Paradis fiscaux et judiciaires
LES PARADIS FISCAUX SOUS PRESSION (1)
Parmi
les combats prioritaires d’Europe Ecologie figure la lutte contre les paradis
fiscaux.
Notre stratégie pour continuer à mettre la pression
sur ce dossier a commencé à prendre forme ces deux dernières semaines :
1° En tant
que nouvelle présidente de la commission Développement du Parlement européen,
Eva Joly va pouvoir mettre à l’ordre du jour une enquête sur le rôle des
paradis fiscaux dans les pays du Sud.
Une étude américaine a montré que le manque à gagner
pour les Etats du Sud à cause de l’évasion fiscale dans les paradis fiscaux est
trois fois supérieur au montant de l’aide publique au développement. Mais nous
ne disposons pas d’étude européenne sur le sujet pour confirmer cette première
estimation.
Si
le travail mené au sein de la commission Développement aboutit à des
conclusions similaires, nous pourrons alors justifier des propositions comme
l’arrêt de tout financement par la banque européenne d’investissement de
projets ayant recours aux services financiers des paradis fiscaux.
2° Deuxième angle d’attaque, la
commission Affaires économiques et monétaires.
Avec mon collègue des Verts allemands, Sven Giegold, co-fondateur du
Tax justice networket, ancien
représentant d’
Attac Allemagne, nous allons proposer des amendements
dans les directives sur les marchés financiers qui parviendront devant notre
commission avant la fin de l’année. Une liste d’une dizaine de propositions
concrètes sera publiée fin août conjointement par Europe Ecologie et les Verts allemands,
à l’occasion des
journées d’été des Verts et d’Europe Ecologie qui se
tiendront du 20 au 22 août à Nîmes.
3° Troisième fenêtre de tir, le G20 de
Pittsburgh les 24 et 25 septembre. Depuis le G20 de
Londres au printemps, les paradis fiscaux ont signé des conventions bilatérales
avec des Etats comme la France pour échapper au fait d’être dans la liste grise
publiée au lendemain du sommet de Londres.
Le
contenu de ces conventions, qui porte notamment sur la question du secret
bancaire, représente un progrès mais ce n’est qu’un premier pas. La convention
avec la Suisse par exemple conditionne la coopération des banques suisses au
fait que l’administration ou la justice du pays demandeur d’informations soit
en capacité de fournir le nom et l’adresse de la société, le nom de la banque
qui héberge le compte et la période concernée.
Or,
il existe en Suisse 10.000 banques privées et, rien qu’aux Iles vierges,
800.000 sociétés écrans. Ainsi, la possibilité pour l’administration française
ou allemande d’identifier la bonne société écran et la bonne banque privée est
rendue quasi nulle sans la coopération
ex
ante des autorités suisses. C’est pourquoi
il faut instaurer ce qu’on appelle «l’échange
automatique d’information» qui oblige n’importe quelle banque à informer
les autorités fiscales qu’une société ou qu’un résident d’un des pays de
l’Union européenne a ouvert un compte chez elle.
Même chose pour les registres de société,
pour que l’administration fiscale française sache obligatoirement qu’un
résident français a créé une société à Jersey ou aux Iles Vierges.
Sans ce type
de réforme, la volonté de réguler la finance mondiale restera un écran de
fumée. C’est pourquoi nous proposerons au Parlement européen de l’intégrer
dans la résolution qu’il votera lors de la séance plénière de la mi-septembre,
soit une semaine avant le G20 de Pittsburgh.
Cette
résolution n’a pas force de loi, mais elle constitue une indication de la
volonté politique du Parlement. Nous verrons alors, par exemple, si les
parlementaires européens de l’UMP seront capables de passer du discours aux
actes sur la «moralisation» du capitalisme …