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Le sens du Jeudi Saint jaillit de notre conversion à la diaconie, au service et à la protection des personnes vulnérables. En consentant au lavement de ses pieds par “son chef Jésus”, Pierre passe ainsi du cléricalisme qui asservit au serviteur qui s’inspire du Christ.

Landry N’NANG EKOMIE

L’actualité est peu glorieuse pour les chrétiens. Les nombreuses désillusions dues au contre témoignage des abus sexuels et du cléricalisme nous désolent. Certains, à raison, ne se sentent plus la force d’endosser l’identité chrétienne. Pourtant ils seront des milliers à travers le monde, le Samedi Saint, à devenir des chrétiens. A la fête de Pâques, des milliers d’adultes vont se faire baptiser. Ils deviendront des héritiers d’une histoire trouble. Pour comprendre le sens de la célébration du Jeudi Saint, une question dont la réponse pourrait se trouver dans deux expressions, me semble utile : Comment assumer notre inscription dans une histoire ecclésiale douloureuse, coupable d’abus et de trahisons ? Il faut « faire mémoire » et « aimer jusqu’au bout » en apprenant auprès de Jésus.

Faire mémoire

Les contemporains de Jésus tiennent à la célébration du repas pascal : « Tu te souviendras que tu as été esclave au pays d’Égypte, et que le Seigneur ton Dieu t’en a fait sortir à main forte et à bras étendu » (Dt 5,15). Un bon repas se mange assis. Or, le repas pascal est pris debout, « en tenue de voyage ». Les fidèle du Seigneur ne s’établissent pas en terre d’esclavage. Jésus réunit ses apôtres pour faire mémoire de ce repas pascal. Ils sont assis. C’est la posture des hommes libres. Nos célébrations liturgiques auront tout leur sens quand notre vie actualisera leur signification : nous sortir de l’esclavage du péché pour nous établir dans la liberté de la vie nouvelle en Jésus. « Faire mémoire » c’est être lié à toute l’histoire de la foi par un engagement personnelle qui fait foi et “purifie” la vie de l’Eglise de manière à faire sens pour nos contemporains et les libérer du préjugé.

Aimer jusqu’au bout

L’amour de Jésus pour les siens n’a pas de limite. Il va jusqu’au bout de l’inhabituel : Il inverse les rôles. Le chef devient le serviteur. Un chef jaloux de son pouvoir écrase les plus petit. Or, Jésus revêt la tenue de service. La mission de l’Eglise est d’être au service. Un serviteur n’écrase pas. Le sens du Jeudi Saint découle de notre conversion à la diaconie, au service et à la protection des personnes vulnérables. En consentant au lavement de ses pieds par “son chef Jésus”, Pierre passe du cléricalisme qui asservit au serviteur qui s’inspire du Christ. « … Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout » (Jn 13,1). Il se convertit  pour apprendre, à son tour, à aimer jusqu’au bout, à donner l’amour de Dieu « sans blesser » le destinataire, sans lui prendre ce qu’il a de plus précieux : le fait de croire que Dieu est un Père aimant et Jésus un compagnon de route non violent. Aimer jusqu’au bout c’est maîtriser les pulsions dévastatrices pour transmettre la joie d’un amour enraciné dans l’évangile.

Landry N’NANG EKOMIE, spiritain à Strasbourg, Saverne