30 Rue Lhomond, 75005 Paris

Le Père Adrien Rémy

est décédé à Chevilly La-Rue, le 24 décembre 2020, âgé de 98 ans
Hommage d’Etienne Osty :

Le Père Adrien REMY nous quitte à 98 ans passés. Il s’est éteint doucement le soir du 24 décembre à l’infirmerie de la communauté juste après la célébration de la messe de la nuit de Noël.

         Il suffit d’un regard sur son parcours pour saisir que le père Adrien est l’homme des records. Tout d’abord, il est l’un des rares missionnaires spiritains à n’avoir jamais été curé de paroisse. Il a passé pourtant 67 ans au Cameroun, depuis 1949 et jusqu’à son départ pour raison de santé en 2016.

         Autre record, durant son séjour au Cameroun, il fut presque toute sa vie, durant plus de 60 ans formateur et professeur pour de jeunes collégiens, séminaristes, religieux ou religieuses. Sangmélima, Makak, Bonepoupa, Ebolowa, Douala, Otélé, Essos, Mbalmyo ont bénéficié de sa présence. Au moins 3 générations de camerounais sont passés entre ses mains ; en plus des religieux et religieuses, beaucoup de prêtres, d’évêques et aussi des ministres et autres personnages importants de la société civile.

         Est-ce encore un record ? Je sais que durant les années 1970, il fit avec ses collégiens de Makak 4 fois l’ascension du Mont Cameroun (4070 m). Je l’ai un peu connu dans ce travail de formateur de la jeunesse quand il était professeur au séminaire d’aînés d’Otélé confié aux Pères des Saints Apôtres dans les années 1990. A 70 ans, il était encore d’un dynamisme incroyable avec les jeunes. Toujours à la recherche de documents pouvant les intéresser aux affaires du monde ou à la spiritualité. Une fois par mois, il venait passer une journée au noviciat de Mbalmayo dont il était l’un des confesseurs. Il donnait chaque fois une matinée de cours aux novices spiritains sur la spiritualité de Sainte Thérèse de Lisieux, Elizabeth de la Trinité et Charles de Foucault. Plus tard en 2006 et pendant 7 ans encore il sera Père spirituel pour les novices spiritains.

       Voici ce qu’écrivait de lui lors de son départ définitif du Cameroun en 2016 le Père Ferdinand Azegue, spiritain camerounais : « Le Père Adrien est un homme avec plusieurs qualités dont les plus saillantes sont : sa ténacité, sa persévérance et sa jeunesse d’esprit. Durant toute sa vie il a été un formateur… un homme exemplaire qui m’a édifié par l’histoire de sa vie ». Il a reçu plusieurs décorations en reconnaissance de son travail : les palmes académiques par la France en 1983, d’autres encore et en 2015, il fut élevé au grade de Grand Officier de l’Ordre de la valeur du Cameroun par le Président de la République.

      Il a publié plusieurs DVD, des plaquettes et sur le tard des livrets en particulier sur Les spiritains face à l’indépendance du Cameroun – L’impact des spiritains dans l’évangélisation du Cameroun au XXe siècle et en 2016, juste avant de quitter le Cameroun « Les Spiritains au Cameroun ? Des bâtisseurs ! … » Il était le doyen des missionnaires spiritains du Cameroun et l’un des derniers acteurs de ce geste missionnaire selon l’expression du Père Jean Criaud. Il ne voulait pas que se perde cette mémoire. 

         Dans son testament spirituel de 2014 retrouvé dans sa chambre, voici une partie de ce qu’il écrit : « Seigneur Jésus, j’ai 92 ans : mon Heure approche. Tu m’aimes, tu vas bientôt m’appeler. Je sollicite quelques faveurs. Accorde-moi une foi vivante, contagieuse. Tu as dit : ‘Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra’ … Je crois ! … Moi aussi je ressusciterai plus vivant que jamais … Pour expier mes péchés, j’accepte l’humiliation temporaire du tombeau. Sois miséricordieux. Pas de balance. Accorde-moi sans tarder la même faveur qu’au bon larron : une place, avec Toi, dans le paradis. Troisième faveur la patience, don spirituel plus précieux que la guérison. …Marie, à la fin de ta vie terrestre, lors de l’Assomption, tu désirais tellement revoir Jésus … Mon rêve à moi … Mourir d’aimer Dieu pour aller voir et louer le Seigneur avec Toi, les anges et tous les saints … »

      Personnellement, ce que je retiendrai du P. Adrien c’est sa foi simple et contagieuse. On peut penser que cet homme n’a jamais douté durant sa vie. Cela lui donnait une simplicité pleine de candeur et un dynamisme extraordinaire pour accomplir sa mission. En ces temps de Noël où il nous quitte, il me fait penser au Ravi de La Pastorale des Santons : « Heureux ceux qui ont une âme de pauvre, parce que le Royaume des cieux est à eux »

“Tous, que ce soit dans la vie civile ou la vie religieuse, Adrien nous aura marqué par sa simplicité, la force de ses convictions, sa joie, son esprit moqueur et son grand amour pour Libermann, Elisabeth de la Trinité,  la Petite Thérèse, Charles de Foucauld et autre saint Dominique, sans oublier bien sûr le grand saint Hilaire de son  Poitiers natal qu’il nous faisait boire à grande gorgée !!!

Au Cameroun, Adrien était connu de beaucoup. Ceci avait quelques avantages. Par exemple, il voyageait très souvent en auto-stop. Car, une fois au bord de la route, il était presque toujours reconnu par l’un de ses anciens élèves ou le fils ou la fille de l’un de ses anciens élèves. Et quand on lui demandait s’il ne se mettait pas en danger en voyageant ainsi, il répondait d’un air moqueur : « J’ai plusieurs avantages : je suis vieux, je suis prêtre et je suis Blanc… » Message du provincial du Cameroun, père Albert NDONGO ASSAMBA

SON PARCOURS 

: 12 avril 1922 à Montereau-Fault-Yonne (77) , décédé  le 24 décembre 2020 à Chevilly-Larue, âgé de 98 ans, 

Profès : 05 septembre 1943 à Piré-sur-Seiche 

Prêtre : 03 octobre 1948 à Chevilly 

AFFECTATIONS

  • CAMEROUN : Sangmélima (1949-1950 : directeur d’école primaire) 
  • Makak (1950-1957 : professeur et aumônier au Collège Sacré-Coeur) 
  • Bonepoupa (1957-1967 : fondateur et directeur du séminaire) 
  • Makak (1967-1976 : professeur et aumônier au Collège ; 1972-1976 : aumônier des  Clarisses).
  • FRANCE : Paris (1976-77 : recyclage).
  • CAMEROUN : Ebolowa (1977-83 : directeur  du séminaire) 
  • Douala (1983-1987 : professeur et père spirituel au séminaire) 
  • Makak (1987- 1989 : aumônier des professeurs)
  • Otélé (1989-2003 : professeur et père spirituel) 
  • Essos (2003- 2005 : paroisse) 
  • Mbalmayo (2005-2017 : noviciat)
  • FRANCE : Chevilly (2017-2020 : retraite).