Justice et Paix
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Combattre le terrorisme... : commencer par s'asseoir

Les images des deux avions fonçant sur les tours du Trade World Center m'ont bouleversé, comme tous les habitants de la planète. C'est bien un événement mondial, puisque tout le monde en a parlé. Avec la prise de conscience de quelque chose de nouveau, non sans parfois une tendance à exagérer: " début dune nouvelle guerre mondiale, etc. ". Les chrétiens ne peuvent pas rester passifs devant ce choc, ni devant les préparatifs de guerre des USA Il est important de réfléchir, de nous éclairer mutuellement de voir comment orienter les décisions de nos dirigeants politiques.
Avant de partir en guerre, il faut commencer par s'asseoir: Qui est l'adversaire que je vais affronter ? Suis-je assez fort pour espérer la victoire ? Quel sera la prix à payer ? Quelles seront les conséquences ? Le conseil de Jésus (Lue 14, 31-32) est plus que jamais d'actualité.

Qui est l'adversaire ?
Dans une guerre classique, on a deux armées en face, on sait d'où viennent les coups. Ce n'est pas le cas ici. L'adversaire est invisible. Il est donc urgent d'attendre, de concentrer d'abord tous les efforts pour identifier l'adversaire de manière précise et claire. Sinon, on tapera dans le vide, ou sur des innocents.
L'adversaire est-il un Etat comme dans une guerre classique ? Non. L'adversaire, ce sont des groupes de terroristes, une " nébuleuse de réseaux " dit-on : des hommes organisés, expérimentés, pas très nombreux,

mais dont la force réside dans leur extrême détermination. Le suicide fait partie de leur stratégie. Il suffit d'une vingtaine d'hommes décidés pour détourner quatre avions civils et réussir à en orienter trois sur leur cible en créant d'énormes dégâts, avec des canifs pour seule arme. Les stratèges américains avaient tout imaginé, en dépensant des milliards pour la guerre des étoiles, sauf à ça

Lutter contre le terrorisme, mais comment ?
Lutter contre le terrorisme en " faisant la guerre " aux terroristes dans un conflit armé, comme on s'y prépare en Afghanistan, sera-t-il efficace ? Oui, dira-t-on, parce que l'on aura éliminé une certain nombre de terroristes, ou de leurs amis, et que les autres auront peur. Non, bien plus vraisemblablement, parce que la mort, programmée dans leur combat n'est pour eux aucunement dissuasive. Et leurs émules risquent de se multiplier pour les remplacer, surtout si la guerre se présente comme une guerre raciste (contre les Arabes) ou religieuse (contre les musulmans). La perspective de la mort suscitera de nouveaux héros prêts à sacrifier leur vie pour la cause au lieu de les dissuader.
Quand l'organisme engendre des cellules cancéreuses, suffit-il d'éliminer les cellules cancéreuses pour stopper le mal ? Ne faut-il pas agir plutôt au niveau de ce qui les produit ?
Lutter contre le terrorisme en faisant la guerre contre ceux qui les soutiennent, leur donnent asile ? Comme c'est le cas pour l'Afghanistan avec Oussama ben Laden ? Sans doute cette riposte aura-t-elle une certaine efficacité, comme on a pu le voir avec Khaddafi :les coups qu'il a reçus l'ont amené à se montrer plus discret dans son soutien aux terroristes. Mais va-t-on, pour venger la mort des innocents disparus dans l'attentat de Manhattan en tuer autant, ou dix fois plus, en Afghanistan ? Ne serait-ce pas se laisser entraîner dans la logique du talion dont on constate la totale inefficacité en Israël depuis des mois ? Or, n'est-il pas inquiétant de voir dans certaines émissions de la CNN le titre de " retaliation ", comme si le modèle à suivre était celui de Sharon ?

Le vrai lieu du combat
Nous ne prétendons pas que la solution est simple, au bout de quelques " il n'y qu'à "... Mais nous pouvons au moins tenter de discerner entre les chemins sans issue ou désastreux et ceux qui peuvent apporter un progrès vers la paix véritable, Sans doute est-il nécessaire de mettre hors d'état de nuire les terroristes, leurs commanditaires et leurs complices. Mais pas n'importe comment. Mettre l'Afghanistan à feu et à sang pour s'emparer de ben Laden " vivant ou mort " ? Non, si c'est pour créer des milliers d'autres ben Laden !
Quels moyens de lutte alors ? Plusieurs responsables politiques réagissant sur l'événement, dont Hubert Védrne, ont indiqué plusieurs pistes :
- isoler les pays soutenant les terroristes par une action mondiale concertée du plus grand nombre de pays possible sur les plans politique et économique, pour les contraindre à " lâcher " les terroristes réfugiés chez eux.
Ce n'est qu'après avoir mené jusqu'au bout, avec patience et ténacité, cette pression que l'on pourra recourir au conflit armé.
- Renforcer et améliorer la concertation des polices dans le monde, car la lutte à entreprendre relève bien plus de la police que de l'armée. Mais il faudra pour cela y consacrer davantage de moyens financiers, d'imagination et de détermination. Peut-être faudra-t-il accepter pour cela de perdre un peu de ses libertés individuelles, sans tomber dans un Etat policier. On a vu que les passagers des avions acceptaient bien les contrôles renforcés et minutieux ces derniers temps, et qu'ils en étaient même plutôt rassurés.
- Renforcer et améliorer le contrôle dans les aéroports et sur les avions ; peut-être même mettre des éléments armés sur chaque vol important, mieux contrôler les agissements des personnes apprenant à piloter, etc.
- Mais surtout remonter aux causes, et essayer de comprendre le phénomène. D'où vient que des hommes soient prêts à se suicider pour défendre une cause ?

