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Château des Vaux, mercredi 8 avril, sous les projecteurs de la salle polyvalente, une scène inhabituelle prend forme. Piano, micro de chœur, table recouverte d’une nappe blanche aux symboles religieux : l’espace s’est transformé en lieu de célébration. Autour, de jeunes servants d’autel s’activent avec application. Dans une pièce attenante, le père Crépin Obiang ajuste son micro-cravate. La messe pascale peut commencer. Peu à peu, l’assemblée se remplit. Douze jeunes sont au cœur de ce moment : quatre recevront le baptême, huit feront leur première communion. Pour ces adolescents, souvent en quête de repères, cette étape marque une avancée importante dans leur parcours personnel et spirituel. L’homélie, construite comme un dialogue, capte l’attention. Lorsque l’attention peut facilement se disperser, l’échange direct devient un levier essentiel. La remise des Bibles aux jeunes prend alors une dimension particulièrement symbolique : elle constitue un point d’ancrage dans un quotidien souvent instable.

Une pastorale incarnée au quotidien

Derrière cette célébration se tient une équipe discrète mais engagée : quatre animateurs pastoraux et trois religieuses accompagnés par le père Crépin Obiang. Chaque mercredi matin, ils se réunissent pour réfléchir à leur mission. Ici, la pastorale dépasse largement le cadre du catéchisme. Elle vise à aider les jeunes à découvrir leur valeur, à s’ouvrir aux autres, à entrer dans le dialogue et à construire une intériorité. Dans un environnement marqué par la dispersion et l’immédiateté, ce travail prend une importance particulière. Nathalie Huet, responsable de cette dynamique, insiste sur la nécessité d’une approche globale : accompagner la personne dans toutes ses dimensions, humaine autant que spirituelle.

Créer du lien dans une jeunesse fragmentée

Car le constat est partagé par les équipes éducatives : la structure fait face à une double crise. D’un côté, une dégradation des comportements et une difficulté croissante à se concentrer. De l’autre, une fragilisation de l’autorité des adultes, souvent remise en question. Le numérique joue un rôle central dans cette transformation. Les jeunes évoluent dans un univers virtuel permanent, qui modifie leur rapport au temps, aux autres et à eux-mêmes. Beaucoup apparaissent déconnecté de la réalité, en difficulté avec les codes relationnels de base. À cela s’ajoute une évolution du rôle des parents, parfois enclins à défendre systématiquement leur enfant, au détriment de la cohérence éducative. Résultat : les repères traditionnels vacillent. Dans cette situation, la pastorale se présente comme un espace de reconstruction. Elle offre un cadre structurant, s’inscrit dans la durée et, surtout, assure une présence humaine essentielle.

Une ouverture concrète à l’autre

Le travail d’Alexandra Zenon, l’une des animatrices en pastorale illustre cette approche. À travers des ateliers d’apprentissage, notamment autour du dessin, elle crée des espaces de rencontre. Migrants, jeunes musulmans, profils variés : tous sont accueillis. Son objectif est clair : partir de ce qui rassemble. Éduquer à la tolérance, valoriser les différences, ouvrir au dialogue. Une attention particulière est également portée à la dimension écologique, perçue comme un terrain commun d’engagement.

Les spiritains, artisans discrets de la communion

La présence du père Crépin Obiang dépasse le seul cadre liturgique : en parcourant les bureaux à ses côtés, on découvre un climat d’échanges simples, directs et sincères, où chacun se sent libre de s’exprimer. « Quand je vois le prêtre, je suis heureux », confie un éducateur, tandis qu’un autre évoque « un appui essentiel ». Avec Ypriane Michel, associée spiritaine, ils incarnent une présence spiritaine à la fois discrète et profondément structurante, œuvrant à la communion entre les personnes, les équipes et les cultures. À l’aumônerie, l’accueil est ouvert et chaleureux ; un café, une discussion et la relation humaine prime, permettant aux barrières de tomber. Loin d’être indifférents, les jeunes manifestent une véritable soif spirituelle, nourrie par des rencontres et des découvertes, qui ne peut s’exprimer pleinement que dans un climat de confiance que la pastorale s’attache à construire patiemment au quotidien.

Un héritage au service d’un défi actuel

Ancien domaine aristocratique transformé au XIXe siècle, puis lieu d’accueil pour orphelins après 1946 avec les Apprentis d’Auteuil, le Château des Vaux a toujours répondu aux crises de son époque. Aujourd’hui, face aux fractures éducatives et sociales, la pastorale s’inscrit dans cette continuité. Elle ne prétend pas résoudre toutes les difficultés, mais elle offre un espace essentiel : celui où l’on peut se poser, se rencontrer, et commencer à se reconstruire. Dans un monde fragmenté, elle agit, discrètement mais efficacement, comme un véritable artisan de lien.