'est l'œuvre admirable du Créateur,
portant en soi une «
grammaire » qui
indique une finalité et des critères pour qu'il soit utilisé avec sagesse et
non pas exploité de manière arbitraire.
Aujourd'hui,
de nombreux obstacles au développement proviennent précisément de ces
conceptions erronées. Réduire complètement la nature à un ensemble de données
de fait finit par être source de violence dans les rapports avec l'environnement
et finalement par motiver des actions irrespectueuses envers la nature même de
l'homme. Étant constituée non seulement de matière mais aussi d'esprit et, en
tant que telle, étant riche de significations et de buts transcendants à
atteindre, celle-ci revêt un caractère normatif pour la culture. L'homme
interprète et façonne le milieu naturel par la culture qui, à son tour, est
orientée par la liberté responsable, soucieuse des principes de la loi morale.
Les projets en vue d'un développement humain intégral ne peuvent donc ignorer
les générations à venir, mais ils doivent
se
fonder sur la solidarité et sur la
justice intergénérationnelles, en tenant compte de multiples aspects:
écologique, juridique, économique,
politique, culturel (118).
49. Aujourd'hui, les
questions liées à la protection et à la sauvegarde de l'environnement doivent
prendre en juste considération les problématiques énergétiques. L'accaparement des ressources
énergétiques non - renouvelables par certains États, groupes de pouvoir ou
entreprises, constitue, en effet, un grave obstacle au développement des pays
pauvres. Ceux-ci n'ont pas les ressources économiques nécessaires pour accéder
aux sources énergétiques non - renouvelables existantes ni pour financer la
recherche de nouvelles sources alternatives.
L'accaparement des ressources naturelles
qui, dans de nombreux cas, se trouvent précisément dans les pays pauvres,
engendre l'exploitation et de fréquents
conflits entre nations ou à l'intérieur de celles-ci. Ces conflits se
déroulent souvent sur le territoire même de ces pays, entraînant de lourdes
conséquences: morts, destructions et autres dommages. La
communauté internationale a le devoir impératif de trouver les voies
institutionnelles pour réglementer l'exploitation des ressources non
-renouvelables, en accord avec les pays pauvres, afin de planifier ensemble
l'avenir.
Sur
ce front aussi, apparaît
l'urgente nécessité morale d'une solidarité
renouvelée , spécialement dans les relations entre les pays en voie de
développement et les pays hautement industrialisés (119).
Les
sociétés technologiquement avancées peuvent et doivent
diminuer leur propre consommation énergétique parce que d'une part,
leurs activités manufacturières évoluent et parce que d'autre part, leurs
citoyens sont plus sensibles au problème écologique.
Ajoutons
à cela qu'il est possible d'
améliorer
aujourd'hui la productivité énergétique et qu'il est possible, en même
temps, de faire progresser la
recherche
d'énergies alternatives.
Toutefois,
une redistribution planétaire des ressources énergétiques est également
nécessaire afin que les pays qui n'en ont pas puissent y accéder. Leur destin
ne peut être abandonné aux mains du premier venu ou à la logique du plus fort.
Ce sont des problèmes importants qui, pour être affrontés de façon efficace,
demandent de la part de tous une prise de conscience responsable des
conséquences qui retomberont sur les nouvelles générations, surtout sur les
très nombreux jeunes présents au sein des peuples pauvres et qui «
demandent leur part active dans la
construction d'un monde meilleur (120)».
50. Cette
responsabilité est globale, parce qu'elle ne concerne pas seulement l'énergie,
mais toute la création, que nous ne devons pas transmettre aux nouvelles
générations appauvrie de ses ressources. Il est juste que l'homme puisse
exercer une
maîtrise responsable sur la nature
pour la protéger, la mettre en valeur et la cultiver selon des formes
nouvelles et avec des technologies avancées, afin que la terre puisse
accueillir dignement et nourrir la population qui l'habite.
Il y a de la place pour tous sur la terre:
la famille humaine tout entière doit y trouver les ressources nécessaires pour
vivre correctement grâce à la nature elle-même, don de Dieu à ses enfants, et
par l'effort de son travail et de sa créativité. Nous devons cependant avoir
conscience du grave
devoir que nous
avons de laisser la terre aux nouvelles générations dans un état tel
qu'elles puissent elles aussi l'habiter décemment et continuer à la cultiver.
Cela implique de s'engager à prendre ensemble des décisions, «
après avoir examiné de façon responsable la
route à suivre, en vue de renforcer l'alliance entre l'être humain et
l'environnement , qui doit être le reflet de l'amour créateur de Dieu, de qui
nous venons et vers qui nous allons (121)».
Il est souhaitable que la communauté internationale et chaque gouvernement
sachent contrecarrer efficacement les modalités d'exploitation de
l'environnement qui s'avèrent néfastes. Il est par ailleurs impératif que les
autorités compétentes entreprennent tous les efforts
nécessaires afin que les coûts économiques et sociaux dérivant de
l'usage des ressources naturelles communes soient établis de façon transparente
et soient entièrement supportés par ceux qui en jouissent et non par les
autres populations ou par les générations futures. La protection de
l'environnement, des ressources et du climat demande que tous les responsables
internationaux agissent ensemble et démontrent leur résolution à travailler
honnêtement, dans le respect de la loi et de la solidarité à l'égard des
régions les plus faibles de la planète
(122).
L'une des plus importantes tâches de l'économie est précisément l'utilisation
la plus efficace des ressources, et non leur abus, sans jamais oublier que la
notion d'efficacité n'est pas axiologiquement neutre.
51.
La façon dont l'homme traite l'environnement
influence les modalités avec lesquelles il se traite lui-même et réciproquement.
C'est pourquoi
la société actuelle doit
réellement reconsidérer son style de vie qui, en de nombreuses régions du
monde, est porté à l'hédonisme et au consumérisme, demeurant indifférente aux
dommages qui en découlent
(123).
Un véritable changement de mentalité est nécessaire qui nous amène à
adopter de nouveaux styles de vie «
dans lesquels les éléments qui
déterminent les choix de consommation, d'épargne et d'investissement soient la
recherche du vrai, du beau et du bon, ainsi que la communion avec les autres
hommes pour une croissance commune (124)».
Toute atteinte à la solidarité et à l'amitié civique provoque des dommages à
l'environnement, de même que la détérioration de l'environnement, à son tour,
provoque l'insatisfaction dans les relations sociales. À notre époque en
particulier, la nature est tellement intégrée dans les dynamiques sociales et
culturelles qu'elle ne constitue presque plus une donnée indépendante.
La
désertification et la baisse de la productivité de certaines régions agricoles
sont aussi le fruit de l'appauvrissement et du retard des populations qui y
habitent.
En
stimulant le développement économique et culturel de ces populations, on
protège aussi la nature.
En
outre, combien de ressources naturelles sont dévastées par les guerres! La paix
des peuples et entre les peuples permettrait aussi une meilleure sauvegarde de
la nature.
L'accaparement
des ressources, spécialement de l'eau, peuvent provoquer de graves conflits
parmi les populations concernées.
Un
accord pacifique sur l'utilisation des ressources peut préserver la nature et,
en même temps, le bien-être des sociétés intéressées.
L'Église
a une responsabilité envers la création et doit la faire valoir publiquement
aussi. Ce faisant, elle doit préserver non seulement la terre, l'eau et l'air
comme dons de la création appartenant à tous, elle doit aussi surtout protéger
l'homme de sa propre destruction. Une sorte d'écologie de l'homme, comprise de
manière juste, est nécessaire. La dégradation de l'environnement est en effet
étroitement liée à la culture qui façonne la communauté humaine
: quand
l'« écologie humaine (125) est respectée dans la société,
l'écologie proprement dite en tire aussi avantage.
De
même que les vertus humaines sont connexes, si bien que l'affaiblissement de
l'une met en danger les autres, ainsi le système écologique s'appuie sur le
respect d'un projet qui concerne aussi bien la saine coexistence dans la
société que le bon rapport avec la nature.
Pour
préserver la nature, il n'est pas suffisant d'intervenir au moyen d'incitations
ou de mesures économiques dissuasives, une éducation appropriée n'y suffit pas
non plus. Ce sont là des outils importants, mais
le point déterminant est la tenue
morale de la société dans son ensemble. Si le droit à la vie et à la
mort naturelle n'est pas respecté, si la conception, la gestation et la
naissance de l'homme sont rendues artificielles, si des embryons humains sont
sacrifiés pour la recherche, la conscience commune finit par perdre le concept
d'écologie humaine et, avec lui, celui d'écologie environnementale. Exiger des
nouvelles générations le respect du milieu naturel devient une contradiction,
quand l'éducation et les lois ne les aident pas à se respecter elles-mêmes. Le
livre de la nature est unique et indivisible, qu'il s'agisse de l'environnement
comme de la vie, de la sexualité, du mariage, de la famille, des relations sociales,
en un mot du développement humain intégral.
Les devoirs que nous avons vis-à-vis de
l'environnement sont liés aux devoirs que nous avons envers la personne
considérée en elle-même et dans sa relation avec les autres.
On ne peut exiger les uns et piétiner les autres. C'est là une grave antinomie
de la mentalité et de la praxis actuelle qui avilit la personne, bouleverse
l'environnement et détériore la société.
52.
La vérité et l'amour que celle-ci fait
entrevoir ne peuvent être fabriqués. Ils peuvent seulement être accueillis.
Leur source ultime n'est pas, ni ne peut être, l'homme, mais Dieu, c'est-à-dire
Celui qui est Vérité et Amour. Ce principe est très important pour la société
et pour le développement, dans la mesure où ni l'une ni l'autre ne peuvent être
produits seulement par l'homme.
La
vocation elle-même des personnes et des peuples au développement ne se fonde
pas sur une simple décision humaine, mais elle est inscrite dans un dessein
qui nous précède et qui constitue pour chacun de nous un devoir à accueillir
librement. Ce qui nous précède et qui nous constitue - l'Amour et la Vérité
subsistants - nous indique ce qu'est le bien et en quoi consiste notre bonheur.
Il nous montre donc la route qui conduit
au véritable développement.
CHAPITRE V : LA COLLABORATION DE LA FAMILLE HUMAINE :
53.
Une des pauvretés les plus profondes que
l'homme puisse expérimenter est la solitude. Tout bien considéré, les
autres formes de pauvreté, y compris les pauvretés matérielles, naissent de
l'isolement, du fait de ne pas être aimés ou de la difficulté d'aimer.
Les pauvretés sont souvent la conséquence
du refus de l'amour de Dieu, d'une fermeture
originelle tragique de l'homme en lui-même, qui pense se suffire à lui-même, ou
bien considère n'être qu'un simple fait insignifiant et éphémère, un «
étranger » dans un univers qui s'est
constitué par hasard.
L'homme est aliéné
quand il est seul ou quand il se détache de la réalité, quand il renonce à
penser et à croire en un Fondement (126).
L'humanité
tout entière est aliénée quand elle met sa confiance en des projets purement
humains, en des idéologies et en de fausses utopies
(127).
De nos jours, l'humanité apparaît beaucoup plus interactive qu'autrefois: cette
plus grande proximité doit se transformer en une communion véritable.
Le
développement des peuples dépend surtout de la reconnaissance du fait que nous
formons une seule famille qui
collabore dans une communion véritable et qui est constituée de sujets qui ne
vivent pas simplement les uns à côté des autres
(128).
Paul VI remarquait que «
le monde est en malaise faute de
pensée (129)».
Cette affirmation renferme une constatation, mais surtout un souhait: il
faut qu'il y ait un renouveau de la pensée
pour mieux comprendre ce qu'implique le fait que nous formons une famille; les
échanges entre les peuples de la planète exige un tel renouveau, afin que
l'intégration puisse se réaliser sous le signe de la solidarité
(130)
plutôt que de la marginalisation. Une telle pensée nous oblige à
approfondir de manière critique et sur le
plan des valeurs la catégorie de la relation. Un tel effort ne peut être
mené par les seules sciences sociales, car il requiert l'apport de savoirs tels
que la métaphysique et la théologie, pour comprendre de façon éclairée la
dignité transcendante de l'homme.
La créature humaine, qui est de nature
spirituelle, se réalise dans les relations interpersonnelles.
