DETTE ET DEVELOPPEMENT

L'EGOÏSME DES ETATS LIMITE LA PORTEE D'UNE REFORME DU FMI (1)


La réforme de la gouvernance mondiale est mal partie. Dans leurs discours, tous les dirigeants applaudissent le président brésilien, Luiz Inacio (2)Lula da Silva, quand il affirme haut et fort, en solo dans son entretien au Monde (daté 8 juillet) ou en compagnie du président français, Nicolas Sarkozy (3) (Libération du 7 juillet), que la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) "doivent faire une place importante aux économies émergentes dans les processus de décision".
Dans la réalité, l'égoïsme des Etats semble devoir encore prévaloir longtemps. Le monde entier convient que voir le Brésil (11e économie mondiale) détenir 1,38 % des droits de vote dans ces instances quand la Belgique, par exemple, en dispose de 2,09 % est anachronique.
Une réforme est, certes, en cours au FMI depuis 2005 pour donner un peu plus de poids aux pays en développement, selon une formule de calcul qui prend en compte le revenu national, les réserves, les importations, la variabilité des exportations et le ratio exportations/revenu national.
Adoptés en 2008, ces changements permettront de réaffecter très progressivement environ 10 points de droits de vote entre les 186 pays membres du Fonds. Mais ce transfert lilliputien n'améliorera que de quelques centièmes de pour cent le poids électoral des pays émergents.
Autrement dit, si l'on veut faire une place enfin significative à la Chine (actuellement 3,66 %) ou à l'Inde (1,89 %), il faut prendre des voix aux pays surreprésentés, c'est-à-dire aux pays européens : Les Vingt - Sept représentent ensemble 32,4 % des voix au FMI (dont 5,88 % pour l'Allemagne et 4,86 % pour la France comme pour la Grande-Bretagne), quand les Etats-Unis ne pèsent que 16,77 %.

LE REFUS DE LA MUTUALISATION :
Jean-Claude Juncker, président de l'Eurogroupe, a donc lancé, lundi 6 juillet, une discussion pour voir s'il ne conviendrait pas que les pays européens acceptent d'abandonner leur représentation individuelle au FMI, pour une représentation collective.
Cette mutualisation aurait deux avantages :
-                     1° L'Union européenne (UE) deviendrait le premier actionnaire et donc la première puissance du Fonds, même si son poids électoral était ramené à 22 % ou 23 % ;
-                     2° Les dix points abandonnés par l'UE permettraient d'améliorer significativement le poids des pays émergents.
Pas question, a répondu Peer Steinbrück(4), le ministre allemand des finances, qui s'est fait, mardi, le porte-parole d'une majorité de ses collègues de l'Eurogroupe. "Il n'est pas possible que nous financions la fête d'anniversaire sans pouvoir ensuite y être invités !", a-t-il grondé. "La France et l'Allemagne refusent catégoriquement une représentation unique de l'UE", confirme-t-il, avant de concéder, dans la foulée, que "la France et l'Allemagne sont tout à fait d'accord pour dire que le statu quo ne peut être maintenu, vu la pression des pays émergents et des Etats-Unis".
Plus diplomate, Christine Lagarde(5) , sa collègue française, a glissé : "C'est un projet qui n'est aujourd'hui ni réaliste ni mûr". Ce qui revient à peu près au même.
Il y a là, au mieux, un refus de choisir ou, au pire, une forte dose d'hypocrisie. Comme en matière d'aide au développement, où les pays riches avaient promis des milliards de dollars que les pays pauvres n'ont jamais vu venir.
Voici qu'ils prônent une meilleure légitimité des organisations internationales, mais sans accepter le partage du pouvoir que celle-ci suppose, compte tenu des sacrifices d'amour-propre à consentir au profit du multilatéralisme.
Alain Faujas


1- LE MONDE | 08 Juillet 2009
2- Lula : en matière économique, « le G8 n'a plus de raison d'être » Article publié le 08 Juillet 2009 Source : LE MONDE Taille de l'article : 353 mots Dans un entretien au « Monde », le président brésilien juge que ce forum ne doit plus rien décider - Il entend que les nouvelles puissances émergentes participent à la gestion de l'économie mondiale. Il est le représentant d'une de ces grandes économies émergentes qui paraissent être en mesure de sortir de la crise actuelle plus vite que les autres. Et, à 64 ans, à mi-parcours d'un deuxième et dernier mandat, le président brésilien, Luiz Inacio da Silva - dit « Lula » -, parle avec l'assurance d'un homme qui est à la tête d'une puissance montante. <http://www.lemonde.fr/sujet/0de0/luiz-inacio.html>