Vendredi Saint : passer par la mort

Vendredi Saint

Tout semble perdu, fini… on y croyait, on espérait et puis…

Au Centre pastoral de St Merry à Paris, on y croyait à la collaboration laïcs, prêtres, à la coresponsabilité, à l’accueil de tous, quelque soit leur passé et leur errance. Et puis voilà, le premier dimanche de Carême, l’archevêque de Paris décide de tout arrêter. Il faut entrer dans les rangs, dans la communion, des laïcs avec les prêtres, bien sûr et non le contraire… Cela fait 5 semaines que des exclus, des vagabonds, des marginaux sont privés de ce lieu de reconnaissance où l’eucharistie leur était proposée sans avoir à présenter une carte de bonne conduite… 

A l’hôpital, on y croyait. Francis reprenait vie petit à petit, Laurent, 46 ans, semblait avoir passé le cap, sa belle-mère, retrouvait du souffle, Mireille, Catherine et bien d’autres avaient été branchés à du souffle, et puis voilà, leur corps n’a pas tenu, le cœur n’a pas suivi, les uns après les autres, ils ont quitté la vie, c’est la désolation… Comme pour des membres de vos familles, la tristesse a empli les coeurs.

Dans les rues de nos villes en France, on a recensé 535 sans abris d’une moyenne d’âge de 48 ans, morts en 2020. Beaucoup sans nom, ni prénom connu. Une fleur à chacun, pour leur rendre hommage au parc des Buttes Chaumont, et après ?… En quoi croyaient-ils ? Qu’espéraient-ils ? Et puis, on clôt une liste pour en recommencer une nouvelle qui dénombre déjà 90 morts dans les rues depuis janvier 2021…

Je viens de finir un numéro de nos revues spiritaines sur la pédocriminalité dans notre province de spiritaine de France. Que de silences, que de souffrance enfouie, que d’incompréhension, que de fausses réponses proposées. Des enfants, des jeunes, des fidèles y croyaient. Ils ont fait confiance, ils ont ouvert la porte de leur maison, de leur cœur et ils ont été trahis, chosifiés, salis… La pierre du tombeau s’est refermée sur leur enfance, sur leur jeunesse, sur leur vie sexuelle, sur leur vie de couple… Quelque chose de l’authenticité de leur vie s’est éteint à jamais…

Au Golgotha, on y croyait encore, lui qui a fait sortir Lazare du tombeau. Il pourrait peut-être se sauver lui-même, les armées du ciel pourraient intervenir pour lui, n’est-il pas le fils, et puis voilà qu’on vient de le mettre au tombeau… C’est fini, des années d’initiation, d’attente et d’espoir pour en arriver là…Un tombeau fermé avec une grosse pierre, gardé par des soldats…

Alors, ce soir, ne passons pas trop vite à la Pâques, ce serait trop facile. Avec celles et ceux qui sont devant un tombeau bel et bien scellé, entrons dans ce temps d’incertitude, de désarroi, de confusion… Acceptons de vivre au moins ces deux jours dans le silence, la tristesse et le deuil… 

Pour qu’il y ait résurrection, il faut qu’il y ait eu mort, enfouissement, désolation et deuil. Nous ne pouvons pas en faire l’économie à peu de frais…

Franz Lichtlé, rédacteur des revues spiritaines