DETTE ET DEVELOPPEMENT
FONDS VAUTOURS : PLUS DE 7 MILLIARDS DE DOLLARS DEJA PAYES (1)
L’Afrique est de plus en plus
victime des fonds vautours. Plus de 7 milliards $ ont déjà dû être payés par le
continent. Une Facilité africaine de soutien juridique vient d’être lancée pour
les combattre. Aboubacar Fall, conseiller juridique principal de la BAD,
explique le mécanisme. Les plus agressifs des fonds vautours sont
identifiés et localisés, de même que
les pays africains qui sont leurs
victimes.
Les Afriques : Une Facilité
africaine de soutien juridique au profit des pays victimes des fonds vautours
vient d’être lancée. Comment procèdent les fonds vautours ? Et quelle est
l’ampleur du phénomène ?
Aboubacar Fall :
Les
fonds vautours rachètent sur le
marché secondaire des créances détenues sur des pays pauvres,
à prix cassés (parfois au franc
symbolique),
pour ensuite contraindre
ces pays, par voie judicaire, à payer le montant initial de ces créances ainsi
que les intérêts qui s’y rapportent. Ces fonds vautours ne
s’attaquent, en général, qu’à des Pays
pauvres très endettés (PPTE) ayant bénéficié des annulations et/ou des
réductions de dettes destinées à les remettre à flot. Ils
refusent alors de participer à la
renégociation de la dette de ces PPTE, tirant ainsi profit des concessions
financières consenties par les autres créanciers. Il s’agit généralement de
sociétés - boites à lettres domiciliées
dans les paradis fiscaux. Les procès qu’ils intentent se déroulent dans les
grandes capitales des pays du Nord.
«
Ces fonds vautours sont généralement des
sociétés-boites à lettres domiciliées dans les paradis fiscaux. Les procès
qu’ils intentent se déroulent dans les grandes capitales des pays du Nord. »
Selon
les experts de la dette des pays en développement, les pays africains sont les
principales victimes de ce phénomène et ont dû rembourser plus de 7 milliards
de dollars.
Les Afriques : Comment cette
facilité va-t-elle fonctionner ?
Aboubacar Fall :
La Facilité, qui est un fonds crée sous la forme d’une organisation
internationale indépendante de la BAD aura, entre autres missions, de
financer la mise à disposition des pays
africains, qui en feraient la demande, de
services juridiques de haut niveau. À travers des cabinets
d’avocats, soit, en amont, pour négocier une réduction du montant de la créance
réclamée par les fonds vautours, soit, en aval, dans le cadre des procès
intentés par eux devant des juridictions judicaires ou arbitrales.
Il faut dire que, même si ces créances
peuvent paraître amorales, elles n’en sont pas moins juridiquement fondées.
En contractant les dettes dont il est aujourd’hui réclamé le remboursement, les
pays africains avaient, en général, renoncé à leur immunité, accepté des
clauses donnant compétence à des juridictions de droit anglo-saxon (plus
favorables aux créanciers), accepté l’application du droit anglais et la
possibilité d’une cession sans condition de ces créances.
Le 29 juin dernier, à Tunis, s’est tenue
l’assemblée constitutive de la Facilité, qui a mis en place
ses organes statutaires et qui, dans le même temps, marque le lancement
officiel de ses opérations. La facilité opérera selon
deux schémas, à savoir :
-
1°
L’octroi de dons (subventions) aux pays africains dans le
cadre de la lutte contre les fonds vautours (avec un plafond quant au montant
maximum à allouer à chaque pays).
-
2°
L’octroi d’une avance remboursable dans le cadre de la
négociation des contrats commerciaux complexes, qui constituent le second
objectif de la Facilité. Toutefois, ce remboursement s’effectuera selon des
modalités qui tiendront compte du niveau de développement du pays demandeur
d’assistance juridique. Ainsi, un pays à revenu intermédiaire rembourserait
100% de l’avance consentie, alors qu’un pays sortant de conflit ou un Etat
fragile pourrait bénéficier d’une subvention de 50% et ne rembourserait donc
que 50% de l’avance reçue. Rappelons, que
ces
avances consistent en des honoraires d’avocats réglés directement par la
Facilité pour le compte du pays bénéficiaire des services d’assistance
juridique. Les principes régissant les procédures d’allocation des ressources
financières de la Facilité sont contenus dans les directives opérationnelles.
Une
base de données des cabinets d’avocats sera établie selon des critères à
déterminer par le Conseil de gestion de la Facilité. La Facilité a déjà
reçu des engagements de plus de 20 millions de dollars.
Les Afriques : Quels sont les
pays affectés par ce phénomène ? Y a-t-il des précédents
emblématiques ?
Aboubacar Fall :
Plusieurs pays africains bénéficiaires de l’initiative PPTE sont affectés par
ces procès. Dans un récent rapport, conjointement produit par la plateforme
Dette & développement (France) et le Centre national de coopération au
développement (Belgique) et intitulé «
Un vautour peut cacher un autre » ou «
Comment nos lois encouragent les prédateurs
des pays pauvres endettés » datant de mai 2009,
les plus agressifs des fonds vautours sont identifiés et localisés,
de même que les pays africains qui sont leurs victimes.
On
peut citer l’affaire qui a opposé Kensington au Congo, en 2004. Les créances
qui auraient été rachetées à environ 2 millions de dollars auraient rapporté
une plus-value de 116 millions de dollars. Il y a eu également FG. Hémisphère
contre la République démocratique du Congo, en 2007. 18 créances rachetées à 2
millions de dollars auraient rapporté 108 millions de dollars. Donegal a aussi
gagné 20 millions de dollars pour 30 créances sur la Zambie, rachetées à 3
millions de dollars en 2007.
1- 25-07-2009 Propos
recueillis par Hance Guèye, Dakar http://www.lesafriques.com/actualite/fonds-vautours-plus-de-7-milliards-de-dollars-deja
payes.html?Itemid=89?article=18099