Frères et sœurs,
au terme de notre Forum, alors que toute la grande famille spiritaine célèbre aujourd’hui sa fête patronale, la Pentecôte, je voudrais vous inviter à réfléchir à cette question : comment allons-nous recevoir une vocation pour la transmettre comme mission ? Car cette vocation est aussi une vocation à la paix. Et cette mission est une mission d’artisans de paix et de communion.
Pour cela, sans doute, il nous faut vivre des conversions. Vous voyez que nous ne sommes finalement pas très loin du thème de notre Forum : Quelle vocation ? Quelle conversion ? Quelle mission ?
Cette conversion est un retournement. Retournement vers les autres. Retournement vers le Seigneur.
Il y a quelques jours, j’étais en pirogue sur le Loir avec Kojo, Florian et Brunilde. Le Loir est une rivière canalisée qui alimente depuis des siècles de nombreux moulins. Dans chaque village, on trouve une roue à aubes. Pour ceux qui ne connaissent pas cet objet, il s’agit d’une grande roue en bois munie de godets qui se remplissent d’eau. Sous l’effet du courant et du poids de l’eau, la roue se met à tourner et entraîne un arbre central qui transmet ensuite son énergie à une activité. Mais pour cela, il faut d’abord ouvrir la vanne.
L’eau est là. La force est là. Mais si la porte n’est pas ouverte, la roue ne tournera jamais. Et les godets, plus ou moins grands, se remplissent alors et mettent en mouvement toute la mécanique. Cette énergie peut ensuite être utilisée pour moudre le grain, scier du bois, fabriquer du papier, presser de l’huile, travailler le cuir ou encore pomper l’eau des galeries de mines. Tout cela devient possible parce que les godets ont accepté de se laisser remplir d’eau.
Je crois qu’il en va un peu de même pour nous. Avant de vouloir transmettre, il faut accepter de recevoir. Avant de vouloir être missionnaires, il faut laisser l’amour de Dieu nous rejoindre. Avant de vouloir agir, il faut ouvrir la porte. Car l’Esprit est déjà là. L’eau est déjà là. Elle attend simplement que nous ouvrions notre cœur.
Les disciples de Jésus sont réunis dans la peur et dans la douleur. Et pourtant, le feu descend sur eux. Une flamme se transmet de l’un à l’autre. Puis ils sortent. Ils parlent. Ils annoncent. Il y a comme une contagion de l’Esprit. Et chacun entend la Bonne Nouvelle dans sa propre langue, c’est-à-dire dans son histoire personnelle, dans son propre chemin de vie. Chacun reçoit une parole qui lui correspond. Une parole qui rejoint son cœur et qui le met dans la joie. Cette parole, c’est l’annonce de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ.
Puisque les apôtres ont annoncé ce Jésus qui a été crucifié et qui est ressuscité, Dieu lui-même a authentifié leur témoignage. L’amour de Dieu n’a pas de limite. Il est prêt à aller jusqu’au bout pour rejoindre chacun d’entre nous. C’est là le cœur du message de Jésus et de l’Évangile : Dieu nous aime gratuitement. Avant même nos œuvres. Avant même nos mérites.
Nous accueillons alors ce don d’être fils et filles du Père. Avant de nous demander ce que nous allons faire de notre vie, accueillons d’abord celui ou celle que nous sommes. Nous sommes des enfants bien-aimés du Père. Des enfants connus depuis toujours. Des enfants précieux à ses yeux. Alors nous pouvons dire : Je suis son enfant chéri. Il veille sur moi. Il veillera toujours sur moi. Et je n’ai plus besoin de vivre dans l’inquiétude.
Et si nous avons accueilli ce don, alors nous pouvons le partager. Partager cette paix autour de nous. Dire simplement à notre voisin : « La paix soit avec toi. »
C’est alors que la roue commence à tourner. L’eau est arrivée. Les godets se sont remplis. L’énergie circule désormais d’un point à un autre. Les dons sont divers et complémentaires. Il n’existe pas une seule manière de transmettre l’amour de Dieu. Chacun de nous est appelé à trouver la manière qui lui est propre de transmettre cette paix reçue.
C’est Jésus ressuscité lui-même qui agit en nous lorsque nous transmettons cette paix. Il nous dit aujourd’hui : « Vous serez mes témoins. » Alors, où suis-je appelé à transmettre cette paix ? Quel sera mon premier pas ? Car c’est souvent le premier pas qui coûte le plus. Mais Jésus l’a fait avant nous. Il a fait le premier pas pour nous rejoindre. Et il nous invite maintenant à faire le nôtre.
Quel sera donc ce prochain premier pas pour transmettre l’amour de Dieu ? Quel sera ce pas qui rejoint mon désir le plus profond ? Peut-être est-ce ce que nous avons écrit sur nos parcours pendant ce Forum. Peut-être est-ce autre chose encore. Mais lorsque ce premier pas sera identifié, alors il faudra se lever. Se lever et dire : « Me voici, Seigneur. »
Voilà le premier pas que je désire accomplir par amour pour Dieu et pour mes frères et sœurs. Et lorsque je me lève, je découvre que je suis déjà debout. Debout comme signe de la résurrection. Debout parce que l’Esprit m’a remis en marche.
Et désormais, la roue tourne. L’énergie circule. Et chacun, avec les dons qu’il a reçus, peut contribuer à transmettre la paix, la communion et l’amour de Dieu au monde.
Amen.
Homélie prononcée le dimanche 24 mai 2026 lors du Forum de Pentecôte par le provincial Jean-Pascal LOMBART.