Plus elle les vit de manière authentique, plus son identité personnelle mûrit
également. Ce n'est pas en s'isolant que l'homme se valorise lui-même, mais en
se mettant en relation avec les autres et avec Dieu. L'importance de ces
relations devient alors fondamentale. Cela vaut aussi pour les peuples.
Pour
leur développement, une vision métaphysique de la relation entre les personnes
est donc très utile. À cet égard, la raison trouve une inspiration et une
orientation dans la révélation chrétienne, selon laquelle la communauté des
hommes n'absorbe pas en soi la personne, anéantissant son autonomie, comme cela
se produit dans les diverses formes de totalitarisme, mais elle la valorise
encore davantage car le rapport entre individu et communauté est celui d'un
tout vers un autre tout
(131).
Tout comme la communauté familiale n'abolit pas en elle les personnes qui la
composent et comme l'Église elle-même valorise pleinement la ‘créature
nouvelle' (cf.
Ga 6, 15;
2 Co 5, 17) qui, par le baptême,
s'insère dans son Corps vivant, de la même manière l'unité de la famille
humaine n'abolit pas en elle les personnes, les peuples et les cultures, mais
elle les rend plus transparents les uns aux autres, plus unis dans leurs
légitimes diversités.
54. Le
thème du développement coïncide avec celui
de l'inclusion relationnelle de toutes les personnes et de tous les peuples
dans l'unique communauté de la famille humaine qui se construit dans la
solidarité sur la base des valeurs fondamentales de la justice et de la paix.
Cette perspective est éclairée de manière décisive par la relation entre les
trois Personnes de la Sainte Trinité dans
leur unique Substance divine.
La
Trinité est unité absolue, car les trois Personnes divines sont relationnalité
pure. La transparence réciproque entre les Personnes divines est complète et le
lien entre l'une et l'autre est total, parce qu'elles constituent une unité et
unicité absolue. Dieu veut nous associer nous aussi à cette réalité de
communion: «
pour qu'ils soient un comme
nous sommes un » (
Jn 17, 22).
L'Église est signe et instrument de cette unité
(132).
Les relations entre les hommes tout au long de l'histoire ne peuvent que tirer
avantage de cette référence au divin Modèle.
À la lumière de la révélation du mystère de la Trinité, on comprend
en particulier que l'ouverture authentique n'implique pas une dispersion
centrifuge, mais une compénétration profonde. C'est ce qui apparaît aussi à
travers les expériences humaines communes de l'amour et de la vérité. De même
que l'amour sacramentel entre les époux les unit spirituellement en «
une seule chair » (
Gn 2, 24;
Mt 19, 5;
Ep 5, 31) et de deux qu'ils étaient en
fait une unité relationnelle réelle, de manière analogue, la vérité unit les
esprits entre eux et les fait penser à l'unisson, en les attirant et en les
unissant en elle.
55. La révélation
chrétienne de l'unité du genre humain présuppose
une interprétation métaphysique
de l'humanum où la relation est un
élément essentiel . D'autres cultures et d'autres religions enseignent
elles aussi la fraternité et la paix, et présentent donc une grande importance
pour le développement humain intégral. Il n'est pas rare cependant que des
attitudes religieuses ou culturelles ne prennent pas pleinement en compte le
principe de l'amour et de la vérité; elles constituent alors un frein au
véritable développement humain et même un empêchement.
Le
monde d'aujourd'hui est pénétré par certaines cultures, dont le fond est
religieux, qui n'engagent pas l'homme à la communion, mais l'isolent dans la
recherche du bien-être individuel, se limitant à satisfaire ses attentes
psychologiques. Une certaine prolifération d'itinéraires religieux suivis par
de petits groupes ou même par des personnes individuelles, ainsi que le
syncrétisme religieux peuvent être des facteurs de dispersion et de
désengagement. La tendance à favoriser un tel syncrétisme est un effet négatif
possible du processus de mondialisation
(133),
lorsqu'il alimente des formes de «
religions
» qui
rendent les personnes étrangères
les unes aux autres au lieu de favoriser leur rencontre et qui les éloignent de
la réalité.
Dans
le même temps, subsistent parfois des
héritages
culturels et religieux qui figent la société en castes sociales immuables
, dans des
croyances magiques qui ne respectent pas la dignité de la personne,
dans des
attitudes de sujétion à des
forces occultes. Dans de tels contextes, l'amour et la vérité peuvent
difficilement s'affirmer, non sans préjudice pour le développement authentique.
C'est
pourquoi, s'il est vrai, d'une part, que le développement a besoin des
religions et des cultures des différents peuples, il n'en reste pas moins vrai,
d'autre part, qu'opérer un discernement approprié est nécessaire.
La liberté religieuse ne veut pas dire
indifférence religieuse et elle n'implique pas que toutes les religions soient
équivalentes (134).
Un discernement concernant la
contribution, que peuvent apporter les cultures et les religions en vue d'édifier
la communauté sociale dans le respect du bien commun s'avère nécessaire,
en particulier de la part de ceux qui exercent le pouvoir politique. Un tel
discernement devra se fonder sur le critère
de la charité et de la vérité. Et puisqu'est en jeu le développement des
personnes et des peuples, il devra tenir compte de la possibilité
d'émancipation et d'intégration dans la perspective d'une communauté humaine
vraiment universelle. «
Tout l'homme et
tous les hommes », c'est un critère qui permet d'évaluer aussi les cultures
et les religions. Le Christianisme, religion du «
Dieu qui possède un visage humain (135)»
porte en lui un tel critère.
56.
La religion chrétienne et les autres
religions ne peuvent apporter leur contribution au développement seulement si Dieu a aussi sa place dans la
sphère publique, et cela concerne les dimensions culturelle, sociale,
économique et particulièrement politique. La doctrine sociale de l'Église est
née pour revendiquer ce «
droit de cité (136)
» de la religion chrétienne. La négation
du droit de professer publiquement sa religion et d'œuvrer pour que les vérités
de la foi inspirent aussi la vie publique a des conséquences négatives sur le
développement véritable.
L'exclusion de la religion du domaine
public, comme, par ailleurs, le fondamentalisme religieux, empêchent la
rencontre entre les personnes et leur collaboration en vue du progrès de
l'humanité. La vie publique s'appauvrit et la politique
devient opprimante et agressive. Les droits humains risquent de ne pas être
respectés soit parce qu'ils sont privés de leur fondement transcendant soit
parce que la liberté personnelle n'est pas reconnue. Dans le laïcisme et dans
le fondamentalisme, la possibilité d'un dialogue fécond et d'une collaboration
efficace entre la raison et la foi religieuse s'évanouit.
La raison a toujours besoin d'être purifiée par la foi , et ceci
vaut également pour la raison politique, qui ne doit pas se croire toute
puissante. À son tour,
la religion a
toujours besoin d'être purifiée par la raison afin qu'apparaisse son visage
humain authentique. La rupture de ce dialogue a un prix très lourd au regard du
développement de l'humanité.
57. Le dialogue fécond
entre foi et raison ne peut que rendre plus efficace l'œuvre de la charité dans
le champ social et constitue le cadre le plus approprié pour
encourager la collaboration fraternelle entre croyants et non - croyants dans
leur commune intention de travailler pour la justice et pour la paix de
l'humanité. Dans la Constitution pastorale
Gaudium et Spes , les Pères du Concile affirmaient: «
Croyants et incroyants sont généralement d'accord sur ce point: tout
sur terre doit être ordonné à l'homme comme à son centre et à son sommet (137)».
Pour les croyants, le monde n'est le
fruit ni du hasard ni de la nécessité, mais celui d'un projet de Dieu.
De là naît pour les croyants le devoir d'unir leurs efforts à ceux de tous les
hommes et toutes les femmes de bonne volonté appartenant à d'autres religions
ou non - croyants, afin que notre monde soit effectivement conforme au projet
divin: celui de vivre comme une famille sous le regard du Créateur.
Le principe
de subsidiarité
(138),
expression de l'inaliénable liberté humaine, est, à cet égard, une
manifestation particulière de la charité et un guide éclairant pour la collaboration
fraternelle entre croyants et non - croyants.
La subsidiarité est avant tout une aide à la personne, à travers
l'autonomie des corps intermédiaires. Cette aide est proposée lorsque la
personne et les acteurs sociaux ne réussissent pas à faire par eux-mêmes ce qui
leur incombe et elle implique toujours que l'on ait une visée émancipatrice qui
favorise la liberté et la participation en tant que responsabilisation. La
subsidiarité respecte la dignité de la personne en qui elle voit un sujet
toujours capable de donner quelque chose aux autres. En reconnaissant que la
réciprocité fonde la constitution intime de l'être humain, la subsidiarité est
l'antidote le plus efficace contre toute forme d'assistance paternaliste. Elle
peut rendre compte aussi bien des multiples articulations entre les divers
plans et donc de la pluralité des acteurs, que de leur coordination. Il s'agit
donc d'un principe particulièrement apte à gouverner la mondialisation et à
l'orienter vers un véritable développement humain.
Pour ne pas engendrer un dangereux pouvoir universel de type
monocratique, la « gouvernance » de la
mondialisation doit être de nature subsidiaire, articulée à de multiples
niveaux et sur divers plans qui collaborent entre eux. La mondialisation
réclame certainement une autorité, puisqu'est en jeu le problème du bien commun
qu'il faut poursuivre ensemble; cependant cette
autorité devra être exercée de manière subsidiaire et polyarchique (139)
pour, d'une part, ne pas porter atteinte à la liberté et, d'autre part, pour
être concrètement efficace.
58.
Le
principe de subsidiarité doit être étroitement relié au principe de solidarité
et vice-versa , car si la
subsidiarité sans la solidarité tombe dans le particularisme, il est également
vrai que la solidarité sans la subsidiarité tombe dans l'assistanat qui humilie
celui qui est dans le besoin. Cette règle de caractère général doit être prise
sérieusement en considération notamment quand il s'agit d'affronter des
questions relatives aux
aides
internationales pour le développement.
Malgré
l'intention des donateurs, celles-ci peuvent parfois maintenir un peuple dans
un état de dépendance et même aller jusqu'à favoriser des situations de
domination locale et d'exploitation dans le pays qui reçoit cette aide. Les
aides économiques, pour être vraiment
telles, ne doivent pas poursuivre des buts secondaires. Elles
doivent être accordées en collaboration non
seulement avec les gouvernements des pays intéressés, mais aussi avec les
acteurs économiques locaux et les acteurs de la société civile qui sont
porteurs de culture, y compris les Églises locales. Les programmes d'aide
doivent prendre de plus en plus les caractéristiques de programmes intégrés
soutenus par la base.
Rappelons que la plus grande ressource à
mettre en valeur dans les pays qui ont besoin d'aide au développement, est la
ressource humaine: c'est là le véritable capital qu'il faut
faire grandir afin d'assurer aux pays les plus pauvres un avenir autonome
effectif.
Il
convient aussi de rappeler que, dans le domaine économique,
l'aide primordiale dont les pays en voie de
développement ont besoin est de permettre et de favoriser l'introduction
progressive de leurs produits sur les marchés internationaux, rendant ainsi
possible leur pleine participation à la vie économique internationale. Trop
souvent, par le passé, les aides n'ont servi qu'à créer des marchés marginaux
pour les produits de ces pays. Cela est souvent dû à l'absence d'une véritable
demande pour ces produits: il est donc
nécessaire
d'aider ces pays à améliorer leurs produits et à mieux les adapter à la demande.
Il faut souligner encore que nombreux sont ceux qui ont longtemps craint la
concurrence des importations de produits, en général agricoles, provenant des
pays économiquement pauvres. Il ne faut cependant pas oublier que pour ces
pays, la possibilité de commercialiser ces produits signifie souvent assurer
leur survie à court et à long terme.
Un
commerce international juste et équilibré dans le domaine agricole peut être
profitable à tous, aussi bien du côté de l'offre que de celui de la demande.
C'est pourquoi, il est nécessaire, non seulement, d'orienter ces productions
sur le plan commercial, mais aussi d'établir des règles commerciales
internationales qui les soutiennent, tout en renforçant le financement des
aides au développement pour rendre ces économies plus productives.
59.
