L’Ascension : balise pour trouver le chemin de la parole

«L’ascension établit un lien entre la Pâques du Seigneur et Pentecôte et Marc nous en livre la portée pour notre existence en invitant à une parole de liberté et une parole qui témoigne.»

Landry N’Nang Ekomie

L’évangile de Marc proposé pour la fête de l’ascension cette année fait émerger un mot dont il me semble important de ressaisir la portée pour comprendre ce que nous célébrons aujourd’hui. On peut se rendre compte, en prêtant un peu attention, que le texte respire au rythme du mot « parole ». Du début à la fin du texte la parole circule et occupe un relief important. Comme c’est le cas à la création, une parole divine est à l’initiative. La parole de Jésus ouvre le texte : « Allez… » ; tandis que celle des apôtres (humaine), devenue parole de Dieu par le mandat du Christ, en constitue l’épilogue : « Ils s’en allèrent proclamer… ». Dieu crée pour confier l’écriture du roman à l’être humain.

La question qui nous ouvre ainsi au sens de la fête de l’ascension, me semble-t-il, pourrait être la suivante : en quoi et comment l’ascension peut-elle nous servir de balise pour trouver le chemin de la parole qui dit notre foi, nous rend libre et nous fait rencontrer les autres en vérité ? Le chemin que nous propose l’ascension  est balisé par les fêtes de Pâques (Dieu nous sauve par la mort et la résurrection de son Fils) et Pentecôte (Dieu nous donne l’Esprit afin que nous devenions instruments du salut). L’ascension établit un lien entre ces deux événements. Marc nous en livre la portée pour notre existence en invitant à une parole de liberté et une parole qui témoigne.

Une parole de liberté : « celui qui croira… celui qui ne croira pas… » Il n’y a pas de foi qui ne soit un acte de liberté. La monté de Jésus au ciel pour préparer à chacun une place auprès du Père engage la volonté libre. Car c’est avec des femmes et hommes libres que Jésus voudrait révéler la gloire du Père. Selon St. Irénée cette gloire de Dieu consiste à mettre l’homme debout. C’est-à-dire à soulager les fardeaux (en mon nom ils expulseront les démons…imposeront les mains aux malades…), tisser des liens entre les humains (ils parleront en langues nouvelles), inviter à l’audace de la foi (ils prendront des serpents dans leurs mains). Cet évangile nous montre ainsi que la vérité de l’être humain se vit au travers d’une parole vraie, qui fait écho à la parole première du créateur. Après la création, le Père, par une parole, confie la création à l’homme. Après sa résurrection, le Fils, par sa parole, confie la mission à l’église. L’esprit de Pentecôte confirmera cette parole.

Une parole qui témoigne : « Quant à eux, ils s’en allèrent proclamer partout l’Evangile ». La parole des apôtres raconte une rencontre, celle qui crédibilise leur parole. La rencontre semble être l’âme de la parole des disciples du Christ. C’est pourquoi elle ne saurait être une parole fausse. Le sens de l’ascension se découvre dans le témoignage des apôtres. Ces derniers traduisent dans leurs paroles ce qu’ils ont vécu avec Jésus et à laquelle tout homme est appelé à vivre en plénitude. La mission de l’église consiste ainsi à permettre entre les hommes une parole vraie qui décloisonne nos existences et les fait se rencontrer. C’est-à-dire cheminer ensemble pour chanter à l’humanité que le Christ monte au ciel afin de préparer à chacun une place au banquet céleste. Célébrer l’ascension, c’est réaliser que Dieu nous invite chaque jour à monter au ciel. C’est-à-dire à prendre de la hauteur et à mieux regarder et voir la vie pour pouvoir dire une parole vraie : une parole performative, une parole créatrice.

Landry N’NANG EKOMIE, spiritain à Strasbourg