Marc Pons est prêtre spiritain mais il est aussi clown,  Marius de son petit nom. Il a passé une partie de son été avec son nez rouge au pied de la cité des Lauriers à Marseille avec l’association Maison Bernadette à jouer avec des enfants du quartier.

Spiritain et clown

Quand le clown entre quelque part, c’est le Christ qui entre ! Et c’est ainsi que des choses s’opèrent. J’aborde l’art du clown dans une perspective chrétienne. L’un des fondateurs des spiritains, François Libermann précise à ses missionnaires que c’est Jésus qui vit dans ses envoyés.

Le clown attire. Pour la simple raison qu’on vit dans un monde où les gens se sont enfermés dans la rationalité. Et le clown lui n’est pas dans la rationalité, ni dans l’effectivité, mais il est dans l’affectivité. Le clown est fort de sa naïveté, de son innocence, de sa férocité ludique, de sa tendresse. Il croit à l’avenir, dur comme fer. Il ne fait pas partie de ceux que les leçons de la vie ont rendu raisonnables. Le clown est imperméable à la raison. C’est sa force, dans un monde où tout veut nous réduire au renoncement grâce à des arguments objectifs. Le clown refuse l’objectivité, il sait qu’on en crève de ces choses-là. Il choisit toujours l’Affectivité contre l’Effectivité.

Le clown, son truc c’est de dire oui. Il ne dit jamais non. Avec le clown on est plus dans le « oui et… » que dans le « oui mais… » Car c’est quelqu’un qui est d’abord dans la relation, profondément.

La joie de mon clown Marius

Pour moi le moment crucial avant de découvrir que j’avais le clown en moi, ça a été ma conversion, à 17 ans. Il y a eu un bouleversement qui a fait que d’un seul coup, j’ai connu la joie ! Alors qu’avant, j’étais renfermé sur moi, timide. Timide et réservé, je le suis resté mais depuis que la joie a élu domicile chez moi je ne suis plus enfermé sur moi. Ceux qui me connaissent n’ont pas été surpris de me voir maintenant faire du clown : ils m’ont toujours connu comme ça, à communiquer la joie autour de moi. En fait, le lien il est plutôt entre le clown et la vie chrétienne. Le travail du clown que je promeus, est en vue de la Mission. C’est-à-dire aller dans les lieux de précarité, dans les lieux où des gens ont perdu la capacité d’éprouver la joie.

Dire oui et consentir au rien 

« Quand tu n’as pas de bonnes raisons de dire non, dis oui ! », disait Libermann. Et ça, c’est le clown ! Car le clown, son truc c’est de dire oui. Il ne dit jamais non. Avec le clown on est plus dans le « oui et… » et jamais dans le « oui mais… » Car c’est quelqu’un qui est d’abord dans la relation, profondément.

Libermann dira à la fin de sa vie « Dieu c’est tout, l’homme n’est rien ». Dans le clown, j’ai beaucoup développé cela. Pour rentrer dans le clown qui est en moi, il me faut passer par le rien, entrer dans cet espace intérieur où tu as l’impression qu’il n’y a rien. Et c’est parce que tu entres là que la vie fuse. Quand Libermann dit cela, je comprends que c’est grâce à ce passage par le « rien » que tout devient possible. C’est parce que tu consens à ce rien, que Dieu peut faire de grandes choses à travers toi. Lors de mes formations clown, je parle toujours de cela. Quand on a fait l’expérience de ce rien-là, en fait ce n’est pas du rien, c’est du silence, et ce n’est pas autre chose que la présence de quelqu’un. Quand le clown découvre cela, il entre dans ce qu’il est c’est-à-dire quelqu’un de formidablement présent. Travailler sur le clown, c’est travailler sur la présence.

Un petit questionnaire de Proust

Ta figure biblique préférée ? La vierge Marie, pour son « oui ».
Ce qui te mobilise ? La résolution de conflits, et les situations d’ « injustesse »…
Ton personnage de fiction préféré ? Zorro, le justicier
Ton pays préféré ? Le Sénégal, c’est mon pays : j’y suis né et ma mère était de là-bas.
Une spécialité culinaire ? La glace

Une citation : « C’est violent le numéro du clown, c’est fait que de violences, si on regarde bien : tomber, se relever, tomber à nouveau, pleurer, faire le bête pour attirer sur soi toute la méchanceté du monde et, juste avant qu’elle ne vous écrase, la changer en rires. » Christian Bobin

« ClownEsperance » est le nom de sa compagnie chrétienne fondée avec d’autres clowns bénévoles. www.clownesperance.org La compagnie va dans des lieux de pauvreté et de précarité avec des associations de terrain comme la Maison Bernadette à Marseille.