La
coopération au développement ne
doit pas prendre en considération la seule dimension économique; elle doit
devenir une
grande occasion de rencontre culturelle et humaine. Si les acteurs de
la coopération des pays économiquement développés ne prennent pas en compte
leur propre identité culturelle, comme cela arrive parfois, ni celle des autres
et des valeurs humaines qui y sont liées, ils ne peuvent pas instaurer un
dialogue profond avec les citoyens des pays pauvres. Si, à leur tour, ces
derniers s'ouvrent, indifféremment et sans discernement, à n'importe quelle
proposition culturelle, ils ne sont plus en mesure d'assumer la responsabilité
de leur développement authentique
(140).
Les sociétés technologiquement avancées
ne doivent pas confondre leur propre développement technologique avec une
soi-disant supériorité culturelle, mais elles doivent
redécouvrir en elles-mêmes les vertus, parfois oubliées, qui les ont fait
progresser tout au long de leur histoire.
Les
sociétés en voie de développement doivent rester fidèles à tout ce qui est
authentiquement humain dans leurs traditions, en évitant d'y superposer
automatiquement les mécanismes de la civilisation technologique mondiale.
De
multiples et singulières convergences éthiques se trouvent dans toutes les
cultures ; elles sont l'expression de la même nature humaine, voulue par le
Créateur et que la sagesse éthique de l'humanité appelle la loi naturelle
(141).
Cette loi morale universelle est le
fondement solide de tout dialogue culturel, religieux et politique et elle
permet au pluralisme multiforme des diverses cultures de ne pas se détacher de
la recherche commune du vrai, du bien et de Dieu.
L'adhésion à cette loi inscrite dans les cœurs, est donc le
présupposé de toute collaboration sociale constructive. Toutes les cultures ont
des pesanteurs dont elles doivent se libérer, des ombres auxquelles elles
doivent se soustraire. La foi chrétienne, qui s'incarne dans les cultures en
les transcendant, peut les aider à grandir dans la convivialité et dans la
solidarité universelles au bénéfice du développement communautaire et
planétaire.
60.
Dans la recherche de solutions à la crise
économique actuelle, l'aide au
développement des pays pauvres doit être considérée comme un véritable
instrument de création de richesse pour tous. Quel projet d'aide peut
prévoir une croissance de valeur aussi significative - y compris de l'économie
mondiale - comme peut le faire le soutien aux populations qui se trouvent
encore à une phase initiale ou peu avancée de leur processus de développement
économique ?
Dans
cette perspective, les États économiquement plus développés feront tout leur
possible pour destiner aux aides au développement un pourcentage plus important
de leur produit intérieur brut, en respectant les engagements pris dans ce
domaine au niveau de la communauté internationale. Ils pourront le faire aussi
en révisant leurs politiques intérieures d'assistance et de solidarité sociale,
y appliquant le principe de subsidiarité et créant des systèmes de protection
sociale mieux intégrés, qui favorisent une participation active des personnes
privées et de la société civile. De cette manière, il est même possible
d'améliorer les services sociaux et les organismes d'assistance et, en même
temps, d'épargner des ressources en éliminant le gaspillage et les indemnités
abusives, qui pourraient être destinées à la solidarité internationale.
Un système de solidarité sociale plus
largement participatif et mieux organisé, moins bureaucratique sans être
pour autant moins coordonné, permettrait de
valoriser de nombreuses énergies, actuellement en sommeil, et
tournerait à l'avantage de la solidarité entre les peuples.
Une
possibilité d'aide au développement pourrait résider dans l'application
efficace de ce qu'on appelle communément la
subsidiarité fiscale, qui permettrait aux citoyens de décider de la
destination d'une part de leurs impôts versés à l'État. En ayant soin
d'éviter toute dégénération dans le particularisme, cela peut aider à
encourager des formes de solidarité sociale à partir des citoyens eux-mêmes,
avec des bénéfices évidents sur le plan la solidarité pour le développement.
61. Une solidarité
plus large au niveau international s'exprime avant tout en continuant à
promouvoir, même dans des situations de crise économique,
un meilleur accès à l'éducation,
qui est, par ailleurs, la condition essentielle pour que la coopération
internationale elle-même soit efficace.
Le
terme «
éducation » ne renvoie pas
seulement à l'instruction ou à la formation professionnelle, toutes deux
essentielles pour le développement, mais à la
formation complète de la personne. À ce propos, il convient de
souligner un aspect problématique: pour éduquer il faut savoir qui est la
personne humaine, en connaître la nature. Une vision relativiste de cette
nature qui tend à s'affirmer de plus en plus pose de sérieux problèmes pour
l'éducation, et en particulier pour l'éducation morale, car elle en compromet
l'extension au niveau universel.
Si
l'on cède à un tel relativisme, tous deviennent plus pauvres et cela n'est pas
sans conséquences négatives sur l'efficacité même des aides en faveur des
populations démunies, qui n'ont pas que des nécessités économiques ou
techniques mais qui ont aussi besoin de voies et de moyens pédagogiques qui
puissent soutenir les personnes en vue de leur plein épanouissement humain.
Un
exemple de l'importance de ce problème nous est offert par le phénomène du
tourisme
international (142)
qui peut constituer un facteur notable de développement économique et de
croissance culturelle, mais qui peut aussi se transformer en occasion
d'exploitation et de déchéance morale. La situation actuelle offre des
opportunités uniques pour que les aspects économiques du développement,
c'est-à-dire les mouvements de fonds et la création au niveau local
d'entreprises d'importance significative, arrivent à être associés aux aspects
culturels, au nombre desquels l'aspect éducatif figure en premier lieu. Cela se
réalise en de nombreux cas, mais en bien d'autres le tourisme international est
un facteur contre - éducatif aussi bien pour le touriste que pour les
populations locales. Ces dernières sont souvent confrontées à des
comportements immoraux ou même pervers,
comme c'est le cas du tourisme dit sexuel, pour lequel tant d'êtres humains
sont sacrifiés, même à un jeune âge. Il est douloureux de constater que cela se
produit souvent avec l'aval des gouvernements locaux, avec le silence de ceux
d'où proviennent les touristes et avec la complicité de nombreux opérateurs de
ce secteur.
Même
si l'on n'atteint pas toujours de tels excès,
le tourisme international est vécu, bien souvent, dans un esprit de
consommation et de manière hédoniste; il est vu comme une évasion, avec des
modes d'organisation spécifiques aux pays de provenance, de sorte
qu'il ne favorise en rien une rencontre
véritable entre personnes et cultures. Il convient alors d'imaginer un
tourisme différent, capable de promouvoir une vraie connaissance réciproque,
sans enlever les espaces nécessaires au repos et à un sain divertissement: un
tourisme de ce type doit être développé, en favorisant des liens plus étroits
entre les expériences de coopération internationale et celles d'entreprises
pour le développement.
62.
Le phénomène des migrations est un
autre aspect qui mérite attention quand on parle de développement humain
intégral. C'est un phénomène qui impressionne en raison du nombre de personnes
qu'il concerne, des problématiques sociale, économique, politique, culturelle
et religieuse qu'il soulève, et à cause des défis dramatiques qu'il lance aux
communautés nationales et à la communauté internationale.
Nous
pouvons dire que nous nous trouvons face à un phénomène social caractéristique
de notre époque, qui requiert une politique de coopération internationale forte
et perspicace sur le long terme afin d'être pris en compte de manière adéquate.
Une telle politique doit être développée en partant d'une
étroite collaboration entre les pays d'origine des migrants et les pays
où ils se rendent; elle doit s'accompagner de
normes internationales adéquates, capables d'harmoniser les divers
ordres législatifs, dans le but de sauvegarder les exigences et les droits des
personnes et des familles émigrées et, en même temps, ceux des sociétés où
arrivent ces mêmes émigrés.
Aucun
pays ne peut penser être en mesure de faire face seul aux problèmes migratoires
de notre temps. Nous sommes tous témoins du poids de souffrances, de malaise et
d'aspirations qui accompagne les flux migratoires. La gestion de ce phénomène
est complexe, nous le savons tous; il s'avère toutefois que les travailleurs
étrangers, malgré les difficultés liées à leur intégration, apportent par leur
travail, une contribution appréciable au développement économique du pays qui
les accueille, mais aussi à leur pays d'origine par leurs envois d'argent. Il
est évident que ces travailleurs ne doivent pas être considérés comme une
marchandise ou simplement comme une force de travail. Ils ne doivent donc pas
être traités comme n'importe quel autre facteur de production.
Tout migrant est une personne humaine
qui, en tant que telle, possède des
droits
fondamentaux inaliénables qui doivent être respectés par tous et en toute
circonstance
(143).
63. En considérant les
problèmes du développement, on ne peut omettre de souligner le
lien étroit existant entre pauvreté et chômage . Dans de nombreux cas, la pauvreté est
le résultat de la
violation de la dignité
du travail humain, soit parce que les possibilités de travail sont limitées
(chômage ou sous-emploi), soit parce qu'on mésestime «
les droits qui en proviennent, spécialement le droit au juste salaire, à la sécurité de la personne du travailleur et
de sa famille (144)».
C'est pourquoi, le 1er mai 2000, mon Prédécesseur de vénérée mémoire, Jean-Paul II , lançait un appel à l'occasion du
Jubilé des Travailleurs pour «
une
coalition mondiale en faveur du travail digne (145)
», en encourageant la stratégie de l'Organisation Internationale du Travail. De
cette manière, il donnait une forte réponse morale à cet objectif auquel
aspirent les familles dans tous les pays du monde. Que veut dire le mot «
décent » lorsqu'il est appliqué au
travail? Il signifie un
travail qui,
dans chaque société, soit l'expression de la dignité essentielle de tout homme
et de toute femme:
- Un
travail choisi librement, qui associe
efficacement les travailleurs, hommes et femmes, au développement de leur
communauté; `
- Un travail qui, de
cette manière, permette aux travailleurs
d'être
respectés sans aucune discrimination;
- Un travail qui donne
les
moyens de pourvoir aux nécessités
de la famille et de scolariser les enfants, sans que ceux-ci ne soient
eux-mêmes obligés de travailler;
- Un travail qui
permette aux travailleurs de
s'organiser
librement et de faire entendre leur voix;
- Un travail qui
laisse un
temps suffisant pour retrouver
ses propres racines au niveau personnel, familial et spirituel;
- Un travail qui
assure aux travailleurs
parvenus à l'âge
de la retraite des conditions de vie dignes.
64. En réfléchissant
sur le thème du travail, il est opportun d'évoquer
l'exigence urgente que les organisations
syndicales des travailleurs, qui ont toujours été encouragées et
soutenues par l'Église, s'ouvrent aux nouvelles perspectives qui émergent dans
le domaine du travail.
Dépassant les limites propres des
syndicats catégoriels, les organisations syndicales sont
appelées à affronter les nouveaux problèmes de nos sociétés: je pense, par
exemple, à l'ensemble des questions que les spécialistes en sciences sociales
repèrent dans les conflits entre individu - travailleur et individu
-consommateur. Sans nécessairement épouser la thèse selon laquelle on est passé
de la position centrale du travailleur à celle du consommateur, il semble
toutefois que cela soit un terrain favorable à des expériences syndicales
novatrices.
Le
contexte d'ensemble dans lequel se déroule le travail requiert lui aussi que
les organisations syndicales nationales, qui se limitent surtout à la défense
des intérêts de leurs propres adhérents, se tournent vers ceux qui ne le sont
pas et, en particulier, vers les travailleurs des pays en voie de développement
où les droits sociaux sont souvent violés. La défense de ces travailleurs,
promue aussi à travers des initiatives opportunes envers les pays d'origine,
permettra aux organisations syndicales de mettre en évidence les authentiques
raisons éthiques et culturelles qui leur ont permis, dans des contextes sociaux
et de travail différents, d'être un facteur décisif du développement.
L'enseignement
traditionnel de l'Église reste toujours valable lorsqu'il propose la
distinction des rôles et des fonctions du
syndicat et de la politique. Cette distinction permettra aux organisations
syndicales de déterminer dans la société civile le domaine qui sera le plus approprié
à leur action nécessaire pour la défense et la promotion du monde du travail,
surtout en faveur des travailleurs exploités et non représentés, dont l'amère
condition demeure souvent ignorée par les yeux distraits de la société.
