Le chapitre spiritain de France s’est ouvert le 22 juin à Chevilly-Larue. Joie des retrouvailles entre régions et lieux de mission ad extra: Île Maurice, Haïti, Sénégal, Algérie. Echos de ce temps fort

Un grain de blé semé en terre : cultiver l’espérance et la gratitude pour le bien de la Congrégation

Après des mois d’éloignement, de mission parfois difficile, de communication hachée par le Covid, le temps des retrouvailles est savouré. Au cours de la première prière,  chacun sème un grain de blé. Invitation lancée à faire sa part pour une Création commune à laquelle nous invite le Seigneur.

Soeur Anne CHAPELL, supérieure générale des Sœurs du Sacré Cœur de Jésus place les échanges sous le signe de l’espérance.

“La vie religieuse n’est-elle pas appelée à devenir laboratoire de nouvelles formes de vie fraternelle au service du prochain, à devenir incubateur de nouvelles façons de faire Église et plus largement de faire société ? ”
“Aujourd’hui, des jeunes qui pensent à la vie religieuse recherchent une forme de vie qui permet de chercher Dieu par les chemins de l’expérience esthétique, de l’expérience intellectuelle et de l’expérience du service des autres. Beaucoup de nos instituts se sont préoccupés du bien agir, de l’éthique. Le déficit d’intérêt pour la question esthétique et la question intellectuelle peut expliquer en partie une certaine désaffection de la vie religieuse. Il lui revient de trouver une nouvelle synthèse du bien, du beau et du vrai.”

L’espérance ne connaît pas la déception, car elle met en mouvement et la mise en mouvement est le commencement de la réalisation de la promesse. L’objet de l’espérance n’est pas un contenu mais une dynamique (je n’ai rien obtenu de ce que j’ai demandé, mais j’ai reçu plus que je n’avais espéré : il y a une dimension de libéralité dans l’espérance). Cette espérance nous libère donc de la peur de l’échec, car le véritable échec est de rester figé sur place. La valeur de l’espérance ne se mesure donc pas aux réussites mais à la qualité du mouvement qu’elle suscite.

“Quel serait alors le témoignage d’espérance le plus urgent ?
Que, dans un monde fragmenté, il est possible de vivre ensemble (la question du vivre ensemble par-delà les différences). Que le communautaire reste possible.
Que l’être humain est une créature libre et respectable et non un produit, voire un bien de consommation. Reconnaître chaque personne comme un être humain (la question de l’éminence de l’humanité).
Que la recherche de Dieu peut mobiliser tout un itinéraire humain avec un profond bonheur. Donc que la vie consacrée reste un chemin possible et heureux.”

Retour du provincial sur 6 années charnières

Marc Botzung, actuel provincial de France a exposé les deux crises majeures qui ont affecté la vie de la province de France et plus largement l’église et le monde : la crise des abus sexuels et de pouvoir et la crise du Covid. Leurs impacts humains, fraternels et spirituels sont encore sous estimés. Les besoins d’écoute, de miséricorde, de fraternité bien rééls.

Il a également insisté sur le contexte singulier actuel français dans lequel vivent les spiritains ou en sont originaires afin de mener des engagements missionnaires en phase :

Religieux dans une société où Dieu est tenu au silence et l’individu au narcissisme

– Sur le plan religieux, la référence chrétienne qui longtemps faisait référence pour unifier la société, a fait place à une sécularisation croissante, c’est-à-dire à une sortie du religieux des questions et des références sociales.

– Le deuxième trait majeur touche à l’individualisme : la référence au choix de la personne est désormais plus valorisée que la contrainte sociale. Ce choix est souvent marqué par l’émotion (et non plus la raison) et par l’instant (et non plus la durée). Les choix de l’émotion et de l’instant créent une grande versatilité qui se combine bien avec une communication très développée (via les réseaux sociaux par exemple) qui permet des véritables mises en scène du moi, un moi qui devient la référence ultime.

– Enfin, une conscience d’une urgence écologique irrigue désormais les esprits, de manière positive, celle de redécouvrir une relation plus authentique à la nature, ou sous forme d’une certaine angoisse, celle chaotique de la crainte d’une fin de monde.

Laïcs et profés : une même mission main dans la main

Jean Marie Rabin, associé spiritain a rendu lumineuses les vertus de collaboration laïcs-religieux pour le bien de la mission.

Alors que la courbe de nouveaux religieux est descendante, la courbe des laïcs associés est largement croissante.  Ils sont aujourd’hui au nombre de 24, hommes et femmes à tenir un engagement en lien avec les spiritains ou au service de la spiritualité spiritaine. La rencontre avec un spiritain et la relation privilégiée qui s’en est suivie a été décisive de l’engagement. Le volontariat ou la coopération restent des lieux privilégiés d’une première découverte de spiritains. Leur nouveau projet de vie permet de voir les résonnances dans les règles de vie laïque-religieuse et la complémentarité entre les deux. Le chapitre est un lieu d’exploration de pistes pour davantage faire ensemble.

L’enjeu d’une pastorale des jeunes active se combine avec le soin donné à la vie des aînés. « Nos anciens sont notre richesse, notre sagesse notre histoire et notre mission » rappelle Philippe Sidot, économe proincial.

Adopter le parti d’une humilité sereine

Benjamin Osio, en mission en Haïti a exposé avec beaucoup de justesse et de profondeur les enjeux de la mission ad extra pour la province de France. Ses mots ont touché les membres du chapitre tant il invitait à être réaliste tout en rendant grâce pour ce qui avait déjà été réalisé de vrai, de bon et de bien. Rendre grâce pour la présence et l’action au service du développement. Rendre grâce pour les liens entre les personnes en mission en France et à l’étranger par la prière, les demandes de nouvelles, l’aide financière et la valorisation de ce qui est vécu de part et d’autre.

Les premiers jours du chapitre donnent à voir un avenir ouvert. Bel élan au nouveau provincial Jean Pascal Lombart élu ce lundi 28 juin 2021.

Jean Pascal Lombart, à droite sur la photo, nouveau provincial de France des spiritains

Ecoutez son interview “Ma vie est une mission” au micro de RCF en 2015. Elle retrace son parcours et les jalons de sa vocation.