GARDER LE CAP
SEHATRA FANARAHA-MASO
NY FIAINAM-PIRENENA
SeFaFi
Observatoire de la Vie Publique
Rue Rajakoba Augustin Ankadivato Antananarivo
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Après trois mois de troubles et quatre mois d’incertitude,
il est urgent de nous demander où nous en sommes, et comment avancer.
Un pouvoir inachevé :
Le 17 mars dernier, Marc Ravalomanana abandonnait son pouvoir à un
Directoire militaire, ce qui n’est pas prévu par la Constitution. Andry
Rajoelina accepta ce même pouvoir de la part du Directoire, après une
validation de ces deux transferts par la Haute cour constitutionnelle (HCC) -
validation qui pose toujours problème
car elle a fait l’objet d’une simple lettre et non d’une décision, d’un
arrêt ou d’un avis.
Depuis lors, ni la Haute autorité de la
transition (HAT) ni le Gouvernement ne sont au complet : quelle qu’en soit
la raison, cela est préjudiciable au bon fonctionnement du pouvoir. Il est
urgent de compléter les effectifs, et de remplacer par la même occasion ceux
qui, manifestement, ne donnent pas satisfaction et/ou ne sont pas à la hauteur
de la fonction.
Pendant ce temps, des
pouvoirs parallèles se sont incrustés, qui se réclament officiellement de la
Transition, mais ne visent que la satisfaction d’ambitions personnelles. Le cas
est particulièrement net dans le domaine de la sécurité, dont les résultats
décevants découragent la population et encouragent les malfrats. La
démultiplication des organes chargés de la sécurité et l’ingérence tapageuse
des politiques n’est pas la solution.
C’est dans ce contexte qu’il conviendrait d’accélérer le processus
électoral.
Pour autant, il serait vain de procéder à des élections dans les conditions qui
prévalaient ces dernières années, avec le même Code électoral. La démarche
logique est la suivante :
Ø Révision ou adoption d’un
nouveau Code électoral, qui prévoirait la gestion des élections par un Comité
électoral indépendant ;
Ø Refonte des listes
électorales ;
Ø Adoption par référendum
d’une nouvelle Constitution.
Évoquer aujourd’hui une élection présidentielle est
prématuré et préjuge du futur régime politique qui sera adopté alors que toutes
les options (monarchie constitutionnelle, régime parlementaire, régime
semi-présidentiel, régime présidentiel) restent ouvertes. Pour instaurer une
démocratie durable, il faut laisser du temps au temps.
Toutes ces
étapes semblent pouvoir raisonnablement être achevées d’ici le début de la
saison des pluies. Car cette dernière, chacun le sait, devra être exclue du
calendrier électoral puisqu’elle rend les communications difficiles ou
aléatoires, ce qui facilite les fraudes. Par contre, l’élection des chefs
fokontany gagnerait à être organisée avant la fin de l’année, car elle a pour
effet de rétablir la confiance entre la population et ses dirigeants ; de plus,
son caractère local et, si possible, non partisan, fait qu’elle peut être tenue
pendant le dernier trimestre.
L’incohérence de la communauté internationale :
Depuis le 17 mars,
l’obsession de la communauté internationale est double, concernant le retour à
la légalité constitutionnelle (et à la démocratie, selon le Président Obama
dans son message du 26 juin) et la conclusion d’un accord inclusif entre tous
les partenaires de la crise.
Au préalable, il faut
rappeler que dans le cas précis la communauté internationale se limite à
quelques instances panafricaines (UA, SADC, COMESA), et à des diplomates dont
les Etats exercent un pouvoir financier déterminant sur Madagascar et,donc, une
capacité de chantage dont ils font largement usage. Et tout chantage est
inadmissible, surtout lorsqu’il se réclame des valeurs démocratiques alors que
la communauté internationale a cautionné les mascarades électorales et la
mauvaise gouvernance économique.