65. Il faut enfin que
la finance
en tant que telle, avec ses structures et ses modalités de
fonctionnement nécessairement renouvelées après le mauvais usage qui en a été
fait et qui a eu des conséquences néfastes sur l'économie réelle,
redevienne un instrument visant à une meilleure production de richesses et au
développement. Toute l'économie et toute la finance, et pas seulement
quelques-uns de leurs secteurs, doivent, en tant qu'instruments, être utilisés
de manière éthique afin de créer les conditions favorables pour le
développement de l'homme et des peuples. Il est certainement utile, et en
certaines circonstances indispensable, de donner vie à des initiatives
financières où la dimension humanitaire soit dominante. Mais cela ne doit pas
faire oublier que le système financier tout entier doit être orienté vers le
soutien d'un développement véritable. Il faut surtout que l'objectif de faire
le bien ne soit pas opposé à celui de la capacité effective à produire des
biens. Les opérateurs financiers doivent redécouvrir le fondement véritablement
éthique de leur activité afin de ne pas faire un usage abusif de ces
instruments sophistiqués qui peuvent servir à tromper les épargnants.
L'intention droite, la transparence et la recherche de bons résultats sont
compatibles et ne doivent jamais être séparés. Si l'amour est intelligent, il
sait trouver même les moyens de faire des opérations qui permettent une juste
et prévoyante rétribution, comme le montrent, de manière significative, de
nombreuses expériences dans le domaine du crédit coopératif.
Une
réglementation de ce secteur qui vise à protéger les sujets les plus faibles et
à empêcher des spéculations scandaleuses, tout comme l'expérimentation de
formes nouvelles de finance destinées à favoriser des projets de développement sont
des expériences positives qu'il faut approfondir et encourager, en faisant
appel à
la responsabilité même de l'épargnant.
L'
expérience de la micro - finance elle aussi, qui s'enracine dans la réflexion et
dans l'action de citoyens humanistes - je pense surtout à la création des Monts
de Piété -, doit être renforcée et actualisée, surtout en ces temps où les
problèmes financiers peuvent devenir dramatiques pour les couches les plus
vulnérables de la population qu'il faut protéger contre les risques du prêt
usuraire ou du désespoir. Il faut que les sujets les plus faibles apprennent à
se défendre des pratiques usuraires, tout comme il faut que les peuples pauvres
apprennent à tirer profit du micro - crédit, décourageant de cette manière les
formes d'exploitation possibles en ces deux domaines. Puisqu'il existe
également de nouvelles formes de pauvreté dans les pays riches, la micro -
finance peut apporter des aides concrètes pour la création d'initiatives et de
secteurs nouveaux en faveur des franges les plus fragiles de la société, même
en une période d'appauvrissement possible de l'ensemble de la société.
66. L'interconnexion
mondiale a fait surgir un nouveau pouvoir politique, celui des
consommateurs
et de leurs associations. C'est un phénomène sur lequel il faut
approfondir la réflexion: il comporte des éléments positifs qu'il convient
d'encourager et aussi des excès à éviter.
Il
est bon que les personnes se
rendent
compte qu'acheter est non seulement un acte économique mais toujours aussi un
acte moral. Le consommateur a donc une
responsabilité sociale précise
qui va de pair avec la responsabilité sociale de l'entreprise. Les
consommateurs doivent être éduqués en permanence
(146)
sur le rôle qu'ils jouent chaque jour et qu'ils peuvent exercer dans le respect
des principes moraux, sans diminuer la rationalité économique intrinsèque de
l'acte d'acheter. Dans ce domaine des achats aussi, surtout en des moments
comme ceux que nous vivons où le pouvoir d'achat risque de s'affaiblir et où il
faudra
consommer de manière plus sobre,
il est opportun d'ouvrir d'autres voies, comme par exemple des formes de
coopération à l'achat, telles que les coopératives de consommation, créées à
partir du XIXe siècle grâce notamment à l'initiative des catholiques.
Il
est en outre utile de
favoriser de
nouvelles formes de commercialisation des produits en provenance des régions
pauvres de la planète afin d'assurer aux producteurs une rétribution
décente. À condition toutefois que le marché soit vraiment transparent, que les
producteurs ne reçoivent pas seulement des marges bénéficiaires supérieures
mais aussi une meilleure formation, une compétence professionnelle et
technologique et qu'enfin des idéologies partisanes ne soient pas associées à
de telles expériences d'économie pour le développement. Il est souhaitable que,
comme facteur de démocratie économique, les consommateurs aient un rôle plus
décisif, à condition qu'ils ne soient pas eux-mêmes manipulés par des
associations peu représentatives.
67. Face au
développement irrésistible de l'interdépendance mondiale, et alors que nous
sommes en présence d'une récession également mondiale,
l'urgence de la réforme de l'Organisation
des Nations Unies comme celle de l'architecture
économique et financière internationale en vue de donner une réalité concrète au concept de famille des
Nations, trouve un large écho.
On
ressent également fortement l'urgence
de
trouver des formes innovantes pour concrétiser le principe de la responsabilité de protéger (147)et
pour accorder aux nations les plus pauvres une voix opérante dans les décisions
communes. Cela est d'autant plus nécessaire pour la recherche d'un ordre
politique, juridique et économique, susceptible d'accroître et d'orienter la
collaboration internationale vers le développement solidaire de tous les
peuples.
-
Pour le gouvernement de l'économie mondiale,
-
Pour assainir les économies frappées par la
crise,
-
Pour prévenir son aggravation et de plus grands
déséquilibres,
-
Pour procéder à un souhaitable désarmement
intégral,
-
Pour arriver à la sécurité alimentaire et à la
paix,
-
Pour assurer la protection de l'environnement et
pour réguler les flux migratoires,
il
est urgent que soit mise en place une véritable Autorité politique mondiale
telle qu'elle a déjà été esquissée par mon Prédécesseur, le bienheureux Jean XXIII.
Une telle Autorité devra être réglée par le droit, se
conformer de manière cohérente aux principes de
subsidiarité et de solidarité, être ordonnée à la réalisation du bien
commun (148),
s'engager
pour la promotion d'un authentique développement humain intégral qui s'inspire
des valeurs de l'amour et de la vérité . Cette Autorité devra en outre
être reconnue par tous, jouir d'un pouvoir effectif pour
assurer à chacun la sécurité, le respect de la justice et des droits
(149).
Elle devra évidemment posséder la faculté de faire respecter ses décisions par
les différentes parties, ainsi que les mesures coordonnées adoptées par les
divers forums internationaux. En l'absence de ces conditions, le droit
international, malgré les grands progrès accomplis dans divers domaines,
risquerait en fait d'être conditionné par les équilibres de pouvoir entre les
plus puissants. Le
développement
intégral des peuples et la collaboration internationale exigent que soit
institué un degré supérieur d'organisation à l'échelle internationale de type
subsidiaire pour la gouvernance de la mondialisation (150)
et que soit finalement mis en place un ordre social conforme à l'ordre moral et
au lien entre les sphères morale et sociale, entre le politique et la sphère
économique et civile que prévoyait déjà le Statut des Nations Unies.
CHAPITRE VI : LE DÉVELOPPEMENT DES PEUPLES ET LA
TECHNIQUE :
68. Le thème du
développement des peuples est intimement lié à celui du développement de chaque
homme. Par nature, la personne humaine est en tension dynamique vers son
développement. Il ne s'agit pas d'un développement assuré par des mécanismes
naturels, car chacun de nous se sait capable de faire des choix libres et
responsables. Il ne s'agit pas non plus d'un développement livré à notre
fantaisie, dans la mesure où nous
savons tous
que nous sommes donnés à nous-mêmes, sans être le résultat d'un
auto-engendrement. En nous, la liberté humaine est, dès l'origine, caractérisée
par notre être et par ses limites. Personne ne modèle arbitrairement sa
conscience, mais tous construisent leur propre « moi » sur la base d'un « soi »
qui nous a été donné. Non seulement nous ne pouvons pas disposer des autres,
mais nous ne pouvons pas davantage disposer de nous-mêmes.
Le développement de la personne
s'étiole, si elle prétend en être l'unique auteur.
Analogiquement,
le développement des peuples se dénature, si l'humanité croit pouvoir se
recréer en s'appuyant sur les "
prodiges"
de la technologie.
De
même, le développement économique s'avère factice et nuisible, s'il s'en remet
aux "prodiges" de la finance pour soutenir une croissance
artificielle liée à une consommation excessive.
Face
à cette prétention prométhéenne, nous devons manifester un amour plus fort pour
une liberté qui ne soit pas arbitraire, mais vraiment humanisée par la
reconnaissance du bien qui la précède. Dans ce but, il faut que l'homme rentre
en lui-même pour reconnaître les normes fondamentales de la loi morale que Dieu
a inscrite dans son cœur.
69. Le problème du
développement est aujourd'hui très étroitement lié au
progrès technologique et à ses stupéfiantes applications dans le
domaine de la biologie. La
technique
- il est bon de le souligner - est une réalité profondément humaine, liée à
l'autonomie et à la liberté de l'homme. Elle
exprime et affirme avec force la maîtrise de l'esprit sur la matière. L'esprit,
rendu ainsi «
moins esclave des choses,
peut facilement s'élever jusqu'à l'adoration et à la contemplation du Créateur"
(151)».
La technique permet de dominer la matière,
de
réduire les risques, d'économiser ses forces et d'améliorer les conditions de
vie. Elle répond à la vocation même du travail humain: par la technique,
œuvre de son génie, l'homme reconnaît ce qu'il est et accomplit son humanité.
La technique est l'aspect objectif de l'agir humain
(152),
dont l'origine et la raison d'être résident dans l'élément subjectif: l'homme
qui travaille. C'est pourquoi la technique n'est jamais purement technique.
Elle manifeste l'homme et ses aspirations au développement, elle exprime la
tendance de l'esprit humain au dépassement progressif de certains
conditionnements matériels.
La technique
s'inscrit donc dans la mission de cultiver et de garder la terre (cf.
Gn 2, 15) que Dieu a confiée à l'homme,
et elle doit tendre à renforcer l'alliance entre l'être humain et
l'environnement appelé à être le reflet de l'amour créateur de Dieu.
70.
Le développement technologique peut amener
à penser que la technique se suffit à elle-même, quand l'homme,
en s'interrogeant uniquement sur le comment, omet de considérer tous les pourquoi qui le poussent à agir.
C'est pour cela que la technique prend des traits ambigus. Née de la créativité
humaine comme instrument de la liberté de la personne, elle peut être comprise
comme un élément de liberté absolue, liberté qui veut s'affranchir des limites
que les choses portent en elles-mêmes.
Le processus de mondialisation pourrait
substituer la technologie aux idéologies (153),
devenue à son tour un pouvoir idéologique qui expose l'humanité au risque de se
trouver enfermée dans un
a priori d'où
elle ne pourrait sortir pour rencontrer l'être et la vérité. Dans un tel cas,
tous nous connaîtrions, apprécierions et déterminerions toutes les situations
de notre vie à l'intérieur d'un horizon culturel technocratique auquel nous
appartiendrions structurellement, sans jamais pouvoir trouver un sens qui ne
soit pas notre œuvre. Cette vision donne aujourd'hui à la mentalité techniciste
tant de force qu'elle fait coïncider le vrai avec le faisable.
Mais lorsque les seuls critères de vérité
sont l'efficacité et l'utilité, le développement est automatiquement nié.
En effet, le vrai développement ne consiste pas d'abord dans le
"faire". La clef du développement, c'est une intelligence capable de
penser la technique et de saisir le sens pleinement humain du "faire"
de l'homme, sur l'horizon de sens de la personne prise dans la globalité de son
être. Même quand l'homme agit à l'aide d'un satellite ou d'une impulsion
électronique à distance, son action reste toujours humaine, expression d'une
liberté responsable. La technique attire fortement l'homme, parce qu'elle le
soustrait aux limites physiques et qu'elle élargit son horizon.
Mais
la liberté humaine n'est vraiment elle-même que lorsqu'elle répond à la
fascination de la technique par des décisions qui sont le fruit de la
responsabilité morale. Il en résulte qu'il est urgent de se former à la
responsabilité éthique dans l'usage de la technique. Partant de la fascination
qu'exerce la technique sur l'être humain, on doit
retrouver le vrai sens de la liberté, qui ne réside pas dans
l'ivresse d'une autonomie totale, mais dans la réponse à l'appel de l'être, en
commençant par l'être que nous sommes nous-mêmes.
