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Bulletin Spiritain de Justice et Paix Novembre 2008 |
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Au Chapitre Général de Torre d’Aguilha de 2004, les Spiritains ont été invités à reconnaître l’appel à la mission dans l’ " Aréopage " du monde d’aujourd’hui. Le terme Aréopage a aussi été fréquemment utilisé lors du récent Conseil Général Elargi à Ariccia, où ont été évalués nos engagements missionnaires des quatre dernières années. Le terme que nos documents utilisent vient de Ac 17, 16-31. De cet endroit particulier d’Athènes, Paul, le prototype de tous les missionnaires, proclame la Bonne Nouvelle dans ce centre culturel du monde ancien. Paul est un novateur. Par sa prédication à l’Aréopage, il apporte la Bonne Nouvelle dans un lieu nouveau et inattendu ; il prend un risque tout en manifestant courage, innovation et enthousiasme dans sa tâche missionnaire. La section 3 des documents du Chapitre Général de 2004 fait état de plusieurs situations semblables dans l’Aréopage actuel. Tous nous pourrions offrir beaucoup d’autres exemples pour compléter la liste. Beaucoup, et peut-être surtout Spiritains, vivent ces situations. Cette édition de ce bulletin nous dit l’intérêt des Spiritains dans l’Aréopage d’aujourd’hui dans les six parties du monde. La liste est variée, allant du ministère auprès des enfants marginalisés à la défense de l’environnement, le travail pour les objectifs du millenium, le ministère de la santé dans des circonstances très pénibles, la responsabilisation des gens pour donner des réponses concrètes et effectives aux injustices. Assurément l’Aréopage est un lieu très naturel pour nous qui vivons notre charisme comme Spiritains. Au cours de l’année St Paul actuelle, il convient de laisser l’exemple de l’audace missionnaire de Paul nous provoquer et nous encourager encore à nouveau. Cet exemple, à côté de l’héritage spiritain qui nous appartient comme notre trésor et nous rappelle le choix semblable de tant de confrères au fil des ans, nous inspire et nous rend innovants et courageux dans notre démarche missionnaire vers les nombreux Aréopages actuels. John Kilcrann CSSp.
Service Spiritain JPIC, Rome Papouasie Nouvelle Guinée: ministère spiritain de la santé THEODORE PIERRE ( theodorepierre@hotmail.com ) travaille à Wewak, en Papouasie Nouvelle-Guinée. Au cours des huit dernières années, son ministère s’est centré sur les handicapés physiques et mentaux. Dans une lettre récente, il nous donne un aperçu sur ce ministère spiritain tout à fait typique. Je continue à travailler avec les handicapés mentaux et physiques, enfants et adultes. Je suis un infirmier formé, mais je ne fais ni injection ni ne mets aucun pansement. Je me concentre surtout dans le domaine de la formation à la santé et dans la fourniture d’équipements pour les handicapés (par ex. chaises roulantes, béquilles, barres parallèles et machines à coudre), et de même pour l’équipement destiné à l’examen médical. Je passe aussi pas mal de temps et d’énergie à conscientiser les gens, qui vivent dans des régions plus isolées, à des problèmes de santé. L’objectif est d’améliorer la situation sanitaire par des mesures préventives, des traitements et la rééducation. Les personnes accueillies viennent de diverses régions et appartiennent à différentes religions que l’on trouve en Papouasie – Nouvelle-Guinée. Je suis heureux de travailler avec eux. Cette année, nous nous concentrons sur les maladies tropicales dans nos sessions de formation pour les élèves des diverses écoles et les gens des villages. Ces maladies tropicales sont la cause principale des handicaps. Dans les régions plus isolées, nous n’avons ni clinique, ni centre de rééducation, nous faisons donc des consultations libres à l’ombre des arbres. Au début de cette année, j’ai voulu construire trois petits centres de rééducation dans des régions isolées, mais je n’avais pas les ressources nécessaires pour faire avancer ce projet. Donc mon plan est raté ! J’essaierai de l’achever en 2008. Plusieurs situations me donnent vraiment du souci :