On ne peut se contenter de répondre en disant: c'est le fanatisme, l'intolérance, le djihad... La réponse est trop facile. Il y a une énorme frustration, dans toute une partie du monde, qui est explosive. Elle peut sans doute utiliser des forces religieuses plus ou moins perverties, mais la cause profonde n'est pas là.
Non qu'il faille légitimer le terrorisme sous l'emprise d'une mauvaise conscience d'un Occident nanti. Il s'agit de comprendre pourquoi des hommes en sont arrivés là, à ce comportement suicidaire. N'est-ce pas en les aidant à retrouver des raisons de vivre, n'est-ce pas là finalement le vrai combat pour anéantir le terrorisme ?
Comprendre le terreau qui l'engendre et le transformer, comme disait Védrine. Cela conduira les USA et les pays occidentaux à repenser radicalement leur politique étrangère à l'égard des pays d'où viennent les terroristes, les relations économiques mondiales.
Voilà quelques balbutiements, pour tenter d'y voir plus clair. L'effondrement des tours de Manhattan est un signe, comme celle de Siloé (Lc 13, 4-5): une invitation à changer notre monde, si nous ne voulons pas " tous périr de la même manière ".

",Jacques Fédry, s.j.
Yaoundé



2ème déclaration des Comboniens du Sud-Soudan : 18 février 2001
SUIVI DE LA DECLARATION DES MISSIONNAIRES COMBONIENS TRAVAILLANT AU SUD
SOUDAN

Depuis notre "Déclaration" du 19 janvier 2001, nous avons reçu des réactions variées. Nous sommes conscients que pendant que certains ont regretté l'audace que nous montrions avec une telle initiative, sans avertir aucun groupe dissident ou groupe politique, d'autres ont donné à notre intervention une interprétation que nous n'avions jamais soupçonnée. Certains l'ont utilisée à leurs propres fins.

"Que le Soudan dépose toutes les armes."
Ceci est le cœur de notre déclaration. Nous sommes missionnaires et nous devons répondre aux soldats qui s'accusent d'avoir tué et qui nous demandent s'ils devraient retourner au front ou non !!! Il est temps que nous suivions notre conscience en conformité avec nos principes moraux. Maintenant, plus que jamais, nous affirmons de la façon la plus forte possible (c'est une affaire de conscience) que la guerre au Soudan est devenue immorale et sans objet. Nous avons besoin de paix; le peuple Soudanais a besoin de paix, et nous nous engageons à faire tout ce que nous pouvons pour que finisse cet holocauste, à tout prix ! Oui, à tout prix, parce que cela ne coûtera pas plus cher que ce que les deux côtés sont déjà en train de payer. Il est vrai qu'il y a encore beaucoup de gens parmi les pauvres et les cœurs simples qui sont sincères et combattent pour les droits humains et la libération totale du Soudan.
Ceux-ci représentent le véritable espoir de la fin de la guerre.
Cependant le moment est venu pour ceux qui sont encore convaincus qu'ils combattent au nom de Dieu et de la Religion, qu'ils combattent pour une "guerre sainte" ou une guerre de défense, d'ouvrir les yeux et de voir la réalité du commerce et de l'injustice sociale qui se trouve derrière l'écran de la religion. La guerre est immorale et personne ne devrait coopérer à la maintenir.
Nous adressons notre appel passionné et impartial au SPLM/A, au Gouvernement du Soudan et à toutes les factions en guerre: au nom de Dieu, déposez vos armes ! Nous affirmons catégoriquement que c'est encore plus insensé de continuer ainsi.
Le Soudan est en train de se saigner à mort. Dieu, dans la religion chrétienne et dans l'Islam, à des degrés divers, nous dit que nous devons nous aimer et demeurer en paix, que tuer est un péché. Aucune des parties en guerre ne gagnera à continuer ainsi. Le Nord et le Sud sont tous les deux perdants. Nous implorons le Nord et le Sud de demander non seulement l'assistance humanitaire mais aussi l'assistance politique de la part de la communauté internationale et par sa médiation. Mais, avant tout, arrêtez la guerre.
Les bénéfices des puits de pétrole sont employés à jeter plus avant le pays dans le chaos, plutôt qu'à promouvoir la qualité de la vie des gens. De cette façon le pays gage son futur. La guerre ne fait qu'apporter la mort et la destruction. Les seuls bénéficiaires de cette situation de guerre sont les marchands d'armes, les compagnies internationales de pétrole.
Ceci est le sens de notre "Déclaration" et nous regrettons que certains parmi les membres du Gouvernement de Khartoum aient donné une impression absolument fausse sur le fait que nous sommes allés à Bruxelles durant l'Assemblée Parlementaire des ACP-EU, le 30 janvier 2001: un groupe de travail sur l'impact des sanctions. .
Nous faisons remarquer au GOS que notre Déclaration n'avait aucune intention particulière, et qu'elle ne permet pas l'interprétation unilatérale qu'ils ont choisi de donner. En fait, le Nord devrait être le premier à déposer les armes, depuis qu'il a provoqué la guerre avec les politiques d'oppression, de discrimination et d'imposition de la Shari'a.