71. Les phénomènes de
la technicisation aussi bien du développement que de la paix montrent qu'il est
aujourd'hui possible de détourner la mentalité technique de son lit humaniste
originaire. Le développement des peuples est souvent considéré comme un
problème d'ingénierie financière, d'ouverture des marchés, d'abattement de droits,
d'investissements productifs et de réformes institutionnelles: en définitive
comme un problème purement technique. Tous ces domaines sont assurément
importants, mais on doit se demander pourquoi les choix de nature technique
n'ont connu jusqu'ici que des résultats imparfaits. La raison doit être
recherchée plus en profondeur.
Le
développement ne sera jamais complètement garanti par des forces, pour
ainsi dire automatiques et impersonnelles, que ce soit celles du marché ou
celles de la politique internationale.
Le développement est impossible, s'il n'y a
pas des hommes droits, des acteurs économiques et des hommes politiques
fortement interpellés dans leur conscience par le souci du bien commun.
La
compétence professionnelle et la
cohérence morale sont nécessaires l'une et l'autre. Quand l'absolutisation
de la technique prévaut, il y a confusion entre les fins et les moyens:
- Pour l'homme
d'affaires, le seul critère d'action sera le profit maximal de la production ;
- Pour l'homme
politique, le renforcement du pouvoir;
- Pour le
scientifique, le résultat de ses découvertes.
Ainsi,
il arrive souvent que, dans les réseaux des échanges économiques, financiers ou
politiques, demeurent des incompréhensions, des malaises et des injustices; les
flux des connaissances techniques se multiplient, mais au bénéfice de leurs
propriétaires, tandis que la situation réelle des populations qui vivent sous
ces flux dont elles ignorent presque tout, demeure inchangée et sans
possibilité réelle d'émancipation.
72.
La paix, elle aussi, risque parfois d'être
considérée comme un produit technique, fruit des seuls accords entre les
gouvernements ou d'initiatives destinées à procurer des aides économiques
efficaces. Il est vrai que
bâtir la paix demande
que l'on tisse sans cesse des contacts diplomatiques, des échanges économiques
et technologiques, des rencontres culturelles, des accords sur des projets
communs, ainsi que le déploiement d'efforts réciproques pour endiguer les
menaces de guerre et couper à la racine la tentation récurrente du terrorisme.
Toutefois, pour que ces efforts puissent
avoir des effets durables, il est nécessaire qu'ils s'appuient sur des valeurs
enracinées dans la vérité de la vie.
Autrement
dit, il faut
écouter la voix des
populations concernées et
examiner
leur situation pour en interpréter les attentes avec justesse. On doit,
pour ainsi dire, s'inscrire dans la continuité de l'effort anonyme de tant de
personnes fortement engagées pour promouvoir les rencontres entre les peuples
et favoriser le développement à partir de l'amour et de la compréhension
réciproques. Parmi ces personnes, se trouvent aussi des chrétiens, impliqués
dans la grande tâche de donner au développement et à la paix un sens pleinement
humain.
73. Au développement
technologique est liée la diffusion croissante des
moyens de communication sociale.
Il est désormais presque impossible d'imaginer que la famille humaine puisse
exister sans eux. Pour le bien et pour le mal, ils sont insérés à ce point dans
la vie du monde, qu'il semble vraiment absurde, comme certains le font, de
prétendre qu'ils seraient neutres, et de revendiquer leur autonomie à l'égard
de la morale relative aux personnes. De telles perspectives, qui soulignent à
l'excès la nature strictement technique des
media
, favorisent en réalité leur subordination au calcul économique, dans le
but de dominer les marchés et, ce qui n'est pas le moins, au désir d'imposer
des paramètres culturels de fonctionnement à des fins idéologiques et
politiques.
Etant
donné leur importance fondamentale dans la détermination des changements dans
la manière de percevoir et de connaître la réalité et la personne humaine
elle-même, il devient
nécessaire de
réfléchir attentivement à leur influence, en particulier sur le plan éthico -
culturel de la mondialisation et du développement solidaire des peuples.
Conformément à ce que requiert une gestion correcte de la mondialisation et du
développement,
le sens et la finalité des médias doivent être recherchés sur une base
anthropologique. Cela signifie qu'ils peuvent être une
occasion d'humanisation non seulement
quand, grâce au développement technologique, ils offrent de plus grandes
possibilités de communication et d'information, mais surtout quand ils sont
structurés et orientés à la lumière d'une image de la personne et du bien
commun qui en respecte les valeurs universelles. Les moyens de communication
sociale ne favorisent pas la liberté de tous et n'universalisent pas le
développement et la démocratie pour tous, simplement parce qu'ils multiplient
les possibilités d'interconnexion et de circulation des idées.
Pour
atteindre de tels objectifs, il faut :
- Qu'ils aient pour
objectif principal la promotion de la dignité des personnes et des peuples,
- Qu'ils soient
expressément animés par la charité et mis au service de la vérité, du bien et
d'une fraternité naturelle et surnaturelle.
Dans
l'humanité, en effet, la liberté est intrinsèquement liée à ces valeurs
supérieures. Les
media peuvent
constituer une aide puissante pour faire grandir la communion de la famille
humaine et l'
ethos des sociétés,
quand ils deviennent des instruments de promotion de la participation de tous à
la recherche commune de ce qui est juste.
74. Un domaine
primordial et crucial de l'affrontement culturel entre la technique considérée
comme un absolu et la responsabilité morale de l'homme est aujourd'hui celui de
la bioéthique,
où se joue de manière radicale la possibilité même d'un développement humain
intégral.
Il
s'agit d'un domaine particulièrement délicat et décisif, où
émerge avec une force dramatique la
question fondamentale de savoir si l'homme s'est produit lui-même ou s'il
dépend de Dieu. Les découvertes scientifiques en ce domaine et les
possibilités d'intervention technique semblent tellement avancées qu'elles
imposent de choisir entre deux types de rationalité, celle de la raison ouverte
à la transcendance et celle d'une raison close dans l'immanence technologique.
On
se trouve devant un "ou bien, ou bien" (
aut aut ) décisif. Pourtant, la ‘rationalité' de l'agir technique
centré sur lui-même s'avère irrationnelle, parce qu'elle comporte un refus
décisif du sens et de la valeur. Ce n'est pas un hasard si la fermeture à la
transcendance se heurte à la difficulté de comprendre comment du néant a pu
jaillir l'être et comment du hasard est née l'intelligence
(154).
Face à ces problèmes dramatiques, la raison et la foi s'aident réciproquement.
Ce n'est qu'ensemble qu'elles sauveront l'homme.
Attirée par l'agir technique pur,
la raison sans la foi est destinée à se perdre dans l'illusion de sa
toute-puissance. La foi, sans la raison, risque de devenir étrangère à la vie
concrète des personnes (155).
75. Paul VI avait déjà reconnu et mis en évidence
l'horizon mondial de la question sociale
(156).
En le suivant sur ce chemin, il faut affirmer aujourd'hui que
la
question sociale est devenue radicalement une question anthropologique,
au sens où elle implique la manière même, non seulement de concevoir, mais
aussi de manipuler la vie, remise toujours plus entre les mains de l'homme par
les biotechnologies.
La
fécondation
in vitro , la recherche
sur les embryons, la possibilité du clonage et de l'hybridation humaine
apparaissent et sont promues dans la culture contemporaine du désenchantement
total qui croit avoir dissipé tous les mystères, parce qu'on est désormais
parvenu à la racine de la vie. C'est ici que l'absolutisme de la technique
trouve son expression la plus grande.
Dans
ce genre de culture, la conscience n'est appelée à prendre acte que d'une pure
possibilité technique.
On
ne peut minimiser alors les scénarios inquiétants pour l'avenir de l'homme ni
la puissance des nouveaux instruments dont dispose la «
culture de mort ». À la plaie tragique et profonde de l'avortement,
pourrait s'ajouter à l'avenir, et c'est déjà subrepticement
in nuce (en germe), une planification
eugénique systématique des naissances.
D'un
autre côté, on voit une
mens eutanasica (mentalité
favorable à l'euthanasie) se frayer un chemin, manifestation tout aussi abusive
d'une volonté de domination sur la vie, qui, dans certaines conditions, n'est
plus considérée comme digne d'être vécue.
Derrière
tout cela se cachent des positions culturelles négatrices de la dignité humaine.
Ces pratiques, à leur tour, renforcent une conception matérialiste et mécaniste
de la vie humaine. Qui pourra mesurer les effets négatifs d'une pareille
mentalité sur le développement ? Comment pourra-t-on s'étonner de
l'indifférence devant des situations humaines de dégradation, si l'indifférence
caractérise même notre attitude à l'égard de la frontière entre ce qui est
humain et ce qui ne l'est pas?
Ce qui
est stupéfiant, c'est la capacité de sélectionner arbitrairement ce qui,
aujourd'hui, est proposé comme digne de respect. Prompts à se scandaliser
pour des questions marginales, beaucoup semblent tolérer des injustices
inouïes.
Tandis
que les pauvres du monde frappent aux portes de l'opulence, le monde riche
risque de ne plus entendre les coups frappés à sa porte, sa conscience étant
désormais incapable de reconnaître l'humain. Dieu révèle l'homme à l'homme; la
raison et la foi collaborent pour lui montrer le bien, à condition qu'il
veuille bien le voir; la loi naturelle, dans laquelle resplendit la Raison
créatrice, montre la grandeur de l'homme, mais aussi sa misère, quand il méconnaît
l'appel de la vérité morale.
76. Un des aspects de
l'esprit techniciste moderne se vérifie dans la tendance à ne
considérer les problèmes et les mouvements
liés à la vie intérieure que d'un point de vue psychologique, et cela
jusqu'au réductionnisme neurologique.
L'homme
est ainsi privé de son intériorité, et l'on assiste à une perte progressive de
la conscience de la consistance ontologique de l'âme humaine, avec les
profondeurs que les Saints ont su sonder.
Le
problème du développement est strictement lié aussi à notre conception de l'âme
humaine , dès lors que notre moi est souvent réduit à la psyché et que la
santé de l'âme se confond avec le bien-être émotionnel. Ces réductions se
fondent sur une profonde incompréhension de la vie spirituelle et elles
conduisent à méconnaître que le développement de l'homme et des peuples dépend
en fait aussi de la résolution de problèmes de nature spirituelle.
Le
développement doit comprendre une croissance spirituelle, et pas seulement
matérielle , parce que la
personne humaine est une «
unité d'âme et
de corps (157)», née
de l'amour créateur de Dieu et destinée à vivre éternellement. L'être humain se
développe quand il grandit dans l'esprit, quand son âme se connaît elle-même et
connaît les vérités que Dieu y a imprimées en germe, quand il dialogue avec
lui-même et avec son Créateur.
Loin de Dieu, l'homme est inquiet et
fragile. L'aliénation sociale et psychologique, avec
toutes les névroses qui caractérisent les sociétés opulentes, s'explique aussi
par des causes d'ordre spirituel.
Une
société du bien-être, matériellement développée, mais oppressive pour l'âme,
n'est pas de soi orientée vers un développement authentique. Les nouvelles
formes d'esclavage de la drogue et le désespoir dans lequel tombent de nombreuses
personnes ont une explication non seulement sociologique et psychologique, mais
essentiellement spirituelle. Le
vide
auquel l'âme se sent livrée, malgré de nombreuses thérapies pour le corps
et pour la psyché, produit une souffrance.
Il
n'y pas de développement plénier et de bien commun universel sans bien
spirituel et moral des personnes , considérées dans l'intégrité de leur âme
et de leur corps.
77.
L'absolutisme de la technique tend à
provoquer une incapacité à percevoir ce qui ne s'explique pas par la simple
matière. Pourtant, les hommes expérimentent tous les nombreux aspects de
leur vie qui ne sont pas de l'ordre de la matière, mais de l'esprit :
Connaître
n'est pas seulement un acte physique, car le connu cache toujours quelque chose
qui va au-delà du donné empirique. Chacune de nos connaissances, même la plus
simple, est toujours un petit prodige, parce qu'elle ne s'explique jamais
complètement par les instruments matériels que nous utilisons.