Mais deux jours plus tôt, ils étaient présents à une campagne ciblée sur le Sida. Le gouvernement donne la priorité aux programmes de lutte contre le VIH/Sida à cause des subventions et des condoms. Je sais qu’il y a 40 mille personnes infectées en Papouasie par le Sida, mais les décès des personnes handicapées ne viennent pas seulement du Sida. Ce sont aussi les maladies tropicales, comme neuro-paludisme, tuberculose, méningite, pneumonie, asthme, tétanos et polio, sans parler des conflits familiaux et inter-tribaux. Mais nous ne recevons rien du gouvernement pour ce travail. Je signale aussi que la majorité des admissions en salles d’opération provient de femmes battues par les hommes avec des coups de couteau et de bâtons, spécialement sur les mains et les jambes. A noter que les femmes, ici, ne sont pas folles, mais selon la coutume en Papouasie Nouvelle Guinée, elles n’ont jamais raison. Promotion des objectifs du Millenium : l’accès à l’eau Thérèse Osborne ( therese785@yahoo.com ) est une Spiritaine associée travaillant dans le diocèse de San Miguel, El Salvador. Elle a envoyé récemment un rapport très intéressant sur son travail dans les communautés. L’accès à l’eau est au centre de son ministère. Ce qui suit est un extrait tiré de son rapport. L’accès à l’eau a été l’objectif de notre travail pendant l’année dernière à la paroisse de Santa Rosa de Lima. Notre Programme de Promotion Humaine et de Développement Durable, cherche à contribuer de manière modeste à l’accomplissement des objectifs du Millenium : réduire de 50%, d’ici à 2015, le nombre des personnes à travers le monde qui n’ont pas d’eau potable. C’est une tâche très compliquée. Pratiquement, nous avons aménagé un modèle de réservoir d’eau de pluie en ferro-ciment pour permettre aux familles pauvres de collecter de l’eau de pluie pendant les six mois de la saison des pluies. Depuis la fin 2005, nous avons construit 19 réservoirs dans le village de Quebrada Honda, à San Sebastian. Chaque réservoir de la taille d’une famille contient 20.000 litres, suffisamment pour offrir une vingtaine de litres par personne et par jour pour la boisson et la cuisine pendant la saison sèche. En économisant attentivement l’usage de l’eau, les familles ont pu s’en servir aussi pour la toilette, le lavage du linge et de la vaisselle. C’est une nouvelle expérience pour eux que d’avoir de l’eau près de leur maison, au lieu de la chercher à une demi-heure et davantage dans une rivière polluée, pour emmener le seau d’eau dont ils ont besoin et le porter à la maison. J’étais ravie de l’entendre de femmes qui, maintenant, ont un peu plus de repos – un luxe pour les vies de dur labeur ! Dans la communauté voisine de Los Melgares, nous sommes en train de construire des réservoirs pour plusieurs familles, contenant chacun 46.000 litres. Trois ou quatre familles vont partager ces réservoirs. Bien sûr, cela signifie de délicates négociations pour que l’eau soit distribuée en justice. L’esprit qui domine dans le monde, c’est celui de la privatisation et de l’accaparement, non pas celui du partage. A nouveau nous voici affrontés aux tendances à contre-courant. Un important critère pour la participation au projet de l’eau, c’est la participation à une longue série de sessions de préparation. Ces sessions nous donnent l’occasion du dialogue sur les problèmes rencontrés dans la mise en œuvre du projet. Nous examinons les conditions de vie des gens avant qu’ils obtiennent l’eau, en leur demandant la distance parcourue et le temps passé à chercher de l’eau, le prix de l’eau pendant la saison sèche, et la fréquence des maladies parasitaires des enfants, dues à l’eau contaminée. Nous ferons des études après que les familles auront obtenu un réservoir, et compareront les résultats. Je suis choquée par certaines informations qui arrivent ici. Les familles pauvres passent 25 à 30 heures à puiser de l’eau chaque semaine à des sources contaminées. Certaines paient plus de $35 par semaine pour acheter de l’eau par fûts auprès d’un vendeur local. C’est pour moi un mystère : comment font-ils ? Ainsi, tout en continuant nos efforts, nécessairement limités, pour