NOUVELLES DE MISSIONNAIRES
3° SESSION DE FORMATION EN JUSTICE ET PAIX POUR LES
RELIGIEUX/SES
5 au 18 juillet
2009 à Bamako (Mali
Il y a au cœur de chaque homme et de
chaque femme une volonté de vie fraternelle et une soif de justice et de paix,
qu’il s’agit d’épanouir (Paul 6)
Le projet : Nous voulons tous lutter contre les injustices, mais souvent nous
ne savons pas comment agir et nous
organiser. Et nous nous limitons à des actions caritatives. Elles sont
nécessaires mais insuffisantes.
Nous
mettons des pansements, mais sans attaquer les causes de la maladie. Et il
vaut mieux prévenir que guérir. Le but de la session était donc de relire nos
expériences en Justice et Paix pour les évaluer et de recevoir une formation
sur l’analyse sociale pour agir plus efficacement.
C’était aussi un moyen de préparer efficacement le prochain synode
pour l’Afrique. Nous étions
40, dont 3
spiritains : Jérôme Dukiya et Armel Duteil de la Fano et Chrislain Loubelo
d’Algérie
Convictions : Nous nous appuyons à la fois sur la Parole de Dieu et sur la vie du
monde.
Tout religieux doit être engagé
dans le politique (la société) car il est à la fois citoyen et chrétien. Et
tout ce qui touche l’homme le touche, comme le Christ qui s’est fait homme
parmi les hommes. Et qui a été pris de colère devant les injustices et les
hommes qui faisaient souffrir leurs frères et sœurs : «
Justice et Paix c’est notre existence. C’est
notre être chrétien et religieux. C’est nous ajuster à l’Evangile du Christ et
changer le monde, pour que les hommes aient la vie en abondance »
Nous avons
commencé par nous écouter les uns les
autres. Chacun a raconté son histoire personnelle en lien avec Justice, ¨
Paix et Intégrité de la Création :
quelles joies, quelles peines, quelles frustrations ? ». Puis
nous avons constitué des équipes
mélangées. Chaque équipe a présenté en
théâtre une situation d’injustice choisie parmi les cas apportés. En cherchant
à
bien définir l’injustice en question (ce qui est absolument
nécessaire pour une action efficace, qui ne rate pas sa cible), quels en
sont les acteurs et les promoteurs (pour savoir auprès de qui agir) et quelles
en sont les victimes (pour savoir avec qui agir)… Ce qui finalement n’est pas si simple que cela et
qui nous fait souvent défaut dans nos actions.
Puis nous avons cherché
quels mécanismes sont utilisés
pour maintenir cette injustice, en en faisant
ressortir les différentes dimensions : sociales, culturelles
(les valeurs, la tradition), religieuses, politiques, économiques, éducatives,
etc.. pour ne pas se contenter d’une simple action charitable, mais s’attaquer
aux racines du problème. En ciblant les vrais responsables, sous peine
d’échec…ce qui arrive souvent, justement à cause de ce manque d’analyse. Il
s’agira de passer par la société civile (en la mettant en place peu à peu si
elle n’est pas organisée) et en faisant appliquer la loi (ou en cherchant
ensemble à la changer, si elle est injuste).
Voici les
problémes
mis en théâtre (jeu de rôle) par les 6 équipes :
-
1)
la mise en
prison de villageois
ayant refusé que leurs terres soient prises par des grosses sociétés avec le
soutien des militaires
-
2)
L’exploitation des a
pprentis
tailleurs
-
3)
Les injustice envers les
prisonniers
-
4)Les
employés des maisons religieuses
dont les
droits ne sont pas
respectés (sécurité sociale..)
-
5)
Les souffrances des
jeunes sans travail
qui tentent de partir
clandestinement
en Europe au risque de leur vie
-
6)Les
coutumes au sujet des
jumeaux, causes
de grandes souffrances
À partir de ces exemples,
nous avons appris comment faire une
analyse
sociale claire et approfondie, condition nécessaire pour mener des actions
efficaces et en profondeur sur les
causes des injustices. Car pour obtenir
des changements dans une société, il faut partir de
l’intérieur des structures qui la composent à tous les niveaux.