En
toute vérité, il y a plus que tout ce à quoi nous nous serions attendus; dans
l'amour que nous recevons, il y a toujours quelque chose qui nous surprend.
Nous ne devrions jamais cesser de nous étonner devant ces prodiges.
En chaque connaissance et en chaque acte
d'amour, l'âme de l'homme fait l'expérience d'un « plus » qui s'apparente
beaucoup à un don reçu, à une hauteur à laquelle nous nous sentons élevés.
Le développement de l'homme et des
peuples se place, lui aussi, à une hauteur semblable,
si nous considérons la
dimension
spirituelle que doit nécessairement comporter ce développement pour qu'il
puisse être authentique. Il
demande des
yeux et un cœur nouveaux, capables de
dépasser
la vision matérialiste des événements humains et d'entrevoir dans le
développement un "au-delà" que la technique ne peut offrir. Sur ce
chemin, il sera possible de poursuivre ce développement humain intégral dont le
critère d'orientation se trouve dans la force active de la charité dans la
vérité.
CONCLUSION
78.
Sans Dieu, l'homme ne sait où aller et ne
parvient même pas à comprendre qui il est. Face aux énormes problèmes du
développement des peuples qui nous pousseraient presque au découragement et au
défaitisme, la parole du Seigneur Jésus Christ vient à notre aide en nous
rendant conscients de ce fait que: «
Sans
moi, vous ne pouvez rien faire » (
Jn
15, 5); elle nous encourage: «
Je
suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde » (
Mt 28, 20).
Face
à l'ampleur du travail à accomplir, la présence de Dieu aux côtés de ceux qui
s'unissent en son Nom et travaillent pour la justice nous soutient. Paul VI nous a rappelé dans
Populorum progressio que l'homme
n'est pas à même de gérer à lui seul son progrès, parce qu'il ne peut fonder
par lui-même un véritable humanisme. Nous ne serons capables de produire une
réflexion nouvelle et de déployer de nouvelles énergies au service d'un
véritable humanisme intégral que si nous nous reconnaissons, en tant que
personnes et en tant que communautés, appelés à faire partie de la famille de
Dieu en tant que fils.
La plus grande
force qui soit au service du développement, c'est donc un humanisme chrétien
(158),
qui ravive la charité et se laisse
guider par la vérité, en accueillant l'une et l'autre comme des dons permanents
de Dieu.
L'ouverture à Dieu entraîne l'ouverture
aux frères et à une vie comprise comme une mission solidaire et joyeuse.
Inversement, la fermeture idéologique à l'égard de Dieu et l'athéisme de
l'indifférence, qui oublient le Créateur et risquent d'oublier aussi les
valeurs humaines, se présentent aujourd'hui parmi les plus grands obstacles au
développement.
L'humanisme qui exclut Dieu est un humanisme inhumain . Seul un humanisme ouvert à l'Absolu
peut nous guider dans la promotion et la réalisation de formes de vie sociale
et civile - dans le cadre des structures, des institutions, de la culture et de
l'
ethos - en nous préservant du
risque de devenir prisonniers des modes du moment.
C'est la conscience de l'Amour
indestructible de Dieu qui nous soutient dans l'engagement, rude et exaltant,
en faveur de la justice, du développement des peuples
avec ses succès et ses échecs, dans la poursuite incessante d'un juste
ordonnancement des réalités humaines.
L'amour
de Dieu nous appelle à sortir de ce qui est limité et non définitif ; il nous donne le courage d'agir et de
persévérer dans la recherche du bien de tous, même s'il ne se réalise pas
immédiatement, même si ce que nous-mêmes, les autorités politiques, ainsi que
les acteurs économiques réussissons à faire est toujours inférieur à ce à quoi
nous aspirons
(159).
Dieu nous donne la force de lutter et de
souffrir par amour du bien commun, parce qu'Il est notre Tout, notre plus
grande espérance.
79.
Le
développement a besoin de chrétiens qui ont les mains tendues vers Dieu dans
un geste de prière, conscients du fait que l'amour riche de vérité,
caritas in veritate , d'où procède
l'authentique développement, n'est pas produit par nous, mais nous est donné.
C'est pourquoi, même dans les moments les plus difficiles et les situations les
plus complexes, nous devons non seulement réagir en conscience, mais aussi et
surtout nous référer à son amour.
Le développement suppose une attention à
la vie spirituelle, une sérieuse considération des
expériences de confiance en Dieu, de fraternité spirituelle dans le Christ, de
remise de soi à la Providence et à la Miséricorde divine, d'amour et de pardon,
de renoncement à soi-même, d'accueil du prochain, de justice et de paix. Tout
cela est indispensable pour transformer les «cœurs de pierre » en «
cœurs de chair » (
Ez 36, 26), au point de rendre la vie sur terre « divine » et, par
conséquent, plus digne de l'homme.
Tout
cela vient à la fois de l'homme, parce que l'homme est le sujet de son
existence,
et de Dieu, parce que
Dieu est au principe et à la fin de tout ce qui a de la valeur et qui libère: «
Le monde et la vie et la mort, le présent
et l'avenir: tout est à vous ! Mais vous êtes au Christ, et le Christ est à
Dieu » (
1Co 3, 22-23). Le
Chrétien désire ardemment que toute la famille humaine puisse appeler Dieu «
Notre Père ! ».
Avec
le Fils unique, puissent tous les hommes apprendre à prier le Père et à Lui
demander, avec les mots que Jésus lui-même nous a enseignés, de savoir Le
sanctifier en vivant selon Sa volonté, et ensuite d'avoir le pain quotidien
nécessaire, d'être compréhensifs et généreux à l'égard de leurs débiteurs, de
ne pas être mis à l'épreuve à l'excès et d'être délivrés du mal (cf.
Mt 6, 9-13) !
Au
terme de l'
Année Paulinienne , il me
plaît d'exprimer ce vœu avec les paroles mêmes de l'Apôtre dans sa Lettre aux
Romains:
« Que votre amour soit sans
hypocrisie. Fuyez le mal avec horreur, attachez-vous au bien. Soyez unis les
uns les autres par l'affection fraternelle, rivalisez de respect les uns pour
les autres » (12, 9-10). Que la Vierge Marie, proclamée par Paul VI
Mère
de l'Église et honorée par le peuple chrétien comme
Miroir de la justice et
Reine
de la paix , nous protège et nous obtienne, par son intercession céleste,
la force, l'espérance et la joie nécessaires pour continuer à nous dévouer
généreusement à la réalisation du
«
développement de tout l'homme et de tous les hommes (160)»
!
Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 29
juin 2009, fête des saints Apôtres Pierre et Paul, en la cinquième année de mon
pontificat.
BENEDICTUS PP. XVI
© Copyright 2009 - Libreria
Editrice Vaticana
1- Encyclique de Benoît XVI
: Caritas in veritate : ROME, Mardi 7 juillet 2009 ( ZENIT.org ) - Nous publions ci-dessous le texte
intégral de l'encyclique de Benoît XVI « Caritas in veritate », sur
le développement humain intégral dans la charité et la vérité, présentée ce
mardi à la salle de presse du Saint-Siège.
2-
Paul
VI, Lett. enc. Populorum progressio (26 mars
1967), n. 22: AAS 59 (1967), 268; La Documentation catholique (par la suite: DC
) 64 (1967) col. 682; cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. past. sur l'Église dans
le monde de ce temps Gaudium et Spes , n.
69, §1.
3- Paul
VI, Allocution de la messe pour la Journée du développement , Bogota, 23
août1968: AAS 60 (1968) pp. 626-627; DC 65 (1968) col. 1547.
4-
Cf.
Jean-Paul II, Message pour la Journée mondiale de prière pour la Paix 2002 :AAS
94 (2002), 132-140; DC 99 (2002) pp. 4-8.
5- Cf.
Conc. œcum. Vat. II, Const. Past. sur l'Église dans le monde de ce temps Gaudium et Spes , n. 26.
6-
Cf.
Jean XXIII, Lett. enc. Pacem in terris (11
avril 1963), nn. 68-70: AAS 55 (1963), 268-270; DC 60 (1963) col. 525-526.
7- Cf.
n. 16: loc. cit. ,265; DC 64 (1967) col. 680.
8- Cf.
ibid ., n. 82: loc. cit. , 297; DC 64 (1967) col. 701.
9- Ibid., n. 42: loc. cit. , 278; DC 64
(1967) col. 689.
10- Ibid. , n. 20: loc. cit. , 267; DC 64
(1967) col. 681.
11-
Cf.
Conc. œcum. Vat. II; Const. Past sur l'Église dans le monde de ce temps Gaudium et Spes , n.36; Paul VI, Lett. apost.
Octogesima adveniens (14 mai 1971), n. 4: AAS 63 (1971), 403-404; DC 68 (1971)
pp. 502-503; Jean-Paul II, Lett. enc. Centesimus
annus (1er mai 1991), n. 43 :AAS 83 (1991), 847; DC 88 (1991) p. 540.
12- Paul
VI, Lett. enc. Populorum progressio (26 mars
1967), n. 13: loc. cit ., 263-264; DC
64 (1967) col. 679.
13-
Cf.
Conseil pontifical pour la Justice et la Paix, Compendium
de la Doctrine Sociale de l'Église , n. 76.
14-
Cf.
Benoît XVI, Discours d'inauguration de la V°
Conférence générale de l'Épiscopat d'Amérique latine et des Caraibes ,
Aparecida 13 mai 2007 ;DC 104 (2007) pp. 532-541.
15-
Cf.
Paul VI, Lett. enc. Populorum progressio (26
mars 1967), nn. 3.4.5: loc. cit. , 258-260; DC 64 (1967) col. 675-676.
16- Cf.
Jean-Paul II, Lett. enc. Sollicitudo rei socialis
(30 décembre 1987), nn. 6.7 :AAS 80 (1988), 517-519; DC 85 (1988) p. 235.
17- Cf.
Paul VI, Lett. enc. Populorum progressio (26
mars 1967), n. 14: loc. cit. , 264; DC
64 (1967) col. 679.
18- Benoît
XVI, Lett. enc. Deus caritas est (25
décembre 2005), n 18: AAS 98 (2006), 232; DC 103 (2006) p. 175.
19- Ibid ., n. 6: loc. cit. , 222; DC, ibid. p. 169.
20- Cf.
Benoît XVI, Discours à la Curie Romaine pour la
présentation des vœux de Noël ;L'Osservatore Romano en langue française
(par la suite: Oss. Rom. fr .) n. 52
(2005) pp. 3-5.
21-
Cf.
Jean-Paul II, Lett. enc. Sollicitudo rei socialis
(30 décembre 1987), n. 3 :loc. cit. , 515; DC 85 (1988) p. 234.
22- Cf.
ibid.
n. 1:
loc. cit. , 513-514;
DC 85 (1988) p. 234.
23- Cf. ibid. n. 3: loc.
cit. , 515; DC 85 (1988) p. 234.
24- Jean-Paul
II, Lett. enc. Laborem exercens (14 septembre
1981), n. 3 :AAS 73 (1981),
583-584; DC 78 (1981) p. 837.
25- Cf.
Jean-Paul II, Lett. enc. Centesimus annus (1er
mai 1991), n. 3 :loc. cit. , 794-796; DC 88 (1991) pp. 518-519.
26- Cf.
Paul VI, Lett. enc. Populorum progressio (26
mars 1967), n. 3: loc. cit. , 258; DC 64 (1967) col. 675.
27- Cf.
ibid., n. 34: loc. cit. , 274 ; DC 64 (1967) col. 686.
28- Cf.
nn. 8-9: AAS 60 (1968), 485-487; DC 65 (1968) col. 1445-1446; Benoît XVI, Audience au Congrès International organisé à l'occasion
du 40° anniversaire d'Humanæ vitæ , 10 mai 2008 ;Oss. Rom. fr. n. 20
(2008) p. 5.
29- Cf.
Lett. enc. Evangelium vitæ (25 mars 1995), n. 93 :AAS
87 (1995), 507-508; DC 92 (1995) pp. 397-398
30-
Cf. ibid ., n. 101: loc. cit. , 516-518; DC 92 (1995) p. 401-402.
31- N°
29: AAS 68 (1976), 25; DC 73 (1976) p. 6.