trouver une solution en faveur des familles affrontées aux problèmes d’accès à l’eau, nous posons une question plus fondamentale : pourquoi la vaste majorité des gens pauvres souffre de façon disproportionnée de manque d’eau, alors qu’un petit pourcentage de familles à travers le monde peuvent avoir de l’eau au robinet dans leurs maisons. Entrer dans le monde des enfants de la rue Pierre Jubinville ( jubinvillep@yahoo.com ), originaire de la Province du Canada, a travaillé dans des contextes divers au Paraguay : ministère paroissial, formation spiritaine et responsable du groupe spiritain. Dans " Spiritan " de février 2008, il décrit son ministère avec les enfants de la rue. En 2000 on m’a chargé du programme de formation pour de jeunes Paraguayens intéressés à la formation pour futurs missionnaires spiritains. La résidence des étudiants était située au cœur de la métropole très animée " d’Asunción, tout près du marché central. Quelle différence avec la paisible province rurale à laquelle j’étais habitué ! Le marché était à lui seul une ville grouillante. Le marché central d’Abasto comportait tous les produits, locaux et internationaux, pour l’approvisionnement des détaillants. Il y avait un mélange de citadins et ruraux, légaux et illégaux, riches et pauvres, gens honnêtes et truands, Guarani et Espagnols. J’ai décidé que ce serait ma nouvelle mission. Près de notre résidence spiritaine j’ai trouvé une unique fondation. Callescuela était une école de la rue, comme son nom le dit, où un groupe de Sœurs du Sacré Cœur et un groupe de bénévoles utilisaient la rue comme école au service des enfants de la rue. Nos séminaristes ont commencé à travailler comme bénévoles et nous avons ouvert notre cour arrière pour le foot et notre maison pour le programme des garçons et filles de la rue. Le programme s’est développé peu è peu et bientôt notre communauté et ses installations ont été pleinement intégrées à Callescuela. Les cuisiniers et serveurs bénévoles occupèrent notre cuisine, les garçons organisaient le foot dans la rue et dans notre cour et les filles dansaient dans notre salon. On enseignait les sciences et les métiers dans chaque pièce de la maison. On organisa bientôt des célébrations de rue. Quelles joyeuses fêtes c’était, spécialement la fête annuelle de St Jean ! Le groupe des bénévoles était à présent une vraie communauté, et nous avons commencé à nous réunir deux heures par semaine pour prier, réfléchir et planifier. En 2003, la Callescuela avait grandi en taille et en diversité. Notre salle de bain a été agrandie pour offrir des douches pour les enfants, on a trouvé de la place pour la coiffure. On a enseigné la broderie, le dessein, la peinture, les modèles de construction dans touts les coins et recoins de la rue. On a réservé un espace pour le volley et le basket. A Callescuela, nous devenions de plus en plus importants dans la vie des préadolescents et adolescents au service desquels nous travaillions. Nous avons appris à les connaître individuellement, et ce que signifie d’être un enfant de la rue. Beaucoup de bénévoles, réalisant les terribles conditions de vie dans lesquelles vivaient des jeunes, ont désiré faire entrer dans notre programme des médecins, des travailleurs sociaux, des fonctionnaires de l’éducation et des hommes politiques. Mais plutôt qu’introduire des professionnels et des spécialistes, le groupe des bénévoles, appelé maintenant " Gotas de Amor ", a décidé de continuer à s’occuper de la nourriture, de la communauté, des récréations et des amusements. Nous avons réalisé qu’il n’y avait ni travailleurs sociaux ni éducateurs spécialisés. Nous étions des bénévoles disposant de peu de temps chaque semaine. Le mieux que nous puissions faire, c’était de construire des relations signifiantes de confiance avec chaque garçon et chaque fille. Ils ne venaient pas à nous pour voir un docteur pour les soigner, ni pour acquérir des compétences en vue de l’université. Ils venaient pour jouer, s’amuser, être en sécurité, célébrer. J’ai dit avec insistance à nos bénévoles que les gamins que nous servions étaient des enfants ; ils étaient des