S’agissant de la légalité
constitutionnelle, force est de constater que Madagascar a connu des avancées
et des reculs. En 1992 par exemple, la Constitution adoptée consacre l’adhésion
du pays aux principes de démocratie libérale, mais les modifications
ultérieures, à l’initiative des présidents de la République successifs, ont
annulé ces progrès. Si ces bonnes dispositions avaient été permanentes, ce pays
n’aurait pas connu les soulèvements de 1972, 1991, 2002 et 2009. C’est pourquoi
il serait souhaitable que les diplomates reviennent à la réalité : nombre
d’entre eux ont été les témoins directs de dérives que le SeFaFi avait
dénoncées en leur temps, et à propos des quelles il avait interpellé les
bailleurs de fonds.
Quant au dialogue inclusif,
de quoi parle-t-on ? Un dialogue, dit le Larousse, est une «
discussion visant à trouver un terrain
d’entente ». De quel terrain d’entente s’agit-il : du bilan des années
Ravalomanana, voire celles de Ratsiraka, du partage du pouvoir, des
institutions de la Transition ou de la future IV° République, de l’impunité
pour les crimes de sang et les détournements d’argent public ? La même réserve
mérite d’être émise, s’agissant de la représentativité des acteurs qui
négocient la Charte de la Transition.
Le
seul terrain d’entente souhaitable pour les parties prenantes de la
crise actuelle serait de
mettre au point
ensemble des institutions démocratiques, des élections libres, les garanties de
gestion transparente des fonds publics, etc, et non défendre des intérêts
purement personnels, notamment sous le couvert de l’amnistie. Si ces hommes
politiques recherchaient le bien du pays et non leurs avantages personnels, il
leur serait facile de se mettre d’accord sur les conditions d’accès et
d’exercice du pouvoir. Et ils laisseraient la Transition gérer le pays jusqu’à
ces échéances, dont la préparation ne peut s’improviser en quelques semaines.
Le retour des magouilles et de la corruption :
Mais que se passe-t-il en
réalité ? Des politiciens incompétents ou véreux et qui ne représentent
qu’eux-mêmes, prétendent, avant même toute élection, à des places qu’ils n’ont
aucunement méritées. De vrai - faux partis, qui n’ont jamais affronté les
élections, ou rassemblé moins de 5% du corps électoral, font grand bruit pour
être représentés à toutes les réunions et apparaître dans les médias.
Il serait temps que les hommes
et les partis politiques aient la modestie de reconnaître ce qu’ils sont.
Seule une élection libre pourra dire leur
représentativité. Faute d’élection libre et honnête, nul ne peut
aujourd’hui se prévaloir d’une quelconque légitimité. Il est donc
souhaitable que le premier scrutin à venir, après le référendum
constitutionnel, soit celui des législatives. Cette épreuve de vérité permettra
à chacun de se compter et de savoir quelle est sa force réelle sur le terrain.
Dans ce cadre, le test de la
sincérité des politiques sera, outre un Code électoral qui enlèvera la maîtrise
du processus électoral au pouvoir en place, l’adoption d’un texte
qui réglementera le financement de partis politiques et des campagnes
électorales. Sinon, on se retrouvera devant la même situation qu’auparavant,
avec des candidats aux moyens inégaux, et l’achat des voix …
Enfin, force est de
constater un relâchement général du civisme.
Toute période d’incertitude politique entraîne une recrudescence de tendances
anarchistes au sein de la population. L’exemple doit alors venir des
dirigeants, car c’est sur leur comportement que les citoyens se modèlent. Mais
que se passe-t-il dans les sphères dirigeantes ?
Les pires habitudes sont de retour : clientélisme, népotisme, corruption, etc.
Des masses d’argent considérables, d’origine probablement douteuses, passent de
main en main. Les abus de pouvoir sont quotidiens et le laisser-aller, général.
L’usage abusif des deniers publics continue alors que l’heure devrait être à
l’austérité. Où sont donc les valeurs qui avaient justifié le soulèvement
populaire du début de l’année ? L’objectivité et le professionnalisme des
médias, la fin des passe-droits, l’indépendance de la justice, la transparence
dans l’utilisation de l’argent et des avantages en nature, tout cela n’aurait
donc été que prétexte à prendre le pouvoir et à se servir ? C’est bien le cas
pour beaucoup, semble-t-il, à la HAT, au gouvernement et ailleurs …
Un ressaisissement s’impose. Si la Transition veut réussir, il lui
faut tenir le cap, en restant fidèle aux valeurs qui ont fondé son avènement et
légitimé son pouvoir.
Antananarivo,
le 18 juillet 2009