32- Ibid., n. 31: loc. cit. , 26; DC 73
(1976) p. 6.
33- Cf.
Jean-Paul II, Lett. enc. Sollicitudo rei socialis
(30 décembre 1987), n. 41 :loc. cit. , 570-572; DC 85 (1988) p. 251.
34- Cf.
ibid .; Idem, Lett. enc. Centesimus annus (1er
mai 1991), nn. 5.54: loc. cit., 799.859-860; DC 88 (1991) pp. 520-521, 545-546.
35- N.
15: loc. cit., 265; DC 64 (1967) col.
679.
36-
Cf. ibid., n. 2; DC 64
(1967) col. 675; Léon XIII, Lett. enc. Rerum novarum (15 mai 1891), n. 1:
Leonis XIII P.M. Acta, XI, Romæ 1892,
97; Jean-Paul II, Lett. enc. Sollicitudo rei socialis (30 décembre 1987), n. 8 :loc.
cit. , 519-520; DC 85 (1988) pp.
235-236; Idem., Lett. enc. Centesimus annus (1er
mai 1991), n. 5: loc. cit. , 799; DC 88 (1991) pp. 520-521.
37- Cf.
Paul VI, Lett. enc. Populorum progressio (26
mars 1967), nn. 2. 13; DC 64 (1967) col. 675. 679.
38- Ibid
., n. 42: loc. cit. , 278; DC 64 (1967) col. 689.
39- Ibid ., n. 11; DC 64 (1967) col. 678 ;
cf. Jean-Paul II, Lett. enc. Centesimus annus (1er
mai 1991), n. 25 :loc. cit. , 822-824; DC 88 (1991) pp. 230-231.
40- Paul
VI, Lett. enc. Populorum progressio (26 mars
1967), n. 15: loc. cit. , 265; DC 64
(1967) col. 679.
41- Ibid ., n. 3: loc. cit. , 258; DC 64
(1967) col. 675.
42- Ibid ., n. 6: loc. cit. , 260; DC 64
(1967) col. 676.
43- Ibid ., n. 14: loc. cit. , 264; DC 64
(1967) col. 679.
44- Ibid
.; cf. Jean-Paul II, Lett. enc. Centesimus annus
(1er mai 1991), nn. 53-62 :loc. cit ., 859-867; DC 88 (1991) pp.
545-548; Idem, Lett. enc. Redemptor hominis (4 mars 1979), n. 13-14: AAS 71
(1979), 282-286; DC 76 (1979) pp. 308-309.
45- Cf.
Paul VI, Lett. enc. Populorum progressio (26 mars 1967), n. 12:
loc. cit. , 262-263; DC 64 (1967) col.
678.
46- Conc.
œcum. Vat. II, Const. past sur l'Église dans le monde de ce temps Gaudium et Spes , n. 22.
47- Paul
VI, Lett. enc. Populorum progressio (26 mars
1967), n. 13: loc. cit. , 263-264; DC
64 (1967) col. 679.
48-
Cf.
Benoît XVI, Discours aux participants du IV°
Congrès ecclésial national italien , Vérone, 19 octobre 2006 ,Oss. Rom.
fr. n. 43 (2006) p. 3-4.
49- Cf.
Paul VI, Lett. enc. Populorum progressio (26
mars 1967), n. 16: loc. cit ., 265 ; DC
64 (1967) col. 680.
51- Benoît
XVI, Discours aux jeunes, Sydney 17 juillet 2008 ;
DC 105 (2008) p. 778.
52-
Paul VI, Lett. enc. Populorum progressio (26 mars 1967), n. 20: loc. cit ., 267; DC 64 (1967) col. 681.
53- Ibid ., n. 66: loc. cit ., 289-290; DC 64
(1967) col. 696.
54- Ibid
., n. 21: loc. cit ., 267-268; DC 64 (1967) col. 681.
55- Cf.
nn. 3.29.32: loc. cit ., 258.272.273; DC 64 (1967) col. 675. 684-685.
56- Cf.
Jean-Paul II, Lett. enc. Sollicitudo rei socialis
(30 décembre 1987), n. 28 :loc. cit ., 548-550; DC 85 (1988) p. 244.
57- Paul
VI, Lett. enc. Populorum progressio (26 mars
1967), n. 9: loc. cit. , 261-262; DC 64
(1967) col. 677.
58- Cf.
Lett. enc. Sollicitudo rei socialis (30
décembre 1987), n. 20: loc. cit., 536-537; DC 85 (1988) pp. 240-241.
59- Cf.
Jean-Paul II, Lett. enc. Centesimus annus (1°
mai 1991), passim; DC 88 (1991) pp. 518-550, passim.
60- Cf.
nn. 23.33: loc. cit., 268-269.273-274; DC 64 (1967) col. 682. 685-686.
62- Conc.
œcum. Vat. II, Const. past. Sur l'Église dans le monde de ce temps Gaudium et Spes , n. 63.
63-
Cf.
Jean-Paul II, Lett. enc. Centesimus annus (1er mai
1991), n. 24 :loc. cit. ,
821-822; DC 88 (1991) p. 431.
64-
Cf.
Jean-Paul II, Lett. enc. Veritatis splendor (6 août
1993), nn. 33 .46 .51 :AAS 85 (1993), 1160.1169-1171; DC 90 (1993)
pp. 913, 917, 918-920; Id., Message à l'Assemblée des Nations-Unies , 5 octobre
1995 , 3; DC 92 (1995) p. 918.
65-
Cf.
Paul VI, Lett. enc. Populorum progressio (26
mars 1967), n. 47: loc. cit. , 280-281;
DC 64 (1967) col. 690-691; Jean-Paul II, Lett. enc. Sollicitudo
rei socialis (30 décembre 1987), n. 42 :loc. cit. , 572-574; DC 85
(1988) p. 252.
66- Cf. Benoît XVI, Message à la FAO pour la Journée mondiale de
l'alimentation 2007 :AAS 99 (2007), 933-935; DC 105 (2008) pp. 55-56.
67- Cf.
Jean-Paul II, Lett. enc. Evangelium vitæ (25 mars
1995), nn. 18 .59.63-64 :loc. cit.
,419-421.467-468.472-475; DC 92 (1995) pp. 359, 381, 383, 384.
68-
Cf.
Benoît XVI, Message pour la Journée mondiale de la
paix 2007, n. 5; DC 104 (2007) p. 57.
69-
Cf.
Jean-Paul II, Message pour la Journée mondiale de
la Paix 2002, nn. 4-7,12-15: AAS 94 (2002), 134-136.138-140; DC 99
(2002) pp. 5-6, 7-8; Id., Message pour la Journée mondiale de la Paix 2004,
n. 8: AAS 96 (2004), 119; DC 101 (2004)
pp. 7; Id., Message pour la Journée mondiale
de la Paix 2005, n. 4: AAS 97 (2005),
177-178; DC 102 (2005) p. 5; Benoît XVI, Message
pour la Journée mondiale de la Paix 2006, nn. 9-10: AAS 98 (2006),
60-61; DC 103 (2006) pp. 4-5; Id., Message pour la
Journée mondiale de la Paix 2007, nn. 5.14: loc. cit., 778, 782-783; DC
104 (2007) pp. 57. 59-60.
70-
Cf.
Jean-Paul II, Message pour la Journée mondiale de
la Paix 2002, n. 6: loc. cit,
135; DC 99 (2002) pp. 5-6; Benoît XVI, Message pour la Journée mondiale de la Paix 2006, nn. 9-10: loc. cit. , 60-61; DC 103 (2006)
pp. 4-5.
71- Cf.
Benoît XVI, Homélie pour la messe sur l'Islinger
Feld de Ratisbonne, 12 septembre 2006; DC 103 (2006) pp. 921-923.
72-
Cf.
Benoît XVI, Lett. enc. Deus caritas est (25
décembre 2005), n. 1: loc. cit., 217-218; DC 103 (2006) p. 166.
73-
Jean-Paul
II, Lett. enc. Sollicitudo rei socialis (30
décembre 1987), n. 28: 548-550; DC 85 (1988) p. 244.
74- Paul
VI, Lett. enc. Populorum progressio (26 mars
1967), n. 19: loc. cit. , 266-267; DC
64 (1967) col. 681.
75-
Ibid., n. 39: loc.
cit. , 276-277; DC 64 (1967) col. 688.
76-
Ibid., n. 75: loc.
cit., 293-294; DC 64 (1967) col. 699.
77-
Cf.
Benoît XVI, Lett. enc. Deus caritas est (25
décembre 2005), n. 28: loc. cit., 238-240; DC 103 (2006) pp. 178-180.
78-
Jean-Paul
II, Lett. enc. Centesimus annus (1° mai 1991), n.
59 :loc. cit., 864; DC 88 (1991) p. 547.
79-
Paul
VI, Lett. enc. Populorum progressio (26 mars
1967), nn. 40.85: loc. cit., 277.298-299; DC 64 (1967) col. 688. 702.
80-
Ibid., n. 13: loc.
cit. , 263-264; DC 64 (1967) col. 679.
81-
Cf.
Jean-Paul II, Lett. enc. Fides et ratio (14
septembre 1998), n. 85 :AAS 91 (1999), 72-73; DC 104 (1998) p. 932.
82-
Cf.
Ibid., n. 83: loc. cit., 70-71; DC 104 (1998) p. 931.
83- Benoît
XVI, Discours à l'Université de Ratisbonne , 12
septembre 2006 ;DC 103 (2006) pp. 924-929.
84- Cf.
Paul VI, Lett. enc. Populorum progressio (26
mars 1967), n. 33: loc. cit., 273-274;
DC 64 (1967) col. 685.
85-
Cf.
Jean-Paul II, Message pour la Journée mondiale de
la Paix 2000, n. 15: AAS 92 (2000), 366; DC 97 (2000) pp. 4-5.
86-
Catéchisme de l'Église catholique, n. 407 .
Cf. Jean-Paul II, Lett. enc. Centesimus annus (1er
mai 1991), n. 25 :loc.
cit. , 822-824. DC 88 (1991), pp. 530-531.
87-
Cf.
n.17: AAS 99 (2007), 1000. DC 105 (208) p. 22.
88-
Cfr. ibid ., n. 23:
loc. cit., 1004-1005. DC 105 (2008) pp. 24-25.
89-
Saint
Augustin expose de façon détaillée cet enseignement dans le dialogue sur le
libre - arbitre ( De libero arbitrio II 3, 8 ss.). Il indique l'existence
dans l'âme humaine d'un « sens interne
». Ce sens consiste en un acte qui se réalise en dehors des fonctions normales
de la raison, acte spontané et quasi instinctif, pour lequel la raison, se
rendant compte de sa condition éphémère et faillible, admet au-dessus de soi
l'existence de quelque chose d'éternel, d'absolument vrai et certain. Le nom
que saint Augustin donne à cette vérité intérieure est parfois celui de Dieu (
Confessions X, 24, 35; XII, 25, 35; De libero arbitrio II 3, 8, 27), plus
souvent celui du Christ ( De magistro 11, 38; Confessions VII, 18, 24; XI, 2,
4).
92-
Benoît
XVI, Lett. enc. Deus caritas est (25
décembre 2005), n. 3: loc. cit. , 219. DC 103 (2006) p. 167.
91-
Cf.
n. 49: loc. cit., 281. DC 64 (1967) col. 691.
92-
Jean-Paul
II, Lett. enc. Centesimus annus (1° mai 1991), n.
28 :loc.cit. , 827-828. DC 88 (1991) p. 532.
93- Cf.
n. 35: loc. cit., 836-838. DC 88 (1991) pp. 535-536.
94-
Cf.
Jean-Paul II, Lett. enc. Sollicitudo rei socialis
(30 décembre 1987), n. 38 :loc. cit. , 565-566. DC 858 (1988) pp.
249-250.
95-
N.
44: loc. cit., 279. DC 64 (1967), col. 690.
96-
Cf.
ibid ., n. 24: loc. cit. , 269. DC 64 (1967) col. 682-683.
97-
Cf.
Jean-Paul II, Lett. enc. Centesimus annus (1° mai
1991), n. 36 :loc. cit., 838-840. DC 88 (1991) pp. 248-249.
98-
Cf.