personnes, non pas des problèmes à résoudre. Le marché est leur monde, ils peuvent y faire quelques petits boulots pour les marchands, vendant des fruits, des légumes, des cartes bingo et des billets de loterie. Ils ramassent les déchets, les produits trop mûrs et abîmés, s’en servant pour nourriture et les vendant à des gens plus pauvres qu’eux. Ils ramassent de grands plastiques, des cartons, des métaux et autres objets pour les vendre. Beaucoup sont nécessaires à l’économie familiale, spécialement si leur mère est seule, et beaucoup le sont, avec des enfants plus jeunes à élever, comme la plupart. Le Paraguay a adopté des accords internationaux qui condamnent le travail des enfants. Mais ce n’est pas le problème de nos enfants de la rue. C’est la pauvreté qui les exploite. La pauvreté leur refuse la possibilité d’avoir une vie normale d’écoliers et de loisirs. Elle limite beaucoup la possibilité de grandir, de développer leurs talents, de profiter de l’amour de parents généreux. En 2006, un changement signifiant commença à se produire dans les rues et les équipements de la Callescuela. Voilà que soixante-dix à quatre-vingt jeunes, plus âgés et dépendants de la drogue, profitaient des programmes et commençaient à prendre leur place. L’atmosphère de la rue avait changé. Nous avons donc décidé de transporter Callescuela dans la zone du marché. La municipalité a fourni un bâtiment et des terrains. Nous avons transporté toutes nos activités dans le nouvel établissement, et nous avons découvert que le marché était le lieu d’habitation de près de deux cents enfants. Notre communauté s’est agrandie instantanément. Notre groupe de bénévoles a grandi en proportion. Maintenant environ cent cinquante repas sont servis. Nous rencontrons maintenant les mamans de nos enfants. Elles sont toutes extrêmement pauvres. Mais la place est très limitée tout comme les fonds. Les installations sont très primitives. Mais on a commencé plusieurs classes d’éducation de base. Nos jeunes Spiritains sont essentiels pour cette initiative. Leurs programmes d’initiation sont bâtis autour de leur service à Callescuela. Nous, les Gotas de Amor, nous avons des espérances et des rêves. Nous voyons nos gamins jouer au volley avec une balle faite de filets à oignons et couverte d’un plastique de sac à provision. Mais nous sommes certains que notre ministère est valide, que nous sommes des éducateurs dans la tradition de l’éducation spiritaine. Nous nous sentons en pleine harmonie avec la chaîne des écoles spiritaines à travers le monde, depuis les écoles de brousse en Afrique jusqu’à l’Université Duquesne aux USA. Et nous sommes fiers d’être une partie de ce glorieux héritage. " Avoir la vie et l’avoir pleinement " João Derickx ( rainha@conectus.com.br ) a travaillé pendant les quarante dernières années en Amazonie où il a été spécialement attentif à la défense des pauvres et à l’écologie. Il a publié deux livres sur les problèmes de l’écologie dans la région – " Juruá - O Rio que Chora " ((1993) et " Reserva Extrativista – Mais vida neste Chão " (2007). Nous présentons quelques extraits de son interview dans une récente édition de Encontro, mettant en relief son travail depuis des années. Pendant les années 1970, dans les assemblées annuelles de la Prélature de Téfé avec les prêtres, religieux et agents pastoraux, nous avons parlé de l’exploitation du peuple. La population locale a été clairement exploitée par les propriétaires de plantations de caoutchouc et par les commerçants locaux qui agissaient sans scrupule. L’environnement a été endommagé par les exploitants du bois et par ceux qui sont impliqués dans la pêche commerciale. Ce dernier groupe vient avec ses grands bateaux bien équipés pour la pêche depuis les villes comme Belém et Manaus, vidant les lacs de leur poisson. Ils tendent leurs filets à travers les embouchures des " igarapés " (affluents) et des lacs et ne retiennent d’ordinaire que le poisson qu’ils peuvent vendre ; ils le gardent dans la glace, et jettent le poisson qui n’a pas de valeur commerciale, en le laissant pourrir sur les rives. Ils ont l’habitude d’envahir les lacs et