Cette analyse sociale nous permet de bien connaître également les
décideurs et les bénéficiaires des
injustices, car derrière toutes les injustices il y a des gens qui
profitent. Et aussi de mieux connaître nos forces et nos faiblesses, pour
trouver des
stratégies efficaces
pour que les choses changent, en nous mettant
ensemble.
En tant que religieux nous
sommes appelés par Dieu à être des prophètes.
Nous devons agir en conséquence. Et d’abord nous former sérieusement pour
cela, car nous sommes des «
médecins
de la société ». Nous ne devons pas seulement faire la charité, pour
combler les déficiences de l’état. Mais agir ensemble auprès des responsables
du pays, pour que l’
état fasse son
devoir. D’où la
nécessité de
travailler « en réseau »,
en mettant
nos forces ensemble pour
avoir les moyens d’agir face aux gouvernements et à ceux qui écrasent leurs
frères. Il s’agit de former un groupe de pression suffisamment fort pour
obtenir des résultats. C’est pour cela que nous étions réunis des différents
pays d’Afrique de l’Ouest et de différentes congrégations. Et que la même
formation a été déjà organisée en
Afrique de l’Ouest anglophone, en
Afrique centrale et en Afrique lusophone. Ce qui nous a fait amèrement
regretter l’absence de certaines congrégations. Pour la Guinée, j’étais
seul !
Nous devons enseigner aux
personnes leurs
droits et leurs devoirs.
C’est une grande lutte et nous devons nous préparer aux
attaques et aux humiliations. Car si nous voulons construire un
monde juste, nous allons rencontrer obligatoirement des
résistances, de la part de ceux qui profitent de la situation actuelle.
D’où la nécessité de
nous soutenir
les uns les autres dans notre lutte pour la justice.
Nous avons ensuite regardé
toutes ces questions
à la lumière de la
Parole de Dieu, qui est la racine de notre engagement. Cela nous a fait
comprendre que l’engagement pour la justice et la paix est une
partie constitutive de notre vie
religieuse : nous devons en faire une priorité. C’est aussi un travail
exaltant qui libère nos frères et
nous apporte beaucoup de
joie. Nous
avons aussi étudié l’
enseignement social
de l’Eglise:
-
1)
la
dignité de toute personne humaine,
créée à l’image de Dieu.
-
2)
le bien commun y compris la
protection de l’environnement
-
3)
la subsidiarité : laisser
chacun faire le travail qui lui revient et responsabiliser la base
-
4)
La solidarité et la complémentarité :
nous avons besoin des autres et il nous faut
agir avec tous ceux qui souffrent et attendent le changement
LA 2° SEMAINE, des personnes engagées dans différents secteurs de la société sont
venus partager nos expériences et ainsi
concrétiser
la formation reçue :
-
Mr
Traoré avec les enfants de la rue,
-
Aminata
Traoré sur le problème de la migration et la nécessité de transformer la
société néo libérale pour que les jeunes puissent rester dans leurs pays et y
vivre heureux,
-
Le
père Jupp Stamer et 3 amis musulmans sur le travail en Islam et la protection
de l’environnement selon le Coran,
-
Le
père Maurice Oudet sur la politique agricole et la nécessité de mettre en place
des mesures pour la sécurité alimentaire.
-
Le
père Andréas Göpfert sur la prévention des conflits et l’éducation à la paix à
tous les niveaux : élèves, entre éleveurs et paysans, etc…
Toutes ces
interventions ont été suivies de débats qui nous ont permis d’approfondir nos
réflexions. Et en soirée nous nous retrouvions pour visionner des films sur ces
différents problèmes.
La dernière étape a été de
voir comment nous organiser au niveau de l’Afrique de l’Ouest et de toute
l’Afrique pour
construire avec tous une société de justice et de paix. Le session
s’est passée dans une ambiance très fraternelle où chacun se sentait à l’aise
pour partager. Et par un sérieux dans le travail très intense qui a été mené.
Merci à John Patrick Ngoyi le
formateur, à l’équipe d’animation et à tous ceux qui ont contribué à la
réussite de cette session. Il nous reste maintenant à
partager la formation reçue et à nous mettre ensemble à l’action.