Concernant notre appel à la Communauté Internationale. Nous n'avons pas là à raconter les épisodes terribles qui sont à l'ordre du jour dans le Sud Soudan où le pétrole est disponible. Que le GOS ait créé une zone tampon tout autour des champs pétroliers est un fait bien connu. Avant qu'une compagnie pétrolière ne commence ses opérations à un endroit donné, Khartoum fait le nettoyage, d'abord par des raids en avion, puis l'armée est envoyée pour effrayer les survivants par le rapt, la torture ou les crucifixions contre les arbres. Les régions autour des champs pétroliers sont ainsi complètement désertées. Les seuls que l'on trouve sont des techniciens de la compagnie pétrolière et les soldats qui maintiennent les gens loin et défendent les champs de pétrole.
A la communauté internationale, nous disons : Changez votre approche du Soudan. Adoptez la logique de la paix. Renoncez à la logique du profit sans scrupule. Vous devez savoir, sans aucune ombre ni doute, que vous faites couler le sang de beaucoup de gens innocents. La communauté internationale semble être en train de donner facilement l'offensive diplomatique vers Khartoum avec l'appât de la richesse pétrolière. Un manque général de volonté pour trouver une solution politique à la crise est évident.
L'ONU et l'OUA sont-ils indifférents à la tragédie du Soudan ? Alors que le reste du monde fait des pas de géants avec l'efficacité et la rapidité des ordinateurs, le Soudan tente la même chose avec une binette que les canons continuent à détruire. Le train a quitté la gare et le Soudan est en train de le poursuivre pour l'attraper par la queue. Est-ce qu'il y parviendra ? Nous avons affirmé que nous avions une grande foi dans la force des martyrs pour une paix définitive. Cependant, nous disons aussi  que le Soudan l'obtiendra s'il laisse d'abord les moyens de destruction et s'il commence à construire une paix juste et qui demeure et si les Soudanais montrent de la compassion les uns envers les autres. C'est un holocauste qui doit être stoppé : nous avons eu trop de victimes. Si nous ne cessons pas, l'histoire nous jugera et nous condamnera pour toujours.
Le coordinateur du comité  Justice et Paix


Les Spiritains Européens :
suivent les événements de Palestine et s'engagent.

Dans chaque Province spiritaine, en particulier en Europe, il y a un Délégué provincial à la Justice et à la Paix. Cette fonction, dans trois Provinces, est exercé par des laïques engagées auprès des Spiritains. Le rôle du délégué est de maintenir dans la Province spiritaine la préoccupation de tout ce qui touche à ce thème qui est un élément constitutif de la vocation spiritaine.

Nous considérons comme partie constitutive de notre mission d'évangélisation :

Nous devons, de ce fait, nous faire "les avocats, les soutiens et les défenseurs des faibles et des petits contre tous ceux qui les oppriment" (Libermann)
Règle de Vie spiritaine, n 1 14<.div>

C'est annuellement que les délégués provinciaux européens se réunissent, pour faire le point sur leurs activités et celles de leur Province. Cette année, ils se sont rencontrés à Torre d Aguilha, près de Lisbonne, au Portugal, Si leur thème de réflexion était la question des Réfugiés et demandeurs d'asile en Europe, ils n'en ont pas pour autant oublié l'actualité.
En octobre, et malheureusement toujours aujourd'hui, la Palestine fait la une de cette actualité, avec un nombre effrayant de morts, en général des personnes jeunes. Outre le vol de sa terre et les humiliations permanentes dont le peuple palestinien a été la victime, sans oublier à la fois l'histoire douloureuse du peuple juif et l'attitude terroriste d'une partie non négligeable du peuple palestinien lui-même, les faits sont là pour montrer où sont les victimes et où sont les oppresseurs. Les Spiritains ne sont pas en Palestine, ni dans aucun des pays du Moyen-Orient ; on peut d'ailleurs le regretter. Néanmoins, aucun d'entre eux ne restera insensible aux souffrances d'un peuple spolié et humilié. Il n'est d'ailleurs pas rare de voir les Spiritains s’investir pour de justes causes où ils ne sont pas engagés directement et cela au nom de la défense des droits fondamentaux de la personne humaine, de la dignité de chaque homme, bref de leur propre vocation spiritaine. Ce fut le cas en son temps du Chili ou du Salvador, plus récemment de Timor oriental, et donc actuellement de la Palestine.

Lors de cette rencontre européenne des Délégués provinciaux Justice & Paix, il n'a pas été possible de ne pas réagir à l'événement. Une lettre, signée de tous les participants à cette réunion, a été envoyée à l'ambassadeur d'Israël à Lisbonne, puisque la rencontre était au Portugal. On notera qu'un Provincial, celui d'Angleterre, était présent, représentant ses pairs ; il y avait aussi deux Provinciales, les Soeurs spiritaines s'associant désormais à ces rencontres pour la défense de la Justice et de la Paix. Se trouvaient également là le délégué Justice et paix pour l'ensemble de la Congrégation, le Secrétaire européen des Spiritains et divers experts.
Nous donnons ici cette lettre, avec les signatures et qualités des participants. (traduction en langue française ; l’original étant en protugais.)


A Monsieur l'Ambassadeur d’Israël au Portugal


Dans un passé récent, le peuple juif a été l'objet de discrimination raciale. Il a été victime de la violence portée à son paroxysme dans les camps d’extermination. Aucun d'entre nous n’est insensible à l’injustice qui a été perpétrée à l'encontre de votre peuple par des nations occidentales. Nous regrettons vivement cette page de notre histoire commune et nous luttons afin que pareille horreur ne se reproduise plus.

Aujourd'hui, nous sommes témoins d'une violence inacceptable et disproportionnée perpétrée par l'armée in israélienne contre le peuple palestinien. Elle a a occasionné de nombreuses victimes civiles.
Elle risque de compromettre le processus de paix.