de voler le poisson. Ce qui signifie littéralement affamer les populations locales de ces endroits. C’est ce qui nous a choqué et mis en colère, moi et mes collègues, surtout dans la région de la rivière Juruá. C’était spécialement vrai pour le défunt Frère Falco. C’était une personne qui a vraiment lutté contre les bateaux prédateurs de poisson. Il a conscientisé les populations de la zone de la rivière pour qu’elles s’opposent à ces pêcheurs et envahisseurs en vue du commerce, et pour préserver les lacs comme source de nourriture. De fait, certains lacs ont été désignés comme " sanctuaires écologiques " avec interdiction d’y toucher ; on se sert d’autres lacs comme source de nourriture. Mon option pour mon ministère, c’était de donner une vie meilleure à ce peuple exploité de la région d’Amazonie. En Jean 10,10, Jésus dit : " Je suis venu pour qu’ils aient la vie et qu’il l’aient en abondance. " Cette phrase dite par Jésus m’a inspiré pour prendre la défense de la population et pour exposer mes expériences dans les deux livres que j’ai écrits. J’ai toujours offert mon assistance pastorale à ce peuple qui a subi tant de souffrances. J’ai travaillé avec eux dans les communautés ecclésiales de base, dans les syndicats et les organisations locales. Je crois que c’était la meilleure manière de défendre l’Amazonie dont a tellement abusé la cupidité des exploitants. Je crois aussi que c’était le meilleur moyen de promouvoir la population locale dans tous les aspects de la vie et d’aider à préserver l’environnement. Le résultat a été très positif. Ces vingt dernières années, plus de soixante réserves naturelles ont été établies à travers le Brésil – la plupart d’entre elles dans la région de l’Amazonie. A présent, la population est beaucoup plus conscientisée ; elle sait bien mieux comment exiger ses droits. Mais il y a encore beaucoup d’agences du gouvernement qui ont besoin de progresser de façon signifiante. L’Eglise de la région de l’Amazonie est bien plus consciente de cette question et est maintenant engagée dans les questions qui touchent à l’environnement. Dans notre Congrégation, les Spiritains qui travaillent en Amazonie ont aussi apporté leur contribution. Parce que nous y sommes, nous pouvons aussi aider à rendre plus conscients, à l’intérieur de la Congrégation et ailleurs, des problèmes de la région d’Amazonie et des défis qu’elle présente. Nous avons aidé, par exemple, à choisir l’Amazonie comme sujet de la campagne de carême dans tout le Brésil. J’ai travaillé personnellement sur la campagne nationale de carême 2007 et j’ai eu l’occasion de présenter mon livre dans diverses villes brésiliennes. J’ai donné des conférences en différents endroits, avec la participation de la Ministre de l’Environnement, Marina Silva. J’ai donné des interviews à des journaux, à la radio et à la TV. J’y ai parlé de l’Amazonie et promu sa défense à travers le Brésil. De même, l’évêque de Téfé, Dom Sergio, a visité différents diocèses du Brésil et a parlé de l’Amazonie. Dans notre Congrégation, nous sommes arrivés à donner à l’Amazonie le statut de mission prioritaire. De nouveaux missionnaires spiritains y arrivent, et nous avons maintenant sur place un groupe de confrères de plusieurs nationalités. Commission Justice et Paix : Donner des réponses concrètes et efficaces Armel Duteil ( armelduteil@yahoo.fr ) travaille en Guinée depuis 1996. Il est actuellement responsable du ministère pastoral social du diocèse et, au niveau national, de la Commission Justice et Paix. On peut trouver des informations détaillées de ses différents engagements pastoraux à http://armel.duteil.free.fr Je continue mon travail à Kataco et dans les différentes communautés de la paroisse, avec tout ce que cela comporte d’animations et de tournées dans les villages pour les prières, la formation humaine et le développement dans tous ses secteurs : santé, éducation, groupements artisanaux, etc. Mais depuis octobre, l’essentiel de mon temps est consacré aux deux commissions dont on m’a donné la responsabilité au niveau national : " Justice et Paix " et " Pastorale sociale " (c’est-à-dire tout le