AIMEZ - VOUS COMME JE
VOUS AI AIMÉS !
Surgissent de temps en temps, probablement dans
toute vie humaine, des moments où l'amour quotidien, sans prétention, qui se
différencie à peine d'un égoïsme raisonnable, se trouve
soudainement placé
devant le
choix d'aimer sans récompense,
de
faire confiance sans garantie, de
s'engager là où il n'y a apparemment qu'aventure absurde, une aventure qui ne
peut rien rapporter !
Dans de
telles occasions, la liberté humaine se trouve devant un choix :
- Celui d'être prudemment lâche,
de
se dérober, de ne pas s'engager soi-même ou, au contraire,
- Celui de l'audace qui consiste à
aimer véritablement,
au sens propre du terme, comme un
"sujet" libre, en faisant audacieusement confiance, ce qui semble
absurde, mais reste pourtant - ô miracle des miracles - à notre portée
.
À ce
moment-là, il n'y a plus de terre ferme, dont on pourrait vérifier,
par avance, la solidité. C'est alors que
la liberté a plus d'audace que ne lui en concèdent les calculs du bon sens.
C'est alors qu'elle prend des risques et que le "sujet" lui-même
tombe dans l'insondable, dans l'infini où demeure Dieu, car l'expérience de
Dieu ne peut se faire en définitive que dans cette chute où se dérobe
toute
terre ferme. En tombant dans le mystère sans fond de la divinité, la liberté à
vrai dire ne songe plus à elle-même ;
cette
chute est finalement provoquée, rendue possible et rejointe par ce que nous
appelons la grâce divine, qui seule nous fait la grâce d'une liberté
capable d'un saut inconditionnel.
Karl RAHNER "L'amour de Dieu et du prochain
" (Homélies et méditations, Salvator, 2005, pp. 557-559)