Membres de la Congrégation du Saint Esprit, travaillant dans 56 pays, et coordinateurs de la Commission Justice et Paix de dix pays d'Europe, nous sommes réunis à Lisbonne, où nous tenons notre conférence annuelle. A cette occasion, nous tenons à vous exprimer notre indignation, et nous vous demandons de faire pression sur le gouvernement de M. Ehud BARAK pour que celui-ci accepte de s'asseoir à la table des négociations et recherche avec le gouvernement palestinien, en lien avec la communauté internationale, des accords de paix respectueux des droits tant du peuple palestinien que du peuple israélien.
Soyez assuré Monsieur l'Ambassadeur de nos sentiments très respectueux/

>
John McFADDEN
Supérieur Provincial d’Angleterre
Gabriel MYOTTE-DUQUET
Vicaire Provincial de France
Paulette DESCHAMPS
Supérieure Provinciale de France
Maria Alice AREIA
Supérieure Provinciale du Portugal
Jean-Pierre GAILLARD
Secrétaire Européen des Spiritains
John KILCRANN
Coordinateur pour la Congrégation
Mariélle BEUSMANS
Coordinatrice Provinciale des Pays-Bas
Bächel ACKERSCHOTT
Coordinatrice Provinciale d’Allemagne
Roland BUGNON
Coordinateur Provincial de Suisse
Jos de BACKERE
Coordinateur Provincial de Belgique
Pat McNAMARA
Coordinateur Provincial d’Irlande
Heliodoro MACHADO SANTOS
Coordinateur Provincial d’Espagne
José REIS GASPAR
Coordinateur Procincial du Portugal
Gérard SIREAU
Coordinateur Provincial de France
Maureen SOARES
Coordinatrice Provinciale d’Angleterre
Miroslaw ZABROCKI
Coordinateur Provincial de Pologne
Michael BEGLEY
Expert en question de Justice et Paix
Ann-Marie FELL
Agent de Pastorale Sociale



DOUALA-CAMEROUN :
Rafles, arrestations, tortures

une lettre du Cardinal Tumi


Douala le 16 juin 2000

A l'attention de Mr le Gouverneur
de la Province du Littoral
DOUALA


J'ai l'honneur de vous adresser cette lettre concernant le mal que fait le "Commandement Opérationnel" dans le Littoral.

En effet depuis la mise en place du dit Commandement,. Des nombreux cas de torture, de blessures graves et d'assassinat sont signalés sur des victimes innocentes ou peut-être coupables masi sans jugement.

Monsieur le Gouverneur,
Permettez-moi d'attirer votre attention sur le fait que le grand banditisme qui est à la base de la mise sur pied du "Commandement Opérationnel" a pour cause ce constat effarant:

- La vente d'armes et des munitions par les hommes en tenue aux bandits.
- La mise en location des armes, munitions, uniformes aux bandits pour des opérations spéciales par ces mêmes éléments
- La création des groupes de gangs par les hommes en tenue à qui sont distribué les outils de travail : armes, munitions, poignards, uniformes et cartes professionnelles.

La complicité, par la présence de certains éléments de la force de l'ordre dans le groupe des gangs pendant les opérations qui donne courage aux vulgaires bandits.

L'aide matérielle et financière (argent et voitures) pour les opérations en changeant les plaques d'immatriculation.
Toutes ces causes ont incité l'autorité de l'Etat à mettre sur pied le Commandement Opérationnel dont vous avez la charge, dans le but de palier à ces exactions qui minent la sécurité sociale, chose normale.

Or, nous constatons à notre grand étonnement que le Commandement Opérationnel a inséré en son sein des anciens prisonniers pour pouvoir livrer leurs amis braqueurs et autres malfaiteurs et peuvent ainsi indexer des personnes à leur bon vouloir; ils seront directement appréhendés et exécutés.

Le Commandement Opérationnel a recensé certains coins de la ville de Douala et en a fait des lieux d'exécutions extrajudiciaires (des abattoirs humains) tels que Youpwè, Logbessou, route de la Dibamba (brousse), Bassa, le petit Nkaki… La population de Douala vit sous torture et arrestations arbitraires. Des rafles inopinées, des interpellations intempestives. On croyait que le but du Commandement Opérationnel était de libérer la population de toute peur et inquiétude. Le contraire est vrai aujourd'hui/

A propos des Rafles

Les gens sont raflés à toute heure sans sommation. On les fait descendre des cars, bus, taxis, voitures personnelles, jusqu'aux élèves que l'on fait asseoir dans laboue avant de les rouer de coups. Après ils sont déversés dans les cars les uns sur les autres, on les piétine, ou ils sont amenés à la brigade de Gendarmerie de Mboppi, à celle des antigangs de la gendarmerie de Bonanjo, et à la base militaire de Bonanjo afin d'être torturés et ainsi obligés de faire de faux aveux.

Ce n'est qu'au petit, matin que les corps sont retrouvés, de part et d'autre, dans certains grands axes de la ville. Jusqu'à ce jour, les camions militaires pleins de gens circulent dans la ville avec des personnes nues de jour colle de nuit et l'on ignore la destination exacte de ces convois pour constater tout simplement à la fin, de nombreuses disparitions. Le public de Douala vit dans la peur, car à chaque instant, les hommes chargés de "l'ordre ". font irruption dans un lieu et jettent tout le monde dans un camion et les font descendre, moyennant parfois, la somme de 2000 ou 5000 francs Cfa par personne. Qu'ont-elles fait pour s'acquitter de ces "amendes"?

Que dire des Arrestations Arbitraires ?

Des nombreuses familles sont victimes des arrestations et des pillages. Dans certains cas des fillettes malades et des bébés sont abandonnés à eux-mêmes. Pendant la prise d'assaut du Commandement Opérationnel dans certains domiciles, des bijoux, de l'argent et autres objets précieux sont parfois emportés.

Les occupants de certains foyers sont bastonnée, jetés dans les cars comme des objets telle cette jeune fille presqu'à terme de grossesse qui a été brutalement précipitée dans un camion avec d'autres personnes ramassées dans les vidéo clubs, et les ventes.à emporter, pour se retrouver infortunée à la base militaire de Bonanjo sans aucun égard pour son état. A cette base militaire, les personnes arrêtées ont été toutes appelées à subir le châtiment d'une dame, spécialisée en bastonnade et torture. Blessées et tuméfiées de partout; ces. personnes sont obligées de faire la "roulade dans la boue" y compris les femmes enceintes. Au refus de ces femmes de se rouler dans la boue, un des hommes en tenue ripostera: "Ne savez-vous pas qu'on peut vous enlever cette grossesse ? Ici, on enlève les enfants dans le ventre des femmes. Si vous ne faites pas la roulade, on va vous retirer ces enfants." Heureusement que tous les hommes en tenue ne sont pas aussi cyniques, quelques-uns pris de pitié sont intervenus pour qu'on ne fasse pas subir de telles humiliations aux femmes dans leur état avant qu'elles ne soient identifiées !

