“C’est extraordinaire la chance de pouvoir encore dessiner à mon âge”. Jean Dehais

Jean Dehais vit à la maison de retraite spiritaine de Langonnet en Bretagne. Il aura 99 ans cette année et nous partage sa passion pour le dessin.

Né dans une famille d’artistes

“Je ne suis pas considéré comme breton car je suis né à Tarbes mais tous mes frères et sœurs sont nés en Bretagne. J’aime beaucoup cette région. Elle inspire mon pinceau. J’ai quatre frères et 3 sœurs. Nous étions 9 enfants. Je suis l’aîné de la fratrie. Je suis entré au Noviciat de la Congrégation du Saint Esprit en 1941 et y ai prononcé mes premiers voeux en 1942. Ordonné prêtre le 6 mars 1949 à Chevilly La Rue, j’ai commencé à enseigner à Bletterans dans le Jura puis à Maulévrier dans le Maine et Loire et à Langonnet. Dès 1972, j’ai commencé la mission d’aumônier auprès des Apprentis d’Auteuil. Et de 1988 à 2011 j’étais à l’école d’Allex dans la Drôme. Je vis une douce retraite à Langonnet depuis 10 ans.

Ma maman était professeur de dessin et très douée en couture et en broderie. L’art occupait une grande place dans ma famille. Mon deuxième frère est d’ailleurs devenu maître verrier. Et mon troisième frère était spiritain. Il a passé 40 ans au Congo Brazzaville. 

Mon père était un ardent défenseur de la mer. Il serait devenu marin s’il n’avait perdu un bras pendant la guerre 14-18. Je pense à mon père et son amour de la mer quand je dessine les flots.

Je prie toujours pendant que je dessine. Mes peintures reflètent ma relation à Dieu. Chaque paysage peint, chaque vue devant moi fait partie de la Création. Elle est destinée à être vue par des yeux capables de s’en émerveiller. 

Quand j’allais marcher en montagne, je peignais des fleurs à 3000m d’altitude et je me disais, Seigneur, ces fleurs-là je te les offre. Quelles merveilles as-tu créées.

Je fais des dessins en plein air avec des annotations sur la couleur et je finis à la maison. Par mes dessins, je rapproche la nature des yeux de ceux qui n’y vont pas ou ne peuvent plus y aller. Si je vous disais le nombre de kilomètres parcourus en montagne, en grimpe comme en descente, c’est fou.

Emerveillement et connaissance botanique

J’ai aimé peindre l’éclat jaune d’or du lys des Pyrénées. J’ai acquis de la connaissance en botanique pour comprendre ce que je peignais

Quand j’ai certaines plantes sous mes yeux, je tombe en extase devant leur beauté. C’est pour moi, un moment de louange pour les merveilles de Dieu.

La nuit, je rêve de ces moments de communion avec la Création, je revois ces paysages peints. C’est extraordinaire la chance de pouvoir encore dessiner à mon âge

Le dessin me rend libre. Comme tout art, le pouvoir de création ouvre le champs des possibles. J’ai représenté la mort de Saint Joseph par exemple, même si on n’en parle pas dans les évangiles, j’ai peint Marie qui croise Joseph pour la première fois, la rencontre de Joseph avec Zacharie.

Comme au Moyen Âge, les maîtres verriers instruisaient par leurs vitraux, j’aime à penser que mes dessins instruisent sur la vie de Joseph.

Propos recueillis à Langonnet par Estelle Grenon