travail social et d’éducation et de développement de l’Eglise). Dans la Commission " Justice et Paix ", nous ne sommes que sept personnes, mais tous les membres sont vraiment très motivés et engagés malgré leurs nombreuses autres occupations (familiales, professionnelles, politiques et autres) et leurs nombreux engagements aussi bien dans l’Eglise que dans la Société. L’action de cette commission s’inscrit tout à fait dans le plan d’action stratégique des Eglises d’Afrique de l’Ouest, et dans la préparation du prochain Synode des Eglises d’Afrique. La création de cette commission tombe à point nommé dans les circonstances difficiles que nous vivons au niveau du pays. Nous avons rédigé une lettre de Carême pour amener, non seulement les chrétiens mais les différents groupes et couches de la population à réfléchir à ce que nous vivons. Nous venons de terminer une lettre de Pâques qui s’adresse à tous, là aussi, pour essayer de donner quelques pistes d’avenir pour le pays. Mais nous cherchons surtout à poser les bases pour une action efficace à long terme sans nous enfermer dans les problèmes du moment. Pour cela, nous avons organisé des sessions de formations dans les six doyennés, regroupant chacun six ou sept paroisses du diocèse, pour expliquer ce qu’est une commission " Justice et Paix ", voir les problèmes qui se posent plus précisément dans la région, chercher des pistes de solutions et comment travailler avec tous, puisque chrétiens nous sommes une petite minorité (environ 5 %), et comment s’organiser pour mettre en place des pistes d’actions réalistes et concrètes. Notre priorité est de mettre dans chaque paroisse une commission " Justice et Paix " qui pourra non seulement voir comment les problèmes se posent à la base, mais surtout donner la parole aux populations et agir sur le terrain concrètement et efficacement. Ce n’est pas facile, il faut réveiller les gens car c’est un engagement délicat et parfois même dangereux. C’est plus facile de se retrouver pour prier, pour organiser des fêtes. Mais est-ce que notre responsabilité de chrétiens peut se limiter à cela ? D’autre part, les gens préfèrent souvent des choses très brillantes, des grandes conférences, passer à la télévision où tout le monde pourra les voir, ou à la radio où on pourra se faire entendre, mais sans que cela aboutisse à des changements réels au bénéfice des gens les plus pauvres. Peu à peu, les choses se mettent en place et déjà certaines paroisses sont organisées, souvent en accueillant des musulmans au sein de leur commission. Nous travaillons spécialement au niveau de l’Eglise avec la commission des jeunes, celle de la famille, et celle de la communication (les médias) et aussi avec les fraternités des femmes qui sont très actives et dynamiques. Nous avons tenu une journée de réflexion avec les religieux et religieuses du diocèse ; plusieurs paroisses ont organisé des rencontres impliquant spécialement les jeunes et en leur permettant de dialoguer avec les responsables politiques, les responsables des différentes religions et les opérateurs économiques qui ont intéressé beaucoup de personnes. Le temps du Carême a été un temps fort de réflexions et d’actions dans les paroisses et mouvements de jeunes et d’adultes, dans les rencontres de responsables de communautés et de catéchistes. Dans la plupart des Communautés de bases, les participants se sont engagés dans un grand effort de réconciliation : réunir les gens qui ne se parlent plus, régler des problèmes qui traînent depuis des années et les tensions inter familiales, pour des questions de terrains, d’héritages ou autres, et qui empoisonnent la vie sociale. Nous avons décidé une rencontre générale de toute la famille pendant ce temps de Carême pour se réconcilier entre parents (et la famille guinéenne, comme partout en Afrique, est une famille très large), pour régler les différends entre mari et femme, entre parents et enfants, entre beaux-parents et alliés, etc. En effet, c’est d’abord dans le cœur et à la base que la paix peut se construire. Au début du mois, j’ai également assisté, au nom de la Guinée, au premier congrès