Paradis fiscaux et judiciaires
PARADIS FISCAUX, BONUS:
LE G20 N'A PAS DE
DENTS ! (1)
Cette
crise ne ressemble à aucune autre, plus rien ne sera comme avant, le
capitalisme est mort, etc. Quand on relira dans quelques années toutes ces
déclarations millésimées 2008-2009, on sourira sans doute.
Contrairement
à ce qu'on essaye de nous faire croire à droite comme à gauche,
le capitalisme n'est pas une vieille carne
essoufflée : c'est un animal musclé, élastique, roué et dangereux. Il
est plein de vie, parce qu'il est mû par des forces basiques, les fameux
«
esprits animaux » chers à
Keynes : l'instinct de survie, le besoin d'action, le goût du pari, la
cupidité, le pouvoir, l'aventure, le plaisir de la domination, la compétition…
ce genre de trucs.
Si
les politiques ne font rien pour brider le capitalisme, le domestiquer, il
bouffe les sociétés toutes crues.
C'est
ce qui est en train de se passer, comme en témoigne le désarroi des dirigeants
du G20.
Ils décident par exemple de
s'attaquer aux paradis fiscaux, très bonne idée, et de
contrôler les rémunérations des traders, mesure éminemment saine.
Mais qu'observe-t-on ?
On découvre d'abord l'absence de la liste
des paradis fiscaux de places intouchables :
Londres, Jersey (Grande-Bretagne), Hongkong, Macao (Chine), le Delaware (USA)…
Et
depuis hier, on constate un
concert de
couinements autour de l'affaire des « bonus
garantis » accordés par les banques : Goldman Sachs a
provisionné 20 millions de dollars pour ses bonus à venir, l'équivalent de la
somme allouée par le G8 pour la faim dans le monde » précise Le Monde…
Obama
fustige l'absence de « remords »
des princes de Wall Street, tandis qu'en France, la ministre des Finances
Christine Lagarde dénonce le retour aux anciennes pratiques qu'elle qualifie de
« honte absolue » …
Autant
de déclarations qui relèvent de la tartufferie. Comment peut-on croire un
instant que les banquiers, pris de «
remords »,
vont s'autodiscipliner, et cesser spontanément de couvrir d'or des traders ou
des dirigeants qui, parient-ils, vont les enrichir encore plus ?
Comment
s'étonner, comme le fait Lagarde, que certaines banques étrangères ne
« jouent pas le jeu » ? Et de quelles règles du jeu parle-t-on,
d'ailleurs ?
Si cette crise aurait dû donner une leçon
aux politiques, c'est que l'autorégulation, cela ne marche pas.
Ce qui marche, en matière économique, ce sont les
décisions politiques :
-
La fixation de règles.
-
La réforme des normes comptables ;
-
La nationalisation partielle des banques ;
-
L'interdiction de certaines pratiques
speculatives ;
-
L'interdiction de traiter avec des paradis
fiscaux, etc.
Ce type de décision doit idéalement être pris
«
là où le pouvoir économique a déjà
pris ses aises », comme dit le chantre d'une nouvelle constitution
économique, Paul Jorion : au niveau global. Hélas, aucune institution
globale n'a actuellement suffisamment de dents pour être efficace, et les dents
n'ont pas l'air d'être au programme du G20, simple club informel.
En attendant
,
les Etats, eux, ont un peu plus de dents. Et sur le plan national, il existe
des moyens d'action. L'impôt par exemple, est un outil qui marche bien. En
France, on peut déjà suggérer à Christine Lagarde, la suppression du bouclier
fiscal, qui permettrait d'atténuer certaines des situations d'enrichissement et
de prises de risque qui semblent la choquer tant !
1- Par Pascal Riché Créé
07/22/2009 - 18:47