Paul VI, Lett. enc. Populorum progressio (26 mars 1967), n. 24:
loc. cit. , 269. DC 64 (1967) col.
682-683.
99-
Cf.
Jean-Paul II, Lett. enc. Centesimus annus (1° mai
1991), n. 32 :loc. cit., 832-833. DC 88 (1991) pp. 246-247; Paul VI,
Lett. enc. Populorum progressio (26 mars
1967), n. 25: loc. cit. , 269-270. DC
64 (1967) col. 683.
100-
Jean-Paul
II, Lett. enc. Laborem exercens (14 septembre
1981), n. 24 :loc. cit. , 637-638. DC 78 (1981) p. 852.
101-
Ibid ., n. 15: loc.
cit., 616-618. DC 78 (1981) p. 846.
102-
Paul
VI, Lett. enc. Populorum progressio (26 mars
1967), n. 27: loc. cit. , 271. DC 64 (1967) col. 684.
103-
Cf.
Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Instruction Libertatis conscientia (22
mars 1987), n. 74: AAS 79 (1987), 587. DC 83
(1986) p. 405.
104-
Cf.
Jean-Paul II, Interview au quotidien catholique La Croix , du 20 août 1997.
105-
Jean-Paul
II, Discours à l'Académie des Sciences sociales ,
27 avril 2001 ;Oss. Rom. fr. 19 (2001), p. 9.
106-
Paul
VI, Lett. enc. Populorum progressio (26 mars
1967), n. 17: loc. cit., 265-266; DC 64
(1967) col. 680.
107-
Cf.
Jean-Paul II, Message pour la Journée Mondiale de
la Paix 2003, n. 5: AAS 95 (2003), 343; DC 85 (2003) p. 6.
109-
Cf.
Benoît XVI, Message pour la Journée Mondiale de la
Paix 2007, n. 13: loc. cit., 781-782; DC 89 (2007) p. 59.
110-
Paul
VI, Lett. enc. Populorum progressio (26 mars
1967), n. 65: loc. cit., 289; DC 64 (1967) col. 674-704.
111-
Cf.
ibid . nn. 36.37: loc. cit. , 275-276; DC 64 (1967) col. 687.
112-
Cf.
ibid . n. 37: loc. cit. , 275-276; DC 64 (1967) col. 687.
113-
Cf.
Conc. œcum. Vat. II, Décr. Apostolicam actuositatem ,n. 11.
114-
Cf.
Paul VI, Lett. enc. Populorum progressio (26
mars 1967), n. 14: loc. cit., 264; Jean-Paul II, Lett. enc. Centesimus annus (1° mai 1991), n. 32 :loc. cit.,
832-833; DC 88 (1991) p. 534.
115-
Paul
VI, Lett. enc. Populorum progressio (26 mars
1967) n 77: loc. cit. , 295; DC 64
(1967) p. 700.
116-
Jean-Paul
II ,Message pour la Journée Mondiale de la Paix
1990, n. 6: AAS 82 (1990), 150; DC 89 (1990) p. 10.
117-
Héraclite
d'Ephèse (Ephèse 535 av. J-C environ - 475 av. J-C environ), Fragment 22B124,
en H. Diels e W. Kranz, Die Fragmente der Vorsokratiker, Weidmann, Berlin
19526.
118-
Cf.
Conseil Pontifical pour la Justice et la Paix, Compendium
de la Doctrine Sociale de l'Église, nn. 451-487.
119-
Cf.
Jean-Paul II, Message pour la Journée Mondiale de
la Paix 1990, n. 10: loc. cit., 152-153; DC 89 (1990) p. 11.
120-
Paul
VI, Lett. enc. Populorum progressio (26 mars
1967), n. 65: loc. cit., 289; DC 64
(1967) col. 696.
121-
Benoît
XVI, Message pour la Journée Mondiale de la Paix
2008, n. 7: AAS 100 (2008), 41;
DC 105 (2008) p. 4.
122-
Cf.
Benoît XVI, Discours aux membres de l'Assemblée
Générale de l'Organisation des Nations Unies, New York, 18 avril 2008 ;DC
105 (2008) pp. 533-537.
123-
Cf.
Jean-Paul II, Message pour la Journée Mondiale de
la Paix 1990, n. 13: loc. cit., 154-155; DC 97 (1990) pp. 11-12.
124-
Jean-Paul
II, Lett. enc. Centesimus annus (1° mai 1991), n.
36 :loc. cit., 36; DC 88 (1991) pp. 536-537.
125-
Ibid.
n. 38: loc. cit. , 840-841; DC 88 (1991) pp. 537-538; Benoît XVI, Message pour la
Journée Mondiale de la Paix 2007,
n.8: loc. cit. , 779; DC 104 (2007) pp. 57-58.
126-
Cf.
Jean-Paul II, Lett. enc. Centesimus annus (1° mai
1991), n. 41 :loc. cit., 843-845; DC 88 (1991) pp. 538-539.
128-
Cf.
Jean-Paul II, Lett. enc. Evangelium vitæ (25 mars
1995), n. 20 :loc. cit., 422-424; DC 92 (1995) p. 360.
129-
Lett.
enc. Populorum progressio (26 mars 1967), n.
85: loc. cit. , 298-299; DC 64 (1967) p. 702.
130-
Cf.
Jean-Paul II, Message pour la Journée Mondiale de
la Paix 1998, n. 3: AAS 90(1998), 150; DC 95(1998) pp. 2-3; Id.,
Discours aux membres de la Fondation
Centesimus annus pro Pontefice, 9 mai 1998, n. 2; Oss. Rom. fr. n. 20 (1998) p.
2; Id ., Discours aux Autorités et au Corps diplomatique, Vienne, 20 juin 1998,
n. 8; DC 95 (1998) p. 689 ; Id., Message au Recteur de l'Université catholique
du Sacré-Cœur, 5 mai 2000, n. 6; Insegnamenti di Giovanni Paolo II XXIII, 1 (2000), 759-760.
131-
Selon
saint Thomas « ratio partis contrariatur rationi personae » in III Sent. D.
5,3,2; et aussi « Homo non ordinatur ad communitatem politicam secundum se
totum et secundum omnia sua » in Summa Theologiae I-II, q. 21, a. 4, ad 3um.
132-
Cf.
Conc. œcum. Vat. II, Const. dogm. sur l'Église Lumen
gentium , n.1.
133-
Cf.
Jean-Paul II, Discours à la VI° séance publique des
Académies Pontificales, 8 novembre 2001 , n. 3; Oss. Rom. fr. n. 47
(2001) p. 6.
134-
Cf.
Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Déclaration Dominus
Jesus (6 août 2000), n. 22: AAS 92 (2000), 763-764; DC 97 (2000) p. 820;
Id., Note
doctrinale à propos de questions sur l'engagement et le comportement des
catholiques dans la vie politique (24 novembre 2002), n. 8; DC 100
(2003) p. 136.
135-
Benoît
XVI, Lett. enc. Spe salvi (30 novembre
2007), n. 31: loc. cit. , 1010; DC 105
(2008) p.28; Id. Discours aux participants du IV°
Congrès ecclésial national italien, Vérone, 19 octobre 2006 ;Oss. Rom.
fr. n. 43 (2006) pp. 3-5.
136-
Jean-Paul
II, Lett. enc. Centesimus annus (1° mai 1991), n. 5 :loc. cit. , 798-800; DC 88(1991) p. 521; Benoît
XVI, Discours aux participants du IV° Congrès
ecclésial national italien, Vérone, 19 octobre 2006 ;Oss. Rom. fr. n. 43
(2006) pp. 3-5.
138-
Cf.
Pie XI, Lett. enc. Quadragesimo anno (15 mai 1931) : AAS 23 (1931) 203;
Jean-Paul II, Lett. enc. Centesimus
annus (1° mai 1991), n. 48 :loc. cit. , 852-854; DC 88 (1991) p. 543;
cf. Catéchisme de l'Église catholique , n.1883.
139-
Cf.
Jean XXIII, Lett. enc. Pacem in terris (11
avril 1963), n. 74: loc. cit. , 274; DC 60 (1963) col. 526-527.
140-
Cf.
Paul VI, Lett. enc. Populorum progressio (26
mars 1967), nn. 10.41: loc. cit., 262.277-278; DC 64 (1967) col. 677-678.
688-689.
141-
Cf.
Benoît XVI, Discours aux membres de la Commission
théologique internationale, 5 octobre 2007 ;DC 104 (2007) pp. 1084-1086
; Id., Discours au Congrès international sur la loi
naturelle, Université pontificale du Latran , 12 février 2007 ;DC 104
(2007) pp. 354-356.
142-
Cf.
Benoît XVI, Discours aux évêques de Thaïlande en
visite ad limina, 16 mai 2008 ; DC 105 (2008) p. 652. Oss. Rom. fr. n.
22 (2008) p. 10
143-
Cf. Conseil pontifical pour la Pastorale des Migrants et des Personnes en
déplacement, Instruction Erga migrantes caritas
Christi , 3 mai 2004: AAS 96 (2004), 762-822; DC 101 (2004) p. 658-692.
144-
Jean-Paul
II, Lett. enc. Laborem exercens (14 septembre
1981), n. 8 :loc. cit. , 594-598; DC 78 (1981) p. 840.
145-
Jean-Paul
II, Jubilé des Travailleurs, Discours au terme de
la concélébration eucharistique ;DC 97 (2000) p. 455.
146-
Cf.
Jean-Paul II, Lett. enc. Centesimus annus (1° mai
1991), n. 36 :loc. cit. ,
838-840; DC 88 (1991) p. 536.
147-
Cf.
Benoît XVI, Discours aux membres de l'Assemblée
Générale de l'Organisation des Nations Unies, New York, 18 avril 2008 ;DC
105 (2008) pp. 533-537.
148-
Cf.
Jean XXIII, Lett. enc. Pacem in terris (11
avril 1963): loc. cit. , 293; DC 60 (1963) col. 526-527; Conseil pontifical
pour la Justice et la Paix, Compendium de la
Doctrine Sociale de l'Église, n. 441.
149-
Cf.
Conc. Œcum. Vat. II, Const. Past. sur l'Église dans le monde de ce temps Gaudium et Spes ,n. 82.
150-
Cf.
Jean-Paul II, Lett. enc. Sollicitudo rei socialis
(30 décembre 1987), n. 43 :loc. cit., 574-575; DC 85 (1988) pp. 252-253.
151-
Paul
VI, Lett. enc. Populorum progressio (26 mars
1967), n. 41: loc. cit. , 277-278; DC
64 (1967) col. 688; cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. past. sur l'Église dans le
monde de ce temps Gaudium et Spes , n. 57, §
4.
152-
Cf.
Jean-Paul II, Lett. enc. Laborem exercens (14
septembre 1981), n. 5 :loc. cit. , 586-589; DC 78 (1981) p. 838.
153-
Cf.
PaulVI, Lett. ap. Octogesima adveniens (14 mai 1971), n. 29: loc. cit., 420; DC 68 (1971) p. 508.
154-
Cf.
Benoît XVI, Discours aux participants du IV
eCongrès ecclésial national italien, Vérone, 19 octobre 2006 ;Oss. Rom.
fr. n. 43 (2006) pp. 3-5 ; Id. Homélie pour la
messe sur l'Islinger Feld de Ratisbonne, 12 septembre 2006 , 12
septembre 2006; DC 103 (2006) pp. 921-923.
155-
Cf.
Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Instruction Dignitas
personae sur quelques questions de bioéthique (8 septembre 2008): AAS
100 (2008), 858-887; DC 104 (2009) pp.
23-38.
156-
Cf.
Paul VI, Lett. enc. Populorum progressio (26
mars 1967), n. 3: loc. cit., 258. DC 64
(1967) col. 675.
157-
Conc.
œcum. Vat. II, Const. past. sur l'Église dans le monde de ce temps Gaudium et Spes , n. 14.
158-
Cf.
n. 42: loc. cit., 278; DC 64 (1967) col. 689.
159-
Cf.
Benoît XVI, Lett. enc. Spe salvi (30 novembre 2007), n. 35:
loc. cit. , 1013-1014; DC 105 (2008)
pp. 29-30.
160-
Paul
VI, Lett. enc. Populorum progressio (26 mars
1967), n. 42: loc. cit. , 278; DC 64
(1967) col. 689.