Mais à la nuit tombante et sous la pluie quand ladite dame revient, elle exige une "'dose" supplémentaire de torture. Un jeune garçon très malade est jeté dans la cellule des hommes dont les paies, de suite de torture, pourrissaient et répandaient les asticots car la cellule où ils étaient enfermés est sans toiture. Ces hommes ont vécu pendant trois jours dans cette insalubre cellule pour se voir accorder la liberté, y compris les femmes enceintes, le quatrième jour. Pour certains autres infortunés qui sont restés, on retrouvera les corps en décomposition après deux semaines. Il s'agit de: Alain Dikanda, Badi Binam Aimé, Essolo Jacques et un certain Olivier ...

Il faut signaler qu'à la base militaire, ces rescapés ont trouvé un gang conduit par un certain sergent. Celui-ci, un repris de justice qui venait à peine de retrouver la liberté après six ans d'incarcération. En dépit de son corps déchiqueté par la torture, il lui était toujours administré sa "dose" de bastonnade à outrance. Ces gens n'avaient pas droit à la nourriture. Ils en sont morts, tels que: Baba Malan, Mlle Matimba...

Parmi les nombreuses personnes tuées par le Commandement Opérationnel, bien des filles ont trouvé inutilement la mort parce que supposées être des "copines" des braqueurs. Ces filles sont souvent battues à leur arrestation, non seulement parce qu'on les accuse de complicité avec les malfaiteurs, mais surtout parce qu'elles refusent les avances des agents du Commandement Opérationnel.

Mlle Carine Yoth, placée en garde à vue à la Prison Centrale de Douala depuis le 17/2/2000 par le Tribunal Militaire, y croupit parce que son "copain" présumé braqueur, est en fuite et recherché. Est-ce normal dans un Etat de droit?

Quand les personnes arrêtées sont déferrées au parquet il n'est pas rare que le Commandement Opérationnel débarque pour identifier les suspects et les amener, Dieu sait où et les corps ne sont jamais retrouvés !

Que dire de ce jeune homme de 16 ans que sa mère, dans un excès de colère à cause du caractère difficile de son enfant, a remis à la disposition de la police, sans doute pour lui faire peur et qui a été tué parmi les exécutés du Commandement Opérationnel au mois de mars ?

Ousmane Diallo a reçu une balle par la bouche un début d'après-midi; ne pouvant plus parler, il a été jeté en prison où il est mort le 18 Mai 2000 car il ne pouvait ni parler, ni manger.

Il faut également noter les cas d'ordre de mise en liberté mitigée. Une fois libérés, ceux-ci sont directement filés et abattus par les éléments du Commandement Opérationnel. Les libérations elles-mêmes, se font en fonction d'une certaine somme d'argent versée sans reçu.

Monsieur le Gouverneur,
A ce jour, on a tendance à croire que le Commandement Opérationnel a baissé les bras, mais il est à retenir qu'il fait plus de mal. Depuis un temps, au large du cours d'eau Nkam qui sépare les Provinces du Littoral et de l'Ouest, des corps sont découverts là-bas au jour le jour, ce n'est ni plus ni moins l'oeuvre d'un système meurtrier.

Le jeudi Saint de cette année, pendant que les chrétiens de la Paroisse Notre-Dame des Sept Douleurs (à Douala) allaient faire l'adoration du Saint-Sacrement, les éléments de votre Commandement ont fait irruption sur le lieu et ont emmené des fidèles qui attendaient leur tour pour l'adoration.. Ils sont mis à tabac sans motif apparent, ce qui a provoqué la. panique pour la plupart.

A la Prison Centrale de Douala, des espions du Commandement Opérationnel sont présents pour dénoncer les prévenus afin de leur faire subir des sévices.

Par ce manque de justice au Cameroun, le Commandement dont vous avez la charge se livre à des exécutions extrajudiciaires où bon nombre d'innocents sont tués. La population profite de ce climat d'insécurité pour assouvir qui, ses vieilles rancunes contre les voisins, qui sa haine contre un tel au un tel qu'il aimerait voir souffrir. C'est ainsi que des règlements de compte sont signalés parce que tout le monde peut appeler le Commandement Opérationnel et raconter ce qu'il veut.

Il y a le cas de ce jeune homme photographe de son état qui a été exécuté sous le regard de sa femme indexée par son beau-frère malfrat évadé de la prison de Kribi sous prétexte que cette dernière refusait son union avec sa petite soeur à cause de sa "vocation" de braqueur. Comment peut-on parler d'un jugement équitable lorsque nous savons que tous ces grands bandits ont été tués sans aucun jugement au préalable ?

Des nombreux parents ont été exécutés à la place de leurs fils recherchés par le Commandement Opérationnel, à ce jour -un chiffre exact ne peut pas être publié.

Beaucoup de familles n'ont pas retrouvé les corps de leurs fils. Plus de cinq cents personnes exécutées., hommes et femmes confondus, jeunes filles et garçons.