des Commissions " Justice et Paix " de toute l’Afrique, organisée par le SCEAM (Symposium des Conférences des Eglises d’Afrique et de Madagascar). Sur ce thème voir mon site ( http://armel.duteil.free.fr ). Ethiopie : Ouvrir de nouveaux horizons aux enfants Borana Le site internet de la Province de France a une section d’information JPIC régulièrement mise à jour : (aller à http://www.spiritains.org/ et cliquer sur le lien "Justice & Paix" en bas de la page). L’article suivant, édité sur le site internet, est un exemple intéressant de ce que font les spiritains. La région Borana est la région le plus au sud de l’Éthiopie, à la frontière du Kenya. La population principale est composée de Borana, éleveurs nomades qui se déplacent à travers leur vaste territoire à la recherché de pâturages et d’eau pour leur bétail dont ils dépendent pour leur survie. Pour le monde extérieur, ils sont considérés comme des gens non éduqués et non développés. En dehors de leur environnement, ils sont considérés comme inférieurs et sujets aux discriminations. Leur territoire est très grand, 300 Km sur 300 Km, avec quelques centres administratifs. Les Boranas sont les principaux fournisseurs de viande de bœuf du pays, mais ce sont les commerçants qui tirent le plus de profit de la vente de bétail. La santé, l’éducation, les services vétérinaires et le commerce sont aux mains des étrangers. Doucement quelques Borana trouvent du travail dans ces domaines. Leurs maisons sont faites de bois et terre, faciles à ériger mais aussi facilement attaquées par les termites. Les femmes entretiennent la maison, préparent la nourriture, récoltent l’eau et le bois. Elles ont aussi leur tour de garde des troupeaux. Les hommes eux ont le privilège des décisions, responsables des troupeaux pour les pâturages et l’abreuvage. Les jeunes enfants gardent les veaux et les chèvres et en grandissant passent à garder les bœufs, vaches et chameaux. Les Spiritains sont venus en territoire Borana en 1972. Après consultation d’un certain nombre d’officiels du gouvernement et d’anciens nous avons décidé de nous impliquer dans le développement de l’éducation, au service des Boranas. Nous avons vu que le manque d’éducation était le problème le plus important de la société Borana. Nous avons ouvert notre première école primaire en 1975 à Dhadim (12 Km au nord de Yabello). La deuxième fut ouverte à Dhoqqolle (85 Km au sud de Yabello) en 1981. Pendant des années, les sécheresses périodiques, les batailles entre nomades, le manque de personnel, le changement de gouvernement en 1991, nous ont empêchés d’étendre notre engagement. À la fin des années 80, évaluant la situation, nous réalisons que nos élèves sortant de nos écoles primaires faisaient face à de grandes difficultés en voulant joindre le lycée gouvernemental à Yabello. Étant Boranas, venant de familles nomades ayant peu de contacts en ville, ils dépendaient des arrangements de pensionnats gouvernementaux durant leurs années de lycée. Aussi parce que les Boranas sont généralement pauvres ils ne pouvaient poursuivre leur éducation, le prix du pensionnat étant trop cher. Les Spiritains décidèrent que la construction d’un foyer serait la solution, fournissant aux étudiants un lieu ou dormir et manger, où ils peuvent étudier le soir, tout en suivant les cours au lycée gouvernemental dans la journée. Le foyer fut construit, tout d’abord pour les garçons en 1997 et ensuite pour les filles en 2002. Ces foyers comprennent des dortoirs, une salle à manger et cuisine, une salle polyvalente équipée avec télévision et vidéo, des bureaux et une bibliothèque. Avec seulement 3 employés nous aidons les étudiants le soir par des cours supplémentaires d’anglais. Nous organisons aussi une sorte de vie communautaire chrétienne avec des temps de prières et d’études bibliques. Deux petits groupes de catéchèse fonctionnent. Une autre école primaire a aussi été ouverte en lien avec le gouvernement à Dharitto (20 Km à l’est de Yabello.) Dans tous ces efforts, nous sentons que nous ouvrons les enfants Boranas et leurs parents à des horizons nouveaux, améliorant leur vie au quotidien. |