La mémoire de la naissance de Jésus, que nous confessons Fils de Dieu et Sauveur, nous met en lien avec les générations passées pour qui la lumière était un bien précieux et fragile, et les ténèbres indiquaient un environnement dangereux où la vie était menacée. Ce thème nous met aussi en lien avec le peuple des pauvres et les peuples en guerre : on craint les bandits, les assaillants, et en Ukraine en ce moment on craint les missiles russes dont l’intention est de répandre les ténèbres et le froid.

Des ténèbres à la lumière

Je vous propose de vivre notre célébration avec les chrétiens du monde entier, mais plus particulièrement avec les familles et communautés d’Ukraine qui sont dans les ténèbres et le froid : que notre prière les rejoigne pour que nous les accueillions en frères.

Voilà une expérience que nous avons tous vécus, même si nous n’avons pas forcément la mémoire de l’événement ni les mots pour le décrire. La
naissance : nous sommes tous et toutes sortis du ventre d’une femme, ‘petite grenouille’ reçue dans des mains accueillantes, lavée et emmaillotée. Nous sommes sortis à la lumière, et la façon dont nous sommes nés et dont nous avons été accueillis laisse des traces inconscientes qui continuent à marquer notre psychologie. A ce moment-là, nous étions plus proches de la condition ‘animale et dépendante’ que de l’être raisonnable et autonome que nous sommes devenus.

La naissance, premier pas du chemin d’humanité

Je rappelle cela, car c’est le chemin qu’a emprunté notre Dieu pour venir à notre rencontre ! Tout nouveau-né, Jésus y compris, est une ‘petite
grenouille sorti du ventre d’une femme, reçue dans des mains accueillantes, lavée et emmaillotée.’ C’est à partir de cette naissance que nous essayons tant bien que mal de comprendre la relation que Dieu veut établir avec chacun et avec toute l’humanité : il s’est fait l’un de nous. Il s’est risqué à faire confiance à un homme et une femme qui ont donné le meilleur d’eux-mêmes pour prendre soin de l’enfant, et grâce à eux il est devenu pleinement homme.

Mais ‘pleinement homme’, ça veut dire quoi ? Ça veut déjà dire ‘incomplet’ car on est forcément soit masculin, soit féminin. Aucun de nous n’a une expérience complète, nous en sommes tous à essayer de nous comprendre nous-mêmes et à demeurer à la porte du mystère de l’autre. Tout autre personne est finalement un mystère pour moi, je ne connais que ce qu’il ou elle veut bien me révéler.

Le désir de Dieu pour percer notre mystère

Peut-être que notre Dieu se tient à côté de nous dans la même position de présence et d’accueil de ce que nous voulons bien lui révéler de nous-mêmes? Peut-être qu’Il n’entre dans notre intériorité que si nous l’y invitons ?
Voilà un élément du mystère de la rencontre entre Dieu et chacun de nous, manifesté dans la naissance du petit enfant Jésus : il fait l’expérience de notre humanité, et il se rend présent à nous en sollicitant le meilleur de nous-mêmes, en nous faisant confiance pour prendre soin de lui, et en se
tenant présent à nos côtés, désireux d’entrer dans le mystère que nous sommes à nous-mêmes.

Jean-Pascal Lombart, provincial de France