Est-il vraiment possible, Monsieur le Gouverneur, que l'on exécute les hommes à base de simples présomptions dans un Etat de droit ? Sur quelle base agit. le Commandement Opérationnel et quel texte régit son champ d'opération ? Pouvez-vous le publier pour éviter les équivoques ? Quelles sont les limites du Commandement Opérationnel et peut-il garantir la sécurité sociale à l'allure où vont les choses ? Ne peut-on pas -mettre hors d'état de nuire ces grands bandits sans les tuer? Le monde civilisé aujourd'hui est contre la peine de mort même pour un meurtrier.

Monsieur le Gouverneur,
Les exécutions extrajudiciaires constituent une violation des droits fondamentaux de l'homme et sont un outrage à la conscience universelle. Ces homicides illégaux perpétrés sur un ordre d'un Gouvernement ont été toujours condamnés par les Nations Unies et le demeurent.

Pour que les plus hautes autorités de l'Etat se veulent non coupables, elles doivent montrer leur totale opposition en réagissant aux exécutions extrajudiciaires.

Pour ce faire, elles doivent faire savoir à tous les membres de la Police et de l'armée ainsi qu'à d'autres forces de sécurité sociale, que les exécutions extrajudiciaires ne sauront être tolérées en aucune circonstance sans qu'un jugement équitable et impartial soit fait au préalable et communiqué conformément aux. normes de la législation en vigueur.

Les articles 8 et 10 de la Constitution de la République disent clairement: "Toute personne a droit à un recours effectif devant les juridictions nationales compétentes contre les actes violant les droits fondamentaux qui leur sont reconnus par la Constitution ou par la loi." (art. 8);. "Toute personne a droit en pleine égalité à ce que sa cause soit entendue équitablement et publiquement par un Tribunal indépendant et impartial, qui décidera soit de ses droits et obligations, soit du bien fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle. " (art 10).

Au terme de cette lettre, vous pouvez avoir l'impression que je défends l'impunité et le mal, ce qu'à Dieu ne plaise. Mon. souci pastoral est de venir au secours des innocents. et de demander que la justice soit faite. Celui qui mérite le châtiment sera puni en fonction de son, crime après avoir été jugé, mais d'une façon équitable et impartiale.

J'ai la tentation très forte de publier cette lettre si les tueries arbitraires par le Commandement Opérationnel continuent.

Avec l'assurance de mes prières pour que vous meniez à bien votre lourde mission, je vous prie, Monsieur le Gouverneur, de croire en mes sentiments patriotiques, en ma foi en l'homme et en la valeur inestimable de la vie, le plus grand don que Dieu a fait à tout homme même aux grands bandits.

Cardinal Christian TUMI

Archevêque de DOUALA



Afghanistan
Guerre aux femmes

Le gouvernement afghan mène la guerre aux femmes. La situation s'est détériorée à un tel point que dans un éditorial du Times, quelqu'un à compare le traitement des femmes là-bas au traitement des juifs dans la Pologne du pré-holocauste. Depuis la prise de pouvoir des Taliban en 1996, les femmes doivent porter le burqua, sont battues et lapidées en public si elles n'ont pas l'habit adéquat, ne fut-ce que si le filet ne couvre pas leurs yeux. Une femme à été battue à mort par une foule de fondamentalistes pour avoir incidemment expose son bras en conduisant. Une autre à été lapidée à mort pour avoir tente de quitter le pays avec un homme qui ne faisait pas partie de sa famille. Les femmes ne sont pas autorisées à travailler ni même à sortir sans un parent de sexe masculin. Les femmes qui travaillent en tant que professeurs, traductrices, médecins, avocates, artistes et écrivains ont été contraintes de quitter leur travail et ont été renvoyées à la maison, de sorte que les dépressions deviennent tellement répandues que le phénomène à atteint un seuil d'urgence. Il n'est pas possible dans une société islamique à l'extrême de connaître le taux de suicide avec certitude, mais les représentants d'organismes humanitaires estiment que pour les femmes, qui ne parviennent pas à trouver les médicaments et traitements adéquats pour dépression grave et préfèreraient mourir que vivre dans ces conditions, le taux à augmente de manière significative. Les maisons occupées par des femmes doivent avoir leurs fenêtres peintes de sorte que les femmes ne puissent jamais être vues de l'extérieur. Elles doivent porter des chaussures qui ne font pas de bruit, de manière à ne jamais être entendues. Les femmes craignent pour leur vie à la moindre "mauvaise conduite". Le travail leur étant interdit, les femmes célibataires ou sans membres de la famille de sexe masculin meurent de faim ou mendient dans la rue, fussent-elles titulaires d'un doctorat. Il n'y à pratiquement pas de traitements médicaux disponibles pour les femmes, et les représentants d'organismes humanitaires ont pour la plupart quitte le pays. Dans l'un des rares hôpitaux pour femmes, un journaliste à trouve des corps immobiles, presque sans vie, couches sur des lits, enveloppes dans leur burqua, réticents à parler, à manger ou à faire quoi que ce soit, dépérissant à petit feu. D'autres sont devenues folles. On les à vues tapies dans des coins, se balançant ou pleurant, pour la plupart, de peur. Un médecin envisage de laisser ces femmes face à la résidence du Président en signe de protestation pacifique quand le peu de médicaments restant sera épuise. La situation est arrivée à un point ou le terme "violations des droits humains" est un euphémisme. Les maris ont droit de vie et de mort sur les femmes de la famille, en particulier sur leurs épouses, mais une foule en colère à tout autant le droit de lapider ou de battre une femme, souvent jusqu'a ce que mort s'en suive, pour avoir exposé une once de chair ou avoir offense l'un d'entre eux de la manière la plus insignifiante. Selon David Cornwell, les Occidentaux ne devraient pas juger le peuple afghan pour ces traitements car cela fait partie de leur "culture ", ce qui est faux : Jusqu'en 1996, les femmes jouissaient d'une relative liberté pour travailler, généralement pour s'habiller comme elles le souhaitaient, pour conduire et apparaître seules en public. La rapidité de la transition constitue la raison principale des dépressions et des suicides. Les femmes qui par le passe, étaient éducatrices ou médecins ou qui simplement étaient habituées à des libertés humaines basiques sont à présent durement réprimées et traitées comme des sous-êtres, au nom de l'islam fondamentaliste et rétrograde. Il ne s'agit pas de tradition ou de culture, au contraire. Les mesures sont extrêmes, même dans les cultures ou le fondamentalisme constitue la règle. Par ailleurs, s'il était possible de tout excuser par la culture, nous ne devrions pas être horrifies de ce que les Carthaginois sacrifiaient leurs nouveaux-nés, de ce que des petites filles sont excisées dans certaines régions d'Afrique, de ce que les noirs dans les années 30, au fin fond des Etats-Unis étaient lynches, interdits de vote, et forces à se soumettre à des lois racistes. Tout être humain à le droit à une existence tolérable, y compris les femmes d'un pays musulman situe dans une partie du monde que les Occidentaux ne comprennent pas. Si nous pouvons user de menaces militaires au Kosovo au nom des droits humains des Albanais, l'OTAN et l'Occident peuvent certainement dénoncer pacifiquement le scandale de l'oppression, du meurtre et de l'injustice commis à l'encontre des femmes par les Taliban.




Agir
avec Amnesty international


Agissez pour mettre un terme
aux enlèvements, aux viols
et à l'esclavage sexuel
des femmes et des jeunes filles
en Sierra Leone.

 

Les enlèvements, les viols et l'esclavage sexuel de femmes et de jeunes filles constituent l'un des aspects les plus abjects et révoltants du conflit armé qui ravage depuis neuf ans la Sierra Leone. Ces agissements doivent cesser. Nous vous invitons à participer à la campagne d'Amnesty International contre ce type d'atteinte aux droits fondamentaux de la personne humaine et à encourager d'autres hommes et femmes à vous imiter.

Amnesty International a publié le 29 juin 2000 un rapport intitulé
Sierra Leone. -Viols et autres violences sexuelles dont sont victimes femmes et jeunes filles. Ce rapport adresse un certain nombre de recommandations spécifiques à toutes les forces impliquées dans le conflit et, au-delà, à la communauté internationale, pour que cessent les atteintes aux droits humains et que les victimes soient aidées. L'Organisation prie instamment ceux qui le souhaitent de se servir de ce rapport pour mener campagne en faveur des droits des femmes et des jeunes filles en Sierra Leone.

Ce que vous pouvez faire

en vous fondant sur les recommandations d'Amnesty International à l'adresse de la communauté internationale, organiser des campagnes d'envoi de lettres, de pétitions, de courriers électroniques, etc., pour faire pression sur le gouvernement de votre propre pays afin qu'il agisse ;

  • organiser des campagnes d'envoi de lettres au gouvernement sierra-léonais, en vous fondant sur les recommandations contenues dans ce rapport;
  • organiser des campagnes publiques en direction de l'ambassade du Libéria dans votre pays, afin de demander au gouvernement libérien d'user de son influence sur les forces rebelles opérant en Sierra Leone, pour que cessent les exactions commises à l'encontre des femmes et des jeunes filles ;
  • encourager les organisations et les groupes dont vous faites partie à agir en condamnant publiquement les atteintes aux droits fondamentaux des femmes et des jeunes filles perpétrées dans le cadre du conflit armé interne qui déchire la Sierra Leone, en organisant des campagnes et en affichant leur soutien à la campagne d'Amnesty International ;
  • solliciter des soutiens en faveur de la campagne d'Amnesty International, en diffusant largement son rapport au sein de l'organisation ou de la communauté dont vous faites partie et en encourageant les gens à agir ;
  • distribuer le rapport d'Amnesty International auprès d'autres organisations ou groupes oeuvrant en faveur des femmes ou des enfants, des organisations humanitaires et de défense des droits humains, des Églises et des autres organisations religieuses dans votre propre pays, en les encourageant à agir;
  • susciter l'attention des médias dans votre propre pays, par exemple en envoyant des lettres ouvertes aux journaux et aux magazines, ou en distribuant le rapport d'Amnesty International aux journalistes.

Vous êtes invités à rester en contact avec la section d'Amnesty International de votre pays et à la tenir informée des actions que vous mènerez au sujet de la Sierra Leone. S'il n'existe pas de section d'Amnesty International dans votre pays, veuillez faire parvenir les informations pertinentes au Secrétariat international d'Amnesty International
(adresse: West Africa Team, 1
Easton Street, London
WCIX ODW,
Royaume-Uni,
télécopie: 44 (0) 20 7956 1157,
adresse électronique: amnestyis@amnesty.org
Pour plus d'informations concernant l'action d'Amnesty International à propos de la Sierra Leone, nous vous invitons à consulter notre site Intemet : http://www.amnesty.org

Amnesty International, le 6 juillet 2000




ILS attendent toujours...
DES PAYS LES PLUS PAUVRES. (Cologne, 19 juin 1999)


Le 19 juin 1999, lors de la rencontre du G7 à Cologne, les pays riches annoncent l’annulation de dettes des pays les plus pauvres. Depuis, des voix s’élèvent au Nord comme au Sud : les populations du Sud ne voient rien venir. Elles continuent de supporter le poids de la dette.

Le G7 n’envisage que des allégements de dette partiels. Malgré refontes de termes et discours en faveur de la lutte contre la pauvreté, ces allégements sont toujours conditionnés à la mise en œuvre des programmes d’ajustement structurel (PAS) du Fonds monétaire international (FMI).
Les pays qui en bénéficient ne voient baisser leurs remboursements qu’imperceptiblement.
Notre Réseau Foi et Justice Afrique-Europe invite à faire pression sur le gouvernement français pour annuler la dette des pays pauvres à l’égard de la France dans des conditions qui enclenchent un réel développement humain.
Pour ce qui concerne la France, ni transparence, ni participation des sociétés civiles ne semblent à l’ordre du jour. Seuls 7 des 34 pays ont intégré le processus. La majorité d’entre eux ne bénéficiera pas d’allégements de dette avant 2003, alors que les populations subissent quotidiennement le poids de l’endettement. Plusieurs pays créanciers envisagent aujourd’hui des mesures plus ambitieuses : La France a un rôle à jouer. Elle doit faire des propositions.
Du fait des PAS exigés par les créanciers, les pays pauvres doivent attendre jusqu’à six ans avant de pouvoir bénéficier d’allégements de dette partiels. Comment tolérer ces délais alors que le Programme des Nations-unies pour le développement (PNUD) estime que la mort de 3 millions d’enfants pourrait être évitée si le remboursement de la dette était utilisé pour l’éducation et la santé ?
Les réductions de dettes multilatérales annoncées à Cologne sont insuffisantes, malgré un 1er pas franchi à l’occasion des assemblées annuelles de la Banque mondiale et du FMI. Le financement des allégements de dette multilatérale a en effet été trouvé : par des contributions des États membres mais également pour le FMI par la réévaluation d’une partie de son stock d’or.
C’est-à-dire par une simple opération comptable ! Les sources de financement existent, mais les allégements de dette restent faibles, par manque de volonté politique. Plusieurs pays créanciers s’orientent vers l’annulation totale.
Le 29 septembre 1999 le président américain annonce l’annulation à 100 % des dettes dues aux États-Unis par les pays pauvres très endettés : " C’est, a-t-il également déclaré, un impératif économique et moral en ce moment de consensus général. " Son secrétaire d’État a quant à lui ajouté : " Nous chercherons à ce que d’autres nous rejoignent. " Même s’il convient de prendre cette annonce avec prudence, ce mouvement vers l’annulation totale est un bon signe. Royaume-Uni et Canada semblent vouloir suivre.

Plus de 550 000 Français signent pour l’annulation de la dette des pays pauvres : rien de changé...

La France détient environ le 1/3 des créances sur ces pays (environ 90 milliards de F), soit plus du double des États-Unis. Son engagement sur cette voie est primordial. Aucune solution ne peut être envisagée sans sa participation. Quand se décidera-t-elle ?
Les allégements de dette bilatérale et multilatérale décidés à Cologne s’inscrivent dans le cadre de l’initiative Pays pauvres très endettés (PPTE) du FMI et de la Banque mondiale, institutions contrôlées par les pays du G7 qui déterminent les conditions d’allégements de dette exigées des pays pauvres.
Les Associations de solidarité internationale dénoncent avec insistance les PAS imposés par les pays créanciers comme condition. Ces programmes impliquent trop souvent des mesures néfastes pour les populations et le développement.
Lors des assemblées annuelles de la Banque mondiale et du FMI à Washington en septembre 1999, un début de réponse est obtenu : le FMI déclare vouloir intégrer la notion de lutte contre la pauvreté dans ses programmes. Une mini révolution !
Mais les associations restent sceptiques face à cette nouvelle orientation, car pour le FMI la lutte contre la pauvreté passe avant tout par ces mêmes PSA.
La France et les autres pays du G7 doivent ici jouer un rôle afin que les mesures décidées à Cologne ne soient pas un cadeau empoisonné.
En France plus de 550 000 personnes ont déjà signé la pétition pour l’annulation de la dette des pays pauvres.
Or, non seulement les mesures annoncées restent largement insuffisantes mais elles ne sont toujours pas mises en œuvre. Il est aujourd’hui nécessaire de rappeler au gouvernement français que depuis Cologne le Sud ne voit rien venir !

Dès 1989 la Suisse annulait ses créances vis-à-vis des pays pauvres

La question de la transparence est primordiale pour que le problème de la dette soit enfin résolu.
Transparence sur les prêts effectués dans le passé : qui a prêté quoi, à qui, et pourquoi ? Plonger dans l’histoire de la dette devrait permettre de désigner les responsables au Nord comme au Sud et d’envisager la récupération des fonds détournés. Transparence de la politique menée aujourd’hui pour qu’une telle situation ne se reproduise pas et que les fonds dégagés bénéficient réellement aux populations.
Alors qu’un dialogue constructif s’était instauré entre le gouvernement et les Associations de solidarité internationale (ASI) sur la question de la dette, aucune rencontre officielle n’a eu lieu depuis Cologne. Les ASI s’interrogent maintenant sur les intentions réelles du gouvernement en matière d’annulation de la dette.
Les ASI de la campagne ont donc écrit fin septembre 1999 au ministre des Finances et au ministre délégué à la Coopération, afin de leur demander de reprendre le dialogue engagé. Sans réponse à ce jour.
La campagne française a rappelé au gouvernement que les 550 000 signataires de la pétition demandent que : " les gouvernements des nations les plus riches […] annulent la dette des pays pauvres très endettés pour l’an 2000, dans la transparence et avec la participation de la société civile. "
La participation des sociétés civiles du Sud est essentielle si l’on veut s’assurer que les sommes dégagées par les annulations servent directement les besoins des populations et en particulier des plus vulnérables.
À titre d’exemple, la Suisse a annulé ses créances vis-à-vis des pays pauvres dès 1989. Une partie des sommes ainsi dégagées a été reversée à des fonds spéciaux, les "fonds de contrepartie".
Gérés à la fois par le gouvernement local, le gouvernement créancier et la société civile locale, ces fonds financent, et dans la transparence, des projets directement utiles à la population dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’aide à la petite entreprise.
Les associations entendent promouvoir auprès du gouvernement français ce type de processus afin que les annulations de dette servent le développement.
